(texte provisoire)
UNE VISION ENRACINEE :
« La Grande Terre et les Iles étaient habités par des hommes et des femmes qui ont été dénommés kanak. Ils avaient développé une civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisaient le champ social et politique. Leur culture et leur imaginaire s’exprimaient dans diverses formes de création.
L’identité kanak était fondée sur un lien particulier à la terre. Chaque individu, chaque clan se définissait par un rapport spécifique avec une vallée, une colline, la mer, une embouchure de rivière, et gardait la mémoire de l’accueil d’autres familles. Les noms que la tradition donnait à chaque élément du paysage, les tabous marquant certains d’entre eux, les chemins coutumiers structuraient l’espace et les échanges »
Statut d’autonomie, Accord de Nouméa, préambule, alinéa 1.3.
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« Si l’identité kanak est fondée sur le lien à la terre, c’est la coutume qui constitue son existence et organise la société kanak. La coutume représente le droit coutumier au sens large, elle contient les us, les pratiques ainsi que les valeurs véhiculées »
Charte du peuple Kanak (2013)
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Mais

LA COUTUME ne doit pas être prise au sens passif ou conservateur elle s’adapte, elle évolue…
La coutume en kanak veut dire tout simplement « la manière de vivre dans le pays de nos anciens »

« Ça commence par là, l’homme ! Parce ce qu’on dit « homme », seulement quand on lui donne son nom. Car quelqu’un qui n’a pas de nom, il est humain mais il n’est pas encore homme. Un homme, quand il a déjà son nom, ça veut dire qu’il est propriétaire d’une habitation, il est propriétaire d’une plantation, il est propriétaire d’un trou d’eau, il est propriétaire d’une montagne, il est propriétaire d’un creek, il est propriétaire d’une forêt. (…) Un homme, s’il a un nom, il a tout ce qu’il faut. C’est un homme ! »
Elia Tain BÉALO, tribu de Tendo, aire Hoot Ma Whaap.
« Lorsque quelqu’un porte un nom, ça veut dire qu’il appartient à un clan et donc à un territoire. Lorsqu’il va se présenter chez quelqu’un d’autre, il pourra dire d’où il vient et qui l’accompagne. Avoir un nom, c’est dire que l’on existe et que l’on a une terre »
Louis Ouiaga HOWWILI, Tribu de Narai, district d’Arama, Poum, aire Hoot Wa Whaap.
« Pour nous, les kanak, notre généalogie part de la racine principale de l’arbre ou de la racine pivotante de l’igname et va vers les ramifications. Tous les hommes et les lignées des clans viennent des ramifications, de cette racine principale, du même ancêtre en quelque sorte.
Dans la généalogie à la française, c’est l’inverse. Les ancêtres sont dans les branches ou les jeunes feuilles alors que le dernier né est à la base du tronc.
La racine, c’est l’être premier, c’est ce qui marque le tertre et la naissance du clan. C’est à partir de là que peuvent suivre toutes les descendances. Nous faisons partie d’un même clan parce que nous avons la même racine, la même base. »
Marguerite WEMAMA, épouse du petit-chef Régis Wémama, tribu de Touété, île des Pins, aire Drubéa-Kapumë.





« On vit sur cette terre, mais il y a toujours quelq’un qui était là avant nous. C’est comme le bon Dieu, mais notre bon Dieu à nous, ce sont nos ancêtres. A l’église, on fait la prière parce qu’on croit en Dieu, mais pour chaque Kanak, le vrai Dieu, c’est notre arrière-grand père, notre grand-père et tous les esprits de nos ancêtres. Ils nous accompagnent toujours, ils sont derrière nous. La nuque de l’homme est le siège de son totem, ils sont avec nous.
Félix TJIBAOU, Tribu de Tiendanite, Hienghène, aire Hoot Ma Whaap.
« La définition du soi est relative à la manière de s’identifier à ceux qui nous entourent. Notre nom dépend de notre origine, mais aussi de notre position dans la coutume. Ce sont les autres, les membres de la famille, les ainés, les cadets, les membres du clan, les autres clans de la chefferie ou encore les clans de nos maternels qui nous font exister. On ne peut pas exister tout seul. »
Carole Bamia POETA, porte-parole du clan Faou de la chefferie Djeoula, tribu de Héo, district de Saint-Joseph, Ouvéa, aire Iaaï.
« Vous savez, lorsqu’on ne connaît pas sa généalogie, on est moins qu’un oiseau. C’est très important pour nous, de connaître notre origine, tous les liens que l’on a avec notre famille. Par exemple, lorsque je vais dans d’autres chefferies,, je connais les chemins. Je sais à qui m’adresser avant d’entrer dans une chefferie. »
Bergé Poindi KAWA, Grand-chef de Petit-Couli, Sarraméa, aire Xârâcùù.
Tous les textes cité ci-dessus sont extraits de Lebègue Sébastien, Coutume Kanak, Au Vent des Îles, 2018.

ET NOUS ?