I Les petites perceptions de Leibniz (1646-1716):


Souhaitant lui-aussi répondre à Descartes ou le compléter, Leibniz (1646-1716), philosophe allemand évoque non pas comme Pascal l’impossibilité de définir le Moi (Leibniz est un rationaliste) mais sa difficulté car…. nous avons aussi un CORPS et Descartes d’ailleurs l’avouait lui-même :

JE PERÇOIS
Même si je m’identifie à ma pensée, mon corps n’est pas un objet quelconque pour
moi. Le corps est ce dont je dispose, mais également ce dont je suis dépendant.


Mais alors si nous reconnaissons avec Descartes que le corps n’est pas simplement quelque chose qui m’appartient comme un objet extérieur, si mon corps n’est pas un objet quelconque pour moi, il est ce dont je dispose mais également ce dont je suis dépendant.
Tiens donc pourquoi je pleure soudainement ?

Lorsque mon corps est blessé, c’est bien moi qui éprouve de la douleur :

Lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, c’est bien moi qui ai soif et faim.

Ces trois exemples sont d’ailleurs des exemples du philosophe DESCARTES
On voit bien ici qu’on a du mal parfois à distinguer l’âme du corps et ne parlons même pas de l’érotisme !

ALORS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Comment résoudre le problème du dualisme corps et âme, de la matière et de l’esprit ?
C’est là que nous rencontrons le philosophe allemand LEIBNIZ :

à la fois pour votre cours de philosophe générale sur la notion du programme l’INCONSCIENT mais aussi ici en HLP
Que va faire LEIBNIZ ?
Il va poser l’unité absolue de la réalité humaine.
Mais évoquons peut-être d’abord qui était ce curieux philosophe allemand LEIBNIZ (1646-1716) inventeur du calcul infinitésimal et grand mathématicien, ce qui intéressera aussi forcément les « matheux » de la classe ?
MAINTENANT ALLONS A



« D’ailleurs il y a mille marques qui font juger qu’il y a à tout moment un infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion, c’est-à-dire des changements dans l’âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont trop petites et en trop grand nombre ou trop unies., en sorte qu’elle n’ont rien d’assez distinguant à part, mais jointes à d’autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l’assemblage.(…) Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j’ai coutume de me servir de l’exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est sur le rivage. Pour entendre ce bruit comme l’on fait, il faut bien que l’on entende les parties qui composent ce tout, c’est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensemble, c’est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. Car il faut qu’on en soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu’ils soient ; autrement on n’aurait pas celle de cent mille vagues car cent mille rien ne saurait faire quelque chose. (…)
Ces petites perceptions sont donc de plus grande efficace par leur suite qu’on ne pense. Ce sont elles qui forment ce je ne sais quoi, ces goûts, ces images, ces qualités des sens, claires dans l’assemblage, mais confuses dans les parties, ces impressions que des corps environnants font sur nous, qui enveloppent l’infini, cette liaison que chaque être a avec tout le reste de l’univers. On peut même dire qu’en conséquence de ces petites perceptions, le présent est gros de l’avenir et chargé du passé, que tout est conspirant et que dans la moindre des substances, des yeux aussi perçants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de l’univers.».
G. Leibniz, Les nouveaux essais sur l’entendement humain, Préface.
En posant l’existence de petites perceptions inconscientes, c’est-à-dire de perceptions qui nous affectent mais dont nous n’avons pas conscience – que nous n’apercevons pas, Leibniz développe l’idée que notre expérience du réel est infiniment plus riche et complexe que ne l’est notre représentation du réel. Le monde que nous apercevons est sous-tendu de virtualités.Tout a déjà commencé avant même que nous y pensions.
Reprenons son exemple célèbre du bruit de la mer :
Je me balade sur la plage, j’entends ce bruit de la mer comme un Tout, une totalité et pourtant, il est composé du bruit de chaque goutellette d’eau qui se frappe entre elles :
Que s’est-il passé ?
Une accumulation quantitative de « petites perceptions inconscientes » qui fait qu’à un certain moment, à un certain état de seuil franchi, le bruit total apparaît, est perçu.
En fait, Leibniz c’est le penseur des surfeurs, des dormeurs ou des tireurs de corde !

