ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ KANAK / 3

(texte provisoire)

LE CYCLE DE VIE KANAK : LA NAISSANCE ET LA MORT

LA NAISSANCE :

La naissance est un passage de la « mort » à la vie. L’être-esprit se détache du monde sacré pour incarner l’individu.

L’enfant reçoit le sang, la vie de la lignée maternelle : physiquement par la mère, spirituellement par l’oncle maternel (oncle utérin). C’est l’oncle maternel (le « tonton ») qui insuffle la vie à ses neveux ou nièces. Il le fait par un souffle bref, symbolique, sur son nez et ses oreilles.

L’enfant recevra le nom et la terre du clan paternel, ainsi que son totem (lézard, tortue, requin, kaori, igname…). Le prénom peut être attribué par le clan paternel ou maternel.

LA MORT :

L’oncle maternel du défunt – Deuil Kanak-Hienghène-Tendo-Nouvelle Calédonie-©Sebastien Lebègue.

C’est le grand retour vers le monde des esprits, la séparation d’avec le corps qui va par sa putréfaction nourrir la terre dans le cycle de la vie.

Mais il y a peut-être une originalité kanak ou mélanésienne : une GÉOGRAPHIE DE LA MORT car l’esprit du défunt rejoint les esprits de ses ancêtres, selon un chemin mystique qui diffère selon les aires coutumières mais qui, durant trois à cinq jours, suit un parcours géographique précis, balisé par des chemins et le plus souvent des passages de rivière, de lieux tabous, d’aires de pins, en suivant des points précis inscrits dans le paysage :

 » L’esprit du défunt remonte les creeks jusque dans les vallées, suit les crêtes des montagnes, plonge dans des rivières jusqu’aux zones côtières ou les espaces sous-marins, cela jusqu’à l’entrée du pays des morts » E.Tjibaou in Sébastien Lebègue, op.cit., p.98.

LE CHEMIN DES MORTS

Ainsi, sur dans la région de Hienghène, dans l’intérieur des vallées comme sur l’ensemble du littoral, il est usuellement reconnu que, à la mort d’une personne, son esprit se détache de son enveloppe corporelle pour parcourir un sentier qui le mènera de l’intérieur des terres, lieu d’habitation du défunt jusqu’à l’entrée de la rivière Ouaième :

Ouaième : rivière Weyem située sur le nord-est du littoral bordant la commune de Hienghène. Ce cours d’eau est relativement connu dans la région pour la place symbolique qu’il prend dans les traditions orales notamment comme porte vers le royaume des morts.

Ce sentier des esprits se prolonge dans le fond de la rivière auprès du gardien du passage nommé Hwaiwai vers le royaume des esprits (qui est ici sous-marin) situé face à la passe de Hienghène aux limites du récif de Tao.

Ilot Kaavo marquant l’entrée du sentier des morts, Nord de Belep. 

Toute cette géographie de la mort définit du coup des lieux tabous que l’on ne traverse pas ou en tout cas pas n’importe comment. Par exemple, on ne criera pas, on ne parlera pas fort quand on passera à certains endroits, parfois on ne se retournera pas.

Ces lieux spirituels (tels les lieux spirituels de Barrès) marquent définitivement l’emprise du monde kanak sur des zones que l’on pourrait considérer comme libres de toute emprise humaine : récifs près de la Grande Terre, îlot et passes qui existent entre les récifs marquent ainsi les chemins kanak, des vivants comme des morts :

Vue de la passe de Fayawa depuis Mouli, Ouvéa.

Discours de deuil à l’adresse des clans maternels

Le préposé à la parole (au discours) va dire, en substance :

« Nous vous avons invité et appelé à accourir par ce chemin, à rentrer par cette allée et à venir vous présenter ici parce que l’os du pied (le tibia) de votre neveu a éclaté et s’est brisé, et le vital qui est en lui s’est aussi brisé, et il n’est plus au milieu de cette assemblée. Il n’a plus ce qui fait vivre et parler et marcher, il a tourné le dos au soleil et à la lune. Il a été aspiré par le tourbillon du diable, là-haut au milieu des airs, et emporté par le courant en bas dans l’étendue d’eau sans horizon, et il a été rejeté [comme épave] sur le platier [récif corallien frangeant, massif corallien contigu à la terre] à Wénégéi. Et il est rentré dans la danse à Pijèpaa [la danse des morts]. Vous allez l’emmener là-haut sur la pierre dont il est issu, sur la pierre objet de ses respects et de ses interdits. Vous allez le confier à la tombe et au pays des ténèbres. Voici l’arbre, l’arbre sapin qui symbolise la disparition de votre neveu. Vous allez le prendre et l’amener à X [sont ici cités les noms du clan et des sous-clans de l’oncle maternel qui ne peuvent être révélés hors d’un cercle restreint de personnes]. Voilà c’est fini. »

Ce discours a été prononcé en langue paicî par le chef d’Ometteux (Poindimié, nord-est de la Nouvelle-Calédonie) . Il a été recueilli par Dominique Paabu Oye en juillet 2005 à la tribu de Bayes Poindimié et cité par Emmanuel Tjibaou dans l’ouvrage collectif Nouvelle-Calédonie, Archipel de corail, Nouméa 2018, IRD Editions, p.187-190 (consultable en ligne sur https://books.openedition.org/irdeditions/27815).

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Dans cette société fondée sur la transmission orale, les rituels qui entourent la naissance et la mort mais aussi l’autre grand moment de la vie, le mariage, sont une des multiples composantes de la «coutume». 

La coutume, ce sont les règles qui régissent la vie des Kanak. Elles définissent leurs devoirs et leurs obligations vis-à-vis de la communauté, mais aussi leur lien à la terre et au sacré.

La coutume se matérialise par des gestes d’offrande (igname, «monnaie», «manou»…) et effectivement des rites qui rythment les étapes de l’existence (naissance, mariage, deuil) mais aussi alliance et pardon entre des clans en conflit.

