COURS 4 / PROUST ET BERGSON (méthodo)

Henri Bergson (1859-1941), philosophe français.

Texte de Henri Bergson (1859-1941) sur le langage et la pensée :

 »Chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité tout entière. / Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme. Nous jugeons du talent d’un romancier à la puissance avec laquelle il tire du domaine public, où le langage les avait ainsi fait descendre, des sentiments et des idées auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et vivante individualité. / Mais de même qu’on pourra intercaler indéfiniment des points entre deux positions d’un mobile sans jamais combler l’espace parcouru, ainsi, par cela seul que nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage« .

Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889.

Méthodologie : THEME – THESE – PLAN – ENJEU

Dans ce texte de Henri Bergson, philosophe français du début du XXème siècle, extrait de son Essai sur les données immédiates de la conscience (carte d’identité du texte), l’auteur s’interroge sur la recherche de soi et plus précisément sur les expressions de la sensibilité par le langage. Il se demande si le langage peut réellement exprimer ce que nous ressentons. Peut-on vraiment exprimer notre sensibilité par les mots ? Le langage ne nous trahit-il pas ? (thème). A ces questions, l’auteur nous répond que la parole est un outil inadapté à la juste expression de nos idées et de nos sentiments alors que la littérature, celle du romancier par exemple y parviendrait. (thèse). Pour démontrer cette thèse, nous pouvons diviser notre texte en trois parties :

  • Première partie : lignes 1 à 2 : définition de la singularité humaine : l’expression individuelle de la sensibilité.
  • Deuxième partie : lignes 2 à 7 : le caractère réducteur du langage humain et la force du romancier.
  • Troisième partie : lignes 7 à fin : l’échec du langage et l’incommmensurabilité du langage humain avec notre sensibilité.
  • (plan ici schématisé : on peut aussi le rédiger)

Mais alors comment communiquer vraiment ce que nous ressentons ? Peut-on vraiment dire que les mots nous trahissent ? Ne faudrait-il qu’être artiste ou se taire pour exprimer authentiquement nos sentiments ? ( enjeu = la reformulation de la problématique, on reprendra en particulier sous une autre forme la question posée dans l’essai).

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Il arrive que nous ne trouvions pas les mots pour le dire ou qu’ils nous paraissent très en deçà de ce que nous ressentons. Dès lors, la question se pose de savoir s’il s’agit d’une impuissance du langage. Tel est le problème que Bergson résout dans cet extrait de son Essai sur les données immédiates de la conscience. L’auteur veut montrer que le langage est insuffisant pour exprimer ce que nous pensons individuellement.

Toutefois, cette impuissance supposée ne laisse pas d’impliquer certaines difficultés. Notre pensée perd-elle quoi que ce soit à être la même que celle des autres ? Comment dire sans se contredire qu’il y a de l’inexprimable ? L’originalité n’est-elle pas une conquête plutôt qu’une donnée immédiate ?

L’auteur commence par opposer la singularité de la pensée avec le caractère général des mots qui l’expriment. Pour ce faire, il prend deux exemples, à savoir l’amour et la haine. Il postule dans cet extrait de l’Essai sur les données immédiates de la conscience que la façon d’aimer ou de haïr de chacun lui est propre dans la mesure où elle émane de sa personnalité. C’est donc qu’il admet que la personnalité de chacun diffère de celle des autres. Il est donc individualiste. Et comment ne pas l’admettre puisque si ma personnalité est la même que celle d’un autre nous serions une seule et même personne ou bien nous serions incapables de nous distinguer. Mais il va plus loin en supposant que nous sommes définis non par notre raison comme le disent la plupart des philosophes (cartésiens dans l’âme !) mais par les sentiments, notre sensibilité (sensualisme). L’amour et la haine reflètent notre sensibilité toute entière. Il y a donc autant d’amour et de haine qu’il y a de personne. (on change de paragraphe quand on change de partie à expliquer).

Or réfléchissions un instant : il n’y a qu’un mot pour l’un et l’autre sentiment, il n’y a qu’un mot pour dire « je t’aime » !

Dès lors, c’est ce caractère unique que le langage ne peut exprimer. Aussi l’auteur ajoute-t-il à ses deux exemples, « les milles sentiments qui agitent l’âme ». (on cite des morceaux du texte mais très court). C’est dire que les sentiments au sens large ne sont pas entièrement exprimables par les mots. Nous éprouvons d’ailleurs souvent une difficulté à exprimer ce que nous sentons et pensons et selon Bersgson, cela tient à la nature même du langage, qui, support de la seule pensée conceptuelle, est réducteur de la réalité. Le mot nous cache la chose car il désigne un genre, une catégorie par exemple l’arbre qui renvoie aussi bien aux pins, aux manguiers, au banyan mais ne nous dit rien sur le pin, cet arbre particulier à épines.

L’île des Pins en Nouvelle-Calédonie.

Le mot ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal. Or qu’y-a-t-il de commun entre la mort de son père, un soir d’été sur la plage et l’échec à un examen ? Alors qu’on dira : « je suis triste ».

Le langage serait alors fondamentalement incapable de traduire la sensibilité pure et vraie. Reste donc à se demander s’il n’est pas possible d’exprimer d’une certaine façon l’inexprimable qui ne serait alors qu’un défaut quant à l’utilisation du langage et non une impuissance du langage lui-même. En effet, Bergson prend l’exemple du romancier. Selon lui, il réussit, grâce à la richesse et à la précision de la langue qu’il utilise, à donner des nuances relatives aux sentiments et aux idées qui s’expriment habituellement de façon impersonnelle. C’est ainsi que le romancier comme Stendhal (1783-1842) dans La Chartreuse de Parme (1839) qui décrit l’expérience de Fabrice Del Dongo à la bataille de Waterloo du point de vue de son personnage va exprimer et les sentiments et les idées de son personnage, idées et sentiments propres qu’il est seul capable de nous faire partager. L’admirateur de Waterloo parcourt la bataille sans véritablement comprendre où elle se situe sauf par le style. On note que c’est en juxtaposant de multiples détails (ligne 6) , en juxtaposant donc les mots que le romancier parviendrait à rendre compte de la réalité sensible et de nos pensées.