Je m’explique :
- Je dors, et je me réveille soudain car il y a du bruit dans la rue, des gens qui rentrent éméchés et bruyants de boite de nuit … En fait, le bruit avait commencé bien avant mais je ne m’étais pas encore réveillé… Il y avait eu bien avant le bruit de la voiture qui arrivait, le claquement des portières, tout cela je l’avais « entendu » inconsciemment mais cela ne m’avait pas réveillé. Mais c’est parce que, tous les bruits de cette rentrée tardive intempestive des voisins se sont cumulés qu’à un moment donné, ça m’a réveillé. De « petites perceptions inconscientes », les bruits sont devenus conscients…
- Ce prisonnier s’échappe de sa cellule par la corde ou ces deux joueurs tirent sur une corde, au fur et à mesure de la pression sur celle-ci, elle s’effrite mais c’est encore « inconscient » jusqu’à ce que…. Houp !…. Ca craque… je tombe.. la corde s’est rompue : le seuil du passage de l’inconscient au conscient a été franchi par l’addition de petites pressions inconscientes sur la corde.
Leibniz est un philosophe important, difficile mais très relu actuellement pour ses implications en neurosciences car voyez-vous les implications d’une telle doctrine ?



« Rien n’est comme une île dans la mer«
» TOUT EST CONSPIRANT »
En fait, même en dormant, le monde communique toujours avec moi. Nous recevons sans arrêt des perceptions qui sont inconscientes mais qui n’en influent pas moins sur moi.
Pourquoi je me sens si bien dans ce bureau peint en bleu ciel et si mal dans cet autre peint en jaune canari ou en rouge vif ! Sans le vouloir, sans qu’on le sache, les couleurs d’un espace, d’une pièce influent sur nous tout comme la disposition des meubles : faites l’expérience, changez aujourd’hui tous vos meubles de place et c’est une autre manière de vivre chez vous qui se profile avec d’autres sensations !

Leibniz surfeur est aussi le philosophe des rénovateurs et des décorateurs !


« Tout conspire », « Tout influe sur nous », « Nous sommes reliés à tout » …. même si la plupart du temps nous n’en avons pas conscience !
D’où l’usage des images subliminales, des sons subliminaux présents par exemple dans les rayons de supermarchés américains (en France, c’est théoriquement interdit). Tiens… mais pourquoi je me retrouve avec cette marque de lessive dans mon charriot que je ne prends pourtant jamais !? … C’est que dans la bande son de la musique d’ambiance du magasin, on me disait et suggérait « achetez x, essayez y !! » et mon cerveau (le droit) a tout enregistré par le mécanisme des « petites perceptions inconscientes » :
Tout ce qu’on perçoit (odeurs, sons, couleurs …) même inconsciemment est retenu par notre cerveau, notre âme disait dans son vocabulaire notre grand Leibniz !

Pour Leibniz, philosophe allemand du XVIIe siècle, le sujet pensant s’attribue la multiplicité des représentations et des perceptions et l’identité personnelle ne se réduit pas à ce qu’en saisit la conscience. La conscience n’est pas une substance et c’est pourquoi notre âme peut être agitée de perceptions dont elle n’a pas conscience.

II Le Moi comme « théâtre de perceptions »
DAVID HUME (1711-1776), philosophe écossais :
Une charge contre Descartes :

DAVID HUME, philosophe écossais (1711-1776) :
« Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence ; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. / Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. / Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps, je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. »
David Hume, Traité de la nature humaine.


Situation de l’extrait analysé
Texte analysé : David Hume, Traité de la nature humaine, livre I, 4ème partie, section VI. Dans cette oeuvre, Hume défend une conception empirique de la connaissance. La conséquence majeure en est une critique de la causalité, mais également des notions métaphysiques telles que le moi. La quatrième partie consiste en une opposition du système de Hume, c’est-à-dire sceptique, aux autres systèmes philosophiques.
Introduction : THEME / THESE :
Dans cet extrait polémique, dirigé de toute évidence contre Descartes et son célèbre cogito, Hume s’attaque au problème de l’existence du moi : peut-on vraiment dire « Je suis, j’existe « , » Je pense donc je suis » ? Plus précisément, y-a-t-il une unité, une identité personnelle du Moi derrière la diversité de nos perceptions. Et, à ces questions l’auteur nous répond que NON il n’y a pas d’unité possible, une unification possible sous un moi frappé en permanence de perceptions venant de l’extérieur.
Or Descartes posait une telle identité personnelle avec l’existence assurée du Je pense et de la Raison. Hume, au contraire, répond par la négative : le moi n’existe pas. L’homme n’est, en dernière analyse, qu’une multiplicité de perceptions, sans aucune unité. Nous nous réduisons donc à une simple collection de perceptions, sans dénominateur commun, sans identité personnelle. Telle est la thèse que défend Hume dans cet extrait.
Plan :
Sa critique de l’identité personnelle se déroule en trois temps. Après avoir, dans un premier temps, présenté l’antithèse (existence du moi défendue par les philosophes antérieurs, les cartésiens), Hume entreprend sa définition et sa critique du moi à partir de « pour ma part« . Puis, dans un troisième temps, il tire les conséquences de cette définition du Moi par nos perceptions sensibles à propos du sommeil et de la mort, (Descartes ayant affirmé dans un texte que « l’âme pense toujours » et qu’elle est immortelle.
Vers l’illustration théâtrale du moi :


