LA VÉRITÉ / 3

III Non, la vérité est au-delà des apparences, la vérité est métaphysique (thèse de l’Idéalisme) :

L’allégorie de la caverne de PLATON

TEXTE CANONIQUE :

Dans votre manuel de référence papier ou accessible en ligne sur :

https://mesmanuels.fr/acces-libre/5589832

Lire textes n°6 et 7, pages 174-175.

L’allégorie de la caverne: Platon, République,Livre 7 :

Une illustration de l’allégorie de la caverne, présentée par Socrate au Livre 7 de la République de Platon. Les hommes sont comme des prisonniers au fond d’une caverne qui voient des ombres qu’ils prennent pour la réalité. Le long parcours pour sortir de la caverne symbolise la recherche philosophique, qui suppose de quitter le monde de l’ignorance (les sens, les opinions), de se détacher du réel pour tenter d’atteindre la Vérité.

Nous donnons ici le texte en sa totalité :

« – Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine en forme de caverne, dont l’entrée, ouverte à la lumière, s’étend sur toute la longueur de la façade ; ils sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou pris dans des chaînes, en sorte qu’ils ne peuvent bouger de place, ni voir ailleurs que devant eux; car les liens les empêchent de tourner la tête; la lumière d’un feu, allumé au loin sur une hauteur brille derrière eux: entre le feu et les prisonniers il y a une route élevée; le long de cette route figure-toi un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent entre eux et le public et au-dessus desquelles ils font voir leurs prestiges.

