(texte provisoire)
LE CYCLE DE VIE KANAK : LA NAISSANCE ET LA MORT

LA NAISSANCE :

La naissance est un passage de la « mort » à la vie. L’être-esprit se détache du monde sacré pour incarner l’individu.
L’enfant reçoit le sang, la vie de la lignée maternelle : physiquement par la mère, spirituellement par l’oncle maternel (oncle utérin). C’est l’oncle maternel (le « tonton ») qui insuffle la vie à ses neveux ou nièces. Il le fait par un souffle bref, symbolique, sur son nez et ses oreilles.
L’enfant recevra le nom et la terre du clan paternel, ainsi que son totem (lézard, tortue, requin, kaori, igname…). Le prénom peut être attribué par le clan paternel ou maternel.
LA MORT :

C’est le grand retour vers le monde des esprits, la séparation d’avec le corps qui va par sa putréfaction nourrir la terre dans le cycle de la vie.
Mais il y a peut-être une originalité kanak ou mélanésienne : une GÉOGRAPHIE DE LA MORT car l’esprit du défunt rejoint les esprits de ses ancêtres, selon un chemin mystique qui diffère selon les aires coutumières mais qui, durant trois à cinq jours, suit un parcours géographique précis, balisé par des chemins et le plus souvent des passages de rivière, de lieux tabous, d’aires de pins, en suivant des points précis inscrits dans le paysage :
» L’esprit du défunt remonte les creeks jusque dans les vallées, suit les crêtes des montagnes, plonge dans des rivières jusqu’aux zones côtières ou les espaces sous-marins, cela jusqu’à l’entrée du pays des morts » E.Tjibaou in Sébastien Lebègue, op.cit., p.98.
LE CHEMIN DES MORTS
Ainsi, sur dans la région de Hienghène, dans l’intérieur des vallées comme sur l’ensemble du littoral, il est usuellement reconnu que, à la mort d’une personne, son esprit se détache de son enveloppe corporelle pour parcourir un sentier qui le mènera de l’intérieur des terres, lieu d’habitation du défunt jusqu’à l’entrée de la rivière Ouaième :

Ce sentier des esprits se prolonge dans le fond de la rivière auprès du gardien du passage nommé Hwaiwai vers le royaume des esprits (qui est ici sous-marin) situé face à la passe de Hienghène aux limites du récif de Tao.

Toute cette géographie de la mort définit du coup des lieux tabous que l’on ne traverse pas ou en tout cas pas n’importe comment. Par exemple, on ne criera pas, on ne parlera pas fort quand on passera à certains endroits, parfois on ne se retournera pas.
Ces lieux spirituels (tels les lieux spirituels de Barrès) marquent définitivement l’emprise du monde kanak sur des zones que l’on pourrait considérer comme libres de toute emprise humaine : récifs près de la Grande Terre, îlot et passes qui existent entre les récifs marquent ainsi les chemins kanak, des vivants comme des morts :


Discours de deuil à l’adresse des clans maternels
Le préposé à la parole (au discours) va dire, en substance :
« Nous vous avons invité et appelé à accourir par ce chemin, à rentrer par cette allée et à venir vous présenter ici parce que l’os du pied (le tibia) de votre neveu a éclaté et s’est brisé, et le vital qui est en lui s’est aussi brisé, et il n’est plus au milieu de cette assemblée. Il n’a plus ce qui fait vivre et parler et marcher, il a tourné le dos au soleil et à la lune. Il a été aspiré par le tourbillon du diable, là-haut au milieu des airs, et emporté par le courant en bas dans l’étendue d’eau sans horizon, et il a été rejeté [comme épave] sur le platier [récif corallien frangeant, massif corallien contigu à la terre] à Wénégéi. Et il est rentré dans la danse à Pijèpaa [la danse des morts]. Vous allez l’emmener là-haut sur la pierre dont il est issu, sur la pierre objet de ses respects et de ses interdits. Vous allez le confier à la tombe et au pays des ténèbres. Voici l’arbre, l’arbre sapin qui symbolise la disparition de votre neveu. Vous allez le prendre et l’amener à X [sont ici cités les noms du clan et des sous-clans de l’oncle maternel qui ne peuvent être révélés hors d’un cercle restreint de personnes]. Voilà c’est fini. »
Ce discours a été prononcé en langue paicî par le chef d’Ometteux (Poindimié, nord-est de la Nouvelle-Calédonie) . Il a été recueilli par Dominique Paabu Oye en juillet 2005 à la tribu de Bayes Poindimié et cité par Emmanuel Tjibaou dans l’ouvrage collectif Nouvelle-Calédonie, Archipel de corail, Nouméa 2018, IRD Editions, p.187-190 (consultable en ligne sur https://books.openedition.org/irdeditions/27815).
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Dans cette société fondée sur la transmission orale, les rituels qui entourent la naissance et la mort mais aussi l’autre grand moment de la vie, le mariage, sont une des multiples composantes de la «coutume».
La coutume, ce sont les règles qui régissent la vie des Kanak. Elles définissent leurs devoirs et leurs obligations vis-à-vis de la communauté, mais aussi leur lien à la terre et au sacré.
La coutume se matérialise par des gestes d’offrande (igname, «monnaie», «manou»…) et effectivement des rites qui rythment les étapes de l’existence (naissance, mariage, deuil) mais aussi alliance et pardon entre des clans en conflit.
Elle dicte donc la bienséance, la place de chacun, le respect des anciens…
Ce terme est familier à tout Calédonien, puisqu’il désigne aussi depuis l’accord de Nouméa, (art. 75 de la constitution française, un «droit coutumier », réservé aux Kanak, qui, spécificité juridique du territoire, cohabite avec le droit français.

L’article 75 de la Constitution de la Cinquième République française permet à certains citoyens français de conserver un statut civil coutumier dont les règles ne figurent pas au code civil. C’est notamment le cas à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis et Futuna.
En 2015, sur 269 000 habitants, ce statut concernait 134 022 personnes, enregistrées depuis leur naissance dans un registre spécifique. Les terres coutumières attribuées aux tribus sont quant à elles, selon la loi, «inaliénables» et «incessibles».
(Depuis 1982, des assesseurs, nommés par le palais de justice de Nouméa, siègent aux côtés des juges assermentés afin de leur expliquer ce que prévoit la «coutume». Et, depuis 2007, des agents territoriaux sont chargés d’établir les actes coutumiers liés au mariage, à la succession… Le clan, lui, est reconnu comme personne morale depuis 2011.

Peut-on «échapper» à la coutume ?

Pas simple.
Un Kanak sans “coutume, cela n’existe pas.
Répétons-le : la notion d’individu n’existe pas dans la culture kanak et la coutume établit aussi une hiérarchie entre les clans (non reconnue par la loi) et entre l’homme et la femme, reléguant encore souvent cette dernière à un rôle de second plan.

Mais la modernité a bien changé les choses: la femme kanak d’aujourd’hui est une femme forte et déterminée – qu’elle a d’ailleurs toujours été !
