LA NATURE / 1

Dans le nouveau bac, la Nature a remplacé la culture : à votre avis POURQUOI ?

Certes sans doute parce que c’est une notion centrale, autour de laquelle beaucoup de questions se posent et de problèmes surgissent mais surtout on pense immédiatement à la question écologique, si importante aujourd’hui. Si cette question se pose, c’est parce que l’homme entretient avec la nature une relation complexe : il a besoin d’elle mais il ne la respecte pas toujours comme il le devrait… et partout on évoque une planète dorénavant menacée, une planète en danger :

C’est cette relation homme/nature qui va être au cœur de la leçon qui va suivre :

1°) Définitions : la distinction nature / culture :

Nature : on parle de la nature, comme de l’environnement, du monde naturel, tout ce qui n’est ni fabriqué, ni transformé, ni créé par l’homme.

Yaourt nature sans colorants, sans produits chimiques

Le mot grec pour parler de la nature est phusis : il désigne ce qui croît de soi-même (verbe croître), ce qui naît et se développe de soi-même, (la physique désignant chez les Anciens, la connaissance de la nature, la science en général).

Culture : la culture au contraire désigne tout ce que l’homme produit, fabrique, transforme, invente et crée..

Notons que le terme « culture« , dans sons sens actuel, est assez récent et que le paradoxe est qu’il vient aussi du champ de la nature : l’agriculture, la culture de la terre. La dérivation est assez logique : on peut cultiver son esprit comme on cultive la terre et colere en latin d’où vient le mot veut dire « prendre soin de « .

Prendre soin de la terre : agriculture :

Cultures en terrasse de Pisac au Pérou

Prendre soin de son corps : culturiste

Prendre soin de son esprit : être cultivé.

Prendre soin de sa tribu, de son peuple : la culture kanak, chinoise, française :

Nouvel an chinois à Paris

Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle que le terme de « culture » désignera l’ensemble des produits de la civilisation, au sens qu’on parle de « culture kanak » ou de « culture chinoise ou japonaise », c’est-à-dire la culture au sens collectif des traditions et des coutumes d’un peuple.

Prendre soin des dieux avec le mot « culte » qui a la même racine :

À quoi sert le culte ?

VOLTAIRE , la dernière phrase de « Candide » :

« Jardin » pris ici au double sens, de terre et d’esprit.

Exemple : le nouvel an chinois fêté à Paris en 2023, manifestation de la culture chinoise :

La culture, mot et concept est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de colère – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme ».

Hannah Arendt – La crise de la culture, 1961

Hannah Arendt (1906-1975)

2°) Problème :

Nous relevons deux problématiques centrales sur lesquelles vous pouvez tomber :

b) Faut-il dominer la nature ?

Quel est le pouvoir de l’homme face à la Nature ? Est-il un simple composant parmi d’autres ? Peut-il la domestiquer (du latin « domus« , la maison), la maîtriser, la modifier, orienter son cours ?

Nous allons nous efforcer d’y répondre en envisageant quelques unes des nombreuses pistes possibles que cette question ouvre… Mais d’abord dans notre enjeu, traitons de manière originale de l’homme être culturel ou naturel ?

Négresse à plateau d’Ethiopie

QU’EST-CE QUE « DOMINER » ?

Dominer : c’est contrôler, maîtriser, dompter, par exemple on dit de quelqu’un qu’il a su dominer ses sentiments, pour dire qu’il a su les contrôler comme « dominer sa colère »

Jardin à la française exemple de paysage maîtrisé, dompté, cultivé, domestiqué

Yoruba du Nigeria scarifié
L’EXEMPLE DE HEGEL : l’enfant qui jette des cailloux dans l’eau.

 » L’homme est également engagé dans des rapports pratiques avec le monde extérieur, et de ces rapports naît également le besoin de transformer ce monde, comme lui-même , dans la mesure où il en fait partie, en lui imprimant son cachet personnel. Et il le fait, pour encore se reconnaître lui même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme d’une réalité extérieure. On saisit déjà cette tendance dans les première impulsions de l’enfant : il veut voir des choses dont il soit lui-même l’auteur, et s’il lance des pierres dans l’eau, c’ est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son oeuvre dans laquelle il retrouve comme un reflet de lui même. Ceci s’observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses jusqu’à cette sorte de reproduction de soi même qu’est une oeuvre d’art. A travers les objets extérieurs il cherche à se retrouver lui même. Il ne se contente pas de rester lui même tel qu’il est : il se couvre d’ornements. Le barbare pratique des incisions à ses lèvres, a ses oreilles, IL SE TATOUE … Toutes ces pratiques n’ont qu’ un seul but : l’homme ne veut pas rester tel que la nature l’a fait. »

Hegel, « Introduction à l’esthétique », chap II, in Esthétique.

HEGEL (1770-1831)

La pratique du piercing remonte à l’antiquité… C’était pour les esclaves (boucle d’oreille) la marque de la servitude. Ensuite le piercing est devenu le signe d’une communauté. Celle des femmes, des rebelles, des bagnards, des homos, des « punk », des artistes… Chez tous les peuples, on se peint et on se maquille depuis toujours :

Le masque de beauté des Mahoraises

Il s’agit comme le pense Hegel, de prendre ou de garder le contrôle de sa réalité, d’imprimer sa marque sur le territoire, de montrer qu’on n’est pas un animal tel le coeur gravé des amoureux sur un tronc d’arbre ou les tags qui défigurent les murs de nos villes :

Ou comme l’exemple cité par Hegel de l’enfant qui jette des cailloux dans l’eau :

Le tatouage marque le corps et est signe de culture traditionnelle ou rebelle :

Il ne s’agit pas de plaire, mais d’exister !

L’homme devient sujet en découvrant le reflet de sa réalité dans le monde. Il le prend à témoin. Je suis ce que je fais, je suis ce que je fais de moi. Plus que les  heures, les secondes, mes pensées et surtout mes actes me fondent et font de mon être un fait.

Tatoué maori

Tatouage vieille école (old school)

Gangs manas du Salvador (Amérique latine)

On peut qualifier d’art tout ce par quoi l’homme marque de son empreinte le monde de façon gratuite. Hegel a évoqué ici les tatouages, les bijoux certes comme marque d’une culture inférieure mais du moins a-t-il le mérite de reconnaître cette pratique diabolisée à l’époque et interdite comme la preuve que l’homme se distingue par sa rupture avec le biologique (une peau nue) et son empreinte culturelle partout où il le peut.

LA NATURE / 2

1°) La violence de la nature :

Voici des exemples de catastrophes naturelles (cyclone, tsunamis, tremblements de terres) témoignant d’une nature bien dangereuse :

Et pourtant au Japon, les immeubles tanguent :

Mais alors pourquoi les immeubles de Tokyo ne s’effondrent-ils pas ?

Parce que les gratte-ciel sont érigés sur des vérins à huile qui amortissent les mouvements en cas de séisme et que les bâtiments sont capables de se fissurer afin de libérer l’énergie, mais sans qu’ils ne s’effondrent.

Le Japon construit selon des règles parasismiques depuis plus de 50 ans. C’est le résultat du travail des ingénieurs et des architectes, d’une conception de la science qui remonte à DESCARTES.

RENÉ DESCARTES (1596-1650) à sa table de travail

2°)  » Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature «  :

TEXTE CANONIQUE DE LA NOTION :

  • « Sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s’est servi jusqu’à présent, j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer, autant qu’il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l’esprit dépend si fort du tempérament, et de la disponibilité des organes du corps que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. »

Descartes, Discours de la Méthode (1637), VIe  partie.

QUESTIONS :

1°) Descartes distingue deux types de connaissances : la ‘ »physique’ » et ce qu’il appelle  »la philosophie spéculative’« . Différenciez-les en complétant ce tableau et en indiquant pour chacune leurs caractéristiques à partir du texte ci-dessus :

La physiqueLa philosophie spéculative
  
 
  
Tableau à remplir en vous appuyant sur le texte ci-dessus.

  • Le mot « physique » a été défini dans le I 1°) vous devez vous y reporter .
  • Une « philosophie spéculative » recherche la connaissance d’objets qui sont hors de portée de l’expérience c’est-à-dire une connaissance abstraite, purement théorique. Ex : Dieu, l’âme, la Volonté. Le terme « spéculation » est souvent utilisé avec une connotation péjorative.

2°) Relisez bien le texte; Descartes écrit : « j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer (…) le bien général de tous les hommes. »

a) Pourquoi des connaissances seraient-elles tenues cachées ?

b) Y a-t-il une loi qui nous oblige à procurer le bien général de tous les hommes ? D’où vient-elle ?

3°) Il affirme que par la connaissance de la physique nous pourrions « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » : qu’entend-il par là ? (Cherchez la réponse dans la suite du texte et proposez vous-mêmes des exemples).

4°) Quelle connaissance Descartes met-il au-dessus de toutes les autres ?

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 Éléments de réponse :

1) Tableau :

La physiqueLa philosophie spéculative
  
Connaissance fort utile à la vieLes principes dont on s’est servi jusqu’à présent
Philosophie pratiquequ’on enseigne dans les écoles
 
  

2 ) Notons que Descartes insiste sur l’importance de ne pas séparer la théorie (le savoir enseigné dans les écoles) et la pratique : les connaissances scientifiques ont des applications pratiques directement utiles, et même nécessaires, ainsi l’homme ne subit pas sa condition naturelle, n’est pas sous la tutelle de la nature : c’est lui qui la domine.

  • a. Des connaissances pourraient être tenues cachées car elles entrent en contradiction avec celles qui sont enseignées dans les écoles et révèlent une certaine conception du monde, de la nature.
  • b. La loi à laquelle fait allusion Descartes, n’est pas une loi positive, elle n’est écrite nulle part. Il suit en réalité un principe moral selon lequel nous devrions agir toujours en vue du bien-être de l’humanité, pour son progrès matériel

  • 3) C’est le sens de son affirmation : par « la connaissance de la nature » (la physique désignant ici les sciences en général) ainsi par les sciences de la nature, les êtres humains pourraient donner des buts utiles à leurs vies, mettre à leur service les forces de la nature et il parle de « la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres et des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent ».

  • 4) Enfin, dans la troisième partie de son texte, Descartes met au-dessus de tous les biens : la santé et par conséquent place comme la plus haute des sciences la médecine qui permet la conservation de la santé. Il le justifie en disant que la santé « est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres ».

  • Mais c’est aussi parce que la santé est le fondement même du progrès : elle pourrait « rendre les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici ». Autrement dit c’est par la connaissance du vivant, du corps humain et de son fonctionnement que l’on va pouvoir non seulement conserver la santé, guérir les maladies, mais aussi entamer un véritable progrès pour l’humanité, car la santé déterminera selon lui les progrès dans les autres domaines de la connaissance.
ELEPHANTIASIS, MALADIE COURANTE AUTREFOIS QUASIMENT DISPARUE GRÂCE AUX PROGRÈS DE LA MÉDECINE.

UN EXEMPLE : PRODUIRE DE L’ÉLECTRICITÉ PAR LES MARÉES :

En effet, par la connaissance des forces des astres et de leur influence sur les marées, on a pu construire des usines marémotrices afin de produire de l’électricité comme celle de l’usine marémotrice de la Rance, pionnière dans son domaine :

Descartes nous dit « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » …

Si je dis « il est comme son frère », cela veut bien dire qu’il n’est pas son frère, autrement dit Descartes ne se prend pour Dieu, il reconnaît bien des limites à la raison pratique humaine : il ne prétend pas comme aujourd’hui (voir le trans-humanisme) dépasser la nature, la mettre à genoux, à nos pieds à notre merci sans en voir les conséquences désastreuses du point de vue écologique.

Texte de John Stuart-Mill (1806-1873), philosophe anglais :

« Si le cours naturel des choses était parfaitement bon et satisfaisant, toute action serait une ingérence inutile qui, ne pouvant améliorer les choses, ne pourrait que les rendre pires. (…)

Si l’artificiel ne vaut pas mieux que le naturel, à quoi servent les arts de la vie ? Bêcher, labourer, bâtir, porter des vêtements sont des infractions directes au commandement de suivre la nature. (…)

Tout le monde déclare approuver et admirer nombre de grandes victoires de l’art sur la nature : joindre par des ponts des rives que la nature avait séparées, assécher des marais naturels, creuser des puits, amener à la lumière du jour ce que la nature avait enfoui à des profondeurs immenses dans la terre, détourner sa foudre par des paratonnerres, ses inondations par des digues, son océan par des jetées. Mais louer ces exploits et d’autres similaires, c’est admettre qu’il faut soumettre les voies de la nature et non pas leur obéir ; c’est reconnaître que les puissances de la nature sont souvent en position d’ennemi face à l’homme, qui doit user de force et d’ingéniosité afin de lui arracher pour son propre usage le peu dont il est capable, et c’est avouer que l’homme mérite d’être applaudi quand ce peu qu’il obtient dépasse ce qu’on pouvait espérer de sa faiblesse physique comparée à ces forces gigantesques. Tout éloge de la civilisation, de l’art ou de l’invention revient à critiquer la nature, à admettre qu’elle comporte des imperfections, et que la tâche et le mérite de l’homme sont de chercher en permanence à les corriger ou les atténuer.« 

John Stuart MILL , La nature (1874).

Maison de John Stuart Mill, à Avignon, aujourd’hui détruite.

EXPLICATION DU TEXTE :

Nous découvrons dès le premier regard que le texte à expliquer comprend trois parties nettement séparées par trois paragraphes. Demandons-nous ce que fait l’auteur et ce qu’il dit, autrement dit, essayons de cerner la forme et le contenu du texte.

– Nous découvrons dès la première partie, les deux premières lignes du texte une hypothèse (si … était) qui aboutit à une conclusion à savoir que si la nature était parfaite, elle n’aurait pas besoin qu’une action s’exerce sur elle. On ne peut condamner l’action de l’homme sur la nature comme inutile et même nuisible que si on admet comme incontestable que l’ordre du monde est parfaitement harmonieux, satisfaisant pour les commodités des hommes. Mais justement le point de départ de Stuart-Mill semble être que la nature n’est pas si bonne que cela alors que la plupart des philosophes ont tendance à louer la nature, à parler de « mère Nature ».

Dans la deuxième partie, l’auteur émet donc sa deuxième hypothèse : l’éloge de l’artificiel contre le naturel soulignant les imperfections de la nature. Le cours naturel des choses n’est pas parfaitement bon et satisfaisant puisqu’on éprouve partout le besoin de bêcher, de labourer de cultiver la terre ou de porte des vêtements.

– La troisième partie célèbre alors les victoires sur la nature que représentent les actions de l’homme pour en maîtriser ses forces comme par exemple la construction d’un pont joignant deux rives tel le célèbre Golden Gate Bridge de San Francisco :

San Francisco avant la construction du pont
Début construction du pont
Golden Gate Bridge aujourd’hui !

Bref le contenu du texte s’appuie sur un critère auquel l’auteur se réfère plusieurs fois ici : celui de l’utilité, qui ferait la valeur d’une action. L’UTILE est LE critère par excellence :

Ainsi, la philosophie de John Stuart-Mill est-elle appelée UTILITARISTE :

BILAN DU GRAND 2 :

Nous avons vu que la techno-science permet de dominer, de domestiquer la nature. Par la connaissance de la nature, hors de nous et en nous, nous sommes arrivés à maîtriser le milieu dans lequel nous vivons et le corps humain. Ainsi, nous pouvons désormais prévoir un cyclone, déclencher une alerte tsunami, vivre dans des immeubles anti-sismiques et surtout guérir de plus en plus de maladies hier incurables. Notre vie s’améliore tous les jours par le confort et nous semblons avoir une existence plus facile, et même agréable. Dans un premier temps, il nous a semblé donc tout à fait nécessaire de dominer la nature et cette domination est l’oeuvre de la culture qui désigne tout processus mis en oeuvre par l’humanité afin de modifier, améliorer, organiser ce qui est déjà là, en nous et hors de nous. Ainsi les êtres humains ont-ils eu besoin d’éducation, de règles, de connaissance et d’ingéniosité pour réussir à dominer la nature, s’assurant ainsi non seulement les conditions de leur survie, mais surtout celles d’une vie meilleure dans laquelle les progrès scientifiques et techniques assurent à l’humanité santé et confort.

LA NATURE / 3

1°) PROGRÈS ET CONFORT OU DÉCLIN ET DÉCADENCE ? :

En cherchant à dominer la nature, à faciliter notre existence, à rendre les tâches quotidiennes plus aisées et, de manière générale, la vie plus confortable, les êtres humains ne se sont-ils pas dénaturés ? Ils n’en ont peut-être pas eu conscience au début mais en jouissant de leurs inventions, en entrant dans le confort et la facilité, ne se sont-ils pas pris au piège du progrès ?

Ils sont devenus dépendants de leurs artifices, les artisans, non de leur liberté mais de leur asservissement à de nouveaux besoins.

Cette dénaturation progressive, les a affaiblis, Rousseau écrit dans le texte qui suit « les amollit » : ils y ont alors perdu leur liberté et leur bonheur naturels.

S’amollir , verbe pronominal :

  • Sens 1 : Perdre de sa vigueur, de son autorité. Exemple : » il s’est amolli ces derniers temps et l’équipe ne le craint plus ».
  • Sens 2 : Etre moins ferme physiquement. Exemple : « Depuis que j’ai arrêté la gymnastique, je sens que je me suis amollie« .

TEXTE CANONIQUE

« Dans ce nouvel état, avec une vie simple et solitaire, des besoins très bornés, et les instruments qu’ils avaient inventés pour y pourvoir, les hommes jouissant d’un fort grand loisir l’employèrent à se procurer plusieurs sortes de commodités inconnues à leurs pères ; et ce fut là le premier joug qu’ils s’imposèrent sans y songer, et la première source de maux qu’ils préparèrent à leurs descendants ; car outre qu’ils continuèrent ainsi à s’amollir le corps et l’esprit, ces commodités ayant par l’habitude perdu presque tout leur agrément, et étant en même temps dégénérées en de vrais besoins, la privation en devint beaucoup plus cruelle que la possession n’en était douce, et l’on était malheureux de les perdre, sans être heureux de les posséder. (…)

Mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.

La métallurgie et l’agriculture furent les deux arts dont l’invention produisit cette grande révolution. »

Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, IIe Partie.

Dans cet extrait, Rousseau présente les hommes justes sortis de l’état de nature, état dans lequel ils vivaient isolés et paisiblement. La description insiste d’emblée sur l’idée que des « commodités » – entendons par là des objets et outils pratiques, d’usage facile, qui rendent l’activité plus aisée au quotidien comme la machine à laver, l’aspirateur, le tracteur – ces commodités sont pour lui un « joug ».

Le joug est, au sens propre, la pièce de bois que l’on met sur la tête des bœufs pour les atteler, au sens figuré cela désigne une forte contrainte, un asservissement :



Joug : pièce de bois qui attache les boeufs pour le labour

Autrement dit, le progrès, la culture qui semblerait à première vue produire de la facilité, et donc nous libérer, nous rend en fait pour l’auteur de plus en plus dépendant avec même des contraintes de plus en plus pénibles comme la propriété, l’argent, le travail.

Pourquoi est-ce contraignant ?

La réponse est dans la suite du texte : c’est parce que l’humanité prend l’habitude du confort et de la facilité et qu’ainsi, elle s’amollit :

Ainsi, le progrès nous affaiblit : nous avons perdu l’habitude de faire des efforts, nous ne savons même plus dépecer une chèvre ou un cerf, faire un feu de bois :

Nos muscles et notre squelette se fragilisent, nous devenons obèses ( taux incroyable : 45 % des jeunes américains sont obèses !).

Rousseau ajoute que si jamais nous étions privés de ces conditions confortables, alors elles nous manqueraient : ceci lui permet d’affirmer que nous en sommes devenus dépendants.

Par conséquent, loin de nous libérer de la tutelle de la nature, les inventions techniques, les artifices, tout ce qui rend notre activité plus rapide, facile, efficace, est au contraire devenue selon Rousseau, la source de notre faiblesse et de notre malheur.

  • ce qui est naturel est déjà là, donné, spontané et s’oppose à ce qui est artificiel : l’artifice est produit par l’art, c’est lefruit de l’activité humaine qui modifie ce qui est donné, invente, crée.
  • Ce qui est superficiel en revanche est ce qui est en trop, en excès, superflu.
  • En ce sens opposer naturel et superficiel est un jugement de valeur : ce qui est naturel serait bon, souhaitable, pur ; par opposition à ce qui est superficiel qui serait superflu, excessif, inauthentique, trop chargé.

Rappelons que l’artifice désigne étymologiquement ce qui est produit par l’artisan : l’arte fact qui suppose une maîtrise technique, une intelligence et une compréhension de la matière et de ses lois alors qu’aujourd’hui dans son sens usuel, le terme est connoté négativement comme un moyen ingénieux d’imiter la nature, de faire illusion.

Sens positif : un coeur artificiel qui vient remplacer le coeur malade.

Fausses fleurs réalistes : des fleurs artificielles

2°) La Mère-Nature de Montaigne :

Peut-être a-t-on tort alors d’admirer les progrès techniques de l’humanité, peut-être donnons-nous, comme John Stuart Mill, trop de valeur aux œuvres de la culture, aux artifices qui nous permettent de dominer la nature. C’est en ce sens que Montaigne, dans le chapitre intitulé « Des Cannibales » dans les Essais, faisait aussi le procès avant Rousseau du progrès technique et l’éloge des Indiens d’Amérique :

TEXTE CANONIQUE :

Lisez très attentivement le texte de Montaigne qui suit :

« Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu. (…) Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère Nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions que nous l’avons du tout étouffée.

Partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises (…).

Montaigne, Essais, Livre I, chapitre XXXI, « Des cannibales ».

  • Montaigne distingue deux significations du mot « sauvage » : lesquelles ?
  • 2. Quel effet l’artifice de l’humanité a-t-il sur la nature selon Montaigne ? Relevez les expressions du texte.
  • 3. Quelles sont les expressions liées à la nature dans le texte ? Qu’indiquent-elles sur la représentation de la nature que propose Montaigne ?
  1. Les deux premières occurrences du mot sauvage (ligne 1) signifient produit de la nature, sans modification humaine, en référence à l’étymologie latine du terme sauvage, silva que l’on traduit par la forêt, selvaticus qui signifie « sylvestre ». Est sauvage ce qui n’est pas domestiqué, c’est la nature avant que l’homme ne la modifie (en la cultivant, en la transformant en paysage, en apprivoisant les animaux). Mais au sens figuré, sauvage signifie aussi violent, agressif, destructeur, comme quand on s’exclame face à quelqu’un qui frappe, ou insulte : « c’est un sauvage ! » ou que l’on dénonce des actes qui témoignent d’une sauvagerie, pour parler d’actes cruels. C’est ici la signification de la deuxième occurrence du mot « sauvage«  (ligne 3).
  • 2. Les expressions du texte concernant l’effet de l’artifice humain sont les suivantes : « Altérés par notre artifice, détournés de l’ordre commun, abâtardies, accommodées au plaisir de notre goût corrompu, rechargé la beauté et richesse des ouvrages de la nature, étouffer la nature, vaines et frivoles entreprises ». Elles montrent toute la condamnation de l’artifice ici exprimée par Montaigne.
  • 3. Les expressions liées à la nature dans le texte sont les suivantes : « Vives et vigoureuses vraies et plus utiles et naturelles propriétés, grande et puissante mère Nature, beauté et richesse de ses ouvrages, sa pureté reluit ».

Que Montaigne propose une représentation d’une nature belle, utile, puissante, riche et pure.

On voit ici comment ce qui est naturel n’est pas seulement ce qui est là, déjà donné, mais aussi ce à quoi nous attribuons de la valeur quand nous disons que « la nature fait bien les choses », ou que nous parlons de « pureté naturelle », condamnant implicitement l’action des êtres humains dans sa dimension excessive et destructrice.

On pourrait alors penser que nous faisons partie de la nature, qu’il ne faut pas la concevoir comme extérieure à nous, mais au contraire nous concevoir comme une partie d’un tout avec lequel nous devons communier, vivre en harmonie. C’est tout le sens du mouvement écologiste et de l’idée de décroissance, qui se sont par exemple largement développés ces derniers temps…

Le « sauvage » est ici valorisé parce qu’il n’a pas été corrompu par la société : c’est le fameux mythe du « bon sauvage » que déclinent Montaigne, Rousseau mais aussi Diderot avec son Supplément au Voyage de Bougainville, souvent étudié en français (classe de seconde ou de première) :

A ce mythe du « bon sauvage » inspiré des récits de voyage des explorateurs à Tahiti, on a opposé la cruauté ou la bêtise du mauvais sauvage mélanésien, présenté comme un cannibale féroce, suite à la disparition mystérieuse de La Pérouse :

Parti de France en août 1785 le comte de Lapérouse, disparaît en 1788 avec ses 220 hommes sur deux navires, La Boussole et l’Astrolabe qui avaient quitté le 10 mars 1788 l’Australie de l’Est (Botany Bay) en direction de la Nouvelle-Calédonie !

Reste maintenant à savoir si l’homme est capable ou non de quitter la ville pour vivre «  dans la nature ». Le retour au monde sauvage est une option parmi d’autres mais il suppose un regard critique, et toute une philosophie de vie comme celle, par exemple, du philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862), auteur de Walden ou la vie dans les bois (1854) :

Il s’agit d’un récit autobiographique : Thoreau a vécu seul dans une cabane dans la forêt proche de sa ville, en contact étroit avec la nature, même si son but n’est pas de vivre à l’état sauvage en tant que tel mais de mener une aventure spirituelle, un éloignement temporaire du matérialisme de la société moderne. Ni Montaigne, ni Rousseau, n Thoreau ne disent qu’il faut vivre comme les « sauvages«  mais ils méditent sur les limites de l’artifice du « civilisé » :

Thoreau nous amène à nous poser certaines questions : est-il vraiment possible matériellement de quitter la société, la culture ? Est-il possible réellement de retrouver en soi l’essence perdue de l’homme ?