Elle dicte donc la bienséance, la place de chacun, le respect des anciens…

Ce terme est familier à tout Calédonien, puisqu’il désigne aussi depuis l’accord de Nouméa, (art. 75 de la constitution française, un «droit coutumier », réservé aux Kanak, qui, spécificité juridique du territoire, cohabite avec le droit français.

L’article 75 de la Constitution de la Cinquième République française permet à certains citoyens français de conserver un statut civil coutumier dont les règles ne figurent pas au code civil. C’est notamment le cas à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis et Futuna.

En 2015, sur 269 000 habitants, ce statut concernait 134 022 personnes, enregistrées depuis leur naissance dans un registre spécifique. Les terres coutumières attribuées aux tribus sont quant à elles, selon la loi, «inaliénables» et «incessibles».

(Depuis 1982, des assesseurs, nommés par le palais de justice de Nouméa, siègent aux côtés des juges assermentés afin de leur expliquer ce que prévoit la «coutume». Et, depuis 2007, des agents territoriaux sont chargés d’établir les actes coutumiers liés au mariage, à la succession… Le clan, lui, est reconnu comme personne morale depuis 2011.

Peut-on «échapper» à la coutume ?

Pas simple.

Un Kanak sans “coutume, cela n’existe pas.

Répétons-le :  la notion d’individu n’existe pas dans la culture kanak et la coutume établit aussi une hiérarchie entre les clans (non reconnue par la loi) et entre l’homme et la femme, reléguant encore souvent cette dernière à un rôle de second plan.

Deux Kanaks, un homme et une femme, en Nouvelle Calédonie au XIXe siècle. 

Mais la modernité a bien changé les choses: la femme kanak d’aujourd’hui est une femme forte et déterminée – qu’elle a d’ailleurs toujours été !

ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ KANAK / 2

( texte provisoire)

L’ANCÊTRE – ESPRIT RÉINCARNÉ

Chez les Kanaks, il y a donc un être premier (l’UN des philosophes grecs) qui fonde la cosmogonie du clan. Cet être premier, c’est « L’ANCÊTRE-ESPRIT ».

Représentation d’un ancêtre gardien sur son lit mortuaire, la tête dépasse et le corps est enveloppé dans une natte que stylise les lignes brisées. Chambranle d’une grande maison cérémonielle, sculpture kanak. Bois houp, XVIIIe siècle.

L’ancêtre-gardien fonde la cosmogonie du clan définie par le mythe de fondation (voir cours 8). Il est en relation avec tous les éléments naturels et incarne tous les ancêtres du clan.

On retrouve cet ancêtre esprit dans toutes les représentations symboliques kanak comme la case, la flèche faîtière, la culture de l’igname. Lien de relation de l’homme avec le cosmos, l’esprit protège le clan.

Symbole de la flèche faîtière

LE CYCLE DE VIE KANAK OU LE MYTHE DE L’ÉTERNEL RETOUR

L’esprit s’incarne dans l’être à la naissance puis il se détachera de l’homme à la mort pour rejoindre à nouveau le monde invisible des ancêtres d’où il pourra renaître à nouveau (métempsychose ou réincarnation) et ce, dans un cycle perpétuel.

Adaptation de L’éternel retour du poète Jean COCTEAU par le réalisateur Jean Delannoy en 1943.

La vision du monde kanak est poétique inscrite dans une dimension océanique et cosmique de la connaissance.

Nous sommes donc à la fois dans une vision spiritualiste (l’esprit), de métempsychose (réincarnation) et d’éternel retour du même où donc l’avenir est aussi projection du passé, comme si on regardait aussi toujours en arrière. L’homme kanak avance en arrière vers ses ancêtres devancé par des générations d’esprit en direction de l’être premier.

Métempsycose :

Doctrine selon laquelle une même âme peut animer successivement plusieurs corps (humains ou animaux).

Réincarnation :

Quelle différence faire entre la réincarnation, la métempsychose ? Si la réincarnation représente la transmigration de l’âme humaine à un autre humain, la métempsychose, elle, considère la possibilité d’une transmigration de l’âme humaine à un autre règne : minéral, végétal ou animal. A noter que contrairement à la métempsychose, la réincarnation n’a jamais été condamnée dans aucun concile chrétien.

Secret message pour administratifs français (les petits « hommes » gris du pouvoir ! ) :

La conception du temps kanak est totalement différente de la conception occidentale. Le Kanak n’est pas tenu d’arriver à l’heure puisque la vraie heure est derrière soi !!!!

L’esprit est donc à la base de la société kanak, car il incarne l’identité, le territoire, la coutume, la « parole » et le sacré qui lie les hommes et il est à la fois la base et le sommet de toute vie d’homme :

Le cycle de l’esprit au regard des cycles de vie et de mort ; source Lebègue, op.cit, p.95.

« Métempsychose » (2011) est un film de 30 minutes écrit, produit et réalisé par Antonin Koilski.

9 / DU VOCABULAIRE : ESPRIT, AME, CORPS

ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ KANAK / 1

(texte provisoire)

Le culte de l’ancêtre : une culture de l’esprit ?

Nous avons insisté précédemment sur le refus de confondre racine, ratiocination et ancestralité, réaffirmons ici pour commencer que la hiérarchie kanak n’est pas verticale mais horizontale, rhizomique.

Tentons d’aborder maintenant l’esprit kanak, la spiritualité kanak en ayant derrière la tête une autre question qui nous taraude : pourquoi les Mélanésiens se sont-ils convertis si rapidement à la religion « coloniale » ?

Photo – La Passion à Saint Louis (1901). Scène du crucifiement, église de la Commune du Mont-Dore :

Pour cela, il nous faut tout d’abord revenir à notre avis sur des distinctions capitales souvent mal maîtrisées et parfois confondues : celles d’esprit, d’âme et de corps d’autant que la notion « la conscience » présente dans votre programme de philosophie nous y aide encore moins !

La spiritualité kanak comme toutes les spiritualités du monde est tripartite : esprit, âme, corps alors que depuis Descartes, la philosophie moderne se perd dans une vision dualiste du monde : raison et sensibilité, âme et corps, conscience et inconscient.

Or sans nos trois distinctions, la tripartition, la spiritualité kanak ne peut être comprise.

La triade corps-âme-esprit est incontournable dans l’approche philosophique et métaphysique de l’Homme. On parle de la triple nature de l’homme.

Mais en pratique, il n’est pas toujours simple de distinguer l’âme de l’esprit, les deux termes étant souvent confondus.

Essayons d’y voir plus clair et par simplicité, allons voir dans les quelques endroits de la Bible où l’esprit, l’âme et le corps sont tous les trois mentionnés. Par exemple :

On voit bien dans ces deux citations que l’âme et esprit ne sont pas synonymes.

Signification de l’esprit, de l’âme et du corps

Alors qu’entend-on exactement par corps, âme et esprit ? Pour le corps, pas de problème : Il ne semble pas trop difficile de distinguer le corps de l’âme et de l’esprit. Le corps est physique et, grâce à ses cinq sens (la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat et le toucher), il se connecte et interagit avec le monde extérieur.

L’âme et l’esprit sont beaucoup plus difficiles à séparer l’un de l’autre.

L’âme est en fait la partie de nous qui recouvre notre volonté, nos affections et nos pensées (notre moi, notre conscience diraient les philosophes). En fait, l’âme est la partie de nous qui est en relation avec nos semblables, avec le monde.

Alors que l’esprit est la partie qui nous relie à Dieu, au logos chez les Grecs, à l’ancêtre premier chez les Kanak.

L’esprit est donc considéré comme la partie la plus profonde de notre être. Il est enveloppé par notre âme, qui à son tour est enveloppée par notre corps.

L’esprit est notre être dans le monde des morts qui deviendra animé, âme [du latin animus « animé », « être en mouvement »] incarné dans un corps lors de la naissance. L’oncle maternel en soufflant dans l’oreille après la naissance du corps marquerait donc le passage de l’esprit à l’âme.

En résumé :

Définition de l’âme L’âme est le siège de l’activité psychique et des états de conscience d’un individu. L’âme porte l’ensemble des états et dispositions intellectuelles, morales, affectives qui forment l’individualité, autrement dit le « moi » profond. L’âme est liée à la CONSCIENCE, à l’EGO, à la raison et à l’intellect. Elle peut donc être attirée vers le bas (la matière) ou vers le haut (l’esprit). Elle est unie au corps.

Définition de l’esprit : L’esprit est le souffle vital et divin, le Principe créateur premier, l’Origine, l’Esprit Saint, le Principe divin qui vient d’en haut.

Le schéma suivant permettra d’y voir plus clair :

Cependant, il faut reconnaître que dans les Écritures, ce n’est pas clair. Parfois, le mot « âme » fait référence à la partie de l’être humain qui vivra dans l’éternité, comme dans Matthieu 10:28 :

assimilant ici âme et esprit comme souvent dans le langage courant.

Pas important ?

La chose la plus importante dont nous devons nous souvenir est que l’âme est la médiatrice entre le corps et l’esprit et qu’elle a besoin d’être régénérée par l’Esprit. Sans l’œuvre de l’Esprit (de Dieu nous diraient les chrétiens), nous sommes morts et incapables de connaître (Dieu) et de comprendre la Parole.

Etant dans un corps, l’âme peut en effet être attirée vers le bas (l’ego et le monde de la matière) alors que sa finalité serait d’être attirée vers le haut (la raison et le spirituel).

 Dans le même ordre d’idée, les Grecs distinguaient aussi trois niveaux :

Soma Sema

. le soma (corps physique) avec le célèbre jeu de mots « soma sema » «  le corps est le tombeau de l’âme » disaient en se croisant les platoniciens.

  • la psyché ou âme mortelle qui anime le corps (psychisme, sensibilité, désirs, humeurs…)
  • le noûs, intellect ou raison, partie la plus divine de l’âme, en contact avec le divin.(Le noûs peut être vu comme l’esprit en l’homme, l’intelligence active de la raison et du cœur, celle qui devrait guider l’âme et que vise le philosophe.)

Sur un plan plus psychologique, la partie inférieure de l’âme pourrait correspondre au « moi », alors que la partie éclairée pourrait correspondre au « soi », l’objectif étant d’aller comme chez les Bouddhistes et les Hindous du Moi vers le Soi.

On comprend ainsi un peu mieux la logique spirituelle qui anime les Chrétiens dans le geste du signe de croix déployé avec la main droite :

  • Le front, siège de l’esprit (le noûs  grec)
  • La poitrine, lieu du cœur, siège de l’âme
  • Et les épaules de la gauche à la droite, représentant la force de vivre, l’activité quotidienne, le corps.

Mais aussi : le Père (L’âme), Le Fils (le corps incarné) et le Saint Esprit (la réalisation, la Foi).

De haut en bas (axe vertical) : la naissance et (axe horizontal) : l’accomplissement de la vie.

MUSIQUE :

Album Soma Sema du groupe Stengah :

8 / TEA KANAKE : LE MYTHE DE LA FONDATION

(texte provisoire)

Le mot « mythe » vient du grec mythos, qui signifie « parole, discours, récit, rumeur ». Il désigne habituellement un récit symbolique, souvent doté d’une dimension religieuse et d’une visée explicative, sinon pédagogique : le mythe raconte la création du monde, les origines des peuples … De cette manière, il permet de fonder une culture commune. Le mythe représente donc le fondement indéniable de toute civilisation, de toute culture, et l’on sait la place immense qu’occupe la mythologie grecque dans notre culture occidentale :

De nombreuses légendes sont racontées dans la culture kanak et cela fait bien sûr partie d’une tradition orale qui se rapporte au mythe fondateur, présent dans toute culture. En l’occurrence le Tea Kanaké que nous partageons ci-dessous, est un symbole fort de la culture kanak que l’on retrouve sur de nombreux totems et racontée sous de multiples versions.

Mais attention, le mythe n’est pas une « histoire vraie » avec une seule version. Au contraire, il accumule des variantes successives, suivant par exemple que l’on est au bord de la mer ou dans les collines et les vallées. C’est tout le sens de la déclaration du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009) : «  Il n’existe pas de version vraie du mythe dont toutes les autres seraient des copies ou des échos déformés. Un mythe se compose de l’ensemble de ses variantes. C’est sa définition même.  » in Anthropologie structurale, Plon, Paris, 1958, p.242.

Les totems sont présents un peu partout sur le Caillou, il s’agit de sculptures ayant une symbolique forte souvent liée aux ancêtres et aux esprits protecteurs. On en trouve sur les flèches faîtières des « grandes cases », sur les chambranles et aussi à l’entrée des villages ou des maisons ou sites coutumiers importants.

Le mythe dans la culture kanak a une place primordiale car il fait le lien avec l’histoire du clan : il est fondateur de l’ordre social et explique l’origine des choses comme les origines des répartitions des clans, les plantes cultivées (igname, taro…), les rites, et les noms des lieux. Certains mythes ne se divulguent pas à n’importe qui, ou évoluent selon la maturité de l’auditeur.

Le mythe fondateur raconte les origines du peuple kanak et explique aussi la symbolique de certains animaux.

MYTHE DES ORIGINES – TEA KANAKE

L’origine des êtres

A l’aube du monde, la lune dépose sa dent sur un rocher qui émerge de l’océan. Sous l’effet de ses rayons, la dent se décompose. Apparaissent alors les premiers êtres vivants. Ceux qui restent sur le rocher se transforment en lézards, ceux qui glissent dans l’eau deviennent anguilles et serpents. De ces êtres primordiaux naît Téâ Kanaké.

La terre nourricière

Né ignorant de tout, il demande aux esprits de lui transmettre ce qu’il doit savoir pour vivre sur terre : la magie des pierres et des herbes, le travail des champs, la connaissance des plantes. Alors il cultive l’igname et fait pousser le taro.

La terre des ancêtres

Les esprits lui apprennent la vie en société, Téâ kanaké échange les premières ignames et construit la grande case ronde des origines. Il plante le pin colonnaire qui délimite les lieux sacrés et tabous puis, Téâ proclame la première parole.

Le pays des esprits

Afin de tout savoir sur la vie des hommes, Téâ Kanaké décide de connaître la mort, il entre dans le banian qui est le corps des esprits. Par ses racines qui pénètrent aux pays souterrains, il visite le pays des morts et, en ce ventre maternel, il se transforme.

(Lézard et hibou sont messager de la mort, on les trouve dans les cimetières. Leur contraire est l’anguille symbole de naissance.)

La renaissance

Le lézard peut être le messager de la mort, il vit dans les cimetières et, est « preneur de vie ». Il est, dans ce cas, contraire de l’anguille, symbole de la naissance. Comme les rejets qui renaissent d’un tronc coupé, Téâ Kanaké, porteur de la continuité de la parole, traverse la roche percée, symbole de la renaissance.

(Le serpent, spécialement le tricot rayé, est l’image du défunt qui veut rejoindre le monde des vivants, il sort de la mer et laisse sa peau sur la plage en reprenant apparence humaine.)

Art kanak :

Armand GOROBOREDJO :

Mon œuvre représente le mythe de Téâ Kanaké, héros légendaire kanak dont l’origine s’ancre profondément dans la tradition orale la plus ancienne. Le vieux Téâ Kanaké supporte la flèche faîtière de la région paicî-cèmuhî avec ces huit pointes qui représentent les huit districts de la région. L’anguille et le requin représentent le clan Dui, le clan de la mer, tandis que le lézard et le nautou (oiseau) représentent le clan Bai, le clan de la terre.

UNE PISTE MELANESIENNE : L’HOMME LEZARD ?

Dick Bone (né en 1960) « L’homme lézard », 1992. Bois de chêne «rouge», bambou, liane, pigments.

LE LÉZARD DE HEIDEGGER

« Le lézard ne se trouve pas simplement sur la pierre chauffée au soleil. Il a recherché la pierre, et il a l’habitude de la rechercher. Éloigné d’elle, il ne reste pas n’importe où : il la cherche de nouveau – qu’il la retrouve ou non, peu importe. Il se chauffe au soleil. C’est ainsi que nous parlons, bien qu’il soit douteux qu’en cette circonstance il se comporte comme nous lorsque nous sommes allongés au soleil, bien qu’il soit douteux que le soleil lui soit accessible comme soleil, bien qu’il soit douteux qu’il puisse faire l’expérience de la roche comme roche. Néanmoins, son rapport au soleil et à la chaleur est autre que le rapport de la pierre qui se trouve là et est chauffée par le soleil. Même si nous évitons toute explication psychologique fausse, et précipitée, du mode d’être du lézard, et même si nous ne « mettons pas en lui » ce que nous ressentons nous-mêmes, nous voyons malgré tout dans le genre d’être du lézard, de l’animal, une différence par rapport au genre d’être d’une chose matérielle. La roche sur laquelle le lézard s’étend n’est certes pas donnée au lézard en tant que roche, roche dont il pourrait interroger la constitution minéralogique. Le soleil auquel il se chauffe ne lui est certes pas donné comme soleil, soleil à propos duquel il pourrait poser des questions d’astrophysique et y répondre. Cependant, le lézard n’est pas davantage simplement juxtaposé à la roche et parmi d’autres choses (par exemple le soleil), se trouvant être là comme une pierre qui se trouve à côté du reste. Le lézard a une relation propre à la roche. Au soleil et à d’autres choses. On est tenté de dire : ce que nous rencontrons là comme roche et comme soleil, ce sont pour le lézard, précisément des choses de lézard. Quand nous disons que le lézard est allongé sur la roche, nous devrions raturer le mot « roche » pour indiquer que ce sur quoi le lézard est allongé lui est certes donné d’une façon ou d’une autre mais n’est pas reconnu comme roche ; la rature du mot ne signifie pas seulement : prendre quelque chose d’autre et comme quelque chose d’autre. La rature signifie plutôt que la roche n’est absolument pas accessible comme étant. Le brin d’herbe sur lequel grimpe un insecte n’est nullement pour celui-ci un brin d’herbe, ni la partie possible de ce qui deviendra une botte de foin, grâce à laquelle le paysan nourrira sa vache. Le brin d’herbe est une voie d’insecte, sur laquelle celui-ci ne cherche pas n’importe quel aliment, mais bien la nourriture d’insecte. L’animal a, comme animal, des relations précises à sa nourriture propre et à ses proies, à ses ennemis, à ses partenaires sexuels. Ces relations, qui sont pour nous infiniment difficiles à saisir et qui réclament une grande dose de précaution méthodique, ont un caractère fondamental qui est singulier, et qui jusqu’à présent n’a absolument pas encore été aperçu ni compris métaphysiquement. C’est ce caractère dont, plus tard, nous ferons connaissance dans l’interprétation finale. L’animal n’a pas seulement une relation précise avec son environnement alimentaire, à celui de ses proies, à celui de ses ennemis, à son environnement sexuel. Du même coup, il séjourne toujours, pour la durée de sa vie, dans un milieu précis, que ce soit dans l’eau, que ce soit dans l’air ou que ce soit dans les deux. Il y séjourne de telle façon que ce milieu qui lui appartient est imperceptible pour lui, mais que c’est précisément le déplacement hors du milieu adéquat dans un milieu étranger qui déclenche aussitôt la tendance à l’évitement et au retour. Ainsi, toutes sortes de choses sont accessibles à l’animal, et pas n’importe quelles choses ni dans n’importe quelles frontières. Sa manière d’être, que nous appelons la « vie », n’est pas sons accès à ce qui est en plus à côté de lui, ce parmi quoi il se présente comme être vivant qui est. En raison de ce lien, on dit donc que l’animal a son monde ambiant et qu’il se meut en lui. Dans son monde ambiant, l’animal est, pour la durée de sa vie, enfermé comme dans un tuyau qui ne s’élargit ni ne se resserre.
  Si nous comprenons monde comme accessibilité de l’étant, comment pouvons-nous alors soutenir, là où l’animal a manifestement accès, que l’animal est pauvre en monde et cela au sens où être pauvre veut dire : être privé ? Si l’animal a l’étant accessible autrement et dans des frontières plus étroites, il n’est cependant pas privé du monde absolument. L’animal a du monde. De l’animal ne fait justement pas partie la privation pure et simple du monde. »

Martin Heidegger, Seul l’homme a un monde, in Les concepts fondamentaux de la métaphysique, 1929, Gallimard, 1983, paragraphe 47, p. 294-295.

7 / IGNAME, RHIZOME ET KANAK OU PROLEGOMENE D’UNE MODERNITÉ KANAK

(texte provisoire)

LE RHIZOME, c’est donc la pensée du nomadisme, de l’anti-racine, du réseau, de la généalogie post-moderne :

LE RHIZOME, ce n’est pas l’arbre mais le tubercule :

C’est la structure de la chefferie :

SCHÉMA DE PRINCIPE DE LA STRUCTURE COUTUMIÈRE RADIOCONCENTRIQUE

LE CHÊNE, LE MARRONNIER KANAK ?

c’est le BANYAN AUX MULTIPLES POUSSES

STRUCTURE EN FRACTALE

ALORS

LA NOUVELLE CALÉDONIE A VOICE

et pour finir :

6 / VERS UNE PENSÉE ARCHIPÉLIQUE DU RHIZOME ?

EDOUARD GLISSANT ET LA POÉTIQUE DU DIVERS

Introduction à une Poétique du Divers

« Quand j’ai abordé la question [de l’identité], je suis parti de la distinction opérée par Deleuze et Guattari, entre la notion de racine unique et la notion de rhizome. Deleuze et Guattari, dans un des chapitres de Mille Plateaux (qui a été publié d’abord en petit volume sous le titre le Rhizomes), soulignent cette différence. Ils l’établissent du point de vue du fonctionnement de la pensée, la pensée de la racine et la pensée du rhizome. La racine unique est celle qui tue autour d’elle alors que le rhizome est la racine qui s’étend à la rencontre d’autres racines. J’ai appliqué cette image au principe d’identité. Et je l’ai fait aussi en fonction d’une « catégorisation des cultures » qui m’est propre, d’une division des cultures en cultures ataviques et cultures composites.« 

Edouard GLISSANT.

C’est à Gilles Deleuze et Félix Guattari que Glissant emprunte cette image du rhizome (la racine multiple d’une plante), pour qualifier sa conception d’une identité plurielle qui s’oppose à l’identité racine unique. Par opposition au modèle des cultures ataviques, la figure du rhizome place l’identité en capacité d’élaboration de cultures composites, par la mise en réseau des apports extérieurs, par le nomadisme.  

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LE PHILOSOPHE GILLES DELEUZE (1925-1995)

Extrait de Mille Plateaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari

 » (…) à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’Un ni au multiple. Il n’est pas l’Un qui devient deux, ni même qui deviendrait directement trois, quatre ou cinq, etc. il n’est pas un multiple qui dérive de l’Un, ni auquel l’Un s’ajouterait (n + 1). Il n’est pas fait d’unités, mais de dimensions, ou plutôt de directions mouvantes. Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde. (…)

A l’opposé de l’arbre, le rhizome n’est pas un objet de reproduction : ni reproduction externe comme l’arbre-image, ni reproduction interne comme la structure-arbre. Le rhizome est une antigénéalogie. C’est une mémoire courte, ou une antimémoire. Le rhizome procède par variations, expansion, conquête, capture, piqûre. (…). On écrit l’histoire, mais on l’a toujours écrite du point de vue des sédentaires

(…) Les nomades ont inventé une machine de guerre, contre l’appareil d’Etat. Jamais l’histoire n’a compris le nomadisme, jamais le livre n’a compris le dehors. Au cours d’une longue histoire, l’Etat a été le modèle :  prétention de l’Etat à être l’image intériorisée d’un ordre du monde, et à enraciner l’homme. Mais le rapport d’une machine de guerre avec le dehors, ce n’est pas un autre “modèle”, c’est un agencement qui fait que la pensée devient elle-même nomade, le livre une pièce pour toutes les machines mobiles, une tige pour un rhizome.

GILLES DELEUZE, Mille Plateaux.

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Mais aussi Franz KAFKA

“Les choses qui me viennent à l’esprit se représentent à moi non par leur racine, mais par un point quelconque situé vers le milieu. Essayez donc de les retenir, essayez donc de retenir un brin d’herbe qui ne commence à croître qu’au milieu de la tige, et de vous tenir à lui”

Franz Kafka, Journal

                                          

 

5 / SARTRE ET LE MARRONNIER

Jean-Paul Sartre (1905-1980) : La Nausée

 La ville du Havre a été immortalisée par Jean-Paul Sartre sous le nom de Bouville dans La Nausée. C’est dans ce premier roman qu’il décrit l’absurdité de l’existence : le personnage Roquentin, installé dans le jardin près du kiosque à musique, fait l’expérience de la nausée en contemplant une racine de marronnier.

L’ancien kiosque du Havre

[…] Six heures du soir.
Je ne peux pas dire que je me sente allégé ni content ; au contraire, ça m’écrase. Seulement mon but est atteint: je sais ce que je voulais savoir ; tout ce qui m’est arrivé depuis le mois de janvier, je l’ai compris. La Nausée ne m’a pas quitté et je ne crois pas qu’elle me quittera de sitôt ; mais je ne la subis plus, ce n’est plus une maladie ni une quinte passagère: c’est moi.
Donc j’étais tout à l’heure au Jardin public. La racine du marronnier s’enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c’était une racine. Les mots s’étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d’emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J’étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j’ai eu cette illumination.
Ça m’a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n’avais pressenti ce que voulait dire «exister». J’étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux « la mer est verte ; ce point blanc, là-haut, c’est une mouette », mais je ne sentais pas que ça existait, que la mouette était une «mouette-existante» ; à l’ordinaire l’existence se cache. Elle est là, autour de nous, en nous, elle est nous, on ne peut pas dire deux mots sans parler d’elle et, finalement, on ne la touche pas. Quand je croyais y penser, il faut croire que je ne pensais rien, j’avais la tête vide, ou tout juste un mot dans la tête, le mot « être ». Ou alors, je pensais… comment dire? Je pensais l’appartenance, je me disais que la mer appartenait à la classe des objets verts ou que le vert faisait partie des qualités de la mer. Même quand je regardais les choses, j’étais à cent lieues de songer qu’elles existaient: elles m’apparaissaient comme un décor. Je les prenais dans mes mains, elles me servaient d’outils, je prévoyais leurs résistances. Mais tout ça se passait à la surface. Si l’on m’avait demandé ce que c’était que l’existence, j’aurais répondu de bonne foi que ça n’était rien, tout juste une forme vide qui venait s’ajouter aux choses du dehors, sans rien changer à leur nature. Et puis voilà: tout d’un coup, c’était là, c’était clair comme le jour : l’existence s’était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite : c’était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans de l’existence. Ou plutôt la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s’était évanoui ; la diversité des choses, leur individualité n’était qu’une apparence, un vernis. Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en désordre ; nues, d’une effrayante et obscène nudité.
Je me gardais de faire le moindre mouvement, mais je n’avais pas besoin de bouger pour voir, derrière les arbres, les colonnes bleues et le lampadaire du kiosque à musique, et la Velléda, au milieu d’un massif de lauriers. Tous ces objets… comment dire? Ils m’incommodaient ; j’aurais souhaité qu’ils existassent moins fort, d’une façon plus sèche, plus abstraite, avec plus de retenue. Le marronnier se pressait contre mes yeux. Une rouille verte le couvrait jusqu’à mi-hauteur; l’écorce, noire et boursouflée, semblait de cuir bouilli. Le petit bruit d’eau de la fontaine Masqueret se coulait dans mes oreilles et s’y faisait un nid, les emplissait de soupirs; mes narines débordaient d’une odeur verte et putride. Toutes choses, doucement, tendrement, se laissaient aller à l’existence comme ces femmes lasses qui s’abandonnent au rire et disent: « C’est bon de rire » d’une voix mouillée; elles s’étalaient, les unes en face des autres, elles se faisaient l’abjecte confidence de leur existence. Je compris qu’il n’y avait pas de milieu entre l’inexistence et cette abondance pâmée. Si l’on existait, il fallait exister jusque là, jusqu’à la moisissure, à la boursouflure, à l’obscénité. Dans un autre monde, les cercles, les airs de musique gardent leurs lignes pures et rigides. Mais l’existence est un fléchissement. […]

SARTRE, Jean-Paul, La Nausée, Paris, Éditions Gallimard, coll. Folio (N° 805), 1938.

4 / CENTENAIRE DE MAURICE BARRÈS (1862-1923)

LA COLLINE INSPIRÉE


CHAPITRE PREMIER

IL EST DES LIEUX OÙ SOUFFLE L’ESPRIT

Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse. L’étroite prairie de Lourdes, entre un rocher et son gave rapide ; la plage mélancolique d’où les Saintes-Maries nous orientent vers la Sainte-Baume ; l’abrupt rocher de la Sainte-Victoire tout baigné d’horreur dantesque, quand on l’aborde par le vallon aux terres sanglantes ; l’héroïque Vézelay, en Bourgogne ; le Puy-de-Dôme ; les grottes des Eyzies, où l’on révère les premières traces de l’humanité ; la lande de Carnac, qui parmi les bruyères et les ajoncs dresse ses pierres inexpliquées ; la forêt de Brocéliande, pleine de rumeur et de feux follets, où Merlin par les jours d’orage gémit encore dans sa fontaine ; Alise-Sainte-Reine et le mont Auxois, promontoire sous une pluie presque constante, autel où les Gaulois moururent aux pieds de leurs dieux ; le mont Saint-Michel, qui surgit comme un miracle des sables mouvants ; la noire forêt des Ardennes, tout inquiétude et mystère, d’où le génie tira, du milieu des bêtes et des fées, ses fictions les plus aériennes ; Domremy enfin, qui porte encore sur sa colline son Bois Chenu, ses trois fontaines, sa chapelle de Bermont, et près de l’église la maison de Jeanne. Ce sont les temples du plein air. Ici nous éprouvons, soudain, le besoin de briser de chétives entraves pour nous épanouir à plus de lumière. Une émotion nous soulève ; notre énergie se déploie toute, et sur deux ailes de prière et de poésie s’élance à de grandes affirmations.

Tout l’être s’émeut, depuis ses racines les plus profondes jusqu’à ses sommets les plus hauts. C’est le sentiment religieux qui nous envahit. Il ébranle toutes nos forces. Mais craignons qu’une discipline lui manque, car la superstition, la mystagogie, la sorcellerie apparaissent aussitôt, et des places désignées pour être des lieux de perfectionnement par la prière deviennent des lieux de sabbat. (…)

D’où vient la puissance de ces lieux ? La doivent-ils au souvenir de quelque grand fait historique, à la beauté d’un site exceptionnel, à l’émotion des foules qui du fond des âges y vinrent s’émouvoir ? Leur vertu est plus mystérieuse. Elle précéda leur gloire et saurait y survivre. Que les chênes fatidiques soient coupés, la fontaine remplie de sable et les sentiers recouverts, ces solitudes ne sont pas déchues de pouvoir. La vapeur de leurs oracles s’exhale, même s’il n’est plus de prophétesse pour la respirer. Et n’en doutons pas, il est de par le monde infiniment de ces points spirituels qui ne sont pas encore révélés, pareils à ces âmes voilées dont nul n’a reconnu la grandeur. Combien de fois, au hasard d’une heureuse et profonde journée, n’avons-nous pas rencontré la lisière d’un bois, un sommet, une source, une simple prairie, qui nous commandaient de faire taire nos pensées et d’écouter plus profond que notre cœur ! Silence ! Les Dieux sont ici.

Illustres ou inconnus, oubliés ou à naître, de tels lieux nous entraînent, nous font admettre insensiblement un ordre de faits supérieurs à ceux où tourne à l’ordinaire notre vie. Ils nous disposent à connaître un sens de l’existence plus secret que celui qui nous est familier, et, sans rien nous expliquer, ils nous communiquent une interprétation religieuse de notre destinée. Ces influences longuement soutenues produiraient d’elles-mêmes des vies rythmées et vigoureuses, franches et nobles comme des poèmes. Il semble que, chargées d’une mission spéciale, ces terres doivent intervenir, d’une manière irrégulière et selon les circonstances, pour former des êtres supérieurs et favoriser les hautes idées morales. C’est là que notre nature produit avec aisance sa meilleure poésie, la poésie des grandes croyances. Un rationalisme indigne de son nom veut ignorer ces endroits souverains. Comme si la raison pouvait mépriser aucun fait d’expérience !

Seuls des yeux distraits ou trop faibles ne distinguent pas les feux de ces éternels buissons ardents. Pour l’âme, de tels espaces sont des puissances comme la beauté ou le génie. Elle ne peut les approcher sans les reconnaître. Il y a des lieux où souffle l’esprit.

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La Colline inspirée est un roman historique de Maurice Barrès publié en 1913. En 1950, ce roman fut inclus dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle. L’histoire se passe dans un lieu de sa terre d’origine, la colline de Sion en Meurthe-et-Moselle. Le livre débute par la célèbre phrase : « Il est des lieux où souffle l’esprit ». La colline de Sion, ou colline de Sion-Vaudémont, est une colline située dans le pays du Saintois, dans le sud du département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est. Culminant à une altitude de 540 mètres, ce qui en fait le point le plus élevé du relief des côtes de Moselle, la colline de Sion, de par son histoire, son pèlerinage et sa topographie, est un lieu majeur du tourisme Meurthe-et-Mosellan. Administrativement, la colline s’étend principalement sur le territoire de la commune de Saxon-Sion jusqu’à Vaudémont, et déborde sur celui de plusieurs communes limitrophes. Cette colline est à l’origine du roman La Colline inspirée, publié en 1913 par Maurice Barrès, qui en fait un lieu mystique.

BARRES ÉCRIVAIN DE L’ENRACINEMENT CONTROVERSE :

https://fresques.ina.fr/panorama-grand-est/fiche-media/GRDEST00207/maurice-barres-vie-et-posterite-d-un-ecrivain-lorrain-controverse.html

LA NAUSÉE DE JEAN-PAUL SARTRE

3 / LA CULTURE KANAK : TRADITION, MODERNITÉ OU POSTMODERNITÉ ?

(texte provisoire)

UNE VISION ENRACINEE :

«  La Grande Terre et les Iles étaient habités par des hommes et des femmes qui ont été dénommés kanak. Ils avaient développé une civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisaient le champ social et politique. Leur culture et leur imaginaire s’exprimaient dans diverses formes de création.

L’identité kanak était fondée sur un lien particulier à la terre. Chaque individu, chaque clan se définissait par un rapport spécifique avec une vallée, une colline, la mer, une embouchure de rivière, et gardait la mémoire de l’accueil d’autres familles. Les noms que la tradition donnait à chaque élément du paysage, les tabous marquant certains d’entre eux, les chemins coutumiers structuraient l’espace et les échanges »

      Statut d’autonomie, Accord de Nouméa, préambule, alinéa 1.3.

