TECHNIQUE vient du grec « Teckhnê » (en latin « Ars« qui a donné « artiste » mais aussi « artisan »). La Teckhnê désignait le savoir-faire, la connaissance pratique et fabricatrice. Un lycée technique par exemple, c’est un lycée où l’on apprend avec ses mains, manuellement, en ateliers. C’est le sens ancien du mot : la technique, au sens grec, est donc un ensemble de règles, de connaissances qu’il faut suivre pour produire tel ou tel objet.Le mot grec « teckhné » signifie selon Aristote « une disposition à produire accompagnée d’une règlevraie« .
b) Sens moderne :
Ici, la technique désigne l’ensemble des procédés (outils, machines, instruments) qui nous permettent de réaliser quelque chose. On pense de suite au terme technologie.
On notera au passage que la Technique est un mot fabriqué au 18ème siècle et que le concept de « technique » apparaît au moment où se met en place un nouveau type de production: la production industrielle, la production par les machines. En effet, la société grecque était d’essence artisanale et donc bien éloignée de ce que les modernes désignent aujourd’hui sous le concept de Technique ou de « technologie ».
Forgeron martelant dans sa forge (vers 510 av. J-C), coupe grecque. (ex de travail artisanal).Atelier d’assemblage d’Airbus.
2 °) Problème :
On suit et on problématise le sens ancien et moderne :
Au sens ancien, le vieux mot tekhnê renvoie à quelque chose de positif, à la connaissance, celle du feu de Prométhée par exemple, (voir le cours sur la Nature) qui nous permet de nous libérer, en particulier de la nature, de la maîtriser, d’en sortir.Le sens serait donc plutôt positif.
Au sens moderne, malgré cette positivité qui améliore la vie (pensons à la machine à laver) :
La technologie moderneapparaît souvent commequelque chose qui peut parfois finir par nous dominer, menacer notre liberté, un sens plutôt négatif.
Technique : tecknê en grec, arsen latin.
Sens ancien: connaissance, libération, positif.
Sens moderne : instrument, addiction, dépendance, négatif.
Quelque chose de positif qui nous aide à surmonter la nature, à répondre à nos besoins ou au contraire, présente-t-elle un danger, une menace pour nos libertés ?
La Technique est-elle donc une fin ou un moyen ?
Ex de sujets: « Faut-il avoir peur de la Technique ? » :
Si sens ancien, sens 1 : Pourquoi en avoir peur ? La technique n’est-elle pas un plus ? Exemple, en médecine le respirateur artificiel en salle de réanimation aide le médecin à affronter la maladie, le bulldozer aide le maçon à terrasser….
Si sens moderne, sens 2 : Oui, la technique peut faire peur ? Ne sommes-nous pas en ce moment esclaves de nos écrans ?
Autre ex de sujet :Le développement technique est-il une menace pour la liberté ?
Méthodologie : Soulignez le terme notionnel » technique « , sentez et posez la contradiction(sens 1, sens 2, sens ancien, sens moderne) et posez la problématique et votre plan. (On fera bien attention que ce sujet ne porte pas sur la technique proprement dite mais sur le « développement » de la technique, autrement dit le progrès c’est-à dire le sens moderne du mot).
3°)Enjeu: la distinction technicien/savant :
Le philosophe Alain et ses élèves de Terminale.
Texte d’ALAIN (1868-1951) :
» J’appelle technique ce genre de pensée qui s’exerce sur l’action même et s’instruit par de continuels essais et tâtonnements. Comme on voit qu’un homme même ignorant, à force d’user d’un mécanisme, de toucher et pratiquer de toutes les manières et dans toutes les conditions, finit par le connaître d’une certaine manière, et tout à fait autrement que celui qui s’est d’abord instruit par la science ; et la grande différence entre ces deux hommes, c’est que le technicien ne distingue point l’essentiel de l’accidentel ; tout est égal pour lui et il n’y a que le succès qui compte.
Ainsi un paysan peut se moquer d’un agronome ; non que le paysan sache, ou seulement soupçonne pourquoi l’engrais chimique, ou le nouvel assolement, ou un labourage plus profond n’ont point donné ce qu’on attendait ; seulement par une longue pratique, il a réglé toutes les actions de culture sur de petites différences qu’il ne connaît point, mais dont pourtant il tient compte, et que l’agronome ne peut même pas soupçonner.
Quel est donc le propre de cette pensée technicienne ? C’est qu’elle essaie avec les mains au lieu de chercher par la réflexion. »
ALAIN, Philosophie,I VI, 4 « Technique et Science ».
Préparation sujet 3, option 1, questions II :
Lire attentivement le texte et faire :THEME – THESE – PLAN –
CORRIGÉ :
Alain met ici en évidence la différence de nature qui réside selon lui entre la science et la technique.
Thème : Qu’est-ce que la technique ? Plus précisément, quelle est la différence entre la connaissance scientifique et la la connaissance technique (la teckhnê en grec) ? La différence entre un savant et un technicien, un scientifique et un ingénieur ?
Thèse : Pour Alain, la technique relève de l’action, de la pratique, tandis que la science relève du savoir, de la théorie. La technique est une connaissance pratique, pragmatique (pragma en grec veut dire « action »), empirique.
Explication : Pour illustrer cette thèse, Alain met en parallèle dans sa première partie deux types d’hommes : l’homme instruit par la science et le technicien ; il donne, dans la deuxième partie du texte,(deuxième paragraphe) l’exemple de l’agronome et du paysancomme illustration de sa thèse. (dans notre cours nous avons pris celui du mécanicien et de l’ingénieur automobile)
Remarquez à ce propos la clarté de la première phrase :
« J’appelle technique ce genre de pensée qui s’exerce sur l’action même et s’instruit par de continuels essais et tâtonnements.«
Pour Alain, la technique est une pensée pragmatique (du grec « pragma » = action) tournée vers la pratique, la fabrication, le faire et non vers la « théorie » (du grec « théorein » = voir), elle ne s’instruit pas, selon Alain, par la théorie, le raisonnement, le savoir, mais par l’action elle-même, à travers une série d’essais et d’erreurs corrigées, de « tâtonnements ».
Pour illustrer cette thèse, prenons l’exemple d’un mécanicien illettré. Il n’a pas été à l’école, il ne sait peut-être pas écrire ni ce que c’est vraiment qu’un moteur à explosion mais il sait bricoler, réparer n’importe quelle voiture.
Mécaniciens africains de rue à Lagos (Nigéria)
La pensée du mécanicien s’est exercée sur l’action, comme le dit Alain, il ne vise que le succès, que le moteur redémarre !
Ainsi, il y a, pour Alain, deux manières de s’instruire : celle de « l’homme ignorant » et celle de « celui qui s’est d’abord instruit par la science« . L’homme ignorant s’instruit en agissant, « en usant, en touchant, en pratiquant« , contrairement à celui qui s’est instruit pas la science.
Alain ajoute que la différence de nature entre ces deux hommes (le technicien et le savant) réside dans le fait que le technicien ne distingue pas l’essentiel de l’accidentel, que tout est égal pour lui et qu’il n’y a que le succès qui compte (en anglais truth success).On appelle cela en philosophie une conception utilitariste :
TRUTH SUCCESS : il n’y a que le succès qui compte ! Conception UTILITARISTE
Reprenons notre exemple du mécanicien : un ingénieur en automobile a fait une école d’ingénieur, il est savant, il connaît les lois du mouvement, alors que le mécanicien « ignorant » procède par essais et erreurs, il ne sait pas vraiment pourquoi un moteur marche mais il sait au moins à peu près comment ça march. Tout est égal pour lui, il s’en fout de la marque, du schéma du moteur ; pour le technicien, la seule chose qui compte est le succès, la réussite : que la voiture redémarre.
Dans la deuxième partie (deuxième paragraphe) du texte, Alain a donné, lui, l’exemple d’un agronome et d’un paysan.
A droite,un paysan; à gauche un agronome.
L’agronome a été qu lycée agricole, il a eu son BTS et même poursuivi plus loin en master, il lui suffit de voir un terrain pour savoir de quels sels minéraux, il est composé. A l’inverse, le paysan peut se moquer de l’agronome parce qu’il ne distingue pas l’essentiel (la connaissance) de l’accidentel (le succès). Le paysan ne connaît pas le « pourquoi » des choses : il ne sait pas pourquoi telle ou telle engrais n’a pas donné ce qu’on attendait, mais il sait « comment » il faut s’y prendre pour réussir. Il sait que là , son grand-père lui disait, il faut mettre plus d’engrais parce que là la terre est meilleure que là-bas. Il connaît, nous dit Alain, les « petites différences » sans pouvoir réellement les expliquer, mais dont pourtant il tient compte, ce sont les détails accidentels qu’Alain a évoqués plus haut et qu’il oppose à « l’essentiel » que l’agronome connaît théoriquement.
Ainsisi l’on se place du point de vue de l’efficacité, de la réussite, on peut donc dire, comme le suggère Alain, que le paysan est, d’une certaine manière, « supérieur » à l’agronome » et que la pensée technicienne » essaye avec les mains » .
Alain n’aime pas les petits chiens savants comme les Terminales Générales (vous vous sentez visés, les Boss des TG mais … bon… vous ne savez même plus compter sans calculatrice !…).
Ceci étant :
Car il semble aujourd’hui de plus en plus difficile de séparer la technique de la science. Les nouvelles voitures sont tellement compliquées (ordinateur à bord) que le mécanicien illettré d’autrefois ne pourra plus les réparer : il faudra un spécialiste c’est-à-dire un savant :
Le nouveau mécanicien à tablette
Et puis heureusement que parfois l’ingénieur agronome vient rectifier le travail du paysan qui met plein de pesticides sur ses tomates ou qui pratique la culture sur brûlis au point qu’après, la terre se transforme en désert !……
TEXTE CANONIQUE : c’est le deuxième texte canonique de Platon après « l’allégorie de la caverne » et il est extrait de son livre « Protagoras« , (vous vous souvenez, le célèbre chef des Sophistes du « A chacun sa vérité » !). En philosophie, on désigne aussi parfois ce mythe comme le « mythe du Protagoras » car on le trouve précisément dans l’ouvrage de Platon qui s’appelle Le Protagoras :
Platon le fait ici parler sur la religion et la création du monde. Il ne s’agit pas cette fois-ci d’une allégorie mais d’un mythe repris de la religion grecque. C’est un mythe qui appelle donc chez nous deux choses :
– une « petite histoire » anecdotique : ici la rivalité de deux frères jumeaux, deux Titans, Epiméthée et Prométhée et la ruse de ce dernier pour sauver les hommes en volant le feu aux DIEUX et donner ainsi aux hommes le pouvoir de fabriquer des outils et des armes pour maîtriser la nature et se protéger des animaux sauvages.
– L’interprétation philosophique de ce que Platon nous suggère par ce mythe célèbre, souvent représenté par les peintres comme ici-bas :
JAN COSSIERS, Prométhée emportant le feudes Dieux pour le donner aux hommes
A LIRE ATTENTIVEMENT ET IMPÉRATIVEMENT(version longue du texte par rapport à celle distribuée en cours) :
»C’était le temps où les dieux existaient déjà, mais où les races mortelles n’existaient pas encore. Quand vint le moment marqué par le destin pour la naissance de celles-ci, voici que les dieux les façonnent à l’intérieur de la terre avec un mélange de terre et de feu et de toutes les substances qui se peuvent combiner avec le feu et la terre. Au moment de les produire à la lumière, les dieux ordonnèrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer convenablement entre elles toutes les qualités dont elles avaient à être pourvues. Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser le soin de faire lui-même la distribution: » Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon œuvre. » La permission accordée, il se met au travail.
Dans cette distribution, ils donnent aux uns la force sans la vitesse ; aux plus faibles, il attribue le privilège de la rapidité; à certains il accorde des armes; pour ceux dont la nature est désarmée, il invente quelque autre qualité qui puisse assurer leur salut. A ceux qu’il revêt de petitesse, il attribue la fuite ailée ou l’habitation souterraine. Ceux qu’il grandit en taille, il les sauve par là même. Bref, entre toutes les qualités, il maintient un équilibre. En ces diverses inventions, il se préoccupait d’empêcher aucune race de disparaître.
Après qu’il les eut prémunis suffisamment contre les destructions réciproques, il s’occupa de les défendre contre les intempéries qui viennent de Zeus, les revêtant de poils touffus et de peaux épaisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures naturelles et propres à chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il s’occupa de procurer à chacun une nourriture distincte, aux uns les herbes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines; à quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. A ceux-là, il donna une postérité peu nombreuse; leurs victimes eurent en partage la fécondité, salut de leur espèce.
Or Epiméthée, dont la sagesse était imparfaite, avait déjà dépensé, sans y prendre garde, toutes les facultés en faveur des animaux, et il lui restait encore à pourvoir l’espèce humaine, pour laquelle, faute d’équipement, il ne savait que faire. Dans cet embarras, survient Prométhée pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieusement équipées, et l’homme nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes. Et le jour marqué par le destin était venu, où il fallait que l’homme sortît de la terre pour paraître à la lumière.
Prométhée, devant dette difficulté, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l’homme, se décide à dérober l’habileté artiste d’Héphaïstos et d’Athéna, et en même temps le feu, – car, sans le feu il était impossible que cette habileté fût acquise par personne ou rendît aucun service, – puis, cela fait, il en fit présent à l’homme, (…) il put pénétrer sans être vu dans l’atelier où Héphaïstos et Athéna pratiquaient ensemble les arts qu’ils aiment, si bien qu’ayant volé à la fois les arts du feu qui appartiennent à Héphaïstos et les autres qui appartiennent à Athéna, il put les donner à l’homme. C’est ainsi que l’homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources nécessaires à la vie, et que Prométhée, par la suite, fut, dit-on, accusé de vol ».
PLATON, Protagoras, (320c-321d).
Relisons une seconde fois le texte mais cette fois-ci en surlignant les mots clefs :
« C’était le temps où les dieux existaient déjà, mais où les races mortelles n’existaient pas encore. (…) Les dieux ordonnèrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer convenablement entre elles toutes les qualités. Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser le soin de faire lui-même la distribution: » Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon œuvre. » Il se met au travail. Dans cette distribution, il donne aux uns la force sans la vitesse ; aux plus faibles, il attribue le privilège de la rapidité. Aux plus petits, il attribue la fuite ailée ou l’habitation souterraine. Aux plus grands, la puissance. Bref, entre toutes les qualités, il maintient un équilibre en permettant qu’aucune race ne disparaisse.
