
COMMENT ÉCRIRE L’INDICIBLE, CES ÉMOTIONS QUI NE PEUVENT SE DIRE ?…
(Texte provisoire, non définitif)
La sensibilité est intime, intérieure, elle suppose le plus souvent l’introspection, ce » repli sur soi » de la conscience que nous avons déjà évoqué mais l’introspection, l' »intus et in cute », le scalpel de la leçon d’anatomie de Rembrandt n’a de sens, ne trouve son plein épanouissement que si elle parvient à communiquer à l’autre ses sentiments et ses émotions.
Après Chateaubriand que vous trouverez avec l’évocation du romantisme, nous allons nous tourner vers un des écrivains français les plus illustres, un être hypersensible, l’un des plus grands de la littérature mondiale, je veux parler de : MARCEL PROUST et de sa RECHERCHE DU TEMPS PERDU, œuvre unique de l’auteur en sept tomes :

Notons d’ailleurs que la RECHERCHE (terme par lequel on désigne souvent l’œuvre de Proust) portait jusqu’en 1912 – soit un an seulement avant la parution du premier tome Du côté de chez Swann – le titre suivant et, quel beau titre pour notre sujet, notre thème (la sensibilité):
LES INTERMITTENCES DU COEUR
Effectivement, tout au long du livre, l’écrivain français établit un lien entre « intermittences » et instants de latence, de repos offrant alors au lecteur ce qu’il appelle la « quête du temps perdu ».
Afin d’appréhender ce lien, nous nous focaliserons à la fois sur le premier tome de La Recherche, Un amour de Swann et son septième et dernier tome : Le Temps retrouvé :

1. La vie « pleinement vécue » : écrire pour retrouver le temps perdu, le temps ému :
Rappel de la définition : (à apprendre et à toujours rappeler dans l’introduction ou la première partie d’un devoir sur cette partie du programme)
« On appelle sensibilité le fait pour un individu, d’être capable d’affection ou d’émotion ».
Il y aussi un autre sens qui complète cette définition générale (à connaître et à rappeler aussi) :
«On désigne par sensibilité, la réceptivité à l’égard de quelque chose d’extérieur».
Pourquoi ce deuxième sens ?
Parce que si tout être est pourvu de sens et peut percevoir quelque chose, tout être sensible ne sera pas doué de « réceptivité » ou le sera à des degrés différents. On le sait, on rencontre dans la vie, des êtres plus froids que d’autres et même insensibles. On imagine mal en général, un mercenaire professionnel, un tueur à gage ou un tireur d’élite, être hyper-sensible :

La sensibilité est donc une qualité aux conséquences problématiques qui peut en effet faire de l’être sensible un être fragile, un être peut apte à affronter les difficultés de la vie mais, dans le même temps, pour revenir à notre exemple du militaire, un soldat sensible, supposons sentimental (et il y en a !) sera un être qui se distingue, qui sera comme à part des autres.

Les timides par exemple sont souvent des êtres hypersensibles :
Ce « quelque chose d’intérieur » qui caractérise à fond les êtres sensibles qui sont souvent d’ailleurs des « littéraires » vont aussi les pousser à créer, soit pour évacuer leurs émotions et s’en débarrasser (ce que Freud appelle la sublimation) soit pour les partager et les transmettre. Ainsi, par-delà leur timidité et souvent leur solitude, ils tentent malgré leur enfermement de communiquer avec les autres. C’est exactement ce que Marcel Proust fait avec l’écriture : reclus dans sa chambre aux murs tapissés de liège car il est gravement asthmatique (maladie aux causes souvent psychologiques), il va refaire défiler dans sa mémoire le Temps perdu, les merveilleuses heures du bonheur de son enfance jusqu’à l’apogée du septième volume : le Temps retrouvé…

Face à la beauté du texte, le mieux pour PROUST, c’est sans doute de se taire et de lire, d’en faire donc que de brefs commentaires. C’est ce que nous nous proposons de faire avec vous en suivant pas à pas quelques extraits mais d’abord un petit point biographique sur son milieu
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MARCEL PROUST (1871-1922) :

L’ALBUM PHOTOGRAPHIQUE DE MARCEL PROUST :
VIDÉO :
Seule image filmée de Marcel Proust, descendant les marches d’une église après une cérémonie de mariage :
LES MANUSCRITS DE PROUST :

LA CHAMBRE D’ÉCRITURE :

TEXTE N°1 : ILLIERS-COMBRAY : LES VACANCES CHEZ TANTE LÉONIE :

C’est sans doute l’un des textes les plus connus de l’auteur, souvent caricaturés, un texte canonique qu’il n’est pas possible de ne pas avoir lu et de ne pas connaître lorsqu’on fait des études littéraires et dont la dégustation est un des piliers de la cathédrale proustienne :


« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint- Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.
Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? (…)
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu.
Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté (…) Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. »
PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 140-145.

C’est le condensé de la manière proustienne, la mémoire olfactive, involontaire, sensible, la mémoire affective qui retrouve la durée bergsonienne, Proust était d’ailleurs le petit cousin par alliance du grand philosophe français : Henri Bergson (1859-1941) dont il assiste aux cours sur le temps, « Durée et simultanéité » au Collège de France :

Un élément du présent, ici au goûter, une madeleine dans la bouche et hop, je pars ailleurs, je transcende la réalité, j’oublie le temps, les secondes et les minutes de l’horloge et je me retrouve loin, loin derrière dans mon enfance, les jours heureux, l’été, aux vacances dans un souvenir délicieux et par là, j’atteins l’éternité, le dépassement du temps, l’intemporalité, la jouissance, un bonheur indescriptible, bref l’extase :

Extase : du grec « ex-stasis » : sortir de son être (estar en espagnol, être)
- État dans lequel une personne se trouve comme transportée hors de soi et du monde sensible.Extase mystique.
2. Exaltation provoquée par une joie ou une admiration extrême.

c’est-à-dire que pour Proust contrairement aux autres écrivains et romanciers, il ne s’agit pas de raconter une histoire avec ses rebondissements ou construire une intrigue mais exprimer comment je ressens le monde, se projeter dans le passé et ainsi comme pour la réminiscence romantique de Chateaubriand, voyager dans le temps vécu, un temps dès lors non pas perdu mais retrouvé ! (titre du dernier tome), retrouver un temps-durée, un temps éternité…




Et, plus tard dans le texte, dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs une serviette « raide et empesée » nous transportera au cœur de l’été, hier, sur une plage normande au bord de la mer …


TEXTE N°2 : LA SERVIETTE DE BALBEC



(…)





Ou bien une lettre déposée par le facteur sur un lit me ramènera à un amour que je croyais perdu mais que je ne parvenais pas à oublier…


TEXTE N°3 : LA LETTRE DE GILBERTE :
» Un jour, à l’heure du courrier, ma mère posa sur mon lit une lettre. Je l’ouvris distraitement puisqu’elle ne pouvait pas porter la seule signature qui m’eût rendu heureux, celle de Gilberte avec qui je n’avais pas de relations en dehors des Champs-Élysées1.Or, au bas du papier2, timbré d’un sceau d’argent représentant un chevalier casqué sous lequel se contournait cette devise: Per viam rectam (Per viam rectam: Par le droit chemin (Le livre des Psaumes, 107.7))3, au-dessous d’une lettre, d’une grande écriture4, et où presque toutes les phrases semblaient soulignées, simplement parce que la barre des t étant tracée non au travers d’eux, mais au-dessus, mettait un trait sous le mot correspondant de la ligne supérieure5, ce fut justement la signature de Gilberte que je vis6. Mais parce que je la savais impossible dans une lettre adressée à moi, cette vue, non accompagnée de croyance, ne me causa pas de joie. Pendant un instant elle ne fit que frapper d’irréalité tout ce qui m’entourait. Avec une vitesse vertigineuse, cette signature sans vraisemblance jouait aux quatre coins avec mon lit, ma cheminée, mon mur. Je voyais tout vaciller comme quelqu’un qui tombe de cheval (…)
« Mon cher ami, disait la lettre, j’ai appris que vous aviez été très souffrant et que vous ne veniez plus aux Champs-Élysées. Moi je n’y vais guère non plus parce qu’il y a énormément de malades. Mais mes amies viennent goûter tous les lundis et vendredis à la maison. Maman me charge de vous dire que vous nous feriez très grand plaisir en venant aussi dès que vous serez rétabli, et nous pourrions reprendre à la maison nos bonnes causeries des Champs-Élysées. Adieu, mon cher ami, j’espère que vos parents vous permettront de venir très souvent goûter, et je vous envoie toutes mes amitiés. Gilberte.»8
Tandis que je lisais ces mots, mon système nerveux recevait avec une diligence admirable la nouvelle qu’il m’arrivait un grand bonheur9. Mais mon âme, c’est-à-dire moi-même, et en somme le principal intéressé, l’ignorait encore10. Le bonheur, le bonheur par Gilberte, c’était une chose à laquelle j’avais constamment songé, une chose toute en pensées, c’était, comme disait Léonard, de la peinture, cosa mentale11. Une feuille de papier couverte de caractères, la pensée ne s’assimile pas cela tout de suite. Mais dès que j’eus terminé la lettre, je pensai à elle, elle devint un objet de rêverie, elle devint, elle aussi, cosa mentale et je l’aimais déjà tant que toutes les cinq minutes, il me fallait la relire, l’embrasser12. Alors, je connus mon bonheur13.«
Annotations:
| ↥1 | L’arrivée de la lettre va rompre le quotidien du narrateur. Voir son attitude indifférente et l’utilisation d’articles indéfinis. Détachement du narrateur envers tout ce qui ne concerne pas Gilberte. Notez l’opposition entre les articles indéfinis et l’article défini “la seule signature” qui marque que l’unique préoccupation du narrateur est Gilberte. |
|---|---|
| ↥2 | Ce petit marqueur de lien (“Or”) introduit l’événement extraordinaire qui va rompre l’ordre continu des choses.Bien que le narrateur ne fasse pas immédiatement découvrir au lecteur l’auteure de la signature, notez le mouvement du regard qui se déplace jusqu’au bas de la lettre :”Or, au bas du papier”. |
| ↥3 | Détails décrivant le sceau de Gilberte. On peut analyser la symbolique de cette image (un chevalier casqué) en relation avec le contexte: le narrateur est amoureux. |
| ↥4 | < au bas du papier [. . .] au-dessous d’une lettre . . . > Anaphore, ici, reprise d’un complément circonstanciel de lieu. Notez aussi l’article indéfini <d’une lettre, d’une grande écriture >. |
| ↥5 | Analysez les caractéristiques de la calligraphie de Gilberte. Pourrait-on interpréter son écriture? Notez aussi que la phrase est à la fois en suspens (le moment de la révélation est retardé), et en mouvement, puisque Proust nous y conduit. |
| ↥6 | Révélation finale. Il faudra relever l’adverbe “justement” et bien voir à quelle phrase antérieure il s’oppose. |
| ↥7 | passage coupé |
| ↥8 | Syntaxe: Notez la place du verbe d’élocution : « disait la lettre ».Vérifiez la signification du verbe « goûter ». Analysez le langage de Gilberte et l’usage du « vous » entre deux enfants. Que nous dit la lettre sur la société où vit Gilberte? Mettez en relation avec sa calligraphie. |
| ↥9 | Formulation qui met en relief la division du moi. |
| ↥10 | Même remarque |
| ↥11 | L’analyse du narrateur, à nouveau, s’appuie sur une comparaison avec l’art. Que renforce cette remarque ? |
| ↥12 | Pourquoi cette phrase s’ouvre-t-elle sur une nouvelle opposition (“Mais”)? Il faudra montrer comment l’objet matériel (la lettre) se transforme en objet d’amour. D’autre part, à quoi se réfère « elle » ? Remarquez que ce pronom sujet sera répété encore deux fois et renforcé par trois pronoms objets. |
| ↥13 | Analysez comment se clôt l’expérience (“Alors”).Dans ce contexte, que peut bien signifier le verbe « connaître »? |


La Recherche de Marcel Proust portait jusqu’en 1912 – soit un an seulement
avant la parution du premier tome Du côté de chez Swann – le titre suivant : Les Intermittences du coeur. N’est-ce pas là une parfaite périphrase de la sensibilité ? Tout au long des passages que nous avons lu, l’écrivain établit en effet un lien entre « intermittences » et instants de latence, offrant alors au lecteur une oeuvre à la portée beaucoup plus vaste, en quête du temps perdu et cela éclate dans le septième et dernier tome de la Recherche : Le Temps retrouvé.

Ce que je dois retenir :
Les souvenirs, ressentis pour mieux être savourés connaissent une manifestation beaucoup plus vaste par la démarche artistique de l’écriture : Marcel Proust entreprend la Recherche pour mieux retrouver la mémoire et la conserver mais avant tout sortir du temps et atteindre par la beauté des sensations l’éternité. Et comme lui le lecteur plonge en le lisant dans son propre passé, cherchant dans sa vie intérieure tout ce qu’il vient de lire de cette vie extérieure ? Jusqu’à croire, peut-être cette réflexion du narrateur de la Recherche qui n’a jamais été autant le double de Marcel Proust :