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«  Si l’identité kanak est fondée sur le lien à la terre, c’est la coutume qui constitue son existence et organise la société kanak. La coutume représente le droit coutumier au sens large, elle contient les us, les pratiques ainsi que les valeurs véhiculées »

   Charte du peuple Kanak (2013)

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Mais

LA COUTUME ne doit pas être prise au sens passif ou conservateur  elle s’adapte, elle évolue… 

La coutume en kanak veut dire tout simplement « la manière de vivre dans le pays de nos anciens »

« Ça commence par là, l’homme ! Parce ce qu’on dit « homme », seulement quand on lui donne son nom. Car quelqu’un qui n’a pas de nom, il est humain mais il n’est pas encore homme. Un homme, quand il a déjà son nom, ça veut dire qu’il est propriétaire d’une habitation, il est propriétaire d’une plantation, il est propriétaire d’un trou d’eau, il est propriétaire d’une montagne, il est propriétaire d’un  creek, il est propriétaire d’une forêt. (…) Un homme, s’il a un nom, il a tout ce qu’il faut. C’est un homme ! »

Elia Tain BÉALO, tribu de Tendo, aire Hoot Ma Whaap.

«  Lorsque quelqu’un porte un nom, ça veut dire qu’il appartient à un clan et donc à un territoire. Lorsqu’il va se présenter chez quelqu’un d’autre, il pourra dire d’où il vient et qui l’accompagne. Avoir un nom, c’est dire que l’on existe et que l’on a une terre »

Louis Ouiaga HOWWILI, Tribu de Narai, district d’Arama, Poum, aire Hoot Wa Whaap.

« Pour nous, les kanak, notre généalogie part de la racine principale de l’arbre ou de la racine pivotante de l’igname et va vers les ramifications. Tous les hommes et les lignées des clans viennent des ramifications, de cette racine principale, du même ancêtre en quelque sorte.

Dans la généalogie à la française, c’est l’inverse. Les ancêtres sont dans les branches ou les jeunes feuilles alors que le dernier né est à la base du tronc.

La racine, c’est l’être premier, c’est ce qui marque le tertre et la naissance du clan. C’est à partir de là que peuvent suivre toutes les descendances. Nous faisons partie d’un même clan parce que nous avons la même racine, la même base. »

Marguerite WEMAMA, épouse du petit-chef Régis Wémama, tribu de Touété, île des Pins, aire Drubéa-Kapumë.

« On vit sur cette terre, mais il y a toujours quelq’un qui était là avant nous. C’est comme le bon Dieu, mais notre bon Dieu à nous, ce sont nos ancêtres. A l’église, on fait la prière parce qu’on croit en Dieu, mais pour chaque Kanak, le vrai Dieu, c’est notre arrière-grand père, notre grand-père et tous les esprits de nos ancêtres. Ils nous accompagnent toujours, ils sont derrière nous. La nuque de l’homme est le siège de son totem, ils sont avec nous.

Félix TJIBAOU, Tribu de Tiendanite, Hienghène, aire Hoot Ma Whaap.

« La définition du soi est relative à la manière de s’identifier à ceux qui nous entourent. Notre nom dépend de notre origine, mais aussi de notre position dans la coutume. Ce sont les autres, les membres de la famille, les ainés, les cadets, les membres du clan, les autres clans de la chefferie ou encore les clans de nos maternels qui nous font exister. On ne peut pas exister tout seul. »

  Carole Bamia POETA, porte-parole du clan Faou de la chefferie Djeoula, tribu de Héo, district de Saint-Joseph, Ouvéa, aire Iaaï.

« Vous savez, lorsqu’on ne connaît pas sa généalogie, on est moins qu’un oiseau. C’est très important pour nous, de connaître notre origine, tous les liens que l’on a avec notre famille. Par exemple, lorsque je vais dans d’autres chefferies,, je connais les chemins. Je sais à qui m’adresser avant d’entrer dans une chefferie. »

Bergé Poindi KAWA, Grand-chef de Petit-Couli, Sarraméa, aire Xârâcùù.

Tous les textes cité ci-dessus sont extraits de Lebègue Sébastien,  Coutume Kanak, Au Vent des Îles, 2018.

ET NOUS ?

2 / LES FONDAMENTAUX DE LA CULTURE KANAK

(texte provisoire)

LES GRANDES DATES : voir 1

ETYMOLOGIE :

Le mot est à l’origine dérivé du mot hawaïenen kanaka signifiant « personne, être humain, homme ». Puis vers la fin du XIXe siècle, le mot Kanaka est utilisé dans les plantations des colonies britanniques du Pacifique, désignant les ouvriers originaires de diverses îles d’Océanie, essentiellement mélanésiennes. 

Travailleurs kanaka dans une plantation de canne à sucre dans le Queensland, fin du XIXe siècle.

Insulaires Loyauté employés comme marins sur la côte calédonienne

Ainsi en Hawaïen, Mr Lhomme se disait Sir KANAKA !

L’ARC MELANESIEN :

Je retiens : Papouasie-Nouvelle-Guinée, Iles Salomon, Vanuatu, Fidji, Nouvelle-Calédonie.

Caractéristique commune : la culture de l’igname :

Igname kanak

Marché de Lagos au Nigéria

Traits distinctifs :

La case, le clan (tribu et chefferies), l’igname, la langue et parole (l’oralité et la coutume), la personne, la terre et l’espace (spiritualité et géopolitique.

Culture de l’Igname certes mais surtout culture de la dualité :

Masculin / Féminin, Patriarcal/Matriarcal

Deux Kanaks, un homme et une femme, en Nouvelle Caledonie au XIXe siècle. Rue des Archives/©Rue des Archives/PVDE

Igname / Taro

Pins colonaires / Cocotiers

L’ART :

Les tapas

Les totems :

Musée du quai Branly. Exposition : « Kanak, l’art est une parole ». Du 15 octobre 2013 au 26 janvier 2014. Vue de l’exposition. Cette exposition, la plus importante réalisée depuis ces 20 dernières années sur la culture kanak, a rassemblé plus de 300 oeuvres et documents exceptionnels issus de collections publiques d’Europe et de Nouvelle-Calédonie. Elle a dévoilé de nombreuses pièces inédites et spectaculaires parmi les grandes oeuvres classiques du monde de l’art kanak.

La musique :

8 Aires coutumières, 8 aires linguistiques, 8 cosmogonies, 28 langues.