Mais en fin de compte malgré cette profusion des mots, Bergson semble montrer que le romancier, quelques détails qu’ils ajoutent indéfiniment, n’arrivera jamais à donner leur individualité véritable aux sentiments et aux idées. Pour cela, il compare le procédé du romancier à celui d’une question qui a rapport à l’univers physique. En effet, soit deux positions d’un mobile, c’est-à-dire d’un corps qui parcourt un espace en un temps donné, il est possible d’intercaler entre eux une infinité de points. Dès lors, il est impossible ainsi de retrouver l’espace parcouru. C’est donc une mauvaise méthode pour saisir le mouvement que de tenter de le reconstituer à partir des points fixes parcourus par le mobile. On devine à peu près que le mouvement devra être saisi en lui-même. Il en va de même selon Bergson avec les mots. En les juxtaposant, nous ne faisons qu’associer les idées. Dès lors, celles-ci ne se pénètrent pas, c’est-à-dire ne forment pas cette unité qui est ce que l’âme ressent ou pense. C’est donc dire que les idées ne sont pas séparées dans la pensée. Elles sont multiples dans l’âme mais d’une multiplicité de fusion et non d’une multiplicité de juxtaposition. On comprend donc par cette comparaison que l’impuissance du langage est d’essence. C’est pour cela que Bergson l’exprime dans le vocabulaire des mathématiques antiques. La pensée est incommensurable au langage signifie qu’il n’est pas possible par le langage de rendre compte de la pensée qui est donc quelque chose de plus que le langage, quelque chose donc qui n’est pas réductible à la rationalité qui s’exprime dans le langage.

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Le problème était de savoir si la sensibilité et la pensée était telle que le langage ne puisse l’exprimer, c’est-à-dire finalement si nous ne pouvions jamais communiquer ou exprimer ce que nous pensons. Bergson, à partir de l’idée d’une pensée affective et représentative singulière, montre que le langage, toujours objectif et impersonnel, ne peut, même sous la forme de la recherche littéraire, exprimer la singularité. Nos sentiments sont toujours particuliers et originaux car ils reflètent notre personnalité qui est unique. Or, le langage est pauvre en réalité : il n’emploie que des lieux communs, des mots généraux. Le langage échouera donc toujours à vraiment exprimer ce que l’on pense et ressent au plus profond de soi. La pensée, la sensibilité, mon intimité est dans sa réalité profonde incommensurable avec le langage sauf pour l’artiste, le romancier, le poète capable par un seul vers comme celui de Paul Verlaine dans Romances sans paroles : « Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville » de nous étreindre au plus profond de nous-même.

  • Il apparaît que nos sentiments ( « ce que notre âme ressent« ) sont toujours particuliers, originaux (car ils « reflètent notre personnalité tout entière« ; or, cette personnalité est unique).
  • Or, le langage emploie des noms communs, des mots généraux pour désigner ces sentiments.
  • Donc, parce qu’il est fondamentalement général, le langage ne peut exprimer la pensée dans sa réalité singulière, mais seulement ses aspects « objectifs » et « impersonnels ».
  • Il apparaît que nos sentiments présentent entre eux une profonde continuité et interpénétration.
  • Or, quand nous pensons ces sentiments à l’aide du langage, nous les découpons en idées et nous juxtaposons celles-ci.
  • Donc, encore une fois, le langage ne peut exprimer fidèlement nos sentiments.

La pensée est, dans sa réalité profonde, « incommensurable » avec le langage, car elle ne peut être pleinement saisie, évaluée par lui.

EDUCATION 0 / PROLOGUE

Dans cette séquence « Éducation, transmission et émancipation », ces trois thématiques – à la fois indépendante et en continuelle interaction – seront étudiées sous trois angles, dans une perspective historique large, allant du XVIIIe au XXe siècle. C’est ainsi que vous découvrirez dans une première partie la manière dont l’éducation peut aider l’enfant à devenir soi en nous interrogeant philosophiquement sur ce que pourrait-être une bonne éducation ? Pour ce faire, on analysera le « débat » des Lumières entre Rousseau et Kant nous amenant d’ailleurs à nous demander « qu’est-ce que les Lumières ? »

Dans la deuxième partie, nous passerons de cette perspective individuelle à une perspective systémique afin de mieux comprendre ce qu’un état démocratique doit et peut mettre en place pour favoriser l’émancipation de tous.

Puis dans la troisième et dernière partie on proposera un retour à l’individu mais à un stade ultérieur afin de comprendre comment, après l’éducation formative, une émancipation est envisageable et praticable.

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L‘Enfant est le premier volet d’une trilogie ; il paraît en 1878 et sera suivi par Le Bachelier en 1881 et par L’Insurgé en 1886, dans une édition posthume. Souvent qualifiés par l’étiquette « autobiographiques », ces trois romans suivent le parcours de Jacques Vingtras, un héros qui partage avec Jules Vallès (1832-1885) les initiales J.V. Reprenant le modèle du roman de formation cher à ses aînés écrivains du XIXe siècle – au premier rang desquels Flaubert avec L’Éducation sentimentale (1869) –, Vallès aspire également à raconter sa propre histoire, celle d’un enfant éduqué sous les coups qui connaîtra l’émancipation à la fin du Bachelier par l’insurrection parisienne communarde. A cette démarche de l’intime s’ajoute une perspective historique beaucoup plus large : c’est l’école des années 1840 que l’on découvre pour être ensuite instruit sur le vent de révolte qui souffle sur la France dont l’acmé sera la Commune, en 1870 avec ses déportés du bagne en Nouvelle-Calédonie. Sous les yeux du lecteur, Jacques Vingtras s’éduque – plus qu’il n’est éduqué – et s’émancipe par la révolte. Ce mouvement de libéralisation s’achève dans la réalité par l’écriture pour Jules Vallès : il transmet l’espoir vital « à tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège », « à tous ceux qui, nourris de grec et de latin, sont morts de faim » et « aux morts de 1871 […] victimes de l’injustice ». (trois citations extraites des dédicaces de la trilogie). L’enfant contient, en germe, cette émancipation, traversant l’épreuve d’une enfance où l’enfant est oublié, où le père est infantilisé et où advient un écrivain adulte qui grandit encore en ne pouvant s’empêcher de regarder en arrière le malheur de l’éducation et de l’enfance pourrie qu’il a vécue.

HLP / O LA RENTRÉE

D’abord le matériel pour le cours :

  • un cahier de 200 pages
  • un carnet répertoire pour les citations et les les définitions (conseillé).
  • sa trousse avec très important : quatre fluorescents de couleur différente, de la colle, des ciseaux, une petite agrafeuse.
  • des fiches cartonnées bristol pour préparer ses révisions bac et son oral.

Pour le reste …. et c’est le plus important sa tête…

Brancher son cerveau, pour le meilleur ou pour le pire? - Québec Science

1°) D’abord suivre le cours attentivement, compléter ses notes de cours après chaque séance, retenir ce que vous avez aimé, faire ses fiches-bac.

2°) Être ordonné, attentif et personnalisez ce que vous apprennez.

Tiens pourquoi ça ?