Après les avoir prémunis suffisamment contre les destructions réciproques, il les protégea contre les intempéries (…), les revêtant de poils touffus et de peaux épaisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures naturelles et propres à chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il procura à chacun une nourriture distincte, aux uns les herbes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines; à quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. A ceux-là, il donna une postérité peu nombreuse; leurs victimes eurent en partage la fécondité, salut de leur espèce.
Or Epiméthée, dont la sagesse était imparfaite, avait déjà dépensé, sans y prendre garde, toutes les facultés en faveur des animaux, et il lui restait encore à pourvoir l’espèce humaine. Dans cet embarras, survient Prométhée pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieusement équipées, et l’homme nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes. ( …)
Prométhée, devant cette difficulté, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l’homme, se décide à dérober l’habileté [en grec le mot utilisé est « technê ] d’Héphaïstos et d’Athéna, et en même temps le feu (car, sans le feu il était impossible que cette habileté fût acquise par personne ou rendît aucun service) ; puis, cela fait, il en fit présent à l’homme. (…) il put pénétrer sans être vu dans l’atelier où Héphaïstos et Athéna pratiquaient ensemble les arts qu’ils aiment, si bien qu’ayant volé à la fois les arts du feu qui appartiennent à Héphaïstos et les autres qui appartiennent à Athéna, il put les donner à l’homme. C’est ainsi que l’homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources nécessaires à la vie, et que Prométhée, par la suite, fut, dit-on, accusé de vol ».
LA VIDEO :
Qu’avez-vous retenu ?
D’abord arrêtez les Boss de gonfler vos muscles : l’hommes se croit un animal supérieur dans la nature : c’est FAUX !
IL EST :
Il est en fait le plus démuni, il n’a rien pour se défendre, il est pour les Sophistes (car c’est Protagoras qui parle) : nu, complètement dépourvu, sans moyen pour se défendre !
Résumons les éléments du texte :
Dans le dialogue intitulé le Protagoras, Platon, le philosophe grec ancien, propose sa version du mythe de Prométhée. Lorsque les deux titans Épiméthée et Prométhée sont chargés de distribuer les qualités aux êtres vivants, le premier (dont le nom signifie, l’imprévoyant, l’oublieux, celui qui réfléchit ensuite) répartit ces qualités de telles sorte que leur distribution parmi les animaux soit équilibrée. Personne ne manque de rien, chacun a ce qu’il lui faut pour s’adapter au climat et pour survivre à ses prédateurs : les crocs, la force, la vitesse, des ailes pour voler, ou de l’agilité pour grimper aux arbres. Mais Prométhée constate que l’humanité a été oubliée : les êtres humains sont nus, et cette espèce dépourvue de tout va disparaitre. Pour que cela n’arrive pas il leur transmet le feu qu’il va voler aux dieux, il y ajoute la connaissance des arts.
T’es foutu wesh !
L’oubli de l’homme par Épiméthée l’imprévoyant, la nudité de l’humanité, rappellent la fragilité de l’homme, le fait que seul parmi les animaux, il ne dispose ni de fourrure ni de plumes, ni d’écailles pour se protéger du climat, ni de crocs, ni de griffes pour se défendre, ni d’aptitudes de vitesse pour fuir les prédateurs, ni d’une fécondité importante pour que l’espèce puisse perdurer. Cette fragilité originaire, on peut encore la constater chez le petit être humain qui a absolument besoin de soins pour survivre et d’un long apprentissage pour commencer à être indépendant. Alors que chez les autres mammifères quelques heures, semaines ou mois suffisent, chez le petit être humain, il faut des années avant qu’il puisse se débrouiller tout seul.
LE MYTHE EN VIDÉO :
Version du mythe(religion grecque).
Prométhée vole le feu aux dieux et le transmet à l’homme, cela signifie que l’homme ne peut survivre sans la technique. Le feu est le moyen par lequel l’homme peut éloigner les bêtes sauvages, mais aussi ce qui va lui permettre de cuire la nourriture, ou encore de fabriquer des armes solides. Le feu c’est ce par quoi l’homme va commencer à transformer la nature, la naissance de la culture, de la technique, afin de survivre ; ce sans quoi il aurait disparu. Le feu est donc ce qui fait sa force : c’est la maîtrise de la nature. Il est le symbole de la domination de l’homme sur la nature : l’homme devient plus fort, parce qu’il peut, grâce à ses outils, non seulement se protéger, mais aussi soumettre les autres animaux.
Le mythe de Prométhée nous rappelle ainsi que l’homme est un être naturellement faible, fragile, qu’il ne peut survivre sans s’arracher à la nature et maîtriser son environnement, le mettre à son service.
LA DÉCOUVERTE DU FEU :
Grâce au feu, l’homme a pu devenir forgeron, fabriquer des armes, se protéger des animaux sauvageset donc DOMINER LA NATURE :
Conclusion générale:
Platon dans le Protagoras s’appuie sur la mythologie pour expliquer la genèse de la culture et de la civilisation. Au début la nature est inégale, il règne une diversité des espèces et l’homme contrairement a ce que disent la plupart des philosophes est l’animal le plus faible dans la nature : «il est nu sans chaussures, ni couverture, ni armes». Il est donc théoriquement appelé à disparaître Mais de manière religieuse PROMÉTHÉE [ en grec, celui qui annonce, le prophète] va intervenir, il va voler le feu aux Dieux et il va le donner aux hommes. Avec le feu, l’Homme va ainsi posséder la technê, le savoir pratique, la technique qui vont lui permettre de fabriquer des outils et des armes. Il pourra ainsi sortir de la nature et devenir un animal supérieur, c’est la naissance de la culture et l’entrée dans la civilisation.
Sans le feu pétrolier que seriez-vous ?
Mais … si l’homme est en mesure de solutionner les problèmes de la planète, il est aussi capable avec le feu de fabriquer des armes, de plus en plus destructrices (comme le feu radioactif des bombes nucléaires). Ainsi, on voit que par le feu de la technique, ce savoir qui rend supérieur l’homme dans la nature, l’homme est aussi capable de de s’auto-détruire en retournant par la guerre et la violence les armes contre lui-même.
LA CITATION DU COURS 1 :
» L’homme est un bipède sans plume » .PLATON.
Mais ZEUS s’est fâché : il a condamné Prométhée à être accroché sur les rochers du Caucase et à avoir le foi dévoré par un aigle chaque jour :
Kristian Zahrtmann (peintre danois, 1843-1917) LA PUNITION DE PROMETHEE
MAIS REVENONS UN PEU SUR NOTRE
Un peu de vocabulaire
QU’EST-CE QUE DOMINER ?
Dominer :c’est contrôler, maîtriser, dompter, par exemple on dit de quelqu’un qu’il a su dominer ses sentiments, pour dire qu’il a donc su les contrôler comme « dominer sa colère » mais dominer c’est aussi asservir, commander, soumettre. Par exemple si on dit que « les hommes dominent les femmes » ses camarades ou que « Napoléon a tenté de dominer le continent européen », cela signifie qu’ils soumettent à leur volonté, ou essayent de le faire.
Le verbe « dominer » a donc ce double sens de « maîtriser », mais aussi d’ »asservir ».
NE L’OUBLIEZ JAMAIS DANS UNE DISSERTATION.
2°) Main et intelligence : les Dieux ou les mains ?
TEXTE D’ARISTOTE :
« [ Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains.]
L’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main.
Aussi, ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le plus désavantagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n’a pas d’armes pour combattre) sont dans l’erreur.
Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçue en partage. L’homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir ».
Aristote, Les Parties des animaux.
Tiens, encore un qui critique son prof !!!