  • Je vois cela, dit-il.
  • Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des ustensiles de toute sorte, qui dépassent la hauteur du mur, et des figures d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois, de toutes sortes de formes; et naturellement parmi ces porteurs qui défilent, les uns parlent, les autres ne disent rien.
  • Voilà , dit-il, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.
  • Ils nous ressemblent, répondis-je. Et d’abord penses-tu que dans cette situation ils aient vu d’eux-mêmes et de leurs voisins autre chose que les ombres projetées par le feu sur la partie de la caverne qui leur fait face ?
  • Peut-il en être autrement, dit-il, s’ils sont contraints toute leur vie de rester la tête immobile ?
  • Et des objets qui défilent, n’en est-il pas de même ?
  • Sans contredit.
  • Dès lors, s’ils pouvaient s’entretenir entre eux, ne penses tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes, en nommant les ombres qu’ils verraient ?
  • Nécessairement.
  • Et s’il y avait aussi un écho qui renvoyât les sons du fond de la prison, toutes les fois qu’un des passants viendrait à parler, crois-tu qu’ils ne prendraient pas sa voix pour celle de l’ombre qui défilerait ?
  • Si, par Zeus, dit-il.
  • Il est indubitable, repris-je, qu’aux yeux de ces gens-là la réalité ne saurait être autre chose que les ombres des objets confectionnés.
  • C’est de toute nécessité, dit-il.
  • Examine maintenant comment ils réagiraient, si on les délivrait de leurs chaînes et qu’on les guérît de leur ignorance, et si les choses se passaient naturellement comme il suit. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser soudain, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière, tous ces mouvements le feront souffrir, et l’éblouissement l’empêchera de regarder les objets dont il voyait les ombres tout à l’heure.. Je te demande ce qu’il pourra répondre, si on lui dit que tout à l’heure, il ne voyait que des riens sans consistance, mais que maintenant plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste; si enfin, lui faisant voir chacun des objets qui défilent devant lui, on l’oblige à force de questions à dire ce que c’est ? Ne crois-tu pas qu’il sera embarrassé et que les objets qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus véritables que ceux qu’on lui montre à présent ?
  • Beaucoup plus véritables, dit-il
  • Et si on le forçait à regarder la lumière même, ne crois-tu pas que les yeux lui feraient mal et qu’il se déroberait et retournerait aux choses qu’il peut regarder, et qu’il les croirait réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre ?
  • Je le crois, fit-il.
  • Et si, repris-je, on le tirait de là par force, qu’on lui fît gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâchâ t pas avant de l’avoir traîné dehors à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu’il souffrirait et se révolterait d’être ainsi traîné, et qu’une fois arrivé à la lumière, il aurait les yeux éblouis de son éclat, et ne pourrait voir aucun des objets que nous appelons à présent véritables ?
  • Il ne le pourrait pas, dit-il, du moins tout d’abord.
  • Il devrait en effet, repris-je, s’y habituer, s’il voulait voir le monde supérieur. Tout d’abord ce qu’il regarderait le plus facilement, ce sont les ombres, puis les images des hommes et des autres objets reflétés dans les eaux, puis les objets eux-mêmes ; puis élevant ses regards vers la lumière des astres et de la lune, il contemplerait pendant la nuit les constellations et le firmament lui-même plus facilement qu’il ne ferait pendant le jour le soleil et l’éclat du soleil.
  • Sans doute.
  • A la fin, je pense, ce serait le soleil, non dans les eaux, ni ses images reflétées sur quelque autre point, mais le soleil lui-même dans son propre séjour qu’il pourrait regarder et contempler tel qu’il est.
  • Nécessairement, dit-il.
  • Après cela, il en viendrait à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui produit les saisons et les années, qu’il gouverne tout dans le monde visible et qu’il est en quelque manière la cause de toutes ces choses que lui et ses compagnons voyaient dans la caverne.
  • Il est évident, dit-il. que c’est là qu’il en viendrait après ces diverses expériences.
  • Si ensuite il venait à penser à sa première demeure et à la science qu’on y possède, et aux compagnons de sa captivité, ne crois-tu pas qu’il se féliciterait du changement et qu’il les prendrait en pitié ?
  • Certes si.
  • Quant aux honneurs et aux louanges qu’ils pouvaient alors se donner les uns aux autres, et aux récompenses accordées à celui qui discernait de l’œil le plus pénétrant les objets qui passaient, qui se rappelait le plus exactement ceux qui passaient régulièrement les premiers ou les derniers, ou ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner celui qui allait arriver, penses-tu que notre homme en aurait envie, et qu’il jalouserait ceux qui seraient parmi ces prisonniers en possession des honneurs et de la puissance ? Ne penserait-il pas comme Achille dans Homère, et ne préférerait-il pas cent fois n’être qu’un valet de charrue au service d’un pauvre laboureur et supporter tous les maux possibles plutô t que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait ?
  • Je suis de ton avis, dit-il : il préférerait tout souffrir plutôt que de revivre cette vie-là .
  • Imagine encore ceci, repris-je ; si notre homme redescendait et reprenait son ancienne place, n’aurait-il pas les yeux offusqués par les ténèbres, en venant brusquement du soleil ?
  • Assurément si, dit-il.
  • Et s’il lui fallait de nouveau juger de ces ombres et concourir avec les prisonniers qui n’ont jamais quitté leurs chaînes, pendant que sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis et accoutumés à l’obscurité, ce qui demanderait un temps assez long, n’apprêterait-il pas à rire et ne diraient-ils pas de lui que, pour être monté là -haut, il en est revenu les yeux gâ tés, que ce n’est même pas la peine de tenter l’ascension ; et, si quelqu’un essayait de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils pussent le tenir en leurs mains et le tuer, ne le tueraient-ils pas ?
  • Ils le tueraient certainement, dit-il.
  • Maintenant, repris-je, il faut, mon cher Glaucon, appliquer exactement cette image à ce que nous avons dit plus haut : il faut assimiler le monde visible au séjour de la prison, et la lumière du feu dont elle est éclairée à l’effet du soleil ; quant à la montée dans le monde supérieur et à la contemplation de ses merveilles vois-y la montée de l’âme dans le monde Intelligible, et tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie; en tout cas, c’est mon opinion, qu’aux dernières limites du monde intelligible est l’idée du bien, qu’on aperçoit avec peine, mais qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la cause universelle de tout ce qu’il y a de bien et de beau ; que dans le monde visible. c’est elle qui a créé la lumière et le dispensateur de la lumière: et que dans le monde intelligible, c’est elle qui dispense et procure la vérité et l’intelligence, et qu’il faut la voir pour se conduire avec sagesse soit dans la vie privée, soit dans la vie publique. « 

PLATON (env. 428-437 av. J.C.), La République.