JE SUIS COMME TOUT LE MONDE, JE NE RESSEMBLE A PERSONNE

Rien a dire juste FIER DETRE MOI !! Je ne changerai ma personnalité pour  rien ni personne au monde - ♥♥♥ Famille Berard-Jehl ♥♥♥

ATTENTION

Mais justement parlons du cahier….

Il est où votre petit cahier ?

Hé bien, les BOSS, il faudra être soigneux, souligner, surligner, classer et coller ses textes au fur et à mesure des cours.

Seriez-vous troublé que l'on sache ce que vous surlignez dans vos livres ?

Colle bâton UHU permanente 40 g, Colles en bâton

Enfin, vous devrez écrire vos pensées, (quatre pages environ au bac) et donc il faut aussi

consolider votre Français ! Comment ?

7°) en LISANT …… LISEZ !!!!!!

– le site et les textes que je demande à lire et en privilégiant toujours les auteurs, pas les commentateurs :

mais aussi entraînez vous à écrire,

par exemple en rédigeant votre journal intime !

Vous deviendrez alors peut être célèbre et pourquoi pas écrivain !!!!!!

Comment devenir écrivain, de A à Z · Thibault Malfoy - YouTube

ou composez des chansons et de la musique, rappez :

Mot De Néon Rap Et Microphone Dans Le Contour De La Flamme. | Vecteur  Gratuite

ENFIN : ABONNEZ-VOUS

En bas de page vous avez un lien pour vous abonner au site avec votre adresse mail.

Pratique : vous saurez ainsi quand il y aura du nouveau en ligne sans aller sans arrêt sur le site.

Les commentaires sont ouverts et on y répond.

HLP / 0 LE SITE


Le site, c’est MA SOLUTION, votre outil principal en classe inversée c’est-à-dire en anticipation du cours ou en classe postérieure. Vous êtes libre de cliquer quand vous voulez.

Il y a aussi évidemment aussi votre manuel de référence auxquels je renverrai régulièrement.

Les textes distribués en cours seront diffusés sur le site avec leurs exercices et leurs corrigés, leurs explications et leurs illustrations (vidéos, photos…).

Vous êtes en Terminale, vous êtes grands, vous êtes des BOSS. Qui osera dire le contraire ?

SAPERE AUDE !

Sapere aude est une locution latine à l’origine empruntée à Horace (Épitres, I, 2, 40) signifiant littéralement « Ose savoir ! ». Cette injonction est plus couramment traduite par « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! » ou « Ose penser par toi-même » et est connue pour être la devise des Lumières selon Emmanuel Kant.

C’est surtout la devise de la philosophie par excellence : je la prononcerai souvent aie ! aie !

Le site pour classe de philo technologique comporte des onglets par notions : il suffit de cliquer sur les onglets pour avoir l’ensemble du contenu du cours, de la notion traitée.

Pour l’HLP, on clique sur l’onglet HLP et le cours défilera du début de l’année jusqu’à la fin.

Mais il est possible que par commodités, je crée plus tard des onglets par les thèmes du programme.

Bonne prise en main !

Adjustem - Solution de devis menuiseries - Prise en Main

ALORS :

LA PHILO 0 / LA RENTRÉE !

D’abord le matériel pour le cours :

  • un cahier de 200 pages
  • un carnet répertoire pour les citations et les définitions (conseillé).
  • sa trousse avec très important : quatre fluorescents de couleur différente, de la colle, des ciseaux, une petite agrafeuse.
  • des fiches cartonnées bristol pour préparer ses révisions bac.

Pour le reste …. et c’est le plus important sa tête…

Brancher son cerveau, pour le meilleur ou pour le pire? - Québec Science

1°) D’abord suivre le cours attentivement, compléter ses notes de cours après chaque séance, retenir ce que vous avez aimé, faire vos fiches-bac après chaque notion.

2°) Être ordonné, attentif et personnalisez ce que vous apprendrez.

Tiens pourquoi ça ?

JE SUIS COMME TOUT LE MONDE, JE NE RESSEMBLE A PERSONNE

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ATTENTION

Une fois que je validerai la NOTION, elle sera VALIDÉE et je considérerai que vous l’aurez acquise.

Je ne reviendrai plus dessus : la charge du programme ne le permet pas.

Mais justement parlons du cahier….

Il est où votre petit cahier ?

Hé bien, les BOSS, il faudra être soigneux, souligner,, surligner, classer et coller ses textes au fur et à mesure des cours.

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Enfin, vous devrez écrire vos pensées, (quatre pages environ au bac) et donc il faut aussi

consolider votre Français ! Comment ?

7°) en LISANT …… LISEZ !!!!!!

– le site et les textes que je demande à lire.

mais aussi entraînez vous à écrire,

par exemple en rédigeant votre journal intime !

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HLP / 0 LE PROGRAMME

Chers élèves, les Boss,

Vous avez choisi de suivre l’enseignement de spécialité « Humanités, Littérature et Philosophie » et je vous en félicite. Pourquoi ?

Parce que vous avez fait un choix judicieux, qui viendra renforcer forcément votre note de philosophie et parce qu’elle témoigne aussi d’une certaine audace ! En effet, à la différence de bien d’autres spécialités qui correspondent à des disciplines utilitaires , l’étude des « Humanités, Littérature et Philosophie » est pour l’essentiel une entreprise inédite.

Je souhaiterai ici, en guise de préambule, faire quelques remarques d’ordre général au sujet d’ « Humanités, Littérature et Philosophie ».

La tradition des « Humanités » et les objectifs du programme

Outre qu’elle constitue un complément salutaire à l’enseignement de la philosophie en classe de terminale, cette spécialité est aussi le prolongement de votre approche de la littérature et s’appuie ainsi sur une tradition fort ancienne, celle des « humanités ».

Léonard de Vinci, L’homme de Vitruve, vers 1490

Ce célèbre dessin de Léonard de Vinci que vous avez sans doute déjà vu, est emblématique de l’esprit de l’humanisme, ce courant de pensée qui se développe à la Renaissance et il peut nous aider à cerner l’objectif visé par l’enseignement des humanités.

Cette œuvre de Léonard de Vinci représente les proportions idéales du corps humain, insérées dans deux formes géométriques alors considérées comme parfaites (le cercle et le carré). Elle met ainsi l’homme au centre de la perfection du tout, de l’univers. C’est sans doute une position remarquable, mais aussi lourde de responsabilités !