Les Celtes de l’antiquité se détournaient des cités pour chercher le reflet de la divinité sous les frondaisons des chênes. La forêt est un lieu d’ensauvagement et d’enseignement. C’est à la forêt, le premier et le dernier temple de la divinité, auquel les peuples d’Europe doivent leur héritage et leur devenir :

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Résumons-nous et allons plus loin :

Le projet de domination de la nature semble vain, mais surtout être une erreur : l’humanité cherchant santé, bien-être et bonheur se trompe si elle croit pouvoir les trouver dans le progrès technique et industriel. Le progrès conduit non seulement à l’affaiblissement de nos capacités naturelles, de notre force, de notre agilité mais il la rend dépendante d’objets inutiles et nocifs pour notre santé, et nous aveugle. (Jean-Jacques ROUSSEAU). Nous en sommes donc arrivés à détruire la nature, et à menacer sa propre existence. Pire en cherchant à maîtriser et à dominer la nature, l’humanité se met en danger elle-même. Son action conduit non seulement à l’épuisement des ressources naturelles dont sa survie dépend, mais aussi à l’ignorance du fait qu’une existence plus simple est favorable à la santé et au bonheur.

LA PLANETE EN DANGER !

Nous sommes pris dans une impasse : il faut dominer la nature pour survivre, mais cette domination nous fait courir le risque de la détruire alors que faire ? Peut-on maîtriser la nature sans la détruire et comment ? Ne nous faudrait-il pas une nouvelle éthique ?

LA NATURE / 4

HANS JONAS ET LE PRINCIPE RESPONSABILITÉ :

Pour repenser notre rapport à la nature, ne faudrait-il pas en effet modifier notre morale ?

Il est naïf de croire que l’homme est extérieur à la nature, qu’il puisse la dominer, comme un maître peut dominer son esclave, et la mettre à son service, comme s’il pouvait s’en extraire et s’en distinguer complètement. Il ne faut pas oublier que l’homme appartient à la nature. Et n’oublions pas la phrase de la vidéo de Sophie Marceau du cours précédent :

« La Nature n’a pas besoin de l’homme, l’homme a besoin de la nature »

Elle nous rappelle celle de Jean-Jacques ROUSSEAU :

Il ne faut donc pas penser l’homme en rupture avec la nature, il faut repenser sa situation face à la nature.

C’est ainsi que le philosophe allemand contemporain Hans Jonas (1903-1993)

propose de renouveler la morale, cet ensemble de règles que nous devons mettre en pratique dans notre relation à autrui afin de ne pas le faire souffrir ou lui nuire. Jusqu’au XXe siècle, la morale pense les relations des êtres humains entre eux en tant qu’ils sont nos contemporains, nos proches, nos voisins autrement dit, l’action morale, le devoir concernent les relations entre prochains comme le grand principe « Aime ton prochain comme toi-même » de la morale chrétienne).

Or, la difficulté avec la technique moderne est que les effets de l’action de l’humanité sur la nature ne sont pas nécessairement manifestes immédiatement mais sont souvent une menace pour les générations futures. Il faudrait donc revoir notre conception de la morale et du devoir, en tenant compte des générations futures dans les nouveaux principes que nous devons suivre.

Lisons donc Hans Jonas, qui écrivait en 1979 :

[ Nous donnons ici un extrait plus long du texte donné en cours (le fluo orange correspondant à la version de la photocopie du cours) ]

 » Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. (…) La promesse de la technique moderne s’est inversée en menace (…). La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. Tout en lui est inédit, sans comparaison possible avec ce qui précède (…). Nulle éthique traditionnelle ne nous instruit donc sur les normes du « bien » et du « mal » auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique.

Dans ce vide (qui est en même temps le vide de l’actuel relativisme des valeurs) s’établit la recherche présentée ici. Qu’est-ce qui peut servir de boussole ? L’anticipation de la menace elle-même ! (…)

Un impératif adapté au nouveau type de l’agir humain et qui s’adresse au nouveau type de sujets de l’agir s’énoncerait à peu près ainsi : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la Permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ; ou pour l’exprimer négativement : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie » (…).

