Nous abordons ici pour finir le sens 3 du terme « justice » : la Justice punitive, dite aussi Justice correctivequi, pour Aristote, sert à rétablir une forme d’égalité par exemple quand quelqu’un a volé ce qui ne lui appartenait pas. Il faut alors déterminer l’égalité entre la faute et la sanction. Elle vise à rétablir une égalité brisé par l’infractionet le délit. Bref, nous allons au Tribunal et en prison :
1°) La loi du talion ou les premières traces du droit :
Le code d’Hammurabi est un ensemble de texte de la Mésopotamie antique, le royaume de Babylone, datant de -1750 av JC. Ces textes mettent en évidence une organisation de la justice et une codification des peines sous le règne du roi Hammurabi. Il manifeste un progrès : on codifie ce qui jusqu’alors restait dans le non-dit de la violence, il met en avant des règles de droit qui servent de cadre pour éviter les vendettas sans fin mais ce code est surtout resté célèbre pour sa loi du talion :
« Œil pour œil, dent pour dent » est un axiome de justice rétributive, qui récompense ou châtie selon la valeur des actes, sans tenir compte des circonstances. Ayant un objectif initial de proportionnalité de la punition au crime et de respect de l’ordre, cette expression a pris une connotation négative associée à de la vengeance brutale.
Sa signification :
Principe de vengeance systématique, le coupable subissant le même dommage que celui qu’il a fait subir à sa victime.
Son histoire :
Également connue sous le nom de Loi du Talion (dérivée de l’adjectif latin « talis » signifiant « tel » ou « pareil »), ses premières traces écrites remontent au code pénal d’Hammourabi, septième prince de la dynastie de Babylone, ayant régné entre 1792 et 1750 avant J-C, qui exerçait son pouvoir selon le précepte suivant : « Si quelqu’un a crevé l’œil d’un homme libre, on lui crèvera l’œil, si quelqu’un a cassé une dent d’un homme libre, on lui cassera une dent ».
OEIL POUR OEIL, DENT POUR DENT.
Cette loi permet néanmoins d’éviter que les personnes fassent justice elles-mêmes et introduit un début d’ordre dans la société en ce qui concerne le traitement des crimes.
On retrouve cette formule dans l’Ancien Testament. En revanche, dans le Nouveau Testament, Jésus remet en cause cette notion de peine ou de souffrance égale à celle endurée, en appelant à pardonner et en prônant la non violence :
“Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. A qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. A qui te demande, donne; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos.” (Matthieu 5,38-42).
L’abolition de la loi du Talion commence à partir de ce moment, le Christ affirmant qu’il ne faut pas rendre le mal par le mal mais montrer à celui qui veut faire le mal que le bien existe.
Son utilisation actuelle :
De nos jours, cette expression a pris une connotation péjorative de vengeance aveugle, réciproque et systématique, sans faire appel à la Justice.
Un bon exemple le juge Lynchet l’origine du mot « lynchage » :
Du verbe anglais to lynch, issu de The Lynch law (« la loi de Lynch ») qui fut un procédé de justice sommaire et sans jugement mis en place par un certain Charles Lynch (1736-1796), juge de l’État de Virginie.
Loi de Lynch : il s’agissait d’une procédure sommaire de jugement suivi d’une exécution immédiate durant la conquête de l’Ouest américain mais surtout contre les noirs. La loi de Lynch était fréquemment appliquée ; un homme convaincu de meurtre ou de vol pouvait se voir arrêter, juger, et… pendre, en moins d’un quart d’heure, pour peu qu’un comité de vigilance énergique s’emparât de lui. Le lynchage concerna surtout les hommes noirs, plus de 4 400, hommes, femmes et enfants :
Carte postale représentant le lynchage de Lige Daniels, garçon noir de 16 ans, accusé d’avoir tué une vieille femme blanche au Texas le 3 août 1920.The National Memorial for Peace and Justice is a sacred space for truth-telling and reflection about racial terror in America.Victime noire du lynchage au sud des Etats-unis (Alabama) 1889.