Dans Le Temps retrouvé, ce seront aussi les pavés inégaux à l’arrivée chez les Guermantes…
le bruit d’une cuiller contre une assiette dans le salon, suivi immédiatement du frottement de la serviette, un pas vacillant qui fait émerger chez le narrateur le souvenir nostalgique de Venise :

Tout Proust est là dans la recherche de ses émotions fugaces et poétiques du moment présent qui nous permettent de nous replonger soudainement dans le passé, dans notre enfance chez lui forcément heureuse (car nous sommes dans un autre milieu que celui de Jules Vallès, l’enfant battu et martyrisé !). Mais comment rendre compte de ces moments indicibles, comment révéler ces moments d’émotions magiques reposant entièrement sur la réminiscence, la mémoire sensible ?…
C’est là qu’intervient pour Proust l’art et la littérature :

TEXTE DU DEVOIR : L’ART COMME RÉVÉLATION DE LA SENSIBILITÉ
A LIRE ATTENTIVEMENT :
« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature. Cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l’artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu’ils ne cherchent pas à l’éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d‘innombrables clichés qui restent inutiles parce que l’intelligence ne les a pas « développés ». // Notre vie ; et aussi la vie des autres ; car le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s’il n’y avait pas l’art, resterait le secret éternel de chacun. Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir dans la lune. (…) //
Ce travail de l’artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l’expérience, sous des mots quelque chose de différent, c’est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détourné de nous-mêmes, l’amour-propre, la passion, l’intelligence, et l’habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. // En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous-mêmes notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s’« observer », dont les apparences qu’on observe ont besoin d‘être traduites et souvent lues à rebours et péniblement déchiffrées. »
Marcel Proust, Le Temps retrouvé (1927).
Le texte en lecture audio :
Essai : Quel rôle l’art fait-il jouer à la sensibilité ?
CORRIGÉ :
Dès le début, le texte s’ouvre sur une formule paradoxale, puisque Proust affirme que « la vraie vie, […] c’est la littérature». Or la littérature et l’art en général participent de la fiction et de l’imaginaire, sans vraiment mordre sur le territoire de la vie et de la réalité. Mais justement, la « vraie vie » pour Proust n’est pas fiction, n’est pas raconter des histoires, n’est pas dans une vie sociale stéréotypée, et finalement superficielle, la vie du travail et du quotidien, notre vie sociale mais elle est là dans notre vie intérieure que seule découvre la dimension qualitative de la sensibilité. Car il s’agit bien ici de « vérité« , celle qui incombe traditionnellement à la philosophie, que l’on pensait hier trouver par « l’intelligence pure » des vérités abstraites mais que l’on ne peut que ressentir par la révélation du « hasard », une rencontre avec quelque chose qui nous transfigure, qui se révèle.

Dans le premier paragraphe de notre texte et aussi dans le suivant, nous avons souligné en rouge un vocabulaire spécifique et très particulier, c’est celui de l’art de la photographie :

L’art de la photographie (argentique) est naissant au temps de Proust et c’est à ses techniques qu’il compare celui du romancier :
- saisir l’instant
- prendre le cliché
- vision
- développer
- technique
- inverser (à rebours)
- différence qualitative, (le grain de l’image, le noir et blanc).
Et, chaque homme porte en lui une œuvre d’art
Car Proust va encore plus loin qu’un simple photographe dans le texte puisqu’il envisage que chaque homme possède, profondément ancrée en lui, une véritable nature artistique ; toutefois, ce livre intérieur nous reste le plus souvent inconnu, parce que nous manquons de courage pour l’aller chercher. Peu de gens, en fin de compte, sont pris dans la spirale de la création artistique et leur être essentiel finit par leur échapper ; de ce fait, toute communication authentique avec autrui devient impossible. L’exploration du temps vécu, chez la plupart des hommes, se heurte à « d’innombrables clichés », qui forment comme autant d’obstacles à la recherche de soi (thème de notre programme), parce qu’ils n’ont pas été médités. L’idée, par exemple, que le passé est à jamais révolu en est un. L’écrivain Marcel Proust, au contraire, va très rapidement s’apercevoir que le passé continue à vivre en nous, et que par le mouvement même de l’écriture, nous avons la possibilité de le faire ressurgir, intact.
Si le « style aussi bien que la couleur pour le peintre » est une « vision », et non l’application d’une « technique » particulière, c’est qu’il restitue aussi bien les sensations fugitives, que les perceptions à peine entrevues, mais également les émotions puissantes, qui, de temps à autres, envahissent notre vie intérieure. Cette « vision » n’est donc pas tournée vers l’extérieur, mais au contraire totalement intériorisée, à l’image de l’illumination des grands mystiques. C’est comme une transfiguration : l’artiste parvient enfin grâce à un travail acharné, à mettre en relief les mouvements subtils de sa vie intérieure, et, du même coup, puisqu’il produit une oeuvre et que cette oeuvre est diffusée, il livre à d’autres son monde particulier, unique, qui sans cela, « resterait le secret éternel de chacun ».
Cette « révélation » de « la différence qualitative », ne saurait apparaître à travers une recherche consciente et pilotée par l’intelligence, mais portée par une sorte d’émotion intérieure très forte, une hypersensibilité qui met la pensée en mouvement et s’il y a révélation pour l’écrivain ou le peintre, il y a aussi révélation pour le lecteur ou le spectateur. Ainsi, pour Proust, l’expérience de la lecture ne consiste pas en un repli sur soi ou en une mise à distance du monde et des autres mais est bien plutôt la seule ouverture possible à l’altérité en même temps qu’une puissante incitation à prêter attention à sa propre intériorité.
Et ce miracle, c’est l’art qui le réalise.
C’est ainsi que plus loin, Marcel Proust écrit qu' » une oeuvre d’art vaut mieux qu’un ouvrage philosophique ; car ce qui est enveloppé dans le signe est plus profond que toutes les significations explicites».