Avec humour :

Pour Platon notre situation dans le monde sensible est comparable à celle des prisonniers de la caverne : pourquoi ? De quoi sommes-nous donc prisonniers ?

Tout comme les prisonniers nous sommes victimes d’illusions car nous croyons voir la réalité et atteindre la vérité là où il n’y a que des ombres.

Ce qui signifie que :

  • L’expérience sensible n’est faite que d’apparences fugitives et inconsistantes ; on ne peut donc en tirer aucune conséquence satisfaisante pour l’esprit. Nous croyons voir la réalité et atteindre la vérité là où il n’y a que des reflets, c’est-à-dire une réalité seconde et dégradée
  • Alors comment se libérer de cette illusion ? Comment accéder à la connaissance de la vérité ?
  • Il faut détourner notre regard des choses qui nous semblent les plus évidentes, des images en particulier et aller chercher ailleurs par-delà les apparences. Il faut s’abstraire du réel, analyser.
  • « abstrahere » en latin veut dire « sortir de » qui a donné le mot « abstrait », « abstraction », le détachement du réel.

  • Il faut sortir de la caverne et aller voir ce qui se passe à la lumière du jour pour y découvrir le soleil, la vérité d’en haut qui éclaire le monde car sans la lumière, nos yeux ne verraient rien !

CONCLUSION:

Dans la célèbre allégorie de la caverne de La République, Platon a imaginé des hommes enfermés dans une caverne depuis leur naissance. S’ils ne sont jamais sortis et qu’ils sont enchainés, ils croiront que les ombres qu’ils voient, c’est la vérité. Ils prennent donc les apparences pour la vérité. Mais, si quelqu’un, le philosophe bien évidemment, l’homme du doute sort de la caverne, il se rendra compte alors qu’il a été trompé, qu’il a été victime des illusions sensibles, des opinions, des préjugés et il comprendra alors que « la vérité est ailleurs ».

En effet, pour Platon, la vérité n’est pas physique, elle est métaphysique, elle n’est pas sensible mais suprasensible, elle n’est pas immanente, mais transcendante.

La vérité, c’est l’Idée, l’ESSENCE ( ce qui reste de la chose une fois qu’on a tout enlevé), telle l’essence de rose

Ainsi, ce que Platon nous enseigne ici, c’est que la vérité ne nous est pas donnée dans les apparences : nous ne voyons pas le monde avec nos yeux mais en réalité avec le « troisième oeil », l’oeil de l’âme. En ce sens, la philosophie nous détache forcément du réel.

Platon :

 » Là-bas, là-haut, dans le ciel des Idées »

« Le philosophe est celui qui ose regarder le soleil en face »

Mais ATTENTION, celui qui regarde le soleil en face est aussi celui qui se brûle les yeux ou comme Icare se brûle les ailes en voulant voler

Festival du court-métrage 2023, ICARE de Nicolas Boucard, 2017, Belgique.

Ainsi, on note que très souvent, le philosophe est pris pour un illuminé, un fou, un foulosophe parce que comme dans la fable de La Fontaine, inspirée de l’épisode de la servante de Thrace, il est tellement dans les nuages, pris à observer les étoiles, qu’il ne voit même pas le puits qui est devant lui et tombe dedans !

Fable de La Fontaine, L’astrologue qui tombe dans un puits.

EXERCICE : LES DESSINS AMBIGUS

Jeune fille ou sorcière ?

Pour Platon, la connaissance est un acte de réflexion qui doit nous conduire à l’Idée, qu’il appelle aussi la Forme. Revenons sur nos dessins : on part des différentes sensations, par exemple les couleurs, on les unifie, et alors on trouve la Forme, l’Essence, le Concept, l’Idée.

SALVADOR DALI (1904-1989) , Voltaire et les mousquetaires

SALVADOR DALI, peintre espagnol surréaliste

Elle est où la caverne aujourd’hui ?

Le même dessin, encore ? NON, regardez le détail : les marionnettes indiquent le loge CNN ! La caverne d’aujourd’hui , c’est la désinformation systématique sur tous les médias du système.

Exemple :

Le Monde titre : « Contre le terