III LA FEMME ARTISTE ET L’ÉMANCIPATION AFRICAINE :
TROIS ARTISTES AFRICAINES :
1. Stacy Gillian Abe – « Seat of Honor
La série photographique Seat of Honor (Le siège d’honneur) de l’artiste ougandaise Stacey Gillian Abe représente une mariée fantomatique qui surgit d’un fond noir. Quels sont les symboles présents dans cette œuvre ? Et quel est le message de l’artiste ? Pour le savoir, observons ces photos d’un peu plus près :

La femme liée au mariage et à la reproduction
Stacy Gillian Abe est née en Ouganda. La cause des femmes est au cœur de son œuvre. Pour elle, les femmes sont encore soumises à deux injonctions : le mariage, qu’elle voit ici comme un enchaînement, et la reproduction, symbolisée par ces mystérieuses formes suspendues, évoquant des chrysalides ou des gamètes.

Tradition versus émancipation
En se dédoublant ainsi dans cette série d’autoportraits photographiques, Stacy Gillan Abe met en scène le tiraillement entre le désir d’ancrage dans une tradition, fût-elle patriarcale, et celui d’émancipation.

Un manifeste féministe
Mais, le clou de cette composition reste ce siège d’honneur, habituellement réservé au chef de clan, un homme. Cet objet est couvert de sexes féminins en céramique. Tandis que la mariée s’en va, jette son voile, choisit la liberté, il reste là, symbole de sa prise de pouvoir. À lui seul, ce siège est le plus puissant des manifestes féministes.

A noter que le tableau en couverture d’article est de Stacey Gillian.
2. Ana Silva – « Manto »

L’artiste angolaise Ana Silva a réalisé Manto, une série d’œuvres sur des napperons, sur lesquels apparaissent des dessins de couples enlacés, une mère et sa fille. Que dit cette œuvre de la vie de l’artiste ? Quels sont les messages derrière ces napperons ? Découverte de cette artiste, de ses œuvres et de son pays.
Qui est Ana Silva ?

L’artiste Ana Silva est née en Angola pendant la guerre civile. Elle a eu un accès limité à l’art. Mais, cela a stimulé sa créativité. Dans sa série artistique Manto, les œuvres ont été réalisées à partir de matières simples du quotidien : un stylo, du fil de coton et de la dentelle.
Une œuvre métissée

Les napperons sur lesquels elle a réalisé ses dessins ont été chinés à Luanda, la capitale de l’Angola. Ils proviennent du Portugal, l’ancien pays colonisateur. En mêlant cette dentelle à des tissus locaux, Ana Silva a voulu affirmer sa culture métissée : angolaise et portugaise.
Derrière la dentelle, la femme

La dentelle est aussi une référence à l’histoire des femmes : la femme qui transmet cet art de la patience et des souvenirs, mais aussi les vendeuses des marchés de Luanda. Ces dernières, des mères courages, portent leur foyer à bout de bras. dans une économie prédatrice (chasse et cueillette).
En représentant l’amour entre une mère et sa fille sur de la dentelle, Ana Silva signe une œuvre douce et subtilement féministe.

3. Dalila Dalléas Bouzar – « Princesses »

Le passé, une lunette sur le présent
Dans son tableau Princesses, douze visages de femmes se détachent d’un fond noir. C’est un clair-obscur à la Velasquez. L’artiste s’est inspirée des portraits de femmes immortalisés par le photographe et cinéaste Marc Garanger (1935-2020) lors de la guerre d’Algérie.

Dans les regards, le rejet de l’oppression

Ces femmes contraintes de baisser leur voile devant l’objectif ont vécu ces prises de vue comme une intrusion dans leur intimité. Dans Princesses, leurs regards durs traduisent leur colère, le refus de l’oppression coloniale d’hier et le patriarcat d’aujourd’hui.

Dalila Dalléas Bouzar a représenté ces 12 princesses en 12 icônes féministes qui ont traversé le temps en battantes.

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Nous venons de terminer l’étude de notre premier chapitre intitulé « Éducation, transmission et émancipation ».
Si l’on ne devait retenir qu’une seule leçon de tout cela, ce serait la suivante : éduquer et s’éduquer, transmettre et recevoir, s’émanciper et grandir sont autant d’objectifs sans cesse à atteindre et à renouveler.
Tout d’abord, nous avons vu comment l’éducation pouvait aider à devenir soi et que cette quête d’identité s’effectuait d’abord sur le chemin de l’école, un chemin qui se fait pour l’enfant au départ en compagnie de ses parents, de ses instituteurs, de ses professeurs puis à l’adolescence très souvent, en opposition à l’adulte et au système car nous avons cerné les limites du système scolaire, une éducation de l’avis des philosophes aujourd’hui en crise :

Ce qui nous a amené à nous interroger : quel système éducatif un état démocratique doit-il mettre en place pour favoriser l’émancipation ?

De l’éducation à l’émancipation, que s’est-il passé ?

Certains auteurs – le deuxième sexe en rébellion – nous ont fait entendre leur désir individuel. Ecrivaines ou artistes, elles ont montré qu’être au monde demande d’être soi.
Après le passage par l’école obligatoire de Jules Ferry, on avait formé comme on dit des « classes » avec leurs programmes obligatoires, le règlement scolaire, l’emploi du temps strict, les évaluations, sanctions et punitions. Tout ceci laisse peu de place à la personnalité, au désir individuel et encore moins au plaisir. C’est du coup assez tard, souvent en Terminale ou après qu’on choisit réellement son parcours à la fois professionnel, social et intellectuel.
Or pour les écrivains, les artistes, le déclic a souvent eu lieu avant par l’écriture, par exemple d’un journal intime lors de l’adolescence. Alors ne faudrait-il pas écrire, devenir artiste pour se ressaisir et transmettre vraiment son expérience ?

Mais alors une question sérieuse se pose :
En quoi l’expression de notre sensibilité nous aide-t-elle à nous construire ?