Car Platon, son prof disait que « l’homme était « nu« ….sans chemise, sans pantalon » …..?!!!
Réponse : PROTAGORAS/ PLATON dans le mythe de Prométhée (voir la notion LA NATURE)
Or surlignons le texte et analysons :
« [ Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains.]
L’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main. //
Aussi, ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le plus désavantagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n’a pas d’armes pour combattre) sont dans l’erreur. //
Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçue en partage. //
L’homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir » ARISTOTE.
Thème : La main (l’outil); question posée par le texte : Quelle est la signification de la main pour l’homme ?
Thèse: la main est l’outil des outils. Par sa polyvalence, elle constitue l’avantage spécifique de l’humanité.
Etapes de l’argumentation :PLAN DÉTAILLÉ
I° partie – La main est le prolongement de la raison humaine.
II° partie – Aristote rejette la thèse de Protagoras de PLATON : « l’homme est le plus démuni des êtres vivants ».
III° partie – La main se caractérise par sa non spécialisation et sa polyvalence.
Rédaction :
Thème (notion et question posée par le texte): Qu’est-ce que la technique ? PLUS PRÉCISÉMENT, l’homme est -il vraiment l’animal le plus faible de la nature comme le prétend le Protagoras de Platon ?Ou, selon Aristote, pourquoi l’homme est-il « l’être le plus intelligent » ?
Thèse (la solution, la position de l’auteur) : L’homme est le plus intelligent à cause de sa main qui est un instrument ( un « organon » en grec) exceptionnel, l’outil des outils. Par sa polyvalence et son caractère (le pouce opposable à tous les doigts), elle constitue l’avantage spécifique de l’humanité.Par sa main,l’hommeest le seul capable d’utiliser un grand nombre d’outils, là où l’animal est, lui au contraire limité dans ses possibilités d’exécution.La main n’est ene effet pas limitée à une seule fonction : elle en amène une infinité, elle est polyvalente.
(si l’on donnait un couteau au vautour, il ne saurait pas qu’en faire !). L’homme possède un outil particulier, qui joue le rôle de tous les autres : il s’agit de la main, qui est un instrument (organon).
Regardez la différence au niveau du pouce
Exercice physique : opposer son pouce à tous les doigts; saisir quelque chose, par exemple son portable, sans le pouce.
Explication détaillée :
PARTIE 1 :Aristote veut comprendre pourquoi l’espèce humaine – comme les autres espèces vivantes- possède la capacité de survivre dans la nature. Or, Aristote, médecin, fils et petit fils de médecin, propose pour la première fois dans l’histoire de la pensée, une explication purement biologique. Il n’a pas besoin de recourir comme Platon par exemple, à des hypothèses mythiques et surtout religieuses.. c’est quoi en effet ce feu qui nous tomberait du ciel !Prométhée l’aurait volé aux Dieux !!!
NON, c’est grâce à ses mains et à son intelligence, que l’homme a découvert le feuet l’a conservé puis maîtrisé :
La main humaine est en effet comme un instrument (organon) universel pouvant tenir lieu de plusieurs outils, et par là constitue un avantage non négligeable pour l’espèce humaine. Par conséquent Aristote place l’homme au-dessus des autres espèces vivantes par son usage intelligent de la main, caractérisé par le pouce opposable à tous les doigts :
La main est l’outil par excellence, celui qui tient lieu de tous les autres : «organon pro organon ».
Paris La Défense, Le Pouce, sculpture de César(1921-1998), artiste français.
Étymologie : le mot outil vient du grec « organon » qui renvoie à organe et signifie « instrument, moyen ».
La nature a « logiquement » distribué à l’être qui possédait la capacité de s’en servir (l’être le plus intelligent qui possède une raison) l’instrument le plus efficace : la main.
Notons que chez ARISTOTE la nature poursuivrait des fins, elle aurait donné la main à l’homme dans un but précis. On parle à ce propos de finalisme, d’argument de finalité (repère important à maîtriser).Dans le finalisme, tout se passe en fait « comme s’il y avait une intention cachée derrière la nature.
ETUDES DE MAINS par le peintre MILLET (1814-1875)
Avant ou après avoir fait l’éloge de la main, ne pas oublier que, pour Aristote, ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains et qu’il sait s’en servir. Sans intelligence, il ne saurait, en effet, pas quoi faire de ses dix doigts :
Et justement, dans la première phrase de notre texte que nous avons mis entre crochets […], Aristote s’oppose à la thèse du philosophe pré-socratique Anaxagore qui défend l’idée que la main (le faire) précédait la raison (le savoir). Pour Aristote, la main n’est que le prolongement biologique de la raison.
L’homme est le seul capable de « bien utiliser » un grand nombre d’outils, là où l’animal est limité dans ses possibilités d’exécution (si l’on donnait un couteau à un vautour, il ne saurait pas qu’en faire !).
L’homme possède un outil particulier, qui joue le rôle de tous les autres : il s’agit de la main, qui est un instrument universel (organon). La main n’est pas limitée à une fonction : elle est polyvalente.
« L’homme au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut quand il veut » Aristote » La main peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir« , Aristote.
CONCLUSION :
Ainsi, l’homme possède la capacité de s’adapter à son milieu du fait de la polyvalence de la main. La main fait de l’homme un être producteur et créateur. L’intuition d’Aristote, selon laquelle la main fait la grandeur de l’homme, sera particulièrement féconde. Les philosophes et les anthropologues montreront par la suite, dans un autre cadre explicatif – celui de l’évolutionnisme et de votre cours de SVT – comment la non-spécialisation de la main a permis avec le pouce opposable aux autres doigts le perfectionnement de l’espèce humaine.
On sait aujourd’hui que l’acquisition de la bipédie (la station debout) chez les hominidés a eu pour conséquences la libération de la main (jusqu’alors mobilisée par la locomotion) ainsi que la libération de la mâchoire pour le langage. Le passage du quatre pattes à la station debout a conditionné la structure de la colonne vertébrale ainsi que le positionnement de la tête, permettant très vite le développement frontal du cerveau.
La technique, en tant qu’activité productrice agissant sur la nature dans le but de la transformer, mobilise des outils.
Un outil : C’est un objet artificiel qui permet de prolonger les capacités humaines (du silex taillé, un balai, un marteau, une faucille, un tournevis…) :
et ainsi les outils nous amplifient en accroissant notre pouvoir d’action sur la nature. Marx (1818-1883), philosophe allemand en donne une définition précise dans le Capital : c’est une « chose ou un ensemble de choses que l’homme interpose entre lui et l’objet de son travail en tant que conducteur de son action » :
Boîte à outils
L’outil permet à son tour de produire d’autres outils, et ce faisant, il nous faire vivre au sein d’un milieu que la technique a façonné. L’outil devient alors un intermédiaire entre le corps de l’homme et la nature. En ce sens, ce dernier semble se distinguer de l’animal, puisque celui-ci vit dans un milieu naturel, avec lequel il agit par le biais de ses organes.
HEGEL : L’OUTIL COMME « RUSE DE LA RAISON » :
HEGEL (1770-1831), philosophe allemand
“L’outil est la ruse de la raison par laquelle la nature est tournée contre la nature.”écrit Hegel.
Pour HEGEL, par ses outils, l’homme dompte la nature. Il exerce une activité pratique, il transforme les choses extérieures, qu’il marque, dès lors, de son empreinte. Aussi, pour Hegel, envisager l’outil de manière seulement instrumentale, comme un simple instrument matériel, un morceau de bois avec du fer est une hérésie :
C’est se méprendre sur l’outil lui-même. Certes, Hegel dit bien que l’outil est un instrument, mais il comprend l’outil comme quelque chose de spirituel, une « création de l’esprit humain » une objectivation de la volonté. L’outil relève de la volonté, de l’intelligence humaine (les animaux ne fabriquent pas d’outils) d’où pour lui, avec les outils, une différence radicale entre le travail humain et le » travail » animal.
Différence de degré/Différence de nature :on distingue, en philosophie, la différence de degré de la différence de nature. Si la différence est de nature entre deux choses ou deux êtres, c’est qu’ils sont radicalement différents par nature. Par exemple, le caillou possède une différence de nature avec l’homme, ce que tout le monde peut observer. La différence de degré est une différence simplement quantitative, et non plus qualitative, comme pour la différence de nature. Ainsi, il existe une différence de degré entre la taille d’un adulte et celle d’un enfant, toutefois l’un comme l’autre appartiennent tous deux à la catégorie « homme ». Entre l’homme et l’animal, on s’interroge sur leur différence : est-elle de nature ou de degré ?
On a vu qu’avec la main comme instrument universel originaire, l’homme assure sa prise multiple sur le dehors et se l’approprie. La possession de la main est la condition de l’apparition de l’outil, mais la main n’est pas encore l’outil que l’on peut saisir et dessaisir, avec lequel on peut s’aider.Avec la main, la volonté incarnée ne s’est pas encore objectivée, cette objectivation : c’est l’outil qui pour HEGEL l’accomplit pleinement et c’est pour cela que pour lui,
Grâce aux outils, l’homme va s’aider dans sa lutte contre la nature.Par exemple,au lieu de ramasser la poussière avec ses mains, il invente le balai :
L’invention des outils au paléolithique : l’homo habilis :
a) L’homme est-il le seul à utiliser des outils ? :
L’animal fait en effet des réserves, se construit des nids, s’aménage un espace en utilisant ce qu’il a sous la main mais il ne fabrique pas à proprement parler des outils nouveaux. L’homme ne s’adapte pas seulement à un milieu déjà constitué, il se forme son milieu.
Hegel soutient que ce qui est propre à l’homme, c’est la station droite, la station debout. Se tenir debout est un acte de volonté. Le corps qui se tient debout et se maintient debout est un corps volontaire, un corps façonné par la volonté. Or, comme chez Aristote, la station debout a un lien étroit avec la technique dans la mesure où elle libère la main que Hegel caractérise aussi comme un outil absolu, « l’instrument des instruments » (comme le disait Aristote dans le cours précédent).
TEXTE COMPLÉMENTAIRE DE HEGEL :
« Le geste absolu de l’homme est la station droite ; lui seul s’en montre capable ; alors que, par contre, même l’orang outang ne peut se tenir droit qu’en s’appuyant à un bâton. L’homme n’est pas debout par nature, d’origine ; il se met lui-même debout moyennant l’usage de sa volonté ; et bien que sa station debout, une fois qu’elle est devenue habituelle, ne réclame plus d’autre activité tendue de la volonté, elle doit, pourtant, toujours rester pénétrée par notre volonté, si nous ne devons pas nous écrouler sur le champ. Le bras et, en particulier, la main de l’homme sont également quelque chose qui lui est propre ; aucun animal n’a un instrument aussi mobile de l’activité dirigée vers le dehors. La main de l’homme, cet instrument des instruments, est apte à servir une multitude définie d’extériorisations de la volonté »
HEGEL, Philosophie de la nature.
Avec l’outil, la technique est là comme ruse. L’outil est la ruse entre la volonté humaine et la nature.Faut-il pour autant dénier à l’animal la capacité d’utiliser des outils ? C’est la question que l’on peut se poser. À cet égard, visualisons ce document vidéo sur des chimpanzés et le vautour percnoptère (petit vautour européen des pyrénées) :
Question : Le vautour percnoptère utilise-t-il un « outil » ?
Éléments de réponse :
— Le caillou qu’utilise le vautour pourrait être assimilé à un outil, au sens où il joue le rôle d’un intermédiaire entre le corps de l’animal et un objet naturel. Cependant, le caillou n’est pas transformé (taillé pour être plus affûté par exemple).
Gallet aménagé St Clar de Rivière
— On ne peut pas dire qu’il s’agisse de technique au sens humain, puisque le processus reste très hasardeux et ne fait pas l’objet d’une maîtrise qu’on chercherait à organiser de manière théorique ou pratique. Il n’y a pas de perfectionnement de l’outil, même s’il y a une transmission génétique de ce savoir-faire : l’amélioration des outils et la transmission de leur usage par l’apprentissage restent une spécificité de la technique humaine.
On retrouve ici l’idée d’une différence de nature (= une différence que l’on ne peut pas surmonter, parce qu’elle tient à la nature des choses) entre l’intelligence humaine et animale ?
CITATION :
» Les outils, ces découvertes humaines appartiennent à l’Esprit; un instrument inventé par l’homme est plus haut qu’une chose de la nature car il est une production de l’Esprit« .
Hegel, Leçons sur la philosophie de l’Histoire.
CHANSON DE BRINGUE :
III La crise de la technique moderne :
1°) L’arrivée des machines :
Nous avons vu successivement l’importance du feu et de la main pour la fabrication et le savoir pratique de l’homme (Protagoras et Aristote). Nous avons vu le progrès immense accompli par l’homme en usant des outils, sa ruse (Hegel). Mais avec les machines, l’avenir paraît encore plus radieux car fini les ampoules, les cloques aux mains :
Fini de laver son linge à la rivière le dimanche :
A Mayotte, on lave encore à la rivière !
Alors : VIVE LES MACHINES, les machines un tournant mais quel tournant ?
Georg Wilhelm Friedrich HEGEL (1770-1831)
LE TEXTE :
« »Dans la machine, l’homme supprime même cette activité formelle qui est sienne et fait complètement travailler cette machine pour lui. Mais cette tricherie dont l’homme use face à la nature et par laquelle il s’arrête en deçà de la singularité de la nature se venge contre lui.Ce que l’homme gagne sur la nature en se la soumettant toujours davantage contribue à le rendre d’autant plus faible.
En faisant exploiter la nature par toutes sortes de machines, l’homme ne supprime pas la nécessité de son travail, mais il le repousse seulement et l’éloigne de la nature, et ainsi l’homme ne se tourne pas d’une manière vivante vers la nature en tant qu’elle est nature vivante.
Au contraire, le travail perd cette vitalité négative et le travail qui reste encore à l’homme devient même plus mécanique.«
HEGEL, La première philosophie de l’Esprit.
Terme clef : la « tricherie »carun tricheur n’est pas un rusé :
Avec les machines (machine en grec se dit «mecano » et veut dire « qui marche tout seul », origine du mot « mécanique »), le travail pour Hegel change véritablement de nature. (différence de nature : outil /machine). La machine devient folle et nous dépossède de nous-mêmes :
Charlie CHAPLIN, Les Temps modernes, (la machine à manger).
La machine nous dépossède de nous-mêmes et par elle, le travail ne nous appartient plus:
Automatisation du travail: les hommes assimilés à des robots.