2°) La vengeance ou la justice ? :
DEFINITION DE LA PUNITION :
« La vengeance se distingue de la punition en ce que l’une est une réparation obtenue par un acte de la partie lésée, tandis que l’autre est l’œuvre d’un juge. Il faut donc que la réparation soit effectuée à titre de punition, car, dans la vengeance, la passion joue son rôle, et le droit se trouve troublé. De plus, la vengeance n’a pas la forme du droit, mais celle de l’arbitraire, car la partie lésée agit toujours par sentiment ou selon un mobile subjectif. Aussi bien, quand le droit se présente sous la forme de la vengeance, il constitue à son tour une nouvelle offense, n’est senti que comme conduite individuelle, et provoque inexpiablement, à l’infini, de nouvelles vengeances. ”
Hegel, Propédeutique Philosophique (1810).
Dans un état de droit, ce sont les lois qui permettent d’établir une distinction entre le juste et l’injuste, le licite et l’illicite. En principe tous les citoyens sont égaux devant la loi.La loi permet d’éviter l’arbitraire, la vengeance. C’est pourquoi la justice doit être rendu par un juge extérieur, ce que l’auteur appelle « un tiers » en fonction d’une norme qui s’applique à tous : la loi.
Le juge doit être impartial.Il ne doit avoir aucune relation avec la victime comme avec l’accusé, il ne doit prendre parti ni pour l’un, ni pour l’autre mais juger en toute objectivité, les yeux bandés, rationnellement (« ratio » en latin d’où vient le mot « raison » veut dire à l’origine, « peser »). Seul, l’État, à travers la police et la justice, peut être autorisé à faire usage de la violence et ceux uniquement pour faire respecter la loi(l’image du glaive). La justice suppose une idée d’équilibre (l’image de la balance).
On aura ainsi reconnu ici l’image de Thémis, la déesse de la Justice avec sesyeux bandés, son glaive et sa balance :
3°) De la difficulté de juger :
Texte de Saint Thomas :
« Toute loi, avons-nous dit, vise l’intérêt commun des hommes, et c’est seulement dans cette mesure qu’elle acquiert force et valeur de loi. Dans la mesure, au contraire, où elle ne réalise pas ce but, elle perd sa force d’obligation (…) Or, il arrive fréquemment qu’une disposition légale utile à observer pour le bien public en règle générale devienne, en certains cas, extrêmement nuisible. Car le législateur, ne pouvant envisager tous les cas particuliers, rédige la loi en fonction de ce qui se présente le plus souvent, portant son attention sur l’utilité commune. C’est pourquoi s’il surgit un cas où l’observation de telle loi soit préjudiciable au bien commun, celle-ci ne doit plus être observée.
Ainsi à supposer que dans une ville assiégée on promulgue la loi que les portes doivent demeurer closes, c’est évidemment utile au bien public, en règle générale; mais s’il arrive que les ennemis poursuivent des citoyens dont dépend le salut de la cité, il serait très préjudiciable à cette ville de ne pas leur ouvrir ses portes. Et par conséquent dans une telle occurrence, il faudrait ouvrir les portes, malgré les termes de la loi, afin de sauvegarder l’intérêt général que le législateur a en vue. »
En effet, dans la mesure où la loi est générale, son application stricte peut parfois donner lieu à des injustices. Dès lors, ne faut-il pas, parfois, au nom de la justice, transgresser la loi ?
La loi : est une règle propre à une communauté, à laquelle chacun doit obéir sous peine de sanction. Elle vise à assurer la coexistence pacifique entre les individus, à garantir la justice, à défendre tout le monde.
L’intérêt commun, l’intérêt général :est le but ultime de la loi, ce qui lui confère sa légitimité, selon Saint Thomas. Mais est-ce toujours compatible avec le bien de tous ?
Thomas d’Aquin affirme que l’on doit faire preuve de discernement et refuser d’appliquer la loi lorsqu’elle est susceptible, dans des conditions particulières, de porter atteinte au bien commun. Pourquoi ?
A.L’universalité de la loi, qui vise l’intérêt commun est toujours défini abstraitement, de manière générale et hors-contexte.
B.Mais l’application aveugle de la loi peut être injuste lorsqu’elle est confrontée à des cas particuliers.
C.Il y a alors deux façons d’appliquer la loi :
1. On peut juger suivant la lettre de la loi, c’est-à-dire appliquer strictement la loi, sans prendre en compte les circonstances particulières. Or cette attitude (dura lex, sed lex) peut mener à l’injustice.
2.On peut aussi juger suivant l’esprit de la loi : tout en l’adaptant aux circonstances particulières, on instaure la justice en étant fidèle à l’idée que le législateur voulait défendre en promulguant la loi. Pour juger selon l’esprit de la loi, il faut alors faire preuve d’équité, c’est-à-dire d’esprit de justice.
