LA PHILO 5 / RESUME – BILAN

La philosophie est née en Grèce entre le VIème et le Vème siècle av. J.C.

La philosophie n’est pas la seule méthode utilisée par l’homme pour tenter de parvenir à comprendre le monde qui nous entoure.

Ex: les peintures rupestres produites par les hommes préhistoriques ou encore la croyance (la religion) peuvent être considérées comme des manières de rendre le monde intelligible mais pas d’un point de vue philosophique :

Peintures rupestres de Jabbaren, site archéologique qui se trouve dans le massif montagneux du Tassili N’ajjer, en Algérie.

Car la philosophie consiste à expliquer rationnellement le monde qui nous entoure comme en témoigne l’étymologie grecque du mot « Philosophie » :

Mais ATTENTION pour les Grecs, la sophia c’est aussi le SAVOIR et cette idée de savoir renvoie à la fois à la connaissance scientifique et à l’interrogation philosophique.

C’est la raison pour laquelle, de nombreux philosophes furent également des scientifiques. Ex: Pythagore (582-500 av J.C.) ou encore René Descartes (1596-1650)…

Descartes scientifique

On retrouve cette idée chez SOCRATE :

Socrate (470-399 av. J.C.) enseignera la philosophie à Athènes avant d’être condamné à mort pour ses idées en 399 av. J.C. Accusé de corrompre la morale de la jeunesse et de mépriser les Dieux de l’Etat athénien, il sera condamné à boire une coupe de ciguë pour se donner la mort.

La mort de Socrate, tableau de Jacques-Philippe-Joseph de Saint-Quentin

Parmi les élèves de Socrate, on retrouve Platon (424-348 av.J.C.), considéré comme le premier grand auteur de la philosophie :

Si Socrate ne va pas laisser de documents écrits, l’oeuvre de Platon lui rendra largement hommage en le faisant « participer » (à titre posthume) à ses  » Dialogues« .

On verra dans la notion LA VÉRITÉ que la doctrine platonicienne s’attache à opposer le monde sensible et variable et donc sujet aux opinions au monde intelligible, éternel et permettant d’accéder à la vérité.

Les intelligibles de PLATON

LA PHILO 6 / APPROFONDISSEMENT

La question de savoir ce qu’est la philosophie est une question difficile dans la mesure où il s’agit déjà d’une question philosophique au sujet de laquelle les avis des philosophes eux-mêmes sont divergents. Cependant, il semble difficile également de débuter son éducation philosophique sans avoir une idée, même vague, de ce que peut être la philosophie. C’est pourquoi, avant d’aborder la philosophie d’un point de vue purement philosophique, nous l’aborderons selon un angle à la fois historique et étymologique.

L’acte de naissance de la philosophie se situe dans la Grèce antique au V° siècle avant Jésus Christ avec Socrate, personnage énigmatique et fascinant. Cela dit, avant Socrate comme on l’a vu, il y avait déjà des penseurs (les présocratiques) qui grâce à leurs talents et à la profondeur de leur réflexion avait acquis une célébrité et une notoriété incontestable. C’est d’ailleurs l’un de ces penseurs, Pythagore qui appela philosophoï«  » (amis de la sagesse), ceux qui s’intéressaient à la nature des choses. Et, en effet, le mot philosophie lui-même vient du grec ancien, de philosophia«  » qui se compose de philein«  » (aimer) et de sophia«  » (sagesse), la philosophie est donc l’amour de la sagesse.

La question est donc maintenant de savoir ce que signifie ces termes. Le terme d’amour désigne ici un désir, une aspiration à quelque chose et donc si le philosophe aspire à la sagesse c’est que celle-ci lui manque, qu’il ne la possède pas, le philosophe n’est donc pas un sage.

Mais qu’est-ce que la sagesse ? Le mot sagesse ne signifie pas seulement ici la vertu propre à qui fait preuve de mesure et de modération dans ses actes, il ne s’agit pas simplement de la sagesse pratique propre à celui qui par expérience sait comment s’orienter dans l’existence.

La sagesse pour les grecs anciens désigne principalement la science, c’est-à-dire le savoir en général, cependant ce savoir n’est pas étranger à la notion de vertu telle que nous l’employons à présent, dans une certaine mesure la sophia désigne une science qui nous rend meilleurs, et qui donc en conséquence nous rend plus sage, c’est-à-dire plus savant et plus vertueux.

Le philosophe est donc, non pas le possesseur de la science et de la vertu, mais un homme en quête de vérité qui cherche à mieux comprendre ce que sont les choses pour devenir meilleur, plus vertueux, au sens où la connaissance de la vérité nous permettrait de mieux nous réaliser en tant qu’être doué de conscience et de raison.

Le philosophe est donc, non pas le possesseur de la science et de la vertu, mais un homme en quête de vérité qui cherche à mieux comprendre ce que sont les choses pour devenir meilleur, plus vertueux, au sens où la connaissance de la vérité nous permettrait de mieux nous réaliser en tant qu’être doué de conscience et de raison. C’est d’ailleurs ce que recherchait Socrate, celui que l’on considère comme le père fondateur de la philosophie.

PYTHAGORE

Si donc, c’est Pythagore qui le premier employa le terme de philosophie, c’est un autre personnage tout aussi mystérieux et mythique qui fut l’initiateur de la démarche qui inspire jusqu’à nos jours la philosophie occidentale. Si ce personnage, Socrate (-469, -399), est mystérieux, c’est qu’il n’a laissé aucun écrit, il n’est connu que par ses détracteurs (ceux qui le critiquaient) ou par ses disciples (ceux qui ont suivi son enseignement et ont pris modèle sur lui dans leur vie).

