
DIOGÈNE DE SINOPE : LE PHILOSOPHE GREC PROVOCATEUR ET INSOUMIS
Philosophe légendaire, Diogène de Sinope est un des plus célèbres élèves de l’école cynique d’Antisthène, fondée à l’époque de la Grèce Antique. Ses phrases acerbes et ses actes provocants expliquent les concepts fondamentaux de la philosophie cynique.
LA VIE DE DIOGÈNE DE SINOPE
Le philosophe Diogène serait né à Sinope vers l’an 400 avant J-C (-413 d’après certains spécialistes) et décédé vers l’an 320 avant J-C dans la ville de Corinthe. Au début de sa vie, l’Oracle d’Apollon aurait conseillé à Diogène de « falsifier la monnaie » lorsque ce dernier lui demanda quelle voie suivre pour réussir son avenir. Le philosophe entraîna donc son propre père, dans la fabrication de fausse monnaie, jusqu’à ce que la population de Sinope le chasse et le force à adopter une vie de vagabond.
Sa pensée philosophique débuta lorsqu’il observa le train de vie d’une souris grise, comprenant qu’elle allait et venait en toute liberté, qu’elle vivait selon son bon plaisir et se nourrissait de ce qu’elle trouvait et dormait là où elle le pouvait. C’est le début de sa réflexion sur la façon d’exister sans être soumis aux conventions sociales.

A Athènes, il souhaite rejoindre l’école philosophique d’Antisthène qui est le premier à donner un enseignement sur le cynisme. Au début, les deux philosophes ne s’apprécient pas, néanmoins, la persévérance de Diogène finit par payer, Antisthène l’accepte et ils deviennent amis, partageant ensemble leurs convictions profondes.
D’après les écrits, Diogène-le-Cynique vagabonda à travers la Grèce, transmettant son savoir aux populations dans les lieux publics.
Les événements qui ont marqué sa vie tels que sa rencontre avec Alexandre le Grand, son mode de vie, ses pensées et son caractère typiquement cynique en ont fait un personnage de légende. De cette rencontre, on connait et épisode : Diogène lézarde au soleil de Corinthe, auprès du Cranéion, quand Alexandre le Grand l’aborde et lui dit, grand seigneur : « Diogène, demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai ». Sans même le regarder, l’impertinent lui rétorque : « ôte-toi de mon soleil ! » Touché au vif, le souverain poursuit : « »N’as-tu pas peur de moi ? » :

– « Qu’es-tu donc ? Un bien ou un mal ? » réplique Diogène. « Un bien ! » assure le roi. « Alors qui donc pourrait craindre le bien ? » conclut le philosophe.

Alexandre le Grand rencontre le philosophe cynique Diogène. Sculpture exposée sur une place publique dans la ville de Corinthe, en Grèce.
À 77 ans, Diogène vient de faire preuve d’un cran incroyable en ridiculisant l’homme le plus puissant de la Grèce antique. Mais le penseur se fiche pas mal du pouvoir. Le courant cynique auquel il appartient prône les vertus de la simplicité et du dénuement.
Ce philosophe mourut alors qu’il avait plus de 85 ans. Pour certains Il aurait été mordu par un chien auquel il essayait de dérober un os pour se nourrir. Fidèle à ses pensées philosophiques, il demanda à être enterré comme un chien, souhaitant profiter de la beauté de la nature et du ciel étoilé. Son tombeau sera décoré d’un chien en marbre de Paros.