Pour Proust, la littérature est la vraie photographie de la vie parce qu’elle nous permet de » nous révéler » et de « sortir de nous » par delà les clichés et les codes sociaux, les mondanités et les belles manières. Ces derniers nous enferment chacun dans notre rôle : le patron, le professeur l’élève, l’employé, le chauffeur de taxi ou de bus… Mais qu’y-a-t-il donc dans la tête du chauffeur de bus ou de mon prof ? De quoi est faite sa vie ? Comment la ressent-il ? Je ne le saurais jamais si sa vie n’est pas écrite ou s’exprime par l’Art. Ainsi, seul l’artiste et surtout l’écrivain pour Proust peut nous faire entrer dans d’autres mondes que le nôtre, d’autres intériorités et le propre de la littérature, c’est qu’elle le fait non par des concepts, des idées abstraites mais par la sensibilité et c’est ce qui la distingue de la philosophie. Ainsi, Proust nous démontre que l’art nous procure les moyens d’améliorer la perception que nous avons de notre propre vie comme de celle des autres en jouant de la sensibilité comme un révélateur chimique de sorte que répétons-le encore une fois :

RETOUR SUR LA SENSIBILITÉ PROUSTIENNE

Marcel Proust, né à Paris le 10 juillet 1871 et mort à Paris le 18 novembre 1922, est un écrivain français, dont l’œuvre principale est une suite romanesque intitulée À la recherche du temps perdu, publiée en sept volumes dont le dernier posthume de 1913 à 1927.

C’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre dont les sept tomes seront publiés entre 1913 Du côté de chez Swann) et 1927, Le Temps retrouvé c’est-à-dire en partie après sa mort. Marcel Proust est en effet mort, le 18 novembre 1922, d’une bronchite mal soignée mais il a souffert toute sa vie de graves crises d’asthme au point de rester cloîtré dans sa chambre aux murs tapisssés de liège :

Le Temps retrouvé est donc le septième et dernier tome d’ À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, publié en 1927 à titre posthume.
Notre texte qui se trouve (manuel BORDAS HLP TERMINALE, page 73) est un extrait du TEMPS RETROUVÉ :
Dans cet extrait, Proust réfléchit sur l’idée de se connaître soi-même. À cette question, le texte nous révèle que c’est l’art qui nous procure les moyens d’améliorer les perceptions que nous avons de notre propre vie afin de mieux se connaître. Nous divisons cet extrait en trois parties:
- Lignes 1 à 5: La thèse de l’auteur: l’art comme l’essence de la vie
- Lignes 6 à 12: L’art comme révélation de la sensibilité et la sensibilité comme définition du Moi et de la vie.
- Lignes 12 à fin: Le rôle de l’artiste: dénicher les éléments cachés de la vraie vie.
Grâce à l’analyse de ces trois parties, nous verrons comment l’art permet la révélation de notre véritable identité : notre être sensible.