Parmi ses détracteurs on trouve par exemple Aristophane qui dans une comédie intitulée Les«  Nuées » présente Socrate comme une être ridicule et préoccupée par des questions de peu d’intérêt et parmi ses disciples on trouve principalement Platon qui en fit le personnage central de tous ses ouvrages composés sous forme de dialogues.

L’image de Socrate laissée par les différents témoignages favorables ou hostiles de ses contemporains est celle d’un homme d’apparence étrange et originale qui parcourait les rues d’Athènes vêtu grossièrement à la différence de tous ceux de ses contemporains qui avaient la prétention d’enseigner un quelconque savoir. Au gré de ses rencontres, Socrate discutait avec ceux de ses concitoyens qui était curieux de connaître son avis sur différents sujets qui touchaient le plus souvent les valeurs morales.

De ses idées, nous ne connaissons que très peu de choses, il ne nous reste que l’exemple d’une méthode de réflexion fondée sur le dialogue et ayant pour but, non pas d’inculquer telle ou telle idée, mais de faire en sorte que chacun devienne son propre juge. Ce qu’on appelle la maïeutique, l’art d’accoucher les idées. Ainsi Socrate examine les thèses de ses interlocuteurs et met en évidence leurs insuffisances et leurs faiblesse. A la différence des orateurs politique et des sophistes, Socrate ne cherche pas à défendre une thèse par tous les moyens, son but n’est pas de convaincre son interlocuteur, mais de susciter en lui interrogation et réflexion.

La philosophie telle que Socrate la cultive n’est donc pas tout d’abord expression d’une pensée achevée, elle est d’abord examen par soi-même de ses propres pensées, et mise à l’épreuve de ce que l’on pense ou de ce que l’on croit penser, afin de juger si le contenu des thèses auxquelles on adhère est conforme ou non au principe même de la raison et ne contient aucune contradiction. De ce point de vue la philosophie se caractérise par un effort de cohérence de la pensée avec elle-même.

Cet effort Socrate l’accomplit dans la cité avec ses concitoyens par la discussion, le dialogue dont les thèmes principaux étaient les notions morales dont il fallait rechercher la définition afin d’en déterminer le sens et l’essence.

L’une des formules les plus célèbres de Socrate est celle dans laquelle il affirme :

``Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ; tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas. »

Cette formule paradoxale s’adresse surtout au conformisme intellectuel de la grande majorité des hommes qui se satisfait d’opinions sans fondement et aux Sophistes qui dans la Grèce antique et plus particulièrement à Athènes, prétendaient tout savoir.

Aussi à force de toujours remettre en question les opinions bien établies, Socrate finit par déranger ses contemporains au point qu’ils lancèrent contre lui des accusation qui donnèrent lieu à un procès à l’issue duquel il fut condamné à mort. L’apologie de Socrate est un ouvrage dans lequel Platon présente la plaidoirie que prononça Socrate pour sa défense.

Ainsi en -399 Socrate meurt âgé de 71 ans condamné par ses concitoyens qui l’accusaient d’impiété, il n’aurait pas honoré les dieux de la cité et aurait voulu en introduire de nouveaux, et d’être un corrupteur de la jeunesse.

Socrate buvant la cigue.

Ce terme de discipline peut en effet se comprendre en deux sens comme un domaine du savoir (discipline scolaire) comme une règle de conduite, une direction à suivre.

La philosophie est une discipline au sens où elle est recherche d’un savoir, interrogation méthodique de la pensée sur elle-même, réflexion nécessitant une stricte rigueur intellectuelle.

Étymologiquement, ce terme réflexion désigne l’action de se tourner en arrière.

Dans le domaine intellectuel, il s’agit du retour de la pensée sur elle-même, d’une interrogation de l’esprit sur le contenu de ses pensées, d’un examen de ses propres pensées par le sujet : sont-elles cohérentes ? ne contiennent-elles pas quelques contradictions cachées ? Il s’agit donc en quelque sorte d’un dialogue avec soi-même.

La philosophie n’est donc pas un savoir, mais un cheminement vers le savoir, une aspiration au savoir qui ne peut être satisfaite que par le respect d’une méthode.

Une méthode est donc un cheminement orienté vers un but. Il s’agit donc, dans le domaine de la recherche, d’un ensemble de procédés et de règles qu’il faut suivre avec ordre et rigueur pour parvenir au résultat que l’on s’est fixé (la connaissance de la vérité).

Cela dit une méthode n’est pas une recette, un ensemble de règles qu’il faudrait suivre mécani-quement et qui permettraient de faire l’économie de la pensée personnelle. Un effort de ré-flexion, de jugement est toujours nécessaire et fondamental pour bien appliquer cette méthode, pour l’adapter aux problèmes spécifiques que l’on doit traiter.

La philosophie ne se définit donc pas comme un savoir constitué, mais comme la recherche du savoir, on ne peut donc la définir de façon définitive et univoque dans la mesure où elle est la démarche indéfinie de la conscience s’interrogeant sur elle-même.

La démarche philosophique suppose donc une prise de distance par rapport à soi-même et par rapport au monde et à la nature, elle est l’exercice même de la pensée dans une inquiétude, un questionnement permanent dont l’origine est l’étonnement.

  • étonnement : du latin attonare : « être frappé du tonnerre »
  • ébranlement moral, stupéfaction face à l’inattendu ou l’extraordinaire.
  • ébranlement intellectuel face à ce qui ne peut donner lieu à une explication immédiate.

LA PHILO / 7 L’ÉTONNEMENT MÉTAPHYSIQUE

En 1891, Gauguin décide de se rendre à Tahiti pour y vivre, car spirituellement il se sent plus proche d’une société restée encore « naturelle » au sens rousseauiste, plus simple que son environnement français ( à Paris, il travaillait dans une banque). Quelques années plus tard, en 1897, il  a commencé à peindre ce tableau qu’il terminera en 1898. Cette oeuvre-testament marque le point culminant de son travail.  A ce moment là, Gauguin avait des pensées suicidaires.

