LES CRITIQUES DE LA DÉMOCRATIE


Les cours 1, 2 et 3 feront l’objet dans la SEMAINE DU 17 au 22 AVRIL d’un contrôle de connaissances (coefficient 2).
Ou bien le peuple décide directement lui-même dans une démocratie directe ou bien il délègue son pouvoir, dans une démocratie représentative.
Les débats n’ont jamais cessé entre tenants de la démocratie directe et tenants de la « représentation ».
I Les dangers de la démocratie directe : Platon et « les grandes gueules » :

Hé oui, on retiendra de la critique de Platon de la démocratie son analyse des phénomènes de groupe dans la foule : ceux qui parlent fort (m.., c’est moi !), ceux qui sont les plus grossiers, les plus violents, les plus dominateurs sont ceux qui attirent le plus souvent l’opinion et on verse dans ce cas très vite dans la dictature de l’opinion : plus de vérité ni de fausseté, plus de beau, ni de laid, plus de juste et d’injuste.
Les ignorants ont le dessus sur les sages, les voyous sur les gens honnêtes …

Mais aussi :
En démocratie directe, puisque les citoyens décident eux-mêmes, directement, en toute matière, non seulement, ils doivent alors être régulièrement convoqués, mais aussi sans cesse « convocables », étant donné le caractère imprévisible des circonstances.
II Les dangers de la démocratie représentative : Rousseau et les représentants du peuple :
En démocratie représentative, le « souverain » délègue à ses représentants la puissance législative dévolue donc à l’Assemblée des représentants du peuple.
Rousseau y voyait, non sans raisons, le danger majeur que les représentants du peuple confondent leur intérêt avec l’intérêt public, ou encore qu’ils obéissent à des intérêts de groupes particuliers.

Ce danger peut toutefois être considérablement réduit si les représentants du peuple sont élus pour des durées courtes – et surtout si des institutions de contrôle de leurs décisions et actes sont mises en place (avec un clair pouvoir de contrainte en cas de trahison ou malversation).
L’autre risque majeur tient à ce que les représentants du peuple deviennent des professionnels de la politique : premièrement par le marketing, cherchant à capter les électeurs par leur image (buzz, slogans, coupe de cheveux, couleur des cravates, costumes…). Deuxièmement, en devenant des « experts », ayant fait sciences-po ou des écoles d’administration car alors la conduite des affaires publiques risque de n’être plus démocratique mais, au sens strict, une « aristocratie » comme gouvernement des plus savants, des « meilleurs ».


Or la profession de foi démocratique va dans un sens diamétralement opposé : elle accorde à chacun la capacité de s’exprimer par l’égalité des suffrages. Que vous soyez riche ou pauvre, puissant ou non, célèbre ou obscur inconnu, votre bulletin de vote compte une voix, comme le bulletin de tout autre : il n’y a pas de spécialiste en matière politique. C’est la raison pour laquelle les « électeurs » sont, en démocratie, « éligibles » : l’accès aux fonctions politiques est ouvert à tous les citoyens.
Et enfin : l’absentéisme parlementaire :

Effectivement, aujourd’hui, le système représentatif semble arrivé à bout de souffle. On observe une défiance vis à vis des hommes et des femmes politiques, très bien illustrée par les Gilets Jaunes.

Et plus globalement, un désintérêt pour la chose politique et les élections. L’abstention a atteint 57,36 % aux législatives du 18 juin 2017 déjà un record historique pour la Vème République mais qui sera battu en 2022 :

Pour beaucoup, cette défiance est due à un système représentatif de plus en plus déconnecté du peuple.
En 1946, les ouvriers représentaient 12,5 % des élus à l’Assemblée. En 2017, il n’y en a plus aucun, alors qu’ils représentent tout de même 20% de la société. À l’inverse, on compte à l’Assemblée nationale : 97 cadres du privé, 82 fonctionnaires, 73 hommes politiques professionnels, 50 chefs d’entreprise et 104 professions libérales.
Même constat question diversité. 35 députés issus de la diversité ont été élus. Ce qui représente 6,35 % de l’Assemblée, alors qu’on estime que 23 % de la population est d’origine étrangère en France.