- LA THESE DE L’AUTEUR: L’ART COMME L’ESSENCE DE LA VIE :
L’extrait commence par une formule paradoxale, puisque Proust affirme que « la vraie vie, c’est la littérature ». Traditionnellement l’art est critiqué comme faux, on parle à son propos de « fiction » d' »illusion » d' »artifice » mot dans lequel on retrouve d’ailleurs étymologiquement le mot « art ». La fiction et l’imagination s’appuient sur l’idée que la vérité est nécessairement SUBJECTIVE alors que la science, la philosophie par exemple recherchent une certaine OBJECTIVITÉ du monde et du réel. Ainsi, l’art étant subjectif nous éloignerait de la réalité.
Or, contrairement à cela, Proust identifie vérité et réalité (« la vraie vie » = « la vie réellement vécue ») c’est-à-dire la réalité de mon vécu, c’est la LITTÉRATURE !

Il ne s’agit pas d’une vérité simplement sur soi, l’art ne serait pas un simple enfermement dans la subjectivité, puisque c’est la vie que l’art nous apprend à connaître, pas un sujet spécifique. De plus, si une communication est possible entre les hommes, elle s’effectuera selon PROUST par le biais de l’Art et plus particulièrement de la littérature. L’art nous ouvre la porte d’une autre conscience, d’une autre connaissance. Cela nous permet de nous immerger dans un monde étranger au nôtre. Pour l’artiste, c’est une opportunité de se dévoiler au spectateur mais pour faire cela il doit d’abord se dévoiler à lui même.
L’Art, selon Proust, possède donc un double intérêt : d’une part, il nous révèle à nous-mêmes et d’autre part il nous révèle aux autres. Mais ce qui est révélé est notre réalité authentique. C’est bien là le but essentiel de la démarche artistique. C’est, comme le dit Proust, la réalité de notre propre vie qui s’exprime ici, et que la plupart des hommes ne connaissent jamais.
Est-ce parce que ces derniers pensent ne pas appartenir à ce monde artistique? Ou parce qu’ils n’ont pas encore trouvé l’artiste qui est en eux tel mon chauffeur de bus ?

PROUST EST en tout cas avant tout UN ESTHÈTE.
II: L’ART COMME REVELATION DE LA SENSIBILITE :
Proust envisage et suppose dans notre texte que chaque homme possède en lui une véritable nature artistique même si cette nature artistique reste le plus souvent inconnue, parce que dit-il, on » ne cherche pas à l’éclaircir « , mais aussi puisque « d’innombrables clichés » forment des obstacles au fil du temps, qui ne sont pas repris, interrogés ou médités. Le passé continue donc d’exister en nous comme un fardeau, comme un poids et il ne nous permet pas d’avancer.
Pour ces « clichés » dont parle Proust, le « STYLE » permet à l’artiste d’avoir une représentation du monde qui lui est propre. D’où la question de la « vision », la manière de voir qui est propre à chacun et impossible à partager (personne ne peut voir, sentir ou percevoir comme je le fais).
Or, la vision ne se transmet pas par des moyens directs, il est impossible d’entrer en contact avec la perception d’autrui sans utiliser un intermédiaire (image, dessin, poème ou essais etc…). Pour qu’autrui sache ou perçoive ce que je perçois, il faut que je le lui représente ou que je le lui explique ce que je ressens au fond de moi.
Si le «style» («aussi bien que « la couleur pour le peintre » ), est une « VISION », et non l’application d’une « technique » particulière, c’est qu’il exprime les émotions puissantes, qui quelquefois envahissent notre vie intérieure. Cette « vision » n’est donc pas tournée vers l’extérieur, mais au contraire totalement intériorisée. L’artiste arrive ainsi à mettre en avant une partie de sa vie intérieure en diffusant et en exposant son œuvre. Il livre à d’autres, les lecteurs, son monde particulier, unique, totalement singulier qui sans cela, « resterait le secret éternel de chacun ». L’art est aussi à ce titre émancipation.
Nous pouvons prendre l’exemple de Fela Ransome Kuti, artiste et musicien, créateur du genre de l’Afrobeat et qui explique le titre hommage de notre site « felaphilo« . À travers son art et sa musique, il exprimait sa rage envers le système politique nigérian. Cela lui permit non seulement de s’émanciper mais aussi de partager sa frustration avec son public international, et de faire comprendre la situation politique de l’AFRIQUE pour les pousser à compatir avec le peuple africain.
À travers l’art, on découvre autrui :
L’homme du commun par nature, est souvent têtu, persuadé d’avoir la vérité, et pense tout connaître. Il ne « voit » pas, ne regarde pas vraiment le monde et les autres que souvent d’ailleurs, il n’écoute même pas ! L’artiste, autrement dit, l’écrivain, par sa sensibilité, sa réflexion, permet cette découverte.
Ainsi, l’artiste fait-il souvent preuve de relativisme, comme on avait vu avec Montaigne dans ses ESSAIS lorsqu’il présente un autre côté du « sauvage » à travers le point de vue des cannibales pour dénoncer l’ethnocentrisme des Européens ou dans Les Lettres Persanes de Montesquieu, lorsque l’auteur nous fait voyager et découvrir de nouveaux horizons à travers les yeux de son personnage principal, Uzbek.