Déshumanisation : l’ouvrier est au service de la machine. Avec le développement des machines et le travail à la chaîne par exemple, l’ouvrier ne maîtrise plus ni le début ni la fin de son travail. Il ne maîtrise plus son temps : il est obligé de suivre le ryhtme de la machine. Aussi, pour HEGEL comme pour KARL MARX et plus près de nous HANNAH ARENDT (auteurs du bac), l’homme perd-il plus qu’il ne gagne en mécanisant le travail.
aliénation :La notion d’aliénation est généralement comprise, en philosophie, comme la dépossession de l’individu, le fait de devenir « étranger à soi-même » c’est-à-dire la perte de la maîtrise de soi, de forces propres au profit d’un autre comme un esclave, une machine à produire…
Dessin de Goyareprésentant un aliéné mental.
THÈSE : L’homme perd plus qu’il ne gagne. En mécanisant le travail, il TRICHE et s’éloigne de la nature. Il devient lui-même une machine.L’homme perd donc sa LIBERTÉ.
Ne pas oublier: Hegel critique l’arrivée des machines : comme beaucoup de philosophes, il y voit le symptôme de la crise moderne. la techniquemoderne. Lorsque la production est automatisée, le travailleur n’a plus à penser à ce qu’il produit, il accomplit mécaniquement une tâche, il devient lui-même une machine (voir LesTemps modernes de Charlie Chaplin) :
De plus, il s’affaiblit en étant dépossédé de lui-même et devient paresseux. Agir de façon mécanique lui fait même perdre sa vitalité, ses muscles. Est-ce qu’un maçon, un pêcheur, un paysan a besoin par exemple d’aller en salle de sport ?
HERBERT LIST, photographe allemand (1903-1975), Paysan au repos.Le style « gonflette » !
Aussi la machine modifie-t-elle le rapport que l’homme avait instauré par l’outil avec la nature car avec l’outil, l’homme restait encore en contact avec la nature qu’il travaillait. La machine confisque un certain rapport de l’homme à la nature. Avec les machines, l’homme devient un être passif car la machine, il la « fait complètement travailler » pour lui. Ainsi, le travail gagne-t-il en facilité mais il perd en valeur. On peut ainsi parler de dévalorisation du travail humain dedéshumanisation, d’aliénation.
L’homme croit qu’avec la machine, il pourra travailler plus efficacement mais l’homme se fait berner par les machines. Le bon exemple du moment : le télé-travail…. Plus de collègues, plus de vie privée, tu bosses tout le temps, tu deviens dépendant par exemple des écrans ( vous, d’ailleurs en ce moment !).
Plus l’homme veut se soumettre la nature, plus il devient par les machines dépendant d’elle.
MAIS que sous-entend HEGEL ?
L’homme doit reprendre les commandes et réutiliser la technique et non plus se faire réutiliser par elle car
LA TECHNIQUE n’est pas NEUTRE.
(Le philosophe allemand du vingtième-siècle MARTIN HEIDEGGER(1889-1976) soutiendra la même position.)
Car l’homme ne joue-t-il pas avec les machines à l’apprenti-sorcier ?
Après avoir souligné l’importance de l’outil comme « ruse de la raison » et marque de progrès de l’intelligence humaine, Hegel, philosophe allemand contemporain de la révolution industrielle note une rupture préoccupante avec l’arrivée des machines et le travail à la chaîne dans de grandes usines (factory, faber). Selon lui, avec les machines , l’homme se coupe de la nature, s’artificialise et son travail devient plus mécanique, inhumain. La machine peu à peu remplace l’homme. Est-ce la fin de l’homme ? Est-ce un progrès ? Nonobstant, pourquoi les machines et la technique moderne seraient-ils à ce point négatifs ? N’est-ce pas au contraire une vraie révolution, un véritable bouleversement anthropologique ?
En effet, avec l’importance de l’outil souligné auparavant, nous pouvons finalement nous interroger et nous demander si l’aptitude technique ne définit-elle pas mieux l’homme que l’aptitude intellectuelle ?
Or, c’est exactement ce que nous dit Henri BERGSON, philosophe français du début du vingtième siècle dans un TEXTE CANONIQUE, extrait de L’évolution créatrice, que vous trouverez partout dans vos annales de bac de révision :
Bergson inscrit sa réflexion sur la technique dans le cadre plus large d’une réflexion sur la nature et le vivant. Alors que l’instinct animal utilise des organes vivants pour agir sur la matière, l’intelligence humaine fabrique, elle, des organes artificiels ( des organon), des outils, indépendants du corps humain qui réagissent en retour sur leurs inventeurs. L’activité technique est ainsi au principe du progrès humain.
LE TEXTE :HENRI BERGSON, L’HOMO FABER
LISEZ attentivement LE TEXTE :
Un siècle a passé depuis l’invention de la machine à vapeur, et nous commençons seulement à ressentir la secousse profonde qu’elle nous a donnée. La révolution qu’elle a opérée dans l’industrie n’en a pas moins bouleversé les relations entre les hommes. Des idées nouvelles se lèvent. Des sentiments nouveaux sont en voie d’éclore.//
Dans des milliers d’années, quand le recul du passé n’en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu’on s’en souvienne encore; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée; elle servira à définir un âge. //
Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l’intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils et d’en varier indéfiniment la fabrication. »
Henri Bergson, L’ Évolution créatrice (1907), Éd. PUF, coll. « Quadrige », 1996, chap. II, (pp.138-140).
CLAUDE MONET, La Gare St-Lazare, l’arrivée du train (1877), peinture.Première machine à vapeur
Vous devez garder en mémoire les deux points suivants qui éclaireront les difficultés du texte.
1– Homo fabersignifie, l’homme fabricateur: ce qui caractérise l’homme ce n’est pas tellement sa « sagesse » (homo sapiens sapiens), c’est plutôt le fait qu’il fabrique des outils et des machines et son intelligence propre désigne cette faculté de fabriquer.
L’homme, un être dont la nature est définie par la technique ?
L’homme, « homo faber » par nature
On considère que l’évolution de l’espèce humaine a connu un pas décisif lorsqu’elle a réussi à maîtriser de manière technique des processus naturels (par exemple la machine à vapeur). Bergson fait de cette capacité le point qui sépare hommes et animaux, en défendant la thèse que l’intelligence de l’homme est essentiellement fabricatrice…
2-Maisl’homme en fabriquant des choses artificielles qui n’existent pas dans la nature se fabrique lui même. Comment cela? Les inventions de machines, d’outils à faire des outils, modifient l’humanité comme l’ensemble des hommes au point que les âges de l’humanité finiront par porter le nom de l’invention dont les effets profonds ont bouleversé l’homme comme l’âge de la pierre taillée … du bronze mais aussi de la roue, de l’avion, demain de l’ordinateur et du téléphone portable :
Pour Bergson, les transformations de l’outillage ont un effet profond générateur de nouvelles habitudes intellectuelles et sociales. Ces nouvelles habitudes naissent de l’adaptation dans la durée de l’individu et de la société à la nouvelle technique qui apparaît grâce à l’invention d’un outil. Voir de nos jour les effets profonds sur nos vies de l’ordinateur et du téléphone portable.
THÈME : Qu’est ce que l’homme ? Quelle est l’essence de son intelligence ? Mais aussi : qu’est-ce vraiment que l’Histoire ? Qu’est-ce qui la caractérise ?
THÈSE : L’intelligence humaine est contrairement à ce que l’on croit technique : elle s’illustre dans la fabrication d’outils, de machines, dans les grandes inventions technologiques. L’histoire ? Ce qu’il en restera ?… Pas Chirac, pas Macron, non : il restera les grandes inventions comme la machine à vapeur, l’avion, l’ordinateur, le téléphone portable, le drone, chat GPT…
PLAN DU TEXTE :
1) L’exemple : la machine à vapeur, une vraie révolution.
