LA NATURE / 2

1°) La violence de la nature :

Voici des exemples de catastrophes naturelles (cyclone, tsunamis, tremblements de terres) témoignant d’une nature bien dangereuse :

Et pourtant au Japon, les immeubles tanguent :

Mais alors pourquoi les immeubles de Tokyo ne s’effondrent-ils pas ?

Parce que les gratte-ciel sont érigés sur des vérins à huile qui amortissent les mouvements en cas de séisme et que les bâtiments sont capables de se fissurer afin de libérer l’énergie, mais sans qu’ils ne s’effondrent.

Le Japon construit selon des règles parasismiques depuis plus de 50 ans. C’est le résultat du travail des ingénieurs et des architectes, d’une conception de la science qui remonte à DESCARTES.

RENÉ DESCARTES (1596-1650) à sa table de travail

2°)  » Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature «  :

TEXTE CANONIQUE DE LA NOTION :

  • « Sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s’est servi jusqu’à présent, j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer, autant qu’il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l’esprit dépend si fort du tempérament, et de la disponibilité des organes du corps que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. »

Descartes, Discours de la Méthode (1637), VIe  partie.

QUESTIONS :

1°) Descartes distingue deux types de connaissances : la ‘ »physique’ » et ce qu’il appelle  »la philosophie spéculative’« . Différenciez-les en complétant ce tableau et en indiquant pour chacune leurs caractéristiques à partir du texte ci-dessus :

La physiqueLa philosophie spéculative
  
 
  
Tableau à remplir en vous appuyant sur le texte ci-dessus.

  • Le mot « physique » a été défini dans le I 1°) vous devez vous y reporter .
  • Une « philosophie spéculative » recherche la connaissance d’objets qui sont hors de portée de l’expérience c’est-à-dire une connaissance abstraite, purement théorique. Ex : Dieu, l’âme, la Volonté. Le terme « spéculation » est souvent utilisé avec une connotation péjorative.

2°) Relisez bien le texte; Descartes écrit : « j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer (…) le bien général de tous les hommes. »

a) Pourquoi des connaissances seraient-elles tenues cachées ?

b) Y a-t-il une loi qui nous oblige à procurer le bien général de tous les hommes ? D’où vient-elle ?

3°) Il affirme que par la connaissance de la physique nous pourrions « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » : qu’entend-il par là ? (Cherchez la réponse dans la suite du texte et proposez vous-mêmes des exemples).

4°) Quelle connaissance Descartes met-il au-dessus de toutes les autres ?

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 Éléments de réponse :

1) Tableau :

La physiqueLa philosophie spéculative
  
Connaissance fort utile à la vieLes principes dont on s’est servi jusqu’à présent
Philosophie pratiquequ’on enseigne dans les écoles
 
  

2 ) Notons que Descartes insiste sur l’importance de ne pas séparer la théorie (le savoir enseigné dans les écoles) et la pratique : les connaissances scientifiques ont des applications pratiques directement utiles, et même nécessaires, ainsi l’homme ne subit pas sa condition naturelle, n’est pas sous la tutelle de la nature : c’est lui qui la domine.

  • a. Des connaissances pourraient être tenues cachées car elles entrent en contradiction avec celles qui sont enseignées dans les écoles et révèlent une certaine conception du monde, de la nature.
  • b. La loi à laquelle fait allusion Descartes, n’est pas une loi positive, elle n’est écrite nulle part. Il suit en réalité un principe moral selon lequel nous devrions agir toujours en vue du bien-être de l’humanité, pour son progrès matériel

  • 3) C’est le sens de son affirmation : par « la connaissance de la nature » (la physique désignant ici les sciences en général) ainsi par les sciences de la nature, les êtres humains pourraient donner des buts utiles à leurs vies, mettre à leur service les forces de la nature et il parle de « la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres et des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent ».

  • 4) Enfin, dans la troisième partie de son texte, Descartes met au-dessus de tous les biens : la santé et par conséquent place comme la plus haute des sciences la médecine qui permet la conservation de la santé. Il le justifie en disant que la santé « est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres ».

  • Mais c’est aussi parce que la santé est le fondement même du progrès : elle pourrait « rendre les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici ». Autrement dit c’est par la connaissance du vivant, du corps humain et de son fonctionnement que l’on va pouvoir non seulement conserver la santé, guérir les maladies, mais aussi entamer un véritable progrès pour l’humanité, car la santé déterminera selon lui les progrès dans les autres domaines de la connaissance.
ELEPHANTIASIS, MALADIE COURANTE AUTREFOIS QUASIMENT DISPARUE GRÂCE AUX PROGRÈS DE LA MÉDECINE.

UN EXEMPLE : PRODUIRE DE L’ÉLECTRICITÉ PAR LES MARÉES :

En effet, par la connaissance des forces des astres et de leur influence sur les marées, on a pu construire des usines marémotrices afin de produire de l’électricité comme celle de l’usine marémotrice de la Rance, pionnière dans son domaine :

Descartes nous dit « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » …

Si je dis « il est comme son frère », cela veut bien dire qu’il n’est pas son frère, autrement dit Descartes ne se prend pour Dieu, il reconnaît bien des limites à la raison pratique humaine : il ne prétend pas comme aujourd’hui (voir le trans-humanisme) dépasser la nature, la mettre à genoux, à nos pieds à notre merci sans en voir les conséquences désastreuses du point de vue écologique.

Texte de John Stuart-Mill (1806-1873), philosophe anglais :

« Si le cours naturel des choses était parfaitement bon et satisfaisant, toute action serait une ingérence inutile qui, ne pouvant améliorer les choses, ne pourrait que les rendre pires. (…)

Si l’artificiel ne vaut pas mieux que le naturel, à quoi servent les arts de la vie ? Bêcher, labourer, bâtir, porter des vêtements sont des infractions directes au commandement de suivre la nature. (…)

Tout le monde déclare approuver et admirer nombre de grandes victoires de l’art sur la nature : joindre par des ponts des rives que la nature avait séparées, assécher des marais naturels, creuser des puits, amener à la lumière du jour ce que la nature avait enfoui à des profondeurs immenses dans la terre, détourner sa foudre par des paratonnerres, ses inondations par des digues, son océan par des jetées. Mais louer ces exploits et d’autres similaires, c’est admettre qu’il faut soumettre les voies de la nature et non pas leur obéir ; c’est reconnaître que les puissances de la nature sont souvent en position d’ennemi face à l’homme, qui doit user de force et d’ingéniosité afin de lui arracher pour son propre usage le peu dont il est capable, et c’est avouer que l’homme mérite d’être applaudi quand ce peu qu’il obtient dépasse ce qu’on pouvait espérer de sa faiblesse physique comparée à ces forces gigantesques. Tout éloge de la civilisation, de l’art ou de l’invention revient à critiquer la nature, à admettre qu’elle comporte des imperfections, et que la tâche et le mérite de l’homme sont de chercher en permanence à les corriger ou les atténuer.« 

John Stuart MILL , La nature (1874).

Maison de John Stuart Mill, à Avignon, aujourd’hui détruite.

EXPLICATION DU TEXTE :

Nous découvrons dès le premier regard que le texte à expliquer comprend trois parties nettement séparées par trois paragraphes. Demandons-nous ce que fait l’auteur et ce qu’il dit, autrement dit, essayons de cerner la forme et le contenu du texte.

– Nous découvrons dès la première partie, les deux premières lignes du texte une hypothèse (si … était) qui aboutit à une conclusion à savoir que si la nature était parfaite, elle n’aurait pas besoin qu’une action s’exerce sur elle. On ne peut condamner l’action de l’homme sur la nature comme inutile et même nuisible que si on admet comme incontestable que l’ordre du monde est parfaitement harmonieux, satisfaisant pour les commodités des hommes. Mais justement le point de départ de Stuart-Mill semble être que la nature n’est pas si bonne que cela alors que la plupart des philosophes ont tendance à louer la nature, à parler de « mère Nature ».

Dans la deuxième partie, l’auteur émet donc sa deuxième hypothèse : l’éloge de l’artificiel contre le naturel soulignant les imperfections de la nature. Le cours naturel des choses n’est pas parfaitement bon et satisfaisant puisqu’on éprouve partout le besoin de bêcher, de labourer de cultiver la terre ou de porte des vêtements.

– La troisième partie célèbre alors les victoires sur la nature que représentent les actions de l’homme pour en maîtriser ses forces comme par exemple la construction d’un pont joignant deux rives tel le célèbre Golden Gate Bridge de San Francisco :

San Francisco avant la construction du pont
Début construction du pont
Golden Gate Bridge aujourd’hui !

Bref le contenu du texte s’appuie sur un critère auquel l’auteur se réfère plusieurs fois ici : celui de l’utilité, qui ferait la valeur d’une action. L’UTILE est LE critère par excellence :

Ainsi, la philosophie de John Stuart-Mill est-elle appelée UTILITARISTE :

BILAN DU GRAND 2 :

Nous avons vu que la techno-science permet de dominer, de domestiquer la nature. Par la connaissance de la nature, hors de nous et en nous, nous sommes arrivés à maîtriser le milieu dans lequel nous vivons et le corps humain. Ainsi, nous pouvons désormais prévoir un cyclone, déclencher une alerte tsunami, vivre dans des immeubles anti-sismiques et surtout guérir de plus en plus de maladies hier incurables. Notre vie s’améliore tous les jours par le confort et nous semblons avoir une existence plus facile, et même agréable. Dans un premier temps, il nous a semblé donc tout à fait nécessaire de dominer la nature et cette domination est l’oeuvre de la culture qui désigne tout processus mis en oeuvre par l’humanité afin de modifier, améliorer, organiser ce qui est déjà là, en nous et hors de nous. Ainsi les êtres humains ont-ils eu besoin d’éducation, de règles, de connaissance et d’ingéniosité pour réussir à dominer la nature, s’assurant ainsi non seulement les conditions de leur survie, mais surtout celles d’une vie meilleure dans laquelle les progrès scientifiques et techniques assurent à l’humanité santé et confort.