À un homme considéré comme centre du monde, comme “maître et possesseur de la nature” (dixit le philosophe français Descartes), il faut une formation digne de sa position, afin qu’il puisse l’assumer avec sagesse et clairvoyance. Aussi appelle-t-on volontiers « humanités » cette discipline qui vise à construire un « honnête homme », cet idéal d’équilibre, de sagesse et de culture générale, qui, encore selon le mot de Descartes, emploie « son loisir en choses honnêtes et utiles » :

René DESCARTES (1596-1650)

Cet « honnête homme» n’est pas une construction propre à la Renaissance. Cet idéal trouve ses racines dans l’Antiquité classique et continue d’être aujourd’hui un horizon nécessaire. Qui ne souhaiterait pas vivre avec sagesse une bonne vie, faite de choix judicieux et éclairés ?

Cette spécialité est enseignée en tandem : lettres / philosophie. Cela peut déconcerter mais cette pluridisciplinarité est synonyme de richesse, une richesse qui sera la vôtre à l’issue de votre formation et qui vous permettra de vous forger un solide jugement sur les grandes questions contemporaines, dans une perspective élargie et à la lumière d’une sagesse qui vous aidera à réfléchir rigoureusement et à développer votre raisonnement de manière convaincante. On croira se répéter entre les deux professeurs mais on ne se répète jamais pareil. Chacun a son style.

LE PROGRAMME :

Notre cours se divise en DEUX grandes parties :

(il a été conçu semestriellement)

  • Semestre 1 : LA RECHERCHE DE SOI
  • Période : du Romantisme au XXème siècle
  • Semestre 2 : L’HUMANITÉ EN QUESTION
  • Période : contemporaine du XXème au XXIème siècle

  • Chaque partie est elle-même divisée en trois grands chapitres :

PARTIE 1 :

1. Education, transmission, émancipation.

2. Les expressions de la sensibilité.

3. Les métamorphoses du Moi.

PARTIE 2 :

1. Créations, continuités et ruptures.

2. Histoire et violence.

3. L’Humain et ses limites.

Vous pouvez donc déjà préparer votre cahier de 200 pages avec le titre de votre première séquence en grosses lettres :

EDUCATION, TRANSMISSION, EMANCIPATION :

EDUCATION 1 / UNE BONNE ÉDUCATION ?

Le XVIIIe siècle est traversé par la nature comme idéal. Selon Jean-Jacques Rousseau, l’homme est bon : dans l’état de nature, il est heureux et libre, ne connaît pas le mal. Il faudrait donc élever les enfants dans un milieu naturel qui leur permettrait d’atteindre le bonheur en pratiquant la vertu. Rousseau expose ses principes pédagogiques dans cet essai Émile ou De l’éducation dans lequel il imagine un enfant, Émile, que l’on aurait protégé des méfaits de la société. Dans le livre II, le lecteur suit Émile entre deux et douze ans, âge dans lequel l’enfant doit avant tout s’épanouir loin des contraintes d’une éducation rigide et strictement livresque. Le philosophe s’adresse ici aux pédagogues pour leur délivrer le premier de ses commandements : il est urgent de ne rien faire. Ceci remet évidemment en question tous les principes antérieurs d’éducation et amène Rousseau à formuler de nombreux paradoxes qui certainement vous surprendront comme ils surprennent tout lecteur attentif.

Enjeu : la rupture des Lumières et la proposition de Rousseau, toujours d’actualité, d’une éducation nouvelle et de sa critique.


« Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation ? Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre. Lecteurs vulgaires, pardonnez-moi mes paradoxes : il en faut faire quand on réfléchit ; et, quoi que vous puissiez dire, j’aime mieux être homme à paradoxes qu’homme à préjugés. Le plus dangereux intervalle de la vie humaine est celui de la naissance à l’âge de douze ans. C’est le temps où germent les erreurs et les vices, sans qu’on n’ait encore aucun instrument pour les détruire ; et quand l’instrument vient, les racines sont si profondes, qu’il n’est plus temps de les
arracher. Si les enfants sautaient tout d’un coup de la mamelle à l’âge de raison, l’éducation qu’on leur donne pourrait leur convenir ; mais, selon le progrès naturel, il leur en faut une toute contraire. Il faudrait qu’ils ne fissent rien de leur âme jusqu’à ce qu’elle eût toutes ses facultés ; car il est impossible qu’elle aperçoive le flambeau que vous lui présentez tandis qu’elle est aveugle, et qu’elle suive, dans l’immense plaine des idées, une route que la raison trace encore si légèrement pour les meilleurs yeux.

La première éducation doit donc être purement négative. Elle consiste, non point à enseigner la vertu ni la vérité, mais à garantir le coeur du vice et l’esprit de l’erreur. Si vous pouviez ne rien faire et ne rien laisser faire ; si vous pouviez amener votre élève sain et robuste à l’âge de douze ans, sans qu’il sût distinguer sa main droite de sa main gauche, dès vos premières leçons les yeux de son entendement s’ouvriraient à la raison ; sans préjugés, sans habitudes, il n’aurait rien en lui qui pût contrarier l’effet de vos soins. Bientôt il deviendrait entre vos mains le plus sage des hommes ; et en commençant par ne rien faire, vous auriez fait un prodige d’éducation.
Prenez bien le contre-pied de l’usage, et vous ferez presque toujours bien. Comme on ne veut pas faire d’un enfant un enfant, mais un docteur, les pères et les maîtres n’ont jamais assez tôt tancé, corrigé,
réprimandé, flatté, menacé, promis, instruit, parlé raison. Faites mieux : soyez raisonnable, et ne raisonnez point avec votre élève, surtout pour lui faire approuver ce qui lui déplaît ; car amener ainsi toujours la raison dans les choses désagréables, ce n’est que la lui rendre ennuyeuse, et la décréditer de bonne heure dans un esprit qui n’est pas encore en état de l’entendre. Exercez son corps, ses organes, ses sens, ses forces, mais tenez son âme oisive aussi longtemps qu’il se pourra. Redoutez tous les sentiments antérieurs au jugement qui les apprécie. Retenez, arrêtez les impressions étrangères : et, pour empêcher le mal de naître, ne vous pressez point de faire le bien ; car il n’est jamais tel que quand la raison l’éclaire. Regardez tous les délais comme des avantages : c’est gagner beaucoup que d’avancer vers le terme sans rien perdre ; laissez mûrir l’enfance dans les enfants. Enfin, quelque leçon leur devient-elle nécessaire ? Gardez-vous de la donner aujourd’hui, si vous pouvez différer jusqu’à demain sans danger. […]

Mais où placerons-nous cet enfant pour l’élever ainsi comme un être insensible, comme un automate ? Le tiendrons-nous dans le globe de la lune, dans une île déserte ? L’écarterons-nous de tous les humains ? N’aura-t-il pas continuellement dans le monde le spectacle et l’exemple des passions d’autrui ? Ne verra-t-il jamais d’autres enfants de son âge ? Ne verra-t-il pas ses parents, ses voisins, sa nourrice, sa gouvernante, son laquais, son gouverneur même, qui après tout ne sera pas un ange ? […]

Jeune instituteur, je vous prêche un art difficile, c’est de gouverner sans préceptes, et de tout faire en ne faisant rien. Cet art, j’en conviens, n’est pas de votre âge ; il n’est pas propre à faire briller d’abord vos talents, ni à vous faire valoir auprès des pères : mais c’est le seul propre à réussir. Vous ne parviendrez jamais à faire des sages si vous ne faites d’abord des polissons ; c’était l’éducation des Spartiates : au lieu de les coller sur des livres, on commençait par leur apprendre à voler leur dîner. »

Jean-Jacques Rousseau, Emile ou De l’éducation (1762).


Répondez aux questions suivantes :


1) Pourquoi Rousseau dit-il que la première éducation « doit […] être purement négative » ? Par quel adjectif pourrait-on remplacer le terme « négative » ?
2) Formulez en quelques phrases et en vous appuyant sur des citations extraites du texte les principes de cette éducation.
3) Précisez en quelques phrases les inconvénients d’une telle éducation – si tant est qu’on puisse la mettre en oeuvre.

Éléments de réponse :

1) Cette éducation dispensée à l’enfant de 2 à 12 ans serait « négative » au sens où il s’agit de prendre le contrepied absolu des principes inculqués habituellement aux enfants. Tout d’abord il est urgent d’attendre, c’est-à-dire de ne rien faire ou de faire le moins possible pour éviter de corrompre la nature de l’enfant. « Gouverner sans préceptes et […] tout faire en ne faisant rien » : tel doit être le difficile credo du maître qui voit là la négation-même de sa fonction. Or ce serait pourtant la meilleure des postures que cette « abstinence » en matière d’éducation puisqu’elle permettrait à l’enfant de grandir à son rythme et à l’adulte de ne pas vouloir en faire un autre adulte en miniature à coups de contraintes et de menaces – ce à quoi se résume à cette époque l’éducation magistrale ou parentale. La formule « laissez mûrir l’enfance dans les enfants » est remarquable : elle souligne précisément le défaut majeur de l’éducation traditionnelle qui est la négation-même de l’enfance, la négation des tendances naturelles de l’enfant. Cette éducation « négative » est donc en réalité « naturelle » : il s’agit d’éduquer en suivant la nature.
2) Outre la prudence et l’abstinence du maître évoquées à l’instant, Rousseau préconise de solliciter la sensorialité de l’enfant : « Exercez son corps, ses organes, ses sens, ses forces ». À la fin de l’extrait, grâce à l’exemple des Spartiates, dont on connaît la force physique et le courage au combat, Rousseau critique un autre aspect de l’éducation traditionnelle : elle se contente d’imposer à l’enfant une connaissance livresque qui va « lui rendre la raison ennuyeuse » en l’amenant « toujours dans les choses désagréables ». À l’inverse, Rousseau propose des « expériences » qui susciteront son intérêt. Quant à l’éducation morale, elle est inutile : il ne faut pas « enseigner la vertu ni la vérité » mais « garantir le coeur du vice », c’est-à-dire se contenter d’intervenir lorsque c’est nécessaire pour protéger l’enfant de
faire ou de subir le mal.

3) Rousseau est conscient du caractère utopique de cette éducation qui nécessiterait un isolement quasi impossible – serait-il même souhaitable ? – de ses semblables et de la société tout entière (avant dernier paragraphe). Que penser ensuite du fait que l’on tienne éloigné l’enfant jusqu’à douze ans de tout apprentissage intellectuel et de tout contact avec le livre, comme les deux enfants héros du roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), fervent admirateur de Rousseau ? Ne serait-il pas trop tard pour lui donner alors le goût du savoir ? Et a contrario ne peut-on imaginer que la tendance naturelle de l’enfant serait précisément d’apprendre ? Dans ce cas le « différé » que voudrait lui imposer Rousseau dans l’apprentissage ne serait-il pas contre sa nature, à l’exact opposé de ce qu’il prétend retourner à l’ « éducation naturelle » ?

Dans l’Émile ou de l’Education, Jean-Jacques Rousseau énonce pour la première fois les principes d’une éducation conforme à la nature de l’enfant. On n’a jamais mieux parler du royaume de l’enfance qu’avec le penseur genevois. L’enfant doit faire des expériences et suivre ses penchants. L’éducation ne doit pas prendre la forme d’un enseignement livresque et abstrait à tendance punitive. On peut donc parler chez lui à la fois d' »éducation négative« , d’abstinence éducative et d' »éducation naturelle« . Il s’agit par des soins attentifs de permettre à la nature (bonne par définition) de suivre son développement. Ce que Rousseau veut faire saisir c’est que l’enfant est un individu à part entière et non l’avorton, le prolongement de ses parents. Or la plupart du temps, l’éducation traditionnelle consiste à forcer les enfants à acquérir les règles des adultes ou le savoir-faire de la société, le petit refrain de la transmission se réduisant souvent à  » fais pas ci, fais pas ça !« . Ainsi, Jean-Jacques Rousseau change-t-il radicalement la perspective pédagogique en inversant l’ordre des priorités : ce qui est premier ne doit pas être la société, le monde des adultes mais celui de l’enfance:

Les théories de Rousseau sont toujours discutées actuellement et ont influencé de nombreuses pédagogies alternatives comme celles des écoles Freinet, Montessori :

Elèves d’une école Montessori

Elle nous rappelle aussi l’expérience des Libres enfants de Summerhill Summerhill, une école autogérée fondée en 1921 dans la région de Londres. Son fondateur, le psychanalyste A. S. Neill s’est dressé contre l’école traditionnelle soucieuse d’instruire mais non d’éduquer. Il s’est dressé contre les parents hantés par le critère du succès (l’argent). Il s’est insurgé contre un système social qui forme, dit-il, des individus « manipulés’ et dociles. Toutes ces expériences éducatives originales plus ou moins influencées par Rousseau ont suscité de nombreux débats pédagogiques et contribué à lancer la question des droits de l’enfant. L’école autogérée de Summerhill, malgré les controverses dont elle a pu et continue de faire l’objet (prix : 6000 euros par mois par exemple), accueille toujours des pensionnaires :

Un film culte pour adolescents dans la lignée des robinsonnades rousseauistes à la Paul et Virginie : le Lagon Bleu de Randal Kleiser (1980) :

Après que leur bateau se soit échoué, deux jeunes enfants se retrouvent seuls et isolés sur une île déserte. Ils grandissent ensemble et des sentiments commencent à les envahir :

Toutes ces questions des pédagogies nouvelles et libertaires sont évidemment essentielles pour le sujet qui nous occupe. Néanmoins, une vingtaine d’années plus tard, le philosophe prussien Emmanuel Kant (1724-1804) dans son propre Traité pédagogique semble répondre à Rousseau en critiquant point par point les positions de l’auteur de L’Emile. Selon Kant, l’éducation est indispensable – y compris dans sa forme négative et autoritaire, la discipline qui règle le comportement humain, en empêchant l’enfant de se détourner de sa vraie destination, la culture. C’est celle-ci, apportée par l’instruction « qui arrache l’homme à ses penchants brutaux » et permet, non seulement à l’individu mais à l’espèce entière, de
devenir meilleure, de ne pas être finalement un petit sauvage.