2) Ses conséquences et la vraie Histoire : l’importance des grandes inventions technologiques.
3) L’orgueil de l’homme : il se croit intelligent intellectuellement. Il se dit « homo sapiens » mais en réalité, sa vraie intelligence est en fait manuelle, pratique et techniquedans sa capacité à fabriquer des outils (faber en latin « fabriquer », en anglais, faber, factory, « l’usine ») Ce qu’est donc l’homme : un homo faber et pas un homo sapiens :
« Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirons peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l’intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, et d’en varier indéfiniment la fabrication ».
Bergson, L’évolution créatrice, 1907.
En quoi l’« Homo faber » nous permet-il de comprendre la nature de l’intelligence humaine, selon Bergson ?
——Éléments de réponse
Selon Bergson, l’homme entretient une illusion vis-à-vis de lui-même : il se pense comme essentiellement défini par l’intelligence abstraite (mathématique par exemple). C’est en ceci que réside son « orgueil ». À cet orgueil, il faut opposer une étude historique de l’Homme, ou plutôt ressaisir ce qui fait la spécificité de l’homme en tant qu’il est une des directions qu’a pris l’évolution de la vie. Ce qui en fait un être spécifique, c’est son intelligence. Mais quelle en est la nature ? Bergson insiste sur la dimension pratique et fabricatrice de celle-ci.
L’homme est donc essentiellement un fabricant. Fabriquer, c’est rassembler des éléments dispersés pour les organiser en vue d’un but précis. La nature et la vie créent, mais l’homme fabrique, de menuisier au bricoleur du dimanche. En réalité, l’homme peut être dit sapiens (sage), parce qu’il a d’abord été faber : la fabrication précède l’abstraction, et la sagesse théorique. L’homme est donc, originellement, doté d’une intelligence à destination pratique.
Il fabrique des « objets artificiels » ; par opposition aux produits de la nature. Cela témoigne d’une insatisfaction de l’homme vis-à-vis de ce qui lui est donné, mais aussi d’une tendance enracinée en lui : la fabrication, activité dans laquelle l’homme se sent le plus « chez lui ». L’homme est plus à l’aise lorsqu’il manipule de la matière inerte en vue de fabriquer des objets.
Planche de l’Encyclopédie de D’Alembert et de Diderot.Soudeur au travail
Pour Bergson, ce sont les grandes inventions technologiques qui définissent l’histoire et font progresser l’humanité. La première démarche de l’intelligence est l’invention mécanique. Avant d’être théorique, l’intelligence est une faculté technique. L’histoire des hommes est caractérisée par l’innovation technologique. L’homme est avant tout un homo faber, un fabricateur d’outils, un « tool making animal », comme le disait si bien en anglais l’inventeur et politicien américain Benjamin FRANKLIN :
« A quelle date faisons-nous remonter l’apparition de l’homme sur la terre ? Au temps où se fabriquèrent les premières armes, les premiers outils »
Henri BERGSON.
Mais le développement technique est-il vraiment une évolution ? :
Car Bergson, à l’aube du 20ème siècle est aussi inquiet et reviendra sur l’évolution de la société contemporaine. Cette société n’est plus simplement une société d’outils, comme autrefois, qui permettait une maîtrise rationnelle de la nature, c’est une société de machines, et même aujourd’hui, de robots, d’intelligence artificielle. Pour Bergson, c’est un progrès immense, cela a donné à l’homme de la puissance gigantesque, mais c’est aussi une puissance matérielle démesurée, ce « Prométhée déchaîné dont parlait Hans JONAS dans notre texte d’examen.
Ainsi, l’homme est devenu matérialiste, consumériste, addict à la machine : il a oublié l’âme, l’esprit, le “mana“ dirait un polynésien. Ce qui manquerait donc à la société technique, c’est sans doute plus de mystique, plus finalement de philosophie :
On note donc que pour Bergson, comme pour beaucoup de penseurs contemporains, ce qui manque au monde moderne, c’est de la métaphysique, de la spiritualité, de la méditation. La crise moderne de la technique est à la fois morale et spirituelle.
Les progrès techniques sont ambigus au sens où ils améliorent les conditions d’existence des êtres humains, tout en présentant des risques pour la poursuite de cette même existence. Faut-il en conséquence avoir peur de la technique ? C’est, ne l’oublions pas le fil rouge de notre notion
Ne faudrait-il pas plutôt chercher à encadrer le développement de la technique, pour ne pas laisser triompher tous les dangers ? Avant d’aborder notre III, illustrons par le cinéma une fois encore ces dangers possibles :
1/ La menace nucléaire :Docteur Folamour de Stanley KUBRICK
3°)Eduquer à la technique : vers les mécanologues?
L’existence humaine ne peut se résoudre à une attitude « technophobe » (= la peur de la technique), car celle-ci fait partie de son milieu ambiant. En effet, l’action humaine doit se comprendre en relation avec la technique, et non contre la technique.
On pourrait donc distinguer deux thèses extrêmes sur cette question :
La thèse technophobe : Elle consisterait à dire que la technique aliène en profondeur l’agir humain, et même la condition humaine générale. Elle déplore les effets néfastes des « progrès » techniques, comme la pollution, l’épuisement des ressources, la dégradation des conditions de travail ou la précarisation qu’ils entraînent. La thèse technophobe est souvent associée à un « retour à la nature », ce qui implique une vision de l’existence plus authentique.
La thèse technophile : À l’extrême inverse, cette thèse défendrait l’idée du « tout est bon », si cela permet de faire avancer la science et la technique. On pourrait la trouver, de manière caricaturale, incarnée sous les traits du « savant fou » comme dans le film Dr. Folamour (1964), de Stanley Kubrick, ou dans le Frankenstein de Mary Shelley (1818). Elle procéderait de l’idée que l’homme possède un pouvoir supérieur, puisqu’il est une exception dans la nature. Il se distinguerait des autres espèces vivantes grâce à cette capacité d’agir sur son environnement de manière technique.Finalement, tous les problèmes rencontrés seront toujours résolus par la technique.Il ne faut pas moins mais toujours plus de technique.
En fait, la condition humaine se caractérise par la capacité d’agir sur le monde par une combinaison de moyens et de buts. Ces buts et ces moyens sont réfléchis et organisés de manière à rendre ses actions efficaces autant que possible. En ce sens, il ne faut pas considérer la technique comme étrangère à ce que nous sommes, c’est précisément ce que note le philosophe français Gilbert Simondon(1924-1989), nouvel auteur introduit au bac :
« Pour redonner à la culture le caractère véritablement général qu’elle a perdu, il faut pouvoir réintroduire en elle la conscience de la nature des machines, de leurs relations mutuelles et leurs relations avec l’homme, et des valeurs impliquées dans ces relations. Cette prise de conscience nécessite l’existence, à côté du psychologue et du sociologue, du technologue ou mécanologue. De plus, les schèmes fondamentaux de causalité et de régulation qui constituent une axiomatique de la technologie doivent être enseignés de façon universelle, comme sont enseignés les fondements de la culture littéraire. L’initiation aux techniques doit être placée sur le même plan que l’éducation scientifique […]. »
Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, 1958.
Question :
Pourquoi notre « culture » est-elle incomplète, selon Simondon ?
——Éléments de réponse :
Gilbert Simondon était un philosophe spécialiste de la question de la technique. Il dénonce ici le fait que notre « culture générale » est incomplète, car nous nous en tenons trop souvent à des connaissances théoriques littéraires ou scientifiques. En un sens, ce n’est pas par technophobie que nous avons mis de côté la question des machines dans notre éducation : c’est par ignorance.
Il en conclut qu’il nous faudrait donc des « mécanologues », des spécialistes de la technique, qui nous enseignent comment fonctionnent les machines (les « schèmes de causalité et de régulation » désignent justement les mécanismes des machines) et comment nous pouvons vivre avec. Il ne suffit pas de s’en tenir aux enseignements des psychologues ou des sociologues, qui nous donnent une vision de l’esprit humain restreinte, en ne prenant pas aussi en compte que l’homme est un aussi un fabricant d’objets techniques, et que ceux-ci s’interposent sans cesse entre le monde et nous-même.
On peut voir cela dans le système éducatif actuel, qui laisse une très petite part aux enseignements techniques, en les limitant à la « technologie » au collège (qui vient d’être d’ailleurs supprimé en 6ème !!!) pour la laisser ensuite aux lycées professionnels. Cette situation est d’autant plus d’actualité qu’avec les nouvelles technologies, nous manipulons sans cesse des objets dont nous ne comprenons pas le fonctionnement. L’arrivée de l’informatique a changé le monde de la technique : elle l’a rendu plus quotidien, mais pas plus familier. La maîtrise des outils technologiques (codage informatique par exemple) nous permettrait de nous libérer d’un usage aliénant de ceux-ci, l’usage des algorithmes qui vont servir bientôt dans votre inscription sur Parcoursup . Aujourd’hui, nos données personnelles sont surexploitées, et nous utilisons très souvent les nouvelles technologies de manière passive.
DOCUMENT D’ÉPOQUE :
GILBERT SIMONDON parle Du mode d’existence des objets techniques (1967), ouvrage clef dont est tiré l’extrait ci-dessus :
Les robots, notre futur ? :
Nous vivons environnés de technique, et nous nous rapportons au monde par le biais d’objets artificiels que nous avons fabriqués. Seulement, on peut distinguer des degrés de technique, qui varient selon le genre de technique que l’on utilise. Nous avons les outils (force naturelle), les machines (force artificielle)qui contrairement aux outils, possèdent un degré d’autonomie supplémentaire grâce à leur alimentation en énergie qui ne dépend pas de la force musculaire (un tracteur, une perceuse, etc.) :
Enfin, le dernier degré de technique est celui des robots, dont la présence est devenue quotidienne :
Ce dernier degré a pu se développer grâce aux progrès de la cybernétique et de l’informatique. Ceux-ci ont permis de mettre au point des objets qui fonctionnent en réseaux les uns avec les autres (par exemple, le téléphone portable grâce aux technologies internet, Bluetooth, etc.).
Le développement des « intelligences artificielles » est un progrès en termes de marge d’autonomie. Les robots sont utilisés dans le but d’assister les personnes ou de perfectionner certains gestes (assistants domotiques, applications médicales pour des opérations délicates. Ici, un robot médical :
et demain la voiture sans chauffeur, la voiture autonome :
Le perfectionnement de l’intelligence artificielle progresse à une vitesse telle que l’on peut se demander si le genre de relations que nous entretenons avec les robots ne va pas changer notre statut.
C’est ce qu’explore par exemple la série Westworld, qui a pour cadre un parc d’aventure géant dans lequel les visiteurs interagissent avec des robots humanoïdes :
S’exercer/Mise en activité :
Regardez cet extrait de la série Westworld et répondez à la question : qu’est-ce que distingue les robots humanoïdes des êtres humains ?
——Éléments de réponse
La série Westworld construit son intrigue sur les apparents dysfonctionnements des robots du parc d’attractions. Plus la série progresse, plus ces dysfonctionnements vont révéler quelque chose d’étrangement humain chez les robots.
La discussion tourne autour du « test de Turing » qui a été utilisé pour prouver la perfection des robots. Ce test a été inventé par Alan Turing (1912-1954), afin de déterminer les capacités d’une intelligence artificielle : si le robot parvient à donner l’impression à un interlocuteur humain qu’il a en face de lui une autre personne, alors le test est passé avec succès. Cependant, si les robots sont programmés,il n’en reste pas moins qu’ils ne peuvent pas être dotés de conscience, au sens où ils ne peuvent examiner réflexivement leurs propres pensées. Par là même, ils sont dépossédés de tout libre arbitre et de jugement sur ce qu’ils font.
En ce sens, le face-à-face avec un robot n’a rien à voir avec un face-à-face avec un autre humain. Les robots pourraient être appelés nos « prochains », si l’on pouvait faire l’expérience d’une rencontre entre deux consciences libres. Descartes, bien qu’il admettait que l’on pouvait prendre modèle sur les machines pour expliquer le fonctionnement du corps humain, soutenait aussi l’idée que nous ne pouvons nous y réduire…
IV ALORS, VERS LA SYNTHÈSE ?DIREOUI ET NON A LA TECHNIQUE :
TEXTE DE MARTINHEIDEGGER – De l’usage des objets techniques :
« Notre attachement aux choses techniques est maintenant si fort que nous sommes, à notre insu, devenus leurs esclaves. Mais nous pouvons nous y prendre autrement. Nous pouvons utiliser les choses techniques, nous en servir normalement, mais en même temps nous en libérer, de sorte qu’à tout moment nous conservions nos distances à leur égard. Nous pouvons faire usage des objets techniques et nous pouvons en même temps les laisser à eux-mêmes comme ne nous atteignant pas dans ce que nous avons de plus intime et de plus propre. Nous pouvons dire « oui » à l’emploi inévitable des objets techniques et nous pouvons en même temps lui dire « non » en ce sens que nous les empêchions de nous accaparer et ainsi de fausser, brouiller et finalement vider notre être. »
Martin HEIDEGGER, « Sérénité » in Questions III.
Distanciation :
Recul, détachement pris par rapport à quelqu’un ou quelque chose.
donc OUI à la technique à condition de ne pas en être esclave, dépendant, d’en rester toujours maître :
Synthèse conclusive de la notion :
La technique accroît la puissance d’agir sur le monde et sur soi-même. Elle est donc libératrice, puisqu’elle nous émancipe des lois de la nature. Cependant, elle ne nous donne pas un pouvoir tel que nous y échapperions totalement : l’homme n’est pas une exception dans la nature, même s’il se distingue des autres êtres par sa capacité à inventer des objets artificiels de plus en plus efficaces pour atteindre les buts qu’il s’est fixés. Les échecs de la technique, et le fait que la maîtrise du monde ne sera jamais totale, dévoilent deux choses : d’une part, la nature nous échappe dans l’infinité de ses aspects. D’autre part, l’agir humain ne se réduit pas à la technique : elle n’en est qu’un des modes. En effet, l’homme pense aussi de manière éthique ou artistique.
C’est justement maintenant à cette « pensée » artistique que nous allons nous intéresseren abordant une nouvelle notion : l’ART.
Pour aller plus loin :
— Vous pouvez visionner l’émission « Philosophie » d’Arte, stimulante et consacrée à la technique (surtout pour les Terminales Générales) :
— Nous vous conseillons également, le film Minority Report de Steven Spielberg qui propose une réflexion intéressante sur le progrès scientifique et technique, envisagé dans un futur effrayant…