« D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » de Paul Gauguin (Tahiti, 1897)

Ce grand tableau doit être lue de droite à gauche, car les principaux groupes de figures donnent une illustration complète des questions posées dans le titre : « D’où venons-nous? Que sommes- nous? Où allons-nous? « .

Trois filles avec un enfant nous racontent le début de la vie avec une mère allongée qui accouche; le groupe intermédiaire nous parle de l’existence quotidienne de la maturité avec l’éclat sexuel de la beauté; le dernier groupe, ou plutôt la vieille femme, se rapproche de la mort, à première vue car, à ses pieds, un oiseau blanc est représenté, qui peut-être se prépare à l’emmener ailleurs… L’idole bleue représentée dans la vue arrière raconte probablement l’histoire de l’autre monde. En ce qui concerne ce tableau, GAUGUIN déclara ce qui suit: « J’ai la conviction que cette toile a une supériorité non seulement sur toutes mes précédentes, mais aussi que je ne pourrai jamais créer une œuvre meilleure ou similaire »

Mais elle n’empêchera pas le peintre de se donner la mort. « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » est donc, en quelque sorte, le testament artistique de Gauguin, et ses mots mieux que tout autre nous aident à en comprendre le sens et l’émotion :

« Dans ce grand tableau : Où allons-nous ? Près de la mort d’une vieille femme. Un oiseau étrange stupide conclut. Que sommes-nous ? Existence journalière. L’homme d’instinct se demande ce que tout cela veut dire. D’où venons-nous ? Source. Enfant. La vie commence. L’oiseau conclut le poème en comparaison de l’être inférieur vis à vis de l’être intelligent dans ce grand tout qui est le problème annoncé par le titre. Derrière un arbre deux figures sinistres, enveloppées de vêtements de couleur triste, mettent près de l’arbre de la science leur note de douleur causée par cette science même en comparaison avec des êtres simples dans une nature vierge qui pourrait être un paradis de conception humaine, se laissant aller au bonheur de vivre. » 

GAUGUIN, Lettre à C.Morice (1901).

POURQUOI CE TABLEAU EST-IL INTÉRESSANT POUR NOUS ?

Parce qu’il peut constituer une excellente AMORCE pour une introduction de dissertation ou de texte.

La philosophie liée à notre existence, à notre interrogation sur le sens de la vie :

Paul GAUGUIN (1848-1903) , « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Cette peinture représente aussi la vie en Polynésie, au fenua.

On distingue bien les trois groupes de femmes : enfance, de toutes jeunes filles (jeunes femmes adultes) , les vieilles femmes (adultes).

Les trois questions du titre peuvent donc être reliées aux trois âges de la vie.

Âge de l’enfance : le bébé, l’enfant. La question de l’origine posée au niveau individuel (la construction de soi) mais aussi un enjeu collectif (l’origine de l’Humanité).

L’âge adulte : toutes les femmes. La nature humaine, les races. Qu’est-ce que nous sommes en tant qu’être humain ?

Où allons-nous ?

L’âge de la vieillesse : les femmes âgées. Question de la destinée : où allons-nous après la mort ? Qu’est-ce qui nous attend après la mort ? On peut aussi se demander où va le monde d’aujourd’hui ? Question cruciale vis à vis de la nature et de l’environnement.

La philosophie est avant tout interrogation, étonnement sur le sens de l’existence humaine mais aussi sur la société et le monde qui nous entoure. La philosophie avant d’affirmer des vérités qu’il faudrait accepter est un questionnement. C’est pour cela qu’elle demande d’avoir un esprit ouvert et critique.

LA DÉMOCRATIE 1

(texte provisoire)

« La démocratie consiste dans l’exercice, soit direct, soit indirect, du pouvoir par le peuple. Cette organisation politique implique un état social caractérisé par le fait que tous sont égaux devant la loi, que tous possèdent les mêmes droits. Les fonctions sont accessibles à tous, (…) les citoyens devant être appelés à la vie intellectuelle et morale, et de plus en plus mis en état d’exercer, d’une façon efficace et raisonnée, la part de pouvoir qui leur est attribuée, l’Etat démocratique a l’obligation d’instituer des œuvres d’instruction et d’éducation, et des œuvres de solidarité. Le régime démocratique a pour instrument le suffrage universel et pour cadre plus particulièrement approprié la forme républicaine ».

Encyclopédie Larousse du XXe siècle, 1929, (T. II p. 760).

Quelle est l’histoire de la démocratie ?

Les bases de la démocratie – des mots grecs « dêmos » qui signifie « peuple », et « kratos »,  « puissance ou pouvoir » – sont en fait posées dès le Ve siècle avant J.-C., à Athènes. Sur l’Agora, le lieu de rassemblement dans la capitale grecque, les citoyens débattent et décident des règles qui régissent la vie de la cité. C’est la démocratie directe où les citoyens exercent directement le pouvoir.

Mais il faut attendre le XIXe siècle pour qu’une théorie aboutie voie le jour. Elle est l’œuvre d’un juriste, Abraham Lincoln, 16e président des États-Unis d’Amérique, élu en 1860, puis 1864. Un siècle et demi plus tard, sa fameuse phrase continue de faire référence.

Pouvoir du peuple ?

En d’autres termes, il s’agit d’un système d’élaboration de règles institué par le peuple qui doit obéir à ces règles.

Pourquoi la démocratie?

L’idée démocratique est sous-tendue par deux principes fondamentaux :

  1. Le principe d’autonomie individuelle: nul ne doit
    être soumis à des règles imposées par d’autres.

2. Le principe d’égalité: chacun doit avoir la même possibilité de peser sur les décisions affectant les membres de la société. Dans une démocratie l’ensemble des citoyens (sans
distinction de naissance, de fortune ou de capacité) détient le pouvoir souverain et exprime sa volonté par le vote, selon le principe « un homme ou une femme (humain majeur) une voix »


Il n’existe cependant pas de critère officiel internationalement reconnu pour indiquer ce qu’est une démocratie ou ce qu’elle n’est pas. Les pays du bloc de l’Est se disaient avant 1989, par exemple démocraties populaires. La Chine se dit démocratique. Mais

il est d’usage de considérer qu’une véritable démocratie doit respecter cinq critères (souvent appelé droits politiques) :


1 Choix des dirigeants exerçant le pouvoir par le biais d’élections libres ;
2 Existence d’une opposition politique organisée, libre qui peut s’exprimer ;
3 Existence d’un système judiciaire jugeant sur la loi
;

4 Avoir connu au moins deux alternances ;
5 Existence de média indépendantes et libres.

Le modèle idéal : la démocratie représentative ?

On pourrait dire, à plusieurs égards, que les individus exercent un certain contrôle sur le processus législatif dans une démocratie représentative. Une fois encore, c’est un modèle idéal, qui ne reflète pas fidèlement la situation politique dans de nombreux pays.

Dans ce modèle idéal,

  1. Les citoyens influent sur le processus législatif en ce qu’ils choisissent ceux qui feront les lois. En théorie, lors des élections, les citoyens font leur choix entre différents représentants potentiels de leurs intérêts; ils peuvent donc choisir celui dont le programme est le plus proche de leurs préoccupations.
  2. Les décideurs sont censés se présenter aux prochaines élections pour être ré-élus. Durant leur mandat, les législateurs, conscients qu’ils seront jugés sur leur bilan, éviteront de voter des lois inacceptables aux yeux du peuple. C’est une forme de contrôle implicite.
  3. Les citoyens disposent en principe de nombreux moyens pour exprimer leur mécontentement face à une politique ou à des lois particulières et ainsi répercuter le message à leurs représentants.
  4. Les citoyens ont aussi, en théorie, l’occasion d’exercer une influence plus positive sur le processus législatif en échangeant des vues avec les représentants politiques, par l’intermédiaire des ONG ou d’autres groupes de pression et organes consultatifs.
  5. En dernier ressort, tout individu est libre de se présenter aux élections s’il juge qu’aucun des
    candidats n’est capable de représenter ses intérêts.

« Deux hourras pour la démocratie : le premier parce qu’elle admet la diversité et le second parce qu’elle permet la critique. Deux hourras suffisent amplement : il n’y a pas de raison d’en trouver trois » E.M FORSTER.

EN GUISE DE CONCLUSION :

La démocratie est une ligne d’horizon politique, un idéal, vers lequel tendent des méthodes de
gouvernement. Dans les faits, aucune démocratie n’est complètement démocratique car ce type de
gouvernement suppose une honnêteté sans faille des forts vis-à-vis des faibles, la condamnation de tout abus de pouvoir.

Ainsi un état qui possède un parlement effectif et un gouvernement qui applique les décisions avec mesure est une démocratie. De même un village avec une assemblée d’anciens et un chef qui applique les décisions avec « justice » est aussi une forme de démocratie.

CINÉMA :

Scène mythique du duel final de ce magnifique western signé Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand, sur une musique culte d’Ennio Morricone

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NOS TEXTES :

  • Hérodote, « Le meilleur régime » in L’enquête, III, parag. 80.
  • Thucydide, « Le nom de démocratie » in La Guerre du Péloponnèse, Livre II, parag. 37-41.
  • Aristote, « Le principe de la démocratie » in Les Politiques, livre VI, chap. 2.

Le Plus :

« L’antiquité athénienne inventa le terme, et la notion corrélative de citoyenneté, dans une forme sociale reposant sur l’esclavage, de sorte que seuls des hommes, et non des femmes, « libres », c’est à dire non-esclaves, pouvaient être citoyens. En revanche, l’idéal démocratique moderne fut, quant à lui, conçu en s’opposant à l’idée que le pouvoir vient de Dieu – ce que dit la monarchie de droit divin ; mais aussi à l’idée qu’il se fonde sur le lignage – ce que croit la noblesse. On peut préciser que l’idée de situer la source d’où vient le pouvoir politique dans le peuple s’oppose à quantité de croyances et quantité de pratiques : par exemple à la conviction que le pouvoir tient sa légitimité de la supériorité des armes (prétendu droit de conquête ; pouvoir « au bout des fusils ») – ou bien de la puissance des plus riches, qui leur octroierait « tous les droits ».

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social.

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NOS VIDÉOS :

ALORS CALEDOBOY, DEMOCRATE ???

8 / TEA KANAKE : LE MYTHE DE LA FONDATION

(texte provisoire)

Le mot « mythe » vient du grec mythos, qui signifie « parole, discours, récit, rumeur ». Il désigne habituellement un récit symbolique, souvent doté d’une dimension religieuse et d’une visée explicative, sinon pédagogique : le mythe raconte la création du monde, les origines des peuples … De cette manière, il permet de fonder une culture commune. Le mythe représente donc le fondement indéniable de toute civilisation, de toute culture, et l’on sait la place immense qu’occupe la mythologie grecque dans notre culture occidentale :

De nombreuses légendes sont racontées dans la culture kanak et cela fait bien sûr partie d’une tradition orale qui se rapporte au mythe fondateur, présent dans toute culture. En l’occurrence le Tea Kanaké que nous partageons ci-dessous, est un symbole fort de la culture kanak que l’on retrouve sur de nombreux totems et racontée sous de multiples versions.

Mais attention, le mythe n’est pas une « histoire vraie » avec une seule version. Au contraire, il accumule des variantes successives, suivant par exemple que l’on est au bord de la mer ou dans les collines et les vallées. C’est tout le sens de la déclaration du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009) : «  Il n’existe pas de version vraie du mythe dont toutes les autres seraient des copies ou des échos déformés. Un mythe se compose de l’ensemble de ses variantes. C’est sa définition même.  » in Anthropologie structurale, Plon, Paris, 1958, p.242.

Les totems sont présents un peu partout sur le Caillou, il s’agit de sculptures ayant une symbolique forte souvent liée aux ancêtres et aux esprits protecteurs. On en trouve sur les flèches faîtières des « grandes cases », sur les chambranles et aussi à l’entrée des villages ou des maisons ou sites coutumiers importants.

Le mythe dans la culture kanak a une place primordiale car il fait le lien avec l’histoire du clan : il est fondateur de l’ordre social et explique l’origine des choses comme les origines des répartitions des clans, les plantes cultivées (igname, taro…), les rites, et les noms des lieux. Certains mythes ne se divulguent pas à n’importe qui, ou évoluent selon la maturité de l’auditeur.

Le mythe fondateur raconte les origines du peuple kanak et explique aussi la symbolique de certains animaux.

MYTHE DES ORIGINES – TEA KANAKE

L’origine des êtres

A l’aube du monde, la lune dépose sa dent sur un rocher qui émerge de l’océan. Sous l’effet de ses rayons, la dent se décompose. Apparaissent alors les premiers êtres vivants. Ceux qui restent sur le rocher se transforment en lézards, ceux qui glissent dans l’eau deviennent anguilles et serpents. De ces êtres primordiaux naît Téâ Kanaké.

La terre nourricière

Né ignorant de tout, il demande aux esprits de lui transmettre ce qu’il doit savoir pour vivre sur terre : la magie des pierres et des herbes, le travail des champs, la connaissance des plantes. Alors il cultive l’igname et fait pousser le taro.

La terre des ancêtres

Les esprits lui apprennent la vie en société, Téâ kanaké échange les premières ignames et construit la grande case ronde des origines. Il plante le pin colonnaire qui délimite les lieux sacrés et tabous puis, Téâ proclame la première parole.

Le pays des esprits

Afin de tout savoir sur la vie des hommes, Téâ Kanaké décide de connaître la mort, il entre dans le banian qui est le corps des esprits. Par ses racines qui pénètrent aux pays souterrains, il visite le pays des morts et, en ce ventre maternel, il se transforme.

(Lézard et hibou sont messager de la mort, on les trouve dans les cimetières. Leur contraire est l’anguille symbole de naissance.)

La renaissance

Le lézard peut être le messager de la mort, il vit dans les cimetières et, est « preneur de vie ». Il est, dans ce cas, contraire de l’anguille, symbole de la naissance. Comme les rejets qui renaissent d’un tronc coupé, Téâ Kanaké, porteur de la continuité de la parole, traverse la roche percée, symbole de la renaissance.

(Le serpent, spécialement le tricot rayé, est l’image du défunt qui veut rejoindre le monde des vivants, il sort de la mer et laisse sa peau sur la plage en reprenant apparence humaine.)

Art kanak :

Armand GOROBOREDJO :

Mon œuvre représente le mythe de Téâ Kanaké, héros légendaire kanak dont l’origine s’ancre profondément dans la tradition orale la plus ancienne. Le vieux Téâ Kanaké supporte la flèche faîtière de la région paicî-cèmuhî avec ces huit pointes qui représentent les huit districts de la région. L’anguille et le requin représentent le clan Dui, le clan de la mer, tandis que le lézard et le nautou (oiseau) représentent le clan Bai, le clan de la terre.

UNE PISTE MELANESIENNE : L’HOMME LEZARD ?

Dick Bone (né en 1960) « L’homme lézard », 1992. Bois de chêne «rouge», bambou, liane, pigments.

LE LÉZARD DE HEIDEGGER

« Le lézard ne se trouve pas simplement sur la pierre chauffée au soleil. Il a recherché la pierre, et il a l’habitude de la rechercher. Éloigné d’elle, il ne reste pas n’importe où : il la cherche de nouveau – qu’il la retrouve ou non, peu importe. Il se chauffe au soleil. C’est ainsi que nous parlons, bien qu’il soit douteux qu’en cette circonstance il se comporte comme nous lorsque nous sommes allongés au soleil, bien qu’il soit douteux que le soleil lui soit accessible comme soleil, bien qu’il soit douteux qu’il puisse faire l’expérience de la roche comme roche. Néanmoins, son rapport au soleil et à la chaleur est autre que le rapport de la pierre qui se trouve là et est chauffée par le soleil. Même si nous évitons toute explication psychologique fausse, et précipitée, du mode d’être du lézard, et même si nous ne « mettons pas en lui » ce que nous ressentons nous-mêmes, nous voyons malgré tout dans le genre d’être du lézard, de l’animal, une différence par rapport au genre d’être d’une chose matérielle. La roche sur laquelle le lézard s’étend n’est certes pas donnée au lézard en tant que roche, roche dont il pourrait interroger la constitution minéralogique. Le soleil auquel il se chauffe ne lui est certes pas donné comme soleil, soleil à propos duquel il pourrait poser des questions d’astrophysique et y répondre. Cependant, le lézard n’est pas davantage simplement juxtaposé à la roche et parmi d’autres choses (par exemple le soleil), se trouvant être là comme une pierre qui se trouve à côté du reste. Le lézard a une relation propre à la roche. Au soleil et à d’autres choses. On est tenté de dire : ce que nous rencontrons là comme roche et comme soleil, ce sont pour le lézard, précisément des choses de lézard. Quand nous disons que le lézard est allongé sur la roche, nous devrions raturer le mot « roche » pour indiquer que ce sur quoi le lézard est allongé lui est certes donné d’une façon ou d’une autre mais n’est pas reconnu comme roche ; la rature du mot ne signifie pas seulement : prendre quelque chose d’autre et comme quelque chose d’autre. La rature signifie plutôt que la roche n’est absolument pas accessible comme étant. Le brin d’herbe sur lequel grimpe un insecte n’est nullement pour celui-ci un brin d’herbe, ni la partie possible de ce qui deviendra une botte de foin, grâce à laquelle le paysan nourrira sa vache. Le brin d’herbe est une voie d’insecte, sur laquelle celui-ci ne cherche pas n’importe quel aliment, mais bien la nourriture d’insecte. L’animal a, comme animal, des relations précises à sa nourriture propre et à ses proies, à ses ennemis, à ses partenaires sexuels. Ces relations, qui sont pour nous infiniment difficiles à saisir et qui réclament une grande dose de précaution méthodique, ont un caractère fondamental qui est singulier, et qui jusqu’à présent n’a absolument pas encore été aperçu ni compris métaphysiquement. C’est ce caractère dont, plus tard, nous ferons connaissance dans l’interprétation finale. L’animal n’a pas seulement une relation précise avec son environnement alimentaire, à celui de ses proies, à celui de ses ennemis, à son environnement sexuel. Du même coup, il séjourne toujours, pour la durée de sa vie, dans un milieu précis, que ce soit dans l’eau, que ce soit dans l’air ou que ce soit dans les deux. Il y séjourne de telle façon que ce milieu qui lui appartient est imperceptible pour lui, mais que c’est précisément le déplacement hors du milieu adéquat dans un milieu étranger qui déclenche aussitôt la tendance à l’évitement et au retour. Ainsi, toutes sortes de choses sont accessibles à l’animal, et pas n’importe quelles choses ni dans n’importe quelles frontières. Sa manière d’être, que nous appelons la « vie », n’est pas sons accès à ce qui est en plus à côté de lui, ce parmi quoi il se présente comme être vivant qui est. En raison de ce lien, on dit donc que l’animal a son monde ambiant et qu’il se meut en lui. Dans son monde ambiant, l’animal est, pour la durée de sa vie, enfermé comme dans un tuyau qui ne s’élargit ni ne se resserre.
  Si nous comprenons monde comme accessibilité de l’étant, comment pouvons-nous alors soutenir, là où l’animal a manifestement accès, que l’animal est pauvre en monde et cela au sens où être pauvre veut dire : être privé ? Si l’animal a l’étant accessible autrement et dans des frontières plus étroites, il n’est cependant pas privé du monde absolument. L’animal a du monde. De l’animal ne fait justement pas partie la privation pure et simple du monde. »

Martin Heidegger, Seul l’homme a un monde, in Les concepts fondamentaux de la métaphysique, 1929, Gallimard, 1983, paragraphe 47, p. 294-295.

LA PHILO 8 / LE MONDE DE SOPHIE

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LA BANDE ANNONCE DU FILM ADAPTÉ DU LIVRE : en ANGLAIS sous-titré ESPAGNOL :

Et, pour les amateurs de série : THE GOOD PLACE :

7 / IGNAME, RHIZOME ET KANAK OU PROLEGOMENE D’UNE MODERNITÉ KANAK

(texte provisoire)

LE RHIZOME, c’est donc la pensée du nomadisme, de l’anti-racine, du réseau, de la généalogie post-moderne :

LE RHIZOME, ce n’est pas l’arbre mais le tubercule :

C’est la structure de la chefferie :

SCHÉMA DE PRINCIPE DE LA STRUCTURE COUTUMIÈRE RADIOCONCENTRIQUE

LE CHÊNE, LE MARRONNIER KANAK ?

c’est le BANYAN AUX MULTIPLES POUSSES

STRUCTURE EN FRACTALE

ALORS

LA NOUVELLE CALÉDONIE A VOICE

et pour finir :

6 / VERS UNE PENSÉE ARCHIPÉLIQUE DU RHIZOME ?

EDOUARD GLISSANT ET LA POÉTIQUE DU DIVERS

Introduction à une Poétique du Divers

« Quand j’ai abordé la question [de l’identité], je suis parti de la distinction opérée par Deleuze et Guattari, entre la notion de racine unique et la notion de rhizome. Deleuze et Guattari, dans un des chapitres de Mille Plateaux (qui a été publié d’abord en petit volume sous le titre le Rhizomes), soulignent cette différence. Ils l’établissent du point de vue du fonctionnement de la pensée, la pensée de la racine et la pensée du rhizome. La racine unique est celle qui tue autour d’elle alors que le rhizome est la racine qui s’étend à la rencontre d’autres racines. J’ai appliqué cette image au principe d’identité. Et je l’ai fait aussi en fonction d’une « catégorisation des cultures » qui m’est propre, d’une division des cultures en cultures ataviques et cultures composites.« 

Edouard GLISSANT.

C’est à Gilles Deleuze et Félix Guattari que Glissant emprunte cette image du rhizome (la racine multiple d’une plante), pour qualifier sa conception d’une identité plurielle qui s’oppose à l’identité racine unique. Par opposition au modèle des cultures ataviques, la figure du rhizome place l’identité en capacité d’élaboration de cultures composites, par la mise en réseau des apports extérieurs, par le nomadisme.  