Lisons ensemble cet extrait de Kant dont nous avons surligné les passages essentiels pour que vous en saisissiez la portée pour notre thème.


Texte-Document 2 :


« L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation l’on entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture. Sous ce triple rapport, il est enfant, — élève, — et écolier. […]
L’espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d’elle-même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l’humanité. Une génération fait l’éducation de l’autre. […]
L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est que ce qu’elle le fait. Il est à remarquer qu’il ne peut recevoir cette éducation que d’autres hommes, qui l’aient également reçue. Aussi le manque de discipline et d’instruction chez quelques hommes, en fait de très-mauvais maîtres pour leurs élèves. Si un être d’une nature supérieure se chargeait de notre éducation, on verrait alors ce qu’on peut faire de nous. Mais, comme l’éducation, d’une part, apprend quelque chose aux hommes, et d’autre part, ne fait que développer en eux certaines qualités, il est impossible de savoir jusqu’où vont nos dispositions naturelles. […]
Il n’y a personne qui, ayant été négligé dans sa jeunesse, ne soit capable d’apercevoir dans l’âge mûr en quoi il a été négligé, soit dans la discipline, soit dans la culture (car on peut nommer ainsi l’instruction). Celui qui n’est point cultivé est brut ; celui qui n’est pas discipliné est sauvage. Le manque de discipline est un pire mal que le défaut de culture, car celui-ci peut encore se réparer plus tard, tandis qu’on ne peut plus chasser la sauvagerie et corriger un défaut de discipline. Peut-être l’éducation deviendra-t-elle toujours meilleure, et chacune des générations qui se succéderont fera-t-elle un pas de plus vers le perfectionnement de l’humanité ; car c’est dans le problème de l’éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine. On peut marcher désormais dans cette voie. Car on commence
aujourd’hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l’éducation et que l’on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l’espèce humaine.

« […] Un des plus grands problèmes de l’éducation est de concilier sous une contrainte légitime la soumission avec la faculté de se servir de sa liberté. Car la contrainte est nécessaire ! Mais comment cultiver la liberté par la contrainte ? Il faut que j’accoutume mon élève à souffrir que sa liberté soit soumise à une contrainte, et qu’en même temps je l’instruise à en faire lui-même un bon usage. Sans cela il n’y aurait en lui que pur mécanisme ; l’homme privé d’éducation ne sait pas se servir de sa liberté ». ».

Kant, Éléments métaphysiques de la doctrine de la vertu, Pédagogie 1776-1787, traduction Barni, éd. Auguste Durand, 1855, p.187-200.

Les Réflexions sur l’éducation de Kant partent d’un point précis, simple et arrêté : l’homme, à la naissance, est inachevé. Le philosophe explique que la nature humaine, bien que l’homme soit censé représenter une certaine idée de la perfection car réalisé par Dieu à son image, ne permet pas à l’homme d’être tout à fait abouti à sa naissance. Il lui faut être éduqué. « L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation« .

L’éducation construit donc notre humanité, elle se transmet. Si «l’homme ne peut devenir homme que par l’éducation» alors « l’éducation est le plus grand et le plus difficile problème qui puisse être posé à l’homme». Pourquoi le plus grand et le plus difficile ? Le « plus grand« , car il s’agit de l’accomplissement des dispositions naturelles de l’homme c’est-à-dire de sa finalité. Pourquoi « le plus difficile« , parce que sa résolution est entravée par le fait que les hommes ayant besoin d’un maître pour les guider vers ce but ne peuvent que le trouver parmi eux et il y aura ainsi forcément des hommes imparfaits éduquant d’autres hommes, le progrès ne pourra être que très lent.

Alors qu’est-ce que l’éducation pour Kant ? C’est la transmission d’une culture au sens large que Kant définit par la discipline et l’instruction. Éduquer c’est donc transmettre des savoirs mais aussi des règles de conduite.

Kant semble insister sur la discipline comme première condition d’une bonne instruction car pour lui, l’autonomie passe aussi par la discipline, le respect de l’autorité c’est-à-dire l’incorporation de règles qui soumettent nos penchants naturels, maîtrisent nos instincts et nos pulsions de petit animal :

L’enfant est destiné à se cultiver mais naturellement, il est comme un petit sauvage, dans l’instinct. Et c’est donc la discipline et l’instruction qui vont  » arracher l’homme à ses penchants brutaux » (car Kant ne croit pas comme Rousseau à une bonté naturelle de l’homme).

EDUCATION 2 / KANT ET LES LUMIÈRES

  1.  » Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
  • La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. (…)
  • Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors.
  • Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.« 

  1. Comment Kant définit-il les Lumières ?
  2. Pour quelles raisons les hommes se complaisent-ils dans leur état de dépendance ?
  3. Pourquoi la liberté d’expression (l’usage public de la raison) est-elle décrite comme la plus inoffensive des libertés ?
Qu'est-ce que les Lumières ? de Kant - Editions Flammarion

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En fait, il est difficile de penser par soi-même, cela demande une forme de courage, car les hommes préfèrent souvent se décharger de cette tâche en reprenant les pensées des autres ; il est plus facile qu’un prêtre, un pasteur (ce que Kant appelle « un directeur de conscience ») se charge de penser pour nous et on s’en remettra aux médecins, aux experts, aux journalistes pour émettre une opinion sans vérification :

Covid-19 - Dépistages gratuits à Marseille par l'équipe du Dr. Raoult,  l'ARS fulmine - lindependant.fr
Un docteur controversé de la crise Covid : le Dr Raoult de Marseille.

Aussi dans ce texte, Kant nous définit-il les Lumières comme un moment d’émancipation intellectuelle. La citation majeure de ce court texte de Kant est “Pense par toi-même” (« Ose penser », SAPERE AUDE en latin et peut résumer à elle seule toute la philosophie de Kant.

L’ensemble du projet de Kant est d’élever les peuples et d’aider à les libérer du dogmatisme, de la tyrannie des églises de toute sorte. Pour cela, il leur lance l’injonction suivante : “Aie le courage de te servir de ton propre entendement.