Hume termine ce texte un peu plus loin par cette citation :
« L’esprit est une sorte de théâtre où diverses perceptions font successivement leur apparition ; elles passent, repassent, se perdent, et se mêlent en une variété infinie de positions et de situations.«
Hume compare ainsi le moi à un théâtre (« une sorte de théâtre », écrit-il). On avait déjà relevé auparavant le lien étymologique entre la personne (étymologie « persona » en latin, le masque de théâtre, le rôle, un personnage) et le théâtre. L’analogie prend donc ici tout son sens. Le moi est un théâtre où se succèdent les perceptions (ex : chaud / froid), où elles repassent plusieurs fois. Les perceptions changent sans cesse : elles entrent et sortent comme des personnages sur une scène de théâtre.
Cette image utilisée par Hume sert à appuyer l’idée qu’il n’y a pas d’unité, que rien ne reste le même : l’esprit, tout comme ce qui se passe sur scène, n’est jamais le même. Que ce soit à un moment précis ou continûment, il n’y a pas d’unité. Tout se passe donc comme dans théâtre où les acteurs bougent, changent de place, sont plusieurs, plus ou moins nombreux…

Hume a donc rejeté l’idée du moi et de l’identité personnelle dans le rang des idées métaphysiques, c’est-dire dénuées de sens grâce à sa théorie empiriste de la connaissance. L’empirisme est la position selon laquelle toute connaissance provient de l’expérience. L’esprit n’est que diversité de perceptions multiples et non une unité substantielle. En ce sens, le moi disparaît : il est évincé. C’est un non lieu, un nulle part, un rien où se déroulent pourtant toutes les scènes de notre vie, comme dans un théâtre virtuel.
Pour le philosophe écossais Hume, c’est une erreur d’imaginer qu’il pourrait y avoir une connaissance du moi comme si celui-ci pouvait être abstrait des perceptions sensibles. Quand il s’examine, il ne sent qu’une diversité d’expériences et pas de soi intérieur, donc Hume en conclut que le soi n’existe pas.



Question d’interprétation philosophique :
Peut-on se connaître soi-même ?

Dès le début de ce texte, Hume vise Descartes et l’idée d’une conscience du moi. Descartes passe de l’idée du moi, la conscience de soi obtenue par l’évidence du cogito, « je pense donc je suis », à la question de la connaissance de ce « je » qui pense : le Moi. Or pour Hume, nous ne pouvons saisir que des sensations (chaud – froid), des perceptions (lumière – ombre), des sentiments (amour – haine) mais on ne peut connaître ou affirmer quoi que ce soit sur le moi en dehors de ces perceptions. Toute connaissance est un savoir de
ce qui est perçu, elle dépend donc d’une expérience (du froid ou du chaud par exemple). C’est ce que l’on nomme l’empirisme :
Il n’y a de connaissance que par l’expérience et il est nécessaire d’ajouter que celle-ci
est contestable car elle procède par induction, c’est-à-dire par généralisation à partir de cas particuliers. On ne peut jamais être certain que ce qui s’est passé se reproduira à l’avenir. Quant au « moi », il n’y a pas de connaissance du sujet hors de la connaissance des perceptions qu’il saisit, autrement dit, ce n’est pas le moi que l’on connaît mais des émotions ou sensations qui l’affectent.
La première réponse à la question de notre sujet « peut-on se connaître soi-même ? » serait d’affirmer que l’on peut donc connaître des sensations, des impressions ou des sentiments qui agitent notre âme. Mais si l’on entend par « moi », Hume répond à cette question en affirmant qu’en écartant les perceptions, il ne reste qu’un « parfait néant ».
D’où vient alors que certains, dont fait partie Descartes, affirment une simplicité de l’âme ou une continuité d’existence ? Pourquoi penser que l’on se connaît soi-même alors
qu’on ne saisit que des états de conscience ? La dernière phrase donne des éléments de réponse. Le Moi a tout l’air d’être un préjugé. En tous cas, Hume affirme qu’il ne peut « raisonner » sur ce sujet. On ne peut raisonner, selon Hume, avec celui qui, par l’imagination, comble l’ignorance. Le moi ne serait qu’une illusion. Hume montre ainsi que ce que nous prenons pour une connaissance est, en fait, une croyance (« to believe » en anglais), Nietzsche dira plus tard une « fiction« aux trois métamorphoses :