



Vacances romaines (Roman Holiday) est un film réalisé en 1953 par William Wyler avec Audrey Hepburn, Gregory Peck. Comédie romantique sur l’amour impossible entre une princesse et un journaliste, le film a obtenu trois Oscars et est devenu célèbre par la séquence suivante, celle de la « Bouche de la Vérité », les deux protagonistes s’étant rencontré à Rome et ayant menti sur leur statut respectif, le « journaliste » décide d’emmener la fausse touriste à l’épreuve :
Ce lieu emblématique de Rome est toujours très visité :

1°) Mais qu’est-ce donc que le mensonge ?


On appelle « mensonge » une affirmation fausse énoncée dans le but de tromper.

Augustin, philosophe et théologien (355-430)

« Il faut voir en quoi consiste le mensonge.
Il ne suffit pas de dire quelque chose de faux pour mentir, si par exemple on croit, ou si on a l’opinion que ce que l’on dit est vrai. (…)
Or quiconque énonce un fait que, par croyance ou opinion, il tient pour vrai, même si ce fait est faux, ne ment pas. Il le doit à la foi qu’il a en ses paroles, et qui lui fait dire ce qu’il pense ; il le pense comme il le dit. Bien qu’il ne mente pas, il n’est pas cependant sans défaut, s’il croit des choses à ne pas croire, ou s’il estime savoir ce qu’il ignore, quand bien même ce serait vrai. Il prend en effet l’inconnu pour le connu.
Ment donc qui a une chose dans l’esprit, et en avance une autre, au moyen de mots ou de n’importe quel autre type de signes. Aussi dit-on également que le cœur du menteur est double, c’est-à-dire que sa pensée est double, car elle embrasse ce qu’il sait être vrai et ne dit pas, et, en même temps, ce qu’il avance à sa place, tout en sachant ou en pensant que c’est faux.«
Saint-Augustin, Le Mensonge.

On voit bien? il y a trois occurrences du FAUX :
L’ERREUR : c’est une conviction, on ne sait pas qu’on se trompe

L’ILLUSION : c’est une croyance, on est persuadé que c’est vrai

LE MENSONGE : on dit le FAUX mais on connaît le VRAI

» LE COEUR DU MENTEUR EST DOUBLE « AUGUSTIN

Le diable est le confusionniste par excellence, celui qui lance de la confusion en permanence, celui qui est « double« . Le mot grec « diabolos » ne signifie rien d’autre. Le mensonge est donc ce qui est particulièrement diabolique. Il sème la discorde, dresse les hommes les uns contre les autres, bouleverse l’ordre naturel. Dans l’évangile de Jean 8, 44, le diable est qualifié de « père du mensonge« .


Saint-Augustin nous donne ici la définition classique du mensonge. Il le distingue immédiatement de l’erreur et de l’illusion. Dans le mensonge en effet, on dit le faux mais on connaît le vrai c’est ce que Augustin appelle avoir “le coeur double“, l’esprit double. Bref pour Augustin il y a dans tout mensonge une intention mauvaise, malfaisante. Mentir est donc un péché du point de vue religieux :

2°) Kant contre Constant :

Kant et Constant n’ont pas du tout la même conception du mensonge. Si Kant considère que dire la vérité est un devoir absolu, Benjamin Constant considère que mentir est nécessaire pour maintenir la vie sociale et que « ne jamais mentir rendrait toute société impossible« .
Situation : « Un de mes amis, poursuivi par des malfaiteurs, se réfugie chez moi. Les malfaiteurs frappent à ma porte et me demandent si j’ai accueilli cet ami. Est-il juste de leur mentir ? Deux réactions différentes !

E. Kant (1724- 1804) : Dire la vérité est un IMPÉRATIF CATÉGORIQUE :


La véracité dans les déclarations que l’on ne peut éviter est le devoir formel de l’homme envers chacun, quelque grave inconvénient qu’il en puisse résulter pour lui ou pour un autre(…).
Il est possible qu’après que vous avez loyalement répondu oui au meurtrier qui vous demandait si son ennemi était dans la maison, celui-ci en sorte inaperçu et échappe ainsi aux mains de l’assassin, de telle sorte que le crime n’ait pas lieu ; mais, si vous avez menti en disant qu’il n’était pas à la maison et qu’étant réellement sorti (à votre insu) il soit rencontré par le meurtrier, qui commette son crime sur lui, alors vous pouvez être justement accusé d’avoir causé sa mort. En effet, si vous aviez dit la vérité, comme vous la saviez, peut-être le meurtrier, en cherchant son ennemi dans la maison, eût-il été saisi par des voisins accourus à temps, et le crime n’aurait-il pas eu lieu.
Celui donc qui ment, quelque généreuse que puisse être son intention, doit, même devant le tribunal civil, encourir la responsabilité de son mensonge et porter la peine des conséquences,si imprévues qu’elles puissent être. C’est que la véracité est un devoir qui doit être regardé comme la base de tous les devoirs fondés sur un contrat, et que, si l’on admet la moindre exception dans la loi de ces devoirs, on la rend chancelante et inutile.
C’est donc un ordre sacré de la raison, un ordre qui n’admet pas de condition, et qu’aucun inconvénient ne saurait restreindre, que celui qui nous prescrit d’être véridiques (loyaux) dans toutes nos déclarations.«
Emmanuel Kant, D’un prétendu droit de mentir par humanité, 1797.

La réponse de Benjamin Constant ( 1767-1830) : ou « l’exception qui confirme la règle » :

« Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s’il était pris d’une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Nous en avons la preuve dans les conséquences directes qu’a tirées de ce premier principe un philosophe allemand, qui va jusqu’à prétendre qu’envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime.
Ce principe isolé est inapplicable. Il détruirait la société. (…) Dire la vérité est un devoir. Qu’est-ce qu’un devoir? L’idée de devoir est inséparable de celle de droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d’un autre. Là où il n’y a pas de droits, il n’y a pas de devoirs. Dire la vérité n’est donc un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui.
Benjamin Constant, Des réactions politiques,1796.
On ne doit jamais mentir, c’est un devoir sauf devant celui qui veut le mal.
L’interdit du mensonge a pour but d’éviter le mal et donc dire la vérité devant un criminel serait précipiter, permettre la réalisation du mal. On peut donc mentir et même on DOIT mentir devant celui qui veut faire du mal à autrui.



3°) La position souple et conséquentialiste de Vladimir JANKELEVITCH :


Vladimir Jankélévitch :
» Toute vérité n’est pas bonne à dire ; on ne répond pas à toutes les questions, du moins on ne dit pas n’importe quoi à n’importe qui il y a des vérités qu’il faut manier avec des précautions infinies, à travers toutes sortes d’euphémismes et d’astucieuses périphrases ; l’esprit ne se pose sur elles qu’en décrivant de grands cercles, comme un oiseau. Mais cela est encore peu dire : il y a un temps pour chaque vérité, une loi d’opportunité qui est au principe même de l’initiation ; avant il est trop tôt, après il est trop tard. (…) Ce n’est pas tout de dire la vérité, « toute la vérité », n’importe quand, comme une brute : l’articulation de la vérité veut être graduée ; on l’administre comme un élixir puissant et qui peut être mortel, en augmentant la dose chaque jour, pour laisser à l’esprit le temps de s’habituer. La première fois, par exemple, on racontera une histoire ; plus tard on dévoilera le sens ésotérique de l’allégorie. »
Jankélévitch, L’ironie,1936.

Face aux rigoristes et aux puristes comme les religieux et Kant qui nous somment de ne jamais mentir ou de simplement mentir dans un seul cas, devant le mal (Benjamin Constant), Vladimir Jankélévitch indique que dire la vérité n’est pas toujours facile parce qu’elle peut par exemple blesser :

Pour lui, » toute vérité n’est pas bonne à dire », on ne dit pas la vérité « comme une brute » :

Si toute vérité n’est pas bonne à dire, par exemple devant des enfants, son patron, un malade, voire sa femme ou son mari, on serait autorisé à mentir dans certaines circonstances, l’important étant d’en mesurer toujours les conséquences (d’où le terme de position CONSÉQUENTIALISTE). Il y aurait par exemple un temps pour dire la vérité, avant il est trop tôt après il est trop tard :

L’important pour l’auteur serait la sincérité. Ce n’est pas la notion de devoir ou de principe mais l’authenticité, être sincère avec soi-même et avec l’autre :




LA POSITION DE NIETZSCHE EN BD :





ET SI ON JOUAIT AVEC SON PORTABLE ?
ET SI ON TÉLÉCHARGEAIT UN DÉTECTEUR DE MENSONGE ?
Liens : https://play.google.com/store/apps/details?id=com.bigbeep.liedetector&hl=fr&gl=US
Pour Apple : https://apps.apple.com/fr/app/d%C3%A9tecteur-de-mensonge/id1113503715