Tiradentes on Twitter: "Sapere aude! english translation  http://t.co/tekaHwYKSS"

Kant définit les Lumières comme la « sortie hors de l’état de tutelle » c’est-à-dire la situation de l’homme hors d’état de faire usage par lui-même de sa raison. Cette condition hétéronome est imputable car elle résulte d’un manque de « résolution » et de « courage » telle les enfants mineurs par rapport aux majeurs qui tant qu’ils sont mineurs ne sont pas considérés comme responsables de ce qu’ils font. Mais pour Kant, cet état de minorité à l’âge adulte n’est pas naturel : l’homme est un être doté de raison. Il doit pouvoir penser par lui-même et justement s’il ne cultive pas sa raison, l’homme restera en enfance c’est-à-dire soumis à une autorité extérieure : il ne sera pas autonome, libre. 

Ainsi, le texte de KANT est précisément un appel adressé aux hommes à devenir majeurs, pour leur permettre d’accéder à l’autonomie du jugement. Libérés des « préceptes » et des « formules », devenant seuls maîtres de leur raison, ils pourront alors  véritablement penser par eux-mêmes, et ainsi « marcher seuls » d’un « pas assuré ».

En complément :

Le texte complet lu par Daniel Mesguich, un très grand comédien :

Et une explication du texte complet par schémas avec la distinction USAGE PRIVÉ et USAGE PUBLIC de la Raison :

LA PHILO 0 (bis) / MATÉRIEL ET PROGRAMME

Votre matériel :

  • Un cahier de 200 pages
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  • La trousse avec des fluorescents et de la colle
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Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-3.jpeg
  • Un carnet répertoire (pour citations et définitions)
  • des fiches cartonnées (qui serviront pour la révision) :

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Il se compose de trois choses :

  1. les perspectives :

L’existence humaine et la culture

La morale et la politique

La connaissance.

  • 2. les notions.
  • 3. les repères et les auteurs.

Vous avez en tout : 7 NOTIONS :

dans l’ordre alphabétique)

Ce sont elles, les notions, qui détermineront le titre de vos chapitres de cours et de vos fiches de révision.

Après votre page de présentation de votre cahier, recopiez la liste des notions , coller la photocopie des repères et, au fur et à mesure de la progression du cours, barrez les repères assimilés.

Nous commencerons par LA VÉRITÉ, la notion la plus difficile et peut-être la plus importante

La Vérité,.celle qui sort du puits !

mais aussi POURQUOI ?

1 Parce que vous êtes tout frais et donc prêts à bien écouter !

2 Et puis, que serait la philosophie sans la recherche de la vérité ?

II Les AUTEURS :

Ce sont ceux qui peuvent tomber en troisième sujet au baccalauréat et dont nous étudierons pour certains des textes en cours. Ils sont rangés en trois périodes qui correspondent aux trois époques de la philosophie :

ANTIQUITÉ et MOYEN ÂGE :

Les présocratiques ; Platon ; Aristote ; Zhuangzi ; Épicure ; Cicéron ; Lucrèce ; Sénèque ; Épictète ; Marc Aurèle ; Nāgārjuna ; Sextus Empiricus ; Plotin ; Augustin ; Avicenne ; Anselme ; Averroès ; Maïmonide ; Thomas d’Aquin ; Guillaume d’Occam.

ÉPOQUE MODERNE :

N. Machiavel ; M. Montaigne (de) ; F. Bacon ; T. Hobbes ; R. Descartes ; B. Pascal ; J. Locke ; B. Spinoza ; N. Malebranche ; G. W. Leibniz ; G. Vico ; G. Berkeley ; Montesquieu ; D. Hume ; J.-J. Rousseau ; D. Diderot ; E. Condillac (de) ; A. Smith ; E. Kant ; J. Bentham.

ÉPOQUE CONTEMPORAINE :

G.W.H. Hegel ; A. Schopenhauer ; A. Comte ; A.- A. Cournot ; L. Feuerbach ; A. Tocqueville (de) ; J.-S. Mill ; S. Kierkegaard ; K. Marx ; F. Engels ; W. James ; F. Nietzsche ; S. Freud ; E. Durkheim ; H. Bergson ; E. Husserl ; M. Weber ; Alain ; M. Mauss ; B. Russell ; K. Jaspers ; G. Bachelard ; M. Heidegger ; L. Wittgenstein ; W. Benjamin ; K. Popper ; V. Jankélévitch ; H. Jonas ; R. Aron ; J.-P. Sartre ; H. Arendt ; E. Levinas ; S. de Beauvoir ; C. Lévi-Strauss ; M. Merleau-Ponty ; S. Weil ; J. Hersch ; P. Ricœur ; E. Anscombe ; I. Murdoch ; J. Rawls ; G. Simondon ; M. Foucault ; H. Putnam.

III Enfin, les repères :

L’examen des notions et l’étude des œuvres sont en effet précisés et enrichis par des repères.

Ce sont des distinctions que l’élève doit maîtriser pour pouvoir construire et traiter un problème, faire sa dissertation.

Les repères les plus fréquemment sollicités et les plus formateurs sont par ordre alphabétique les suivants :

Absolu/relatif – Abstrait/concret – En acte/en puissance – Analyse/synthèse – Concept/image/métaphore – Contingent/nécessaire – Croire/savoir – Essentiel/accidentel – Exemple/preuve – Expliquer/comprendre – En fait/en droit – Formel/matériel – Genre/espèce/individu – Hypothèse/conséquence/conclusion – Idéal/réel – Identité/égalité/différence – Impossible/possible – Intuitif/discursif – Légal/légitime – Médiat/immédiat – Objectif/subjectif/intersubjectif – Obligation/contrainte – Origine/fondement – Persuader/convaincre – Principe/cause/fin – Public/privé – Ressemblance/analogie – Théorie/pratique – Transcendant/immanent – Universel/général/particulier/singulier – Vrai/probable/certain.

Peut-être, êtes-vous déjà vraiment des boss ?

et vous pouvez alors déjà barrer quelques repères :

Exemple : connaissez-vous la distinction Idéal / Réel ?

Bah oui !!!!!!

Les filles de la classe rêvent de quoi ? de ça :

l’IDEAL, n’est-ce pas ?….. mais la réalité, c’est quoi ?

Quasimodo

ou bien, et on ne le souhaite à personne :

et donc si vous connaissez cette distinction entre l’idéal et le réel et bien oui, vous pouvez déjà barrer au crayon ce repère sur votre liste.