On voit sans peine que l’atteinte portée à ce type d’impératif n’inclut aucune contradiction d’ordre rationnel. Je peux vouloir le bien actuel en sacrifiant le bien futur. De même que je peux vouloir ma propre disparition, je peux aussi vouloir la disparition de l’humanité. (…)

Or le nouvel impératif affirme précisément que nous avons bien le droit de risquer notre propre vie, mais non celle de l’humanité ; (…) que nous n’avons pas le droit de choisir le non-être des générations futures à cause de l’être de la génération actuelle et que nous n’avons même pas le droit de le risquer. Ce n’est pas du tout facile, et peut -être impossible sans recours à la religion, de légitimer en théorie pourquoi nous n’avons pas ce droit, pourquoi au contraire nous avons une obligation à l’égard de ce qui n’existe même pas encore et ce qui « de soi » ne doit pas non plus être, ce qui du moins n’a pas droit à l’existence, puisque cela n’existe pas. Notre impératif le prend d’abord comme un axiome sans justification. »

Hans Jonas, Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique (1979), trad. J. Greisch, Éd. du Cerf, Préface, pp. 13 et 30.

Après lecture attentive du texte, vous répondrez aux questions suivantes et comparerez vos réponses aux éléments de corrigé proposés par la suite.

Questions

  • 1. Jonas parle d’un « Prométhée définitivement déchaîné », à quoi fait-il référence ? Que veut-il dire ?
    • 2. Pourquoi faut-il, selon Jonas, repenser la morale aujourd’hui ?
    • 3. Pourquoi, selon Jonas, n’avons-nous pas le droit de risquer la survie des générations futures ?

     

    Éléments de réponses :

    1. Jonas fait référence au mythe de Prométhée retranscrit que nous verrons bientôt dans notre prochain chapitre « la Technique« , prochaine notion. Dans ce mythe, le don que Prométhée fait aux hommes est celui du feu et de la connaissance des arts, il représente la technique. Ici, Jonas insiste sur le fait que la technique moderne avec la science et l’économie qui progressent ensemble entraînent l’humanité dans une situation dont elle ne mesure plus les conséquences à long terme et qui menacent son avenir. Si Prométhée est « définitivement déchaîné », c’est qu’il n’a plus de chaînes, qu’il a perdu les chaînes de sa punition sur le mont Caucase, qu’on ne peut plus l’arrêter, que l’évolution de la technique est entrée dans un processus sans limites.

    • 2. Il faut donc repenser la morale car le défi que doivent relever les êtres humains est nouveau : jusqu’à aujourd’hui la morale définissait des règles du devoir envers soi-même et envers autrui, mais jamais des règles du devoir envers les générations futures. En effet, je n’ai de devoir qu’envers ceux sur qui mon action présente a un effet direct mais la difficulté avec la technique aujourd’hui est que les effets de nos choix actuels seront à supporter par les générations futures, comme par exemple l’épuisement des ressources naturelles (bois, pétrole, eau) ou le réchauffement climatique ; ainsi nous risquons, pour notre confort présent et par notre imprévoyance, de menacer la survie des générations futures.

    • 3. Selon Jonas nous devons poser un nouveau principe pour diriger notre action et c’est ce nouveau principe qu’il appelle « principe responsabilité » et qui nous rappelle que nous sommes responsables non seulement envers nous-mêmes ou nos contemporains, mais aussi envers les générations futures. On peut imaginer que ce qu’on appelle aujourd’hui « principe de précaution » et qui nous oblige à renoncer à la diffusion d’une découverte dont on ignore si ses effets à long terme ne seront pas nocifs, est une interprétation de ce principe proposé par Jonas. Il propose donc de considérer que les générations futures ont le droit d’exister comme un axiome, et c’est pour lui une proposition évidente qui ne demande pas d’être démontrée, argumentée ou justifiée. Cela suppose un droit à l’existence pour les générations futures qui n’existent pas encore et on pourra remarquer qu’il faut alors que nous supposions que quelque chose qui n’existe pas et n’existera peut-être jamais… a des droits… et ceci est du point de vue juridique loin d’être évident !….

    Éthique/morale : pris dans ce texte comme synonymes, ces termes concernent la question du bien et du mal et du bon comportement : comment bien agir ? Y a-t-il des règles qui nous assurent que nous accomplirons bien notre devoir ?

    Impératif : un impératif est un ordre, une règle que l’on doit suivre sans exception, à laquelle on ne peut se soustraire.

    COMPLEMENTS VIDÉOS :

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    VIDÉO DE RÉVISION DE LA NOTION :