LA NATURE / 1

Dans le nouveau bac, la Nature a remplacé la culture : à votre avis POURQUOI ?

Certes sans doute parce que c’est une notion centrale, autour de laquelle beaucoup de questions se posent et de problèmes surgissent mais surtout on pense immédiatement à la question écologique, si importante aujourd’hui. Si cette question se pose, c’est parce que l’homme entretient avec la nature une relation complexe : il a besoin d’elle mais il ne la respecte pas toujours comme il le devrait… et partout on évoque une planète dorénavant menacée, une planète en danger :

C’est cette relation homme/nature qui va être au cœur de la leçon qui va suivre :

1°) Définitions : la distinction nature / culture :

Nature : on parle de la nature, comme de l’environnement, du monde naturel, tout ce qui n’est ni fabriqué, ni transformé, ni créé par l’homme.

Yaourt nature sans colorants, sans produits chimiques

Le mot grec pour parler de la nature est phusis : il désigne ce qui croît de soi-même (verbe croître), ce qui naît et se développe de soi-même, (la physique désignant chez les Anciens, la connaissance de la nature, la science en général).

Culture : la culture au contraire désigne tout ce que l’homme produit, fabrique, transforme, invente et crée..

Notons que le terme « culture« , dans sons sens actuel, est assez récent et que le paradoxe est qu’il vient aussi du champ de la nature : l’agriculture, la culture de la terre. La dérivation est assez logique : on peut cultiver son esprit comme on cultive la terre et colere en latin d’où vient le mot veut dire « prendre soin de « .

Prendre soin de la terre : agriculture :

Cultures en terrasse de Pisac au Pérou

Prendre soin de son corps : culturiste

Prendre soin de son esprit : être cultivé.

Prendre soin de sa tribu, de son peuple : la culture kanak, chinoise, française :

Nouvel an chinois à Paris

Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle que le terme de « culture » désignera l’ensemble des produits de la civilisation, au sens qu’on parle de « culture kanak » ou de « culture chinoise ou japonaise », c’est-à-dire la culture au sens collectif des traditions et des coutumes d’un peuple.

Prendre soin des dieux avec le mot « culte » qui a la même racine :

À quoi sert le culte ?

VOLTAIRE , la dernière phrase de « Candide » :

« Jardin » pris ici au double sens, de terre et d’esprit.

Exemple : le nouvel an chinois fêté à Paris en 2023, manifestation de la culture chinoise :

La culture, mot et concept est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de colère – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme ».

Hannah Arendt – La crise de la culture, 1961

Hannah Arendt (1906-1975)

2°) Problème :

Nous relevons deux problématiques centrales sur lesquelles vous pouvez tomber :

b) Faut-il dominer la nature ?

Quel est le pouvoir de l’homme face à la Nature ? Est-il un simple composant parmi d’autres ? Peut-il la domestiquer (du latin « domus« , la maison), la maîtriser, la modifier, orienter son cours ?

Nous allons nous efforcer d’y répondre en envisageant quelques unes des nombreuses pistes possibles que cette question ouvre… Mais d’abord dans notre enjeu, traitons de manière originale de l’homme être culturel ou naturel ?

Négresse à plateau d’Ethiopie

QU’EST-CE QUE « DOMINER » ?

Dominer : c’est contrôler, maîtriser, dompter, par exemple on dit de quelqu’un qu’il a su dominer ses sentiments, pour dire qu’il a su les contrôler comme « dominer sa colère »

Jardin à la française exemple de paysage maîtrisé, dompté, cultivé, domestiqué

Yoruba du Nigeria scarifié
L’EXEMPLE DE HEGEL : l’enfant qui jette des cailloux dans l’eau.

 » L’homme est également engagé dans des rapports pratiques avec le monde extérieur, et de ces rapports naît également le besoin de transformer ce monde, comme lui-même , dans la mesure où il en fait partie, en lui imprimant son cachet personnel. Et il le fait, pour encore se reconnaître lui même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme d’une réalité extérieure. On saisit déjà cette tendance dans les première impulsions de l’enfant : il veut voir des choses dont il soit lui-même l’auteur, et s’il lance des pierres dans l’eau, c’ est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son oeuvre dans laquelle il retrouve comme un reflet de lui même. Ceci s’observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses jusqu’à cette sorte de reproduction de soi même qu’est une oeuvre d’art. A travers les objets extérieurs il cherche à se retrouver lui même. Il ne se contente pas de rester lui même tel qu’il est : il se couvre d’ornements. Le barbare pratique des incisions à ses lèvres, a ses oreilles, IL SE TATOUE … Toutes ces pratiques n’ont qu’ un seul but : l’homme ne veut pas rester tel que la nature l’a fait. »

Hegel, « Introduction à l’esthétique », chap II, in Esthétique.

HEGEL (1770-1831)

La pratique du piercing remonte à l’antiquité… C’était pour les esclaves (boucle d’oreille) la marque de la servitude. Ensuite le piercing est devenu le signe d’une communauté. Celle des femmes, des rebelles, des bagnards, des homos, des « punk », des artistes… Chez tous les peuples, on se peint et on se maquille depuis toujours :

Le masque de beauté des Mahoraises

Il s’agit comme le pense Hegel, de prendre ou de garder le contrôle de sa réalité, d’imprimer sa marque sur le territoire, de montrer qu’on n’est pas un animal tel le coeur gravé des amoureux sur un tronc d’arbre ou les tags qui défigurent les murs de nos villes :

Ou comme l’exemple cité par Hegel de l’enfant qui jette des cailloux dans l’eau :

Le tatouage marque le corps et est signe de culture traditionnelle ou rebelle :

Il ne s’agit pas de plaire, mais d’exister !

L’homme devient sujet en découvrant le reflet de sa réalité dans le monde. Il le prend à témoin. Je suis ce que je fais, je suis ce que je fais de moi. Plus que les  heures, les secondes, mes pensées et surtout mes actes me fondent et font de mon être un fait.

Tatoué maori

Tatouage vieille école (old school)

Gangs manas du Salvador (Amérique latine)

On peut qualifier d’art tout ce par quoi l’homme marque de son empreinte le monde de façon gratuite. Hegel a évoqué ici les tatouages, les bijoux certes comme marque d’une culture inférieure mais du moins a-t-il le mérite de reconnaître cette pratique diabolisée à l’époque et interdite comme la preuve que l’homme se distingue par sa rupture avec le biologique (une peau nue) et son empreinte culturelle partout où il le peut.