SON ŒUVRE PHILOSOPHIQUE

Considéré comme le plus célèbre philosophe cynique, Diogène de Sinope était soumis aux jugements de ses pairs à cause de ses actes et de son mode de vie peu commun. D’après certains écrits, Platon le considérait comme « un Socrate devenu fou », Aristote l’appelle : « le Socrate furieux »
Sa vie à Athènes, le foyer de sa philosophie, c’est « l’école des chiens agiles », le berceau des cyniques, du grec kunos, génitif de kuôn qui signifie chien, car le chien est simple, il aboie contre les sots et lèche ce qu’il aime. Le fondement de cette pensée est très éloigné de celle des Platons et Aristote qui se prennent tellement au sérieux, qu’ils vont jusqu’à considérer le rire comme une expression vulgaire et indigne des hommes libres. Les cyniques, eux, préfèrent l’humour, l’ironie et les jeux de mots en guise de philosophie. Cette façon de penser prône dénuement, qui seul peut conduire au bonheur. Le luxe est selon eux inutile comme toutes les richesses, les honneurs, les plaisirs et la science. Seul compte la vertu et la liberté individuelle.
Libre comme l’air, Diogène vit au petit bonheur la chance.Pour lui il n’y a pas hiérarchie ni d’élite qui tienne. Alors qu’un riche athénien lui fait visiter sa somptueuse demeure, lui interdisant au passage de cracher par terre, le philosophe lui crache au visage, s’excusant de ne pas avoir le choix.Son monde idéal, ou plutôt sa cité idéale : une communauté politique, où les relations humaines, délivrée de toute illusion, serait fondée sur la seule vertu. Il se situe au-dessus de toutes les lois et de tous les tabous et n’hésite pas à dénoncer l’hypocrisie sexuelle en organisant devant son tonneau des séances de masturbation publique.
Il persiste à vivre en dénonçant les conventions sociales, les personnes riches, les souverains et même les dieux. Prônant la vertu de la sagesse et la liberté de l’Homme, Diogène mendiait son pain et marchait pieds nus dans les rues, ne se souciant pas de son apparence ni du jugement des autres. Sa mission : « J’affronte le mal et les hypocrites avec la vérité et je leur dis la vérité sur eux-mêmes, et j’agite ma queue devant les gens de bien et grande devant les gens mauvais » dit-il.
C’est sûrement de là que vient son surnom : Diogène le Chien.

« Diogène et sa lanterne à la recherche d’un honnête homme » – tableau de Jacob Jordaens
Ce philosophe vivait selon ses plus profondes convictions, c’est ce qui fait qu’il est aujourd’hui le plus célèbre des cyniques car il enseignait avec franchise et captait son auditoire en utilisant des événements du quotidien, n’hésitant pas à se moquer des citoyens ouvertement.
LES CITATIONS DE DIOGÈNE SINOPE :
La légende lui attribue 1000 exploits et bons mots. La chrie, en grec la sentence, est en effet devenu sa spécialité. Voici quelques unes des citations ou phrases de Diogène permettent de mieux comprendre ses concepts philosophiques, voici les plus célèbres:
« Cet enfant qui boit dans le creux de sa main, m’apprend que je conserve encore du superflu.”
« Les mathématiciens étudient le soleil et la lune et oublient ce qu’ils ont sous les pieds.”
«La science, les honneurs, les richesses sont de fausses richesses qu’il faut mépriser.»
«L’homme doit vivre sobrement, s’affranchir du désir, réduire ses besoins au strict minimum.»
«Quand on est riche on mange quand on veut. Quand on est pauvre, quand on peut.»
CE QU’IL FAUT RETENIR DE SA PHILOSOPHIE :
Ce qu’il faut retenir de la philosophie de Diogène, c’est avant tout le principe selon lequel l’Homme ne peut trouver le bonheur qu’en s’accordant parfaitement avec la nature, que les conventions sociales et les valeurs morales ne sont que des pièges, des fardeaux qui empêchent l’accession à la sagesse. Diogène était persuadé quand ne gardant que l’utile et en se débrouillant par soi-même, l’homme devenait libre.
Diogène de Sinope résumait sa philosophie ainsi : «Je m’efforce de faire dans ma vie le contraire de tout le monde». Il invitait les hommes à se tourner vers une existence plus saine et naturelle et non à se perdre dans des futilités, comme la recherche de la richesse, de la réussite ou des honneurs.

Diogène de Sinope par Raphaël – Musée du Vatican
AU FAIT, CYNIQUE SINIK ??? :