Thomas d’Aquin met donc ici l’accent dans ce texte sur la nécessité d’adapter la loi aux circonstances particulières, lorsque son application est susceptible de nuire à l’intérêt commun des hommes.
Toute loi est, par définition, générale : le législateur ne peut imaginer tous les cas particuliers possibles, les exceptions. Or, il arrive que dans certains cas l’application de la loi nuise au bien commun. Il faut alors refuser d’appliquer aveuglément la loi car sinon elle perd sa légitimité parce qu’elle ne remplirait plus son rôle de protectrice du bien commun.
Ce texte met ainsi en avant un principe essentiel de la justice : il ne faut pas appliquer aveuglément la loi. Celle-ci vise l’intérêt commun des hommes et, lorsque son application est nuisible, en raison de circonstances particulières non envisagées, on ne doit pas lui obéir, sous peine de commettre, au nom de la justice, une injustice. On aurait donc le droit de désobéir à la loi et même on le doit lorsque celle-ci nuit au bien commun.Seul, l’intérêt général détermine la légitimité de la loi. Mais il n’est pas toujours évident pour le législateur de définir et donc de garantir par une loi ce qui constitue l’intérêt commun des hommes.
Thomas d’Aquin prend l’exemple d’une ville assiégée dont le législateur décide de promulguer la loi selon laquelle les portes doivent demeurer closes. Il vise bien par cette loi la défense de la ville, donc le bien commun aux citoyens de celle-ci, puisque les ennemis ne peuvent entrer dans la ville fortifiée tant que ses portes restent fermées. Dans ce cas, la loi garantit l’intérêt commun : elle protège la ville et les citoyens.
Mais imaginons que des ennemis poursuivent des citoyens dont dépend le salut de la cité, des citoyens ayant par exemple la capacité de sauver la ville. C’est un cas particulier, une exception que la loi n’avait pas prévue. Si ces citoyens sauveurs sont hors des murs de la cité, celle-ci se perd en refusant de les laisser entrer en son sein. Le législateur doit alors considérer cette circonstance particulière et ouvrir les portes, car c’est là que se trouve l’intérêt général.
ST THOMAS D’AQUIN surnommé le DOCTEUR ANGÉLIQUE
Est-il injuste d’appliquer alors la loi quelles que soient les circonstances ?
La loi est garante de la justice, qu’elle doit viser à travers la recherche du bien commun. Or, une application stricte de la loi peut s’avérer nuisible au bien commun, et donc produire des injustices. Il semble qu’il faille, dans certains cas, la transgresser, au nom même de la justice !
Il y a des circonstances exceptionnelles qui peuvent rendre la loi injuste.La loi, en effet, dans son application, peut entrer en contradiction avec le bien commun et en ce sens nuire à la justice. Le législateur ne peut prévoir, en effet, tous les cas particuliers, ni établir une loi en fonction de chaque cas. C’est alors :
carla loi ne peut pas tout prévoir. La loi est nécessairement générale : elle peut donc s’avérer injuste dans certains cas particuliers. Il faut donc la corriger en certaines circonstances. Il faut même savoir transgresser la loi lorsqu’elle ne remplit plus son rôle.
L’exemple de Thomas d’Aquin :
Pour Saint Thomas, le but de la loi, c’est le bien commun. Il est donc juste d’ouvrir les portes de la cité, malgré la loi qui l’interdit, à des citoyens poursuivis par des ennemis et qui peuvent, par leurs compétences, la sauver.
Pour faire régner la justice, il faut juger selon l’esprit, et non selon la lettre de la loi, car c’est l’esprit de la loi qui doit être équitablement appliqué.
Classé comme un des dix meilleurs films de tous les tempset en tout cas, le meilleur film des années 50.
SYNOPSIS
Un jeune homme d’origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l’unanimité. Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu’il a un doute et que la vie d’un homme mérite quelques heures de discussion. Il s’emploie alors à les convaincre un par un.
Un classique évident : un huit clos d’1h30 sans aucun temps mort, magnifiquement joué et superbement réalisé ! Un tour de force incroyable puisque toute l’action se passe dans une seule pièce, où Henry Fonda joue le huitième juré, celui dont le « doute raisonnable » et la résistance bien pensée le conduiront peu à peu à convaincre les onze autres à revoir leur verdict rapide de culpabilité, qu’ils ont prononcé contre un jeune homme accusé de meurtre.