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LE PHILOSOPHE GILLES DELEUZE (1925-1995)

Extrait de Mille Plateaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari

 » (…) à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’Un ni au multiple. Il n’est pas l’Un qui devient deux, ni même qui deviendrait directement trois, quatre ou cinq, etc. il n’est pas un multiple qui dérive de l’Un, ni auquel l’Un s’ajouterait (n + 1). Il n’est pas fait d’unités, mais de dimensions, ou plutôt de directions mouvantes. Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde. (…)

A l’opposé de l’arbre, le rhizome n’est pas un objet de reproduction : ni reproduction externe comme l’arbre-image, ni reproduction interne comme la structure-arbre. Le rhizome est une antigénéalogie. C’est une mémoire courte, ou une antimémoire. Le rhizome procède par variations, expansion, conquête, capture, piqûre. (…). On écrit l’histoire, mais on l’a toujours écrite du point de vue des sédentaires

(…) Les nomades ont inventé une machine de guerre, contre l’appareil d’Etat. Jamais l’histoire n’a compris le nomadisme, jamais le livre n’a compris le dehors. Au cours d’une longue histoire, l’Etat a été le modèle :  prétention de l’Etat à être l’image intériorisée d’un ordre du monde, et à enraciner l’homme. Mais le rapport d’une machine de guerre avec le dehors, ce n’est pas un autre “modèle”, c’est un agencement qui fait que la pensée devient elle-même nomade, le livre une pièce pour toutes les machines mobiles, une tige pour un rhizome.

GILLES DELEUZE, Mille Plateaux.

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Mais aussi Franz KAFKA

“Les choses qui me viennent à l’esprit se représentent à moi non par leur racine, mais par un point quelconque situé vers le milieu. Essayez donc de les retenir, essayez donc de retenir un brin d’herbe qui ne commence à croître qu’au milieu de la tige, et de vous tenir à lui”

Franz Kafka, Journal

                                          

 

5 / SARTRE ET LE MARRONNIER

Jean-Paul Sartre (1905-1980) : La Nausée

 La ville du Havre a été immortalisée par Jean-Paul Sartre sous le nom de Bouville dans La Nausée. C’est dans ce premier roman qu’il décrit l’absurdité de l’existence : le personnage Roquentin, installé dans le jardin près du kiosque à musique, fait l’expérience de la nausée en contemplant une racine de marronnier.

L’ancien kiosque du Havre

[…] Six heures du soir.
Je ne peux pas dire que je me sente allégé ni content ; au contraire, ça m’écrase. Seulement mon but est atteint: je sais ce que je voulais savoir ; tout ce qui m’est arrivé depuis le mois de janvier, je l’ai compris. La Nausée ne m’a pas quitté et je ne crois pas qu’elle me quittera de sitôt ; mais je ne la subis plus, ce n’est plus une maladie ni une quinte passagère: c’est moi.
Donc j’étais tout à l’heure au Jardin public. La racine du marronnier s’enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c’était une racine. Les mots s’étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d’emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J’étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j’ai eu cette illumination.
Ça m’a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n’avais pressenti ce que voulait dire «exister». J’étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux « la mer est verte ; ce point blanc, là-haut, c’est une mouette », mais je ne sentais pas que ça existait, que la mouette était une «mouette-existante» ; à l’ordinaire l’existence se cache. Elle est là, autour de nous, en nous, elle est nous, on ne peut pas dire deux mots sans parler d’elle et, finalement, on ne la touche pas. Quand je croyais y penser, il faut croire que je ne pensais rien, j’avais la tête vide, ou tout juste un mot dans la tête, le mot « être ». Ou alors, je pensais… comment dire? Je pensais l’appartenance, je me disais que la mer appartenait à la classe des objets verts ou que le vert faisait partie des qualités de la mer. Même quand je regardais les choses, j’étais à cent lieues de songer qu’elles existaient: elles m’apparaissaient comme un décor. Je les prenais dans mes mains, elles me servaient d’outils, je prévoyais leurs résistances. Mais tout ça se passait à la surface. Si l’on m’avait demandé ce que c’était que l’existence, j’aurais répondu de bonne foi que ça n’était rien, tout juste une forme vide qui venait s’ajouter aux choses du dehors, sans rien changer à leur nature. Et puis voilà: tout d’un coup, c’était là, c’était clair comme le jour : l’existence s’était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite : c’était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans de l’existence. Ou plutôt la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s’était évanoui ; la diversité des choses, leur individualité n’était qu’une apparence, un vernis. Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en désordre ; nues, d’une effrayante et obscène nudité.
Je me gardais de faire le moindre mouvement, mais je n’avais pas besoin de bouger pour voir, derrière les arbres, les colonnes bleues et le lampadaire du kiosque à musique, et la Velléda, au milieu d’un massif de lauriers. Tous ces objets… comment dire? Ils m’incommodaient ; j’aurais souhaité qu’ils existassent moins fort, d’une façon plus sèche, plus abstraite, avec plus de retenue. Le marronnier se pressait contre mes yeux. Une rouille verte le couvrait jusqu’à mi-hauteur; l’écorce, noire et boursouflée, semblait de cuir bouilli. Le petit bruit d’eau de la fontaine Masqueret se coulait dans mes oreilles et s’y faisait un nid, les emplissait de soupirs; mes narines débordaient d’une odeur verte et putride. Toutes choses, doucement, tendrement, se laissaient aller à l’existence comme ces femmes lasses qui s’abandonnent au rire et disent: « C’est bon de rire » d’une voix mouillée; elles s’étalaient, les unes en face des autres, elles se faisaient l’abjecte confidence de leur existence. Je compris qu’il n’y avait pas de milieu entre l’inexistence et cette abondance pâmée. Si l’on existait, il fallait exister jusque là, jusqu’à la moisissure, à la boursouflure, à l’obscénité. Dans un autre monde, les cercles, les airs de musique gardent leurs lignes pures et rigides. Mais l’existence est un fléchissement. […]

SARTRE, Jean-Paul, La Nausée, Paris, Éditions Gallimard, coll. Folio (N° 805), 1938.