EDUCATION 3 / L’ÉCOLE ET LE TRAVAIL


«
Il est de la plus grande importance d’apprendre aux enfants à travailler. […] La question de savoir si le ciel ne se serait pas montré beaucoup plus bienveillant à notre égard, en nous offrant toutes choses déjà préparées, de telle sorte que nous n’aurions plus besoin de travailler ; cette question doit certainement être résolue négativement, car il faut à l’homme des occupations, même de celles qui supposent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s’imaginer que, si Adam et Eve étaient restés dans le paradis, ils n’eussent fait autre chose que demeurer assis ensemble, chanter des chants pastoraux et contempler la beauté de la nature. L’oisiveté eût fait leur tourment tout aussi bien que celui des autres hommes.
Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que, tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail. On doit donc accoutumer l’enfant à travailler. Et où le penchant au travail peut-il être mieux cultivé qu’à l’école ? L’école est une culture par contrainte. C’est rendre à l’enfant un très mauvais service que de l’accoutumer à tout regarder comme un jeu. Il faut sans doute qu’il ait ses moments de de récréation, mais il faut aussi qu’il ait ses moments
de travail. »

Kant, Traité de pédagogie, 1787.


Question d’interprétation :
Pourquoi l’enfant doit-il apprendre à travailler ?
Essai :
Faut-il penser une éducation sans contraintes ?

Si contraignant qu’il soit, le travail doit être tenu pour une valeur, utilitaire et morale. Cette position a une conséquence pédagogique : l’enfant doit acquérir l’habitude de travailler, le sens de l’effort même s’il faut parfois le forcer à faire un travail dont le sens lui échappe et le meilleur endroit pour cet apprentissage reste pour Kant l’école.

  1. Sa nécessité vitale : pour survivre, l’homme doit adapter la nature à ses besoins (pb économique de l’homme, dialectique de la rareté)
  2. Sa nécessité morale : le travail détourne de l’ennui, l’inquiète préoccupation de soi qui ronge les désœuvrés. Sans lui, même le Paradis serait vite devenu insupportable aux premiers hommes.
  1. Lieu où doit s’acquérir cette habitude l’école.
  2. Raisons et conditions de cette acquisition : le maître impose discipline et instruction qui font que l’enfant différencie travail et jeu.
  3. Limites de cette contrainte : elle ne doit pas nier l’humanité de l’enfant et donc lui réserver des moments de récréation et de loisirs, des pauses dans sa journée et des vacances régulières.

Problématique : Les enfants, ces créatures fragiles et innocentes, doivent-ils être élevés à l’écart du monde des adultes dans un monde préservé du travail ? L’éducation doit-elle viser à « l’épanouissement » des facultés naturelles de l’enfant, notamment son goût pour le jeu ?

Emmanuel Kant répond par la négative en avançant une conception de l’éducation fondée sur une définition de l’homme comme « animal laborans » : si l’enfant est un homme en devenir, alors il ne convient pas de l’élever comme un petit animal, il faut au contraire l’extraire de la nature, le faire sortir du « vert paradis de l’enfance » en lui apprenant à travailler.

Kant commence par avancer sa thèse : « Il est de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler. » au tout début de cet extrait, puis par développer ses arguments : contrairement aux animaux, l’homme doit travailler pour subvenir à ses besoins. On a rien sans rien. Si tu ne travailles pas, tu n’as rien dans ton assiette.

Mais en plus, pour Kant, contrairement au « tu travailleras à la sueur de ton front de la Genèse dans la Bible, le travail n’est pas une « malédiction », une conséquence du « péché originel », car il nous fait échapper à la torture de l’ennui. Du coup, il y a deux sortes de repos : le mauvais repos de l’oisiveté et le bon repos qui suit le travail et permet à l’homme de réparer ses forces.

Il reprend sa thèse dans le derniers tiers du texte, à la lumière des arguments qu’il vient d’avancer : le rôle de l’école est de faire entrer le petit homme dans la culture à travers le travail ; le penchant naturel au jeu ne doit donc pas être cultivé chez l’enfant au dépens du penchant au travail car sans culture et sans éducation l’homme n’est rien et l’éducation suppose des contraintes en particulier par l’apprentissage de l’effort et du courage que la vie nécessite.

Kant souligne ainsi le rôle de l’École et on remarque qu’il ne parle ni de famille, ni de précepteur comme J.J. Rousseau dans l’Emile où l’élève n’est éduqué que par une seule personne, à l’ écart du monde et de la société. Ici, l’école renvoie à celle que nous connaissons par exemple en primaire ou au collège. Aussi le rôle de l’éducateur n’est pas de distraire l’enfant, de l’amuser, mais de lui transmettre des connaissances explicites, précises, de lui apprendre à « faire ses devoirs » puisqu’« il est extrêmement mauvais d’habituer l’enfant à tout regarder comme un jeu. ». Il y a pour Kant un temps pour jouer et un temps pour travailler et on ne doit pas mélanger les deux séquences en prétendant « instruire en amusant ».

L’École est donc une culture par contrainte parce que l’acquisition de la culture requiert des efforts de réflexion et de mémorisation. On doit l’y obliger car l’enfant est trop jeune, trop immature pour comprendre de lui-même la raison d’être de cette contrainte et pour l’accepter librement (le fait de devoir cultiver sa mémoire, d’exercer sa réflexion, de discipliner ses gestes et sa parole). Il ressent la culture comme un élément étranger et négatif, comme une « aliénation » et le plaisir de l’oisiveté et du jeu comme un élément positif parce qu’il se réfère uniquement à la sensibilité et non à la raison. Ce n’est que plus tard, quand il aura atteint l’âge de réfléchir et de « penser par lui-même » qu’il comprendra « l’utilité de cette contrainte » en tant que prédisposition du corps et de l’esprit au monde de la culture et du travail et acquisition des « bonnes attitudes ».

L’enfant est un homme en devenir et l’humanité se définit par le travail, aussi faut-il apprendre à l’enfant à travailler. Le rôle de l’École est de faire entrer l’enfant dans la société. Le refus de donner des bases solides à l’enfant, des outils de langage et des connaissances en lui apprenant à lire, à écrire et à compter sous prétexte de ne pas le « traumatiser » et de le laisser « s’épanouir » entrave le plein exercice de son entendement et son intégration dans la société humaine. Pour Kant, la connaissance et la culture sont les conditions de la liberté véritable – qui n’est pas de « faire ce que l’on veut ». Kant serait très critique à l’égard des pédagogies ludiques contemporaines mais on aura noté qu’il a été aussi attentif aux rythmes scolaires de l’enfant, défendant ainsi des moments de récréation et la nécessité de vacances régulières.

ROBERT DOISNEAU (1912-1994), grand photographe français.

André Lamorisse, Le Ballon Rouge (1956) : un regard poétique sur l’enfance :