FICHE DE RÉVISION :
La même fiche mais illustrée :
La vérité et la question morale
Sujet : « Est-ce un devoir de toujours dire la vérité ? »

- Introduction par l’opinion commune :
Pour la plupart des gens, la vérité est un devoir impérieux et le mensonge un objet de blâme. En effet, dire la vérité fait partie des valeurs sans lesquelles la vie affective et les relations sociales ne connaîtraient que ruse et hypocrisie. La vérité est toujours exigée de l’enfant, de l’époux, de l’épouse, de l’ami, du témoin. On imagine mal de vivre sans elle. Le mensonge consiste à tromper l’autre. Il suffit parfois d’un seul mensonge pour briser notre confiance en autrui. Le mensonge est donc un abus de confiance qui ruine le fondement des relations interpersonnelles.
C’est en ce sens que Kant soutient la thèse selon laquelle en toutes circonstances il faut être véridique.

Dire la vérité est un devoir moral qui exclut tout mensonge.
2°) Certes, la possibilité de communication entre les hommes repose sur la bonne foi de celui qui parle et la vérité de ce qu’il dit. Cependant, on peut se demander si la position de Kant ne pêche pas par excès. Un criminel peut-il, aurait-il donc droit à la vérité par exemple ?

Benjamin Constant, philosophe français prétend qu’on ne doit pas la vérité à n’importe qui. Le vrai n’est dû qu’à ceux qui le méritent et encore moins à ceux qui veulent tuer, assassiner ou faire le mal. Loin d’être un devoir absolu, dire la vérité demeure un devoir relatif subordonné à la valeur morale de l’interlocuteur. On ment devant Satan.

C’est l’exception qui confirme la règle.
3°) Si certaines personnes qui présentent une moralité douteuse n’ont pas droit à la vérité, peut-on pour autant soutenir que d’autres peuvent user du droit de mentir ?
Le mensonge est toléré de la part des médecins lorsqu’ils l’utilisent pour le bien des malades. Il peut aussi être justifié devant des enfants ou pour des raisons politiques. Ainsi, Platon admet que les dirigeants de la Cité peuvent mentir lorsque l’intérêt de l’Etat le réclame.

4°) On doit donc admettre qu’il n’est pas toujours facile de proclamer la vérité. Cependant, si nous perdons de vue la valeur de la vérité, nous perdons également le sens de nos rapports avec les autres. Le problème réside bien dans la difficulté de dire la vérité et la nécessité morale de ne pas la travestir.

Il se peut alors que la solution consiste dans l’art et la manière de dire la vérité. Il convient de savoir la dire avec nuance et discernement, ce qui est la vraie marque de l’esprit et peut-être de l’intelligence.
Il y a une déontologie du vrai qui repose sur la saisie de l’occasion opportune. Ce n’est pas tout de dire la vérité, toute la vérité à n’importe qui et n’importe quand comme une brute.

Dire la vérité peut être mortel, peut blesser. Voilà pourquoi nous devons respecter une posologie de la vérité en augmentant la dose chaque jour, pour laisser à l’esprit le temps de s’habituer. On ne dit pas la vérité aux enfants comme on dit par exemple la vérité aux adultes. Cette position est celle que nous avons vue en dernier du philosophe français Vladimir Jankélévitch.