4 / CENTENAIRE DE MAURICE BARRÈS (1862-1923)

LA COLLINE INSPIRÉE


CHAPITRE PREMIER

IL EST DES LIEUX OÙ SOUFFLE L’ESPRIT

Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse. L’étroite prairie de Lourdes, entre un rocher et son gave rapide ; la plage mélancolique d’où les Saintes-Maries nous orientent vers la Sainte-Baume ; l’abrupt rocher de la Sainte-Victoire tout baigné d’horreur dantesque, quand on l’aborde par le vallon aux terres sanglantes ; l’héroïque Vézelay, en Bourgogne ; le Puy-de-Dôme ; les grottes des Eyzies, où l’on révère les premières traces de l’humanité ; la lande de Carnac, qui parmi les bruyères et les ajoncs dresse ses pierres inexpliquées ; la forêt de Brocéliande, pleine de rumeur et de feux follets, où Merlin par les jours d’orage gémit encore dans sa fontaine ; Alise-Sainte-Reine et le mont Auxois, promontoire sous une pluie presque constante, autel où les Gaulois moururent aux pieds de leurs dieux ; le mont Saint-Michel, qui surgit comme un miracle des sables mouvants ; la noire forêt des Ardennes, tout inquiétude et mystère, d’où le génie tira, du milieu des bêtes et des fées, ses fictions les plus aériennes ; Domremy enfin, qui porte encore sur sa colline son Bois Chenu, ses trois fontaines, sa chapelle de Bermont, et près de l’église la maison de Jeanne. Ce sont les temples du plein air. Ici nous éprouvons, soudain, le besoin de briser de chétives entraves pour nous épanouir à plus de lumière. Une émotion nous soulève ; notre énergie se déploie toute, et sur deux ailes de prière et de poésie s’élance à de grandes affirmations.

Tout l’être s’émeut, depuis ses racines les plus profondes jusqu’à ses sommets les plus hauts. C’est le sentiment religieux qui nous envahit. Il ébranle toutes nos forces. Mais craignons qu’une discipline lui manque, car la superstition, la mystagogie, la sorcellerie apparaissent aussitôt, et des places désignées pour être des lieux de perfectionnement par la prière deviennent des lieux de sabbat. (…)

D’où vient la puissance de ces lieux ? La doivent-ils au souvenir de quelque grand fait historique, à la beauté d’un site exceptionnel, à l’émotion des foules qui du fond des âges y vinrent s’émouvoir ? Leur vertu est plus mystérieuse. Elle précéda leur gloire et saurait y survivre. Que les chênes fatidiques soient coupés, la fontaine remplie de sable et les sentiers recouverts, ces solitudes ne sont pas déchues de pouvoir. La vapeur de leurs oracles s’exhale, même s’il n’est plus de prophétesse pour la respirer. Et n’en doutons pas, il est de par le monde infiniment de ces points spirituels qui ne sont pas encore révélés, pareils à ces âmes voilées dont nul n’a reconnu la grandeur. Combien de fois, au hasard d’une heureuse et profonde journée, n’avons-nous pas rencontré la lisière d’un bois, un sommet, une source, une simple prairie, qui nous commandaient de faire taire nos pensées et d’écouter plus profond que notre cœur ! Silence ! Les Dieux sont ici.

Illustres ou inconnus, oubliés ou à naître, de tels lieux nous entraînent, nous font admettre insensiblement un ordre de faits supérieurs à ceux où tourne à l’ordinaire notre vie. Ils nous disposent à connaître un sens de l’existence plus secret que celui qui nous est familier, et, sans rien nous expliquer, ils nous communiquent une interprétation religieuse de notre destinée. Ces influences longuement soutenues produiraient d’elles-mêmes des vies rythmées et vigoureuses, franches et nobles comme des poèmes. Il semble que, chargées d’une mission spéciale, ces terres doivent intervenir, d’une manière irrégulière et selon les circonstances, pour former des êtres supérieurs et favoriser les hautes idées morales. C’est là que notre nature produit avec aisance sa meilleure poésie, la poésie des grandes croyances. Un rationalisme indigne de son nom veut ignorer ces endroits souverains. Comme si la raison pouvait mépriser aucun fait d’expérience !

Seuls des yeux distraits ou trop faibles ne distinguent pas les feux de ces éternels buissons ardents. Pour l’âme, de tels espaces sont des puissances comme la beauté ou le génie. Elle ne peut les approcher sans les reconnaître. Il y a des lieux où souffle l’esprit.

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La Colline inspirée est un roman historique de Maurice Barrès publié en 1913. En 1950, ce roman fut inclus dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle. L’histoire se passe dans un lieu de sa terre d’origine, la colline de Sion en Meurthe-et-Moselle. Le livre débute par la célèbre phrase : « Il est des lieux où souffle l’esprit ». La colline de Sion, ou colline de Sion-Vaudémont, est une colline située dans le pays du Saintois, dans le sud du département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est. Culminant à une altitude de 540 mètres, ce qui en fait le point le plus élevé du relief des côtes de Moselle, la colline de Sion, de par son histoire, son pèlerinage et sa topographie, est un lieu majeur du tourisme Meurthe-et-Mosellan. Administrativement, la colline s’étend principalement sur le territoire de la commune de Saxon-Sion jusqu’à Vaudémont, et déborde sur celui de plusieurs communes limitrophes. Cette colline est à l’origine du roman La Colline inspirée, publié en 1913 par Maurice Barrès, qui en fait un lieu mystique.

BARRES ÉCRIVAIN DE L’ENRACINEMENT CONTROVERSE :

https://fresques.ina.fr/panorama-grand-est/fiche-media/GRDEST00207/maurice-barres-vie-et-posterite-d-un-ecrivain-lorrain-controverse.html

LA NAUSÉE DE JEAN-PAUL SARTRE