Carl Schmitt, grand penseur du politique, le Machiavel du 20ème siècle disait que « plus une démocratie est représentative, moins elle est démocratique ».
C’était aussi l’opinion de Rousseau : lorsque le peuple délègue à des représentants le soin de parler en son nom, il ne peut plus être présent à lui-même.
La crise actuelle de la représentation tient au fait que les citoyens constatent en permanence qu’ils ne sont même plus représentés.
Un fossé s’est ainsi creusé entre le peuples et les élites. Le sentiment de dépossession démocratique est très vif en France accentué par l’utilisation du vote bloqué et surtout du 49.3 qui permet en cas de majorité relative de promulguer une loi sans vote du Parlement.

III Les alternatives à la crise démocratique
Les experts avancent plusieurs solutions pour y remédier :
Par exemple, la mise en place de la proportionnelle pour les législatives. Elle permettrait aux différents partis d’être représentés en fonction de leur score global au niveau national. Réforme toujours repoussée par la classe politique pour faire front au Rassemblement National.
Autre solution : la mise en place d’un contrôle accru et continu de l’action des gouvernants, en dehors des moments électoraux par des référendums.
1°) Le grand retour du référendum :
A ) Le RIP OU RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE PARTAGÉE :
Donc : Le référendum d’initiative partagée, ou RIP, est une procédure longue de consultation des citoyens inscrits sur les listes électorales reposant sur une initiative parlementaire (en fait donc représentative).
Le référendum d’initiative partagée (RIP) est une forme particulière associant le corps électoral à une proposition de loi (c’est-à-dire un texte législatif déposé par un membre du Parlement), via un recueil de soutiens des électeurs. Mais pour être soumise à un référendum d’initiative partagée, la proposition de loi référendaire doit être signée par au moins 1/5 des parlementaires (soit 185 députés et/ou sénateurs) et soutenu par 4,8 millions de signatures validées.
Alors un référendum de démocratie directe ?..
L’appel des gilets jaunes au RIC.
B) LE RIC OU RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE CITOYENNE :
En fait les politiques sont contre :
Si le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) demandé par le mouvement des Gilets Jaunes est mis en place, quelles seraient les règles de ce nouvel outil démocratique ? Serait-il uniquement consultatif ? Permettrait-il d’abroger une loi ? Quels domaines seraient concernés ?
Tout reste à déterminer.
2°) LA DÉMOCRATIE SOCIALE :
Face au refus d’Emmanuel Macron de recevoir les syndicats, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger a dénoncé « une forme de déni de la démocratie sociale« .
Que recouvre cette expression remise au goût du jour par le mouvement contre la réforme des retraites ?
Dans le sillage de la déclaration de Laurent Berger, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a qualifié la date du 7 mars dernier de « belle journée pour la démocratie sociale, triste nuit pour la démocratie parlementaire », saluant dans une même prise de parole l’importante mobilisation sociale du jour tout en fustigeant l’arrêt brutal des débats au Sénat le soir même.
Qu’est-ce donc que cette démocratie sociale ?

On désigne par « démocratie sociale » la relation entre l’Etat et les partenaires sociaux (syndicats, employeurs et salariés). En anglais, on traduit cela par « social-démocratie », qui est surtout le propre de l’histoire politique allemande ou des pays de l’Europe du Nord où il y a réelle concertation des corps intermédiaires.
Mais en France ?
On a bien l’impression qu’on entend par démocratie sociale le pouvoir de la rue, la force des manifestations :
On peut donc replacer la phrase de Laurent Berger dans son contexte : Emmanuel Macron, d’après lui, mépriserait la démocratie sociale car il ne tiendrait pas compte de l’expression populaire des manifestations d’une part, et des organisations légitimes et représentatives que sont les syndicats d’autre part.

Lié à cette définition de la République française :
“La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale” Article 1 de la Constitution de 1946 et 1958.

3°) LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE :
Ce qui fonde la légitimité de la démocratie, à savoir la souveraineté populaire, implique la possibilité donnée à tous les citoyens de participer aux affaires publiques, c’est-à-dire de décider le plus possible par eux-mêmes de ce qui les concerne. La vraie démocratie devrait donc être avant tout une démocratie participative.
Dans la démocratie participative, les citoyens sont associés aux décisions prises par les représentants, dès l’élaboration et jusqu’à leur application. Divers moyens sont alors utilisés pour cela comme par exemple, les conventions citoyennes :