En montrant au lecteur d’autres personnalités, d’autres cultures, d’autres mondes (autres que ceux dont il a l’habitude de connaître et de côtoyer ), l’artiste nous offre la possibilité d’échanges et d’ouverture d’esprit, de tolérance.

III. Le rôle de l’artiste: dénicher les éléments cachés de la vraie vie.
La vie est bien plus que ce qu’elle prétend être, il se cache derrière chaque chose plus que ce qui paraît. L’artiste a donc cette tâche difficile, parfois ingrate de « chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l’expérience, sous des mots quelque chose de différent ». Nous pouvons prendre l’exemple des paroles d’une chanson qui, des fois, veulent dire beaucoup plus et ont une signification beaucoup plus profonde.
- À travers les aspects superficiels de notre quotidien, que Proust décrit comme « faussement la vie », nous sommes souvent « détournés de nous même », « divertis » dirait PASCAL. Le travail de l’artiste peut alors être comparé à celui d’un explorateur qui, laborieusement, essaye de faire ressortir, en-dessous de ce qui paraît être simplement la terre, un diamant ou quelque chose de plus rare.

Il faut ainsi, à travers l’art, approfondir, traverser, chercher au-delà de ce qui surgit immédiatement devant nous, tout en récupérant, lors de ce processus, l’âme de notre vraie vie. Et lors de cette recherche de notre propre vie, qui demande à être traduite artistiquement parce qu’elle ne peut pas être directement comprise, on découvre soudain quelque chose d’ignoré et d’oublié en nous depuis longtemps, et qui n’attendait qu’à surgir pour être interprété et pouvoir s’exprimer.
Nous pouvons prendre l’exemple de la sexualité de quelqu’un. Distrait par les stéréotypes de la vie quotidienne et éloigné de sa vraie nature, un garçon efféminé peut ignorer sa sexualité dû à son incapacité à se replier sur lui-même et à connaître sa vraie identité. Mais ceci n’est, comme le dirait Proust, que la conséquence du fait que la plupart du temps, « nous vivons détournés de-nous mêmes ».

In fine, le philosophe Henri BERGSON, petit cousin de Proust décrit parfaitement dans le texte suivant très souvent offert à votre réflexion en philosophie dans la notion « l’ART » le rôle de l’artiste :


» Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la réalité nue et sans voiles. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des mortels. Lorsque nous regardons un objet, d’habitude, nous ne le voyons pas ; parce que ce que nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l’objet et de le distinguer pratiquement d’un autre, pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie et s’efforcera de voir directement la réalité même, sans rien interposer entre elle et lui, celui-là sera un artiste.«
HENRI BERGSON.

Ainsi, nous avons vu que l’art change notre perception sur nous-mêmes et le monde car il dévoile ce que nous ne voyons pas habituellement. Le but de l’art serait donc de nous rendre plus conscients et l’artiste est celui, cet héros qui sait faire surgir l‘invisible du banal et du cliché. L’Art, seul produit en l’homme une modification de sa sensibilité et une prise de conscience concrète du réel et de la « vraie vie » et comme le disait le grand peintre Paul Cézanne (1839-1906) :

L’art devient ici une forme suprême de révélation de notre sensibilité :

LA GRANDE CHANTEUSE LIBANAISE HIBA TAWAJI interprétant le poème de Léo FERRÉ, « Avec le temps va, tout s’en va… » :


Il est temps de faire une pause !
Alors qu’il feuillette un ouvrage d’une de ses camarades au titre énigmatique – « An Album to Record Thoughts, Feeling, etc. » – le jeune Marcel Proust découvre dans sa version originale un jeu anglais très en vogue au XIXe siècle, un jeu nommé « Confessions ». Le principe en est simple : une série de questions vise à cerner le caractère, les pensées profondes et les sentiments de celui qui y répond. Quelques années plus tard, vers 1890, Marcel Proust en propose une version traduite, accompagnée de ses réponses.
Découvrez ci-dessous ce « Questionnaire de Proust » désormais célèbre et si souvent décliné par les journalistes dans les périodiques people ou mensuels féminins. Dans les réponses données s’expriment la sensibilité du jeune homme Marcel Proust ( les mots « amour » « aimer » reviennent fréquemment) mais aussi sa vivacité d’esprit et son humour. Amusez-vous ensuite à y répondre à votre tour !
Pour vous détendre un peu en ces temps difficiles, amusez-vous à y répondre à votre tour et passez-le à votre entourage immédiat, vous serez peut-être surpris des réponses obtenues !

