II DE LA MUSIQUE CLASSIQUE A LA MUSIQUE ATONALE :
1°) L’école de Vienne :
Prenons notre temps. Écoutons deux extraits de musique religieuse. D’abord celui de l’Evangile selon St- Matthieu de Jean-Sébastien Bach (1695-1750), un des sommets de la musique classique :
Puis le second mouvement du Concerto à la mémoire d’un ange composé par Alban Berg (1885-1935) en 1935, année de sa mort et interprété l’un et l’autre par Anne-Sophie Mutter :
Après cette écoute, on entend bien la différence entre les deux oeuvres même si elles doivent toutes deux leur célébrité à leur lyrisme. La première sonne familièrement à nos oreilles et nous reconnaissons sans peine l’inspiration presque romantique en tout cas tragique du compositeur alors que la seconde surprend : les notes ne semblent pas se fondre en une tonalité harmonieuse mais presque se contredire comme si les interprètes jouaient faux ! Du moins est-ce la première impression qui s’évanouit à mesure que l’écoute se prolonge et qu’apparaît une sorte de lyrisme dissonant.
Le Concerto à la mémoire d’un ange est exemplaire d’une forme nouvelle de musique,
inventée par Arnold Schönberg, le dodécaphonisme :

On utilise alors la série des 12 tons et demi-tons de la gamme chromatique (l’ensemble des touches noires et blanches sur l’octave d’un piano). C’est ce qu’on appelle le dodécaphonisme (dodéca : « douze » en grec). Tel fut le pari d’Arnold Schönberg (1874-1951), Alban Berg (1885-1935) et Anton Webern (1883-1945) rassemblés dans l’école de Vienne au début du XXe siècle :

Pour prendre la mesure d’une telle révolution, on peut écouter successivement la « petite musique de nuit » de Mozart :
et en contrepoint un extrait du poème symphonique d’inspiration wagnérienne que Arnold Schoenberg (1874-1951) compose en 1913, les Gurre-Lieder ou apparaît à la fin de la composition, un moment de Sprechgesang (ou « chant déclamé ») dont Schönberg fera un grand usage dans toute son oeuvre ultérieure. La dissonance apparaît ici encore plus radicale :
Ce lieder composé en 1913 semble presque annoncer la mitraille des tranchées de 14-18, le contexte meurtrier de l’époque :

La musique contemporaine s’est donc libérée de la tonalité comme la peinture abstraite s’est libérée de la figuration. Pour beaucoup, elle s’est ainsi affranchie des règles qui définissaient la beauté, tournant le dos à l’esthétique plutôt qu’inventant une esthétique nouvelle. L’art moderne serait-il alors le tombeau des Beaux-Arts ?
Nous retrouvons là un débat qui fut particulièrement vif dans l’architecture du XXe siècle comme dans la peinture et ce sera sans compter avec l’influence là-aussi de l’art nègre par l’irruption de genres musicaux nouveaux qui détrôneront très vite la musique classique et seront au début considérés non pas comme des musiques d’enfants mais de « sauvages ».
2°) L’influence de la musique nègre: de la naissance du jazz à l’afro-beat :
Elvis PRESLEY et la naissance du rock :
TUPAC et EMINEM et la naissance du rap :
FELA RANSOME KUTI, parrain nigérian du site et la naissance de l’afro-beat :
III Une démarche radicale : les readymade de Marcel Duchamp :

L’art moderne a dépouillé l’oeuvre d’art de la figuration au bénéfice d’un formalisme esthétique résolu. Mais que reste-t-il de l’art si l’on rompt avec ce formalisme lui-même. Telle est la question que s’est posée Marcel Duchamp. Sa réponse, c’est qu’il reste le geste de l’artiste tel que le public le perçoit. D’où l’invention des ready-made (les « déjà fabriqués« ) dont le plus célèbre reste l’urinoir baptisé Fountain et signé du nom fictif de « R. Mutt »
au Salon des Indépendants de New York en 1917 :

On peut également citer le sèche-bouteille de 1914 :

Un urinoir, un sèche-bouteille érigé au rang d’oeuvre d’art ? Le choix de tels objets n’est évidemment justifié par aucune raison esthétique et ne témoigne d’aucun goût. Mais surtout, il ne suppose chez l’artiste aucune forme de talent, la maîtrise d’aucun art : les ready-made ne sont pas des « oeuvres » d’art au sens strict du terme puisqu’ils n’ont pas été fabriqués. C’est le geste de l’artiste qui les signe et les expose qui leur confère alors leur appartenance à la sphère de l’art, avec ce que cela implique de provocation. Le ready-made peut être considéré aussi bien comme le point culminant de la modernité en art que comme la négation pure et simple de « l’art » tel qu’on l’avait entendu jusque-là. La postérité de Duchamp sera considérable, de l’action painting aux performances des artistes contemporains, centrées sur le geste de l’artiste, en passant par le Pop Art.
C’est désormais le geste qui compte comme dans l’ACTION PAINTING, terme créé en 1952 pour désigner la gestuelle des peintres expressionnistes abstraits dont le principal représentant est Jackson Pollock (1912-1956) :

Sur cette vidéo, des images de Jackson Pollock filmé en train de peindre :

Pop Art : l’expression désigne un mouvement artistique des années 60, qui érige au rang d’oeuvre d’art des objets de la société consommation ou de la culture populaire, centré à New York, dont les principaux représentants sont Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Cette vidéo constitue une bonne introduction au Pop Art :

Une performance notable (17 et 18 juillet 1961) : Yves Klein réalisant ses Anthropométries de la période bleue. Le document est extrait du documentaire italien Mondo Cane (1962) auquel Klein reprochera, non sans quelques raisons, de l’avoir ridiculisé :
Mais alors une question embarrassante se pose : que peut-il devenir l’art une fois qu’il en est arrivé à consister en un geste provocateur ? Peut-on aller
plus loin que l’abstraction, l’atonalité, le ready-made ? Le problème que pose alors l’art moderne devenu contemporain c’est alors celui de sa postérité et de sa légitimité même étant très souvent devenu rien d’autre qu’un objet commercial ?

FIN DU COURS 1