III Non, la vérité est au-delà des apparences, la vérité est métaphysique (thèse de l’Idéalisme) :
L’allégorie de la caverne de PLATON


TEXTE CANONIQUE :
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Lire textes n°6 et 7, pages 174-175.
L’allégorie de la caverne: Platon, République,Livre 7 :


Nous donnons ici le texte en sa totalité :
« – Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine en forme de caverne, dont l’entrée, ouverte à la lumière, s’étend sur toute la longueur de la façade ; ils sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou pris dans des chaînes, en sorte qu’ils ne peuvent bouger de place, ni voir ailleurs que devant eux; car les liens les empêchent de tourner la tête; la lumière d’un feu, allumé au loin sur une hauteur brille derrière eux: entre le feu et les prisonniers il y a une route élevée; le long de cette route figure-toi un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent entre eux et le public et au-dessus desquelles ils font voir leurs prestiges.
- Je vois cela, dit-il.
- Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des ustensiles de toute sorte, qui dépassent la hauteur du mur, et des figures d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois, de toutes sortes de formes; et naturellement parmi ces porteurs qui défilent, les uns parlent, les autres ne disent rien.
- Voilà , dit-il, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.
- Ils nous ressemblent, répondis-je. Et d’abord penses-tu que dans cette situation ils aient vu d’eux-mêmes et de leurs voisins autre chose que les ombres projetées par le feu sur la partie de la caverne qui leur fait face ?
- Peut-il en être autrement, dit-il, s’ils sont contraints toute leur vie de rester la tête immobile ?
- Et des objets qui défilent, n’en est-il pas de même ?
- Sans contredit.
- Dès lors, s’ils pouvaient s’entretenir entre eux, ne penses tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes, en nommant les ombres qu’ils verraient ?
- Nécessairement.
- Et s’il y avait aussi un écho qui renvoyât les sons du fond de la prison, toutes les fois qu’un des passants viendrait à parler, crois-tu qu’ils ne prendraient pas sa voix pour celle de l’ombre qui défilerait ?
- Si, par Zeus, dit-il.
- Il est indubitable, repris-je, qu’aux yeux de ces gens-là la réalité ne saurait être autre chose que les ombres des objets confectionnés.
- C’est de toute nécessité, dit-il.
- Examine maintenant comment ils réagiraient, si on les délivrait de leurs chaînes et qu’on les guérît de leur ignorance, et si les choses se passaient naturellement comme il suit. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser soudain, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière, tous ces mouvements le feront souffrir, et l’éblouissement l’empêchera de regarder les objets dont il voyait les ombres tout à l’heure.. Je te demande ce qu’il pourra répondre, si on lui dit que tout à l’heure, il ne voyait que des riens sans consistance, mais que maintenant plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste; si enfin, lui faisant voir chacun des objets qui défilent devant lui, on l’oblige à force de questions à dire ce que c’est ? Ne crois-tu pas qu’il sera embarrassé et que les objets qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus véritables que ceux qu’on lui montre à présent ?
- Beaucoup plus véritables, dit-il
- Et si on le forçait à regarder la lumière même, ne crois-tu pas que les yeux lui feraient mal et qu’il se déroberait et retournerait aux choses qu’il peut regarder, et qu’il les croirait réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre ?
- Je le crois, fit-il.
- Et si, repris-je, on le tirait de là par force, qu’on lui fît gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâchâ t pas avant de l’avoir traîné dehors à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu’il souffrirait et se révolterait d’être ainsi traîné, et qu’une fois arrivé à la lumière, il aurait les yeux éblouis de son éclat, et ne pourrait voir aucun des objets que nous appelons à présent véritables ?
- Il ne le pourrait pas, dit-il, du moins tout d’abord.
- Il devrait en effet, repris-je, s’y habituer, s’il voulait voir le monde supérieur. Tout d’abord ce qu’il regarderait le plus facilement, ce sont les ombres, puis les images des hommes et des autres objets reflétés dans les eaux, puis les objets eux-mêmes ; puis élevant ses regards vers la lumière des astres et de la lune, il contemplerait pendant la nuit les constellations et le firmament lui-même plus facilement qu’il ne ferait pendant le jour le soleil et l’éclat du soleil.
- Sans doute.
- A la fin, je pense, ce serait le soleil, non dans les eaux, ni ses images reflétées sur quelque autre point, mais le soleil lui-même dans son propre séjour qu’il pourrait regarder et contempler tel qu’il est.
- Nécessairement, dit-il.
- Après cela, il en viendrait à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui produit les saisons et les années, qu’il gouverne tout dans le monde visible et qu’il est en quelque manière la cause de toutes ces choses que lui et ses compagnons voyaient dans la caverne.
- Il est évident, dit-il. que c’est là qu’il en viendrait après ces diverses expériences.
- Si ensuite il venait à penser à sa première demeure et à la science qu’on y possède, et aux compagnons de sa captivité, ne crois-tu pas qu’il se féliciterait du changement et qu’il les prendrait en pitié ?
- Certes si.
- Quant aux honneurs et aux louanges qu’ils pouvaient alors se donner les uns aux autres, et aux récompenses accordées à celui qui discernait de l’œil le plus pénétrant les objets qui passaient, qui se rappelait le plus exactement ceux qui passaient régulièrement les premiers ou les derniers, ou ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner celui qui allait arriver, penses-tu que notre homme en aurait envie, et qu’il jalouserait ceux qui seraient parmi ces prisonniers en possession des honneurs et de la puissance ? Ne penserait-il pas comme Achille dans Homère, et ne préférerait-il pas cent fois n’être qu’un valet de charrue au service d’un pauvre laboureur et supporter tous les maux possibles plutô t que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait ?
- Je suis de ton avis, dit-il : il préférerait tout souffrir plutôt que de revivre cette vie-là .
- Imagine encore ceci, repris-je ; si notre homme redescendait et reprenait son ancienne place, n’aurait-il pas les yeux offusqués par les ténèbres, en venant brusquement du soleil ?
- Assurément si, dit-il.
- Et s’il lui fallait de nouveau juger de ces ombres et concourir avec les prisonniers qui n’ont jamais quitté leurs chaînes, pendant que sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis et accoutumés à l’obscurité, ce qui demanderait un temps assez long, n’apprêterait-il pas à rire et ne diraient-ils pas de lui que, pour être monté là -haut, il en est revenu les yeux gâ tés, que ce n’est même pas la peine de tenter l’ascension ; et, si quelqu’un essayait de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils pussent le tenir en leurs mains et le tuer, ne le tueraient-ils pas ?
- Ils le tueraient certainement, dit-il.
- Maintenant, repris-je, il faut, mon cher Glaucon, appliquer exactement cette image à ce que nous avons dit plus haut : il faut assimiler le monde visible au séjour de la prison, et la lumière du feu dont elle est éclairée à l’effet du soleil ; quant à la montée dans le monde supérieur et à la contemplation de ses merveilles vois-y la montée de l’âme dans le monde Intelligible, et tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie; en tout cas, c’est mon opinion, qu’aux dernières limites du monde intelligible est l’idée du bien, qu’on aperçoit avec peine, mais qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la cause universelle de tout ce qu’il y a de bien et de beau ; que dans le monde visible. c’est elle qui a créé la lumière et le dispensateur de la lumière: et que dans le monde intelligible, c’est elle qui dispense et procure la vérité et l’intelligence, et qu’il faut la voir pour se conduire avec sagesse soit dans la vie privée, soit dans la vie publique. «
PLATON (env. 428-437 av. J.C.), La République.
Avec humour :
Pour Platon notre situation dans le monde sensible est comparable à celle des prisonniers de la caverne : pourquoi ? De quoi sommes-nous donc prisonniers ?
Tout comme les prisonniers nous sommes victimes d’illusions car nous croyons voir la réalité et atteindre la vérité là où il n’y a que des ombres.
Ce qui signifie que :
- L’expérience sensible n’est faite que d’apparences fugitives et inconsistantes ; on ne peut donc en tirer aucune conséquence satisfaisante pour l’esprit. Nous croyons voir la réalité et atteindre la vérité là où il n’y a que des reflets, c’est-à-dire une réalité seconde et dégradée
- Alors comment se libérer de cette illusion ? Comment accéder à la connaissance de la vérité ?
- Il faut détourner notre regard des choses qui nous semblent les plus évidentes, des images en particulier et aller chercher ailleurs par-delà les apparences. Il faut s’abstraire du réel, analyser.
- « abstrahere » en latin veut dire « sortir de » qui a donné le mot « abstrait », « abstraction », le détachement du réel.

- Il faut sortir de la caverne et aller voir ce qui se passe à la lumière du jour pour y découvrir le soleil, la vérité d’en haut qui éclaire le monde car sans la lumière, nos yeux ne verraient rien !

CONCLUSION:
Dans la célèbre allégorie de la caverne de La République, Platon a imaginé des hommes enfermés dans une caverne depuis leur naissance. S’ils ne sont jamais sortis et qu’ils sont enchainés, ils croiront que les ombres qu’ils voient, c’est la vérité. Ils prennent donc les apparences pour la vérité. Mais, si quelqu’un, le philosophe bien évidemment, l’homme du doute sort de la caverne, il se rendra compte alors qu’il a été trompé, qu’il a été victime des illusions sensibles, des opinions, des préjugés et il comprendra alors que « la vérité est ailleurs ».

En effet, pour Platon, la vérité n’est pas physique, elle est métaphysique, elle n’est pas sensible mais suprasensible, elle n’est pas immanente, mais transcendante.
La vérité, c’est l’Idée, l’ESSENCE ( ce qui reste de la chose une fois qu’on a tout enlevé), telle l’essence de rose

Ainsi, ce que Platon nous enseigne ici, c’est que la vérité ne nous est pas donnée dans les apparences : nous ne voyons pas le monde avec nos yeux mais en réalité avec le « troisième oeil », l’oeil de l’âme. En ce sens, la philosophie nous détache forcément du réel.


Platon :
» Là-bas, là-haut, dans le ciel des Idées »
« Le philosophe est celui qui ose regarder le soleil en face »
Mais ATTENTION, celui qui regarde le soleil en face est aussi celui qui se brûle les yeux ou comme Icare se brûle les ailes en voulant voler

Ainsi, on note que très souvent, le philosophe est pris pour un illuminé, un fou, un foulosophe parce que comme dans la fable de La Fontaine, inspirée de l’épisode de la servante de Thrace, il est tellement dans les nuages, pris à observer les étoiles, qu’il ne voit même pas le puits qui est devant lui et tombe dedans !


EXERCICE : LES DESSINS AMBIGUS


Pour Platon, la connaissance est un acte de réflexion qui doit nous conduire à l’Idée, qu’il appelle aussi la Forme. Revenons sur nos dessins : on part des différentes sensations, par exemple les couleurs, on les unifie, et alors on trouve la Forme, l’Essence, le Concept, l’Idée.


Elle est où la caverne aujourd’hui ?

Exemple :
Le Monde titre : « Contre le terrorisme, la plus grande manifestation jamais recensée en France » et précise avec tous les dirigeants de la planète ! (source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/11/la-france-dans-la-rue-pour-defendre-la-liberte_4553845_3224.html).
Ils étaient là certes mais dans une rue bien surveillée !




Elle est là, la caverne moderne :





LE DERNIER MATRIX :
BLACK MIRROR ET LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE, LA SOCIÉTÉ DES MÉDIAS
ANNEXE : TRAVAILLEZ VOTRE ANGLAIS !
RÉSUMÉ DE L’ALLEGORIE EN PLUSIEURS ETAPES



PLATON appelle cela : « le réellement réel « .

HISTOIRE DE L’ART
LA CONDITION HUMAINE SELON MAGRITTE (1935) :