DE MARCEL A MARCEL : LE QUESTIONNAIRE COMPLET :
La version traduite de Marcel Proust :
- Ma vertu préférée.
- La qualité que je préfère chez les hommes.
- La qualité que je préfère chez les femmes.
- Ce que j’apprécie le plus chez mes amis.
- Mon principal défaut.
- Mon occupation préférée.
- Mon rêve de bonheur.
- Quel serait mon plus grand malheur ?
- Ce que je voudrais être.
- Le pays où je désirerais vivre.
- La couleur que je préfère.
- La fleur que j’aime.
- L’oiseau que je préfère.
- Mes auteurs favoris en prose.
- Mes poètes préférés.
- Mes héros dans la fiction.
- Mes héroïnes favorites dans la fiction.
- Mes compositeurs préférés.
- Mes peintres favoris.
- Mes héros dans la vie réelle.
- Mes héroïnes dans l’histoire.
- Mes noms favoris.
- Ce que je déteste par-dessus tout.
- Les personnages historiques que je méprise le plus.
- Le fait militaire que j’admire le plus.
- La réforme que j’estime le plus.
- Le don de la nature que je voudrais avoir.
- Comment j’aimerais mourir.
- Mon état d’esprit actuel.
- Les fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence.
- Ma devise favorite.

MAINTENANT : LES REPONSES DE MARCEL PROUST :
1. Ma vertu préférée : Le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré.
2. La qualité que je préfère chez les hommes : Des charmes féminins.
3. La qualité que je préfère chez les femmes : Des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie.
4. Ce que j’apprécie le plus chez mes amis : D’être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.
5. Mon principal défaut : Ne pas savoir, ne pas pouvoir « vouloir ».
6. Mon occupation préférée : Aimer.
7. Mon rêve de bonheur : J’ai peur qu’il ne soit pas assez élevé, je n’ose pas le dire, j’ai peur de le détruire en le disant.
8. Quel serait mon plus grand malheur ? : Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.
9. Ce que je voudrais être : Moi, comme les gens que j’admire me voudraient.
10. Le pays où je désirerais vivre : Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.
11. La couleur que je préfère : La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
12. La fleur que j’aime : La sienne – et après, toutes.
13. L’oiseau que je préfère : L’hirondelle.
14. Mes auteurs favoris en prose : Aujourd’hui Anatole France et Pierre Loti.
15. Mes poètes préférés : Baudelaire et Alfred de Vigny.
16. Mes héros dans la fiction : Hamlet.
17. Mes héroïnes favorites dans la fiction : Bérénice.
18. Mes compositeurs préférés : Beethoven, Wagner, Schumann.
19. Mes peintres favoris : Léonard de Vinci, Rembrandt.
20.Mes héros dans la vie réelle : M. Darlu4, M. Boutroux5
(Alphonse Darlu a été le professeur de philosophie de Marcel Proust au lycée Condorcet, à Paris et Émile Boutroux son professeur de philosophie moderne à la Sorbonne.).
21. Mes héroïnes dans l’histoire : Cléopâtre.
22. Mes noms favoris : Je n’en ai qu’un à la fois.
23. Ce que je déteste par-dessus tout : Ce qu’il y a de mal en moi.
24. Les personnages historiques que je méprise le plus : Je ne suis pas assez instruit.
25. Le fait militaire que j’estime le plus : Mon volontariat !
26. La réforme que j’estime le plus : Aucune réponse donnée.
27. Le don de la nature que je voudrais avoir : La volonté, et des séductions.
28. Comment j’aimerais mourir : Meilleur – et aimé.
29. Mon état d’esprit actuel : L’ennui d’avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions.
30. Les fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence : Celles que je comprends.
31. Ma devise : J’aurais trop peur qu’elle ne me porte malheur.
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DOCUMENT :
Les réponses de PROUST non pas à son questionnaire mais au questionnaire de la revue anglaise qui l’inspira en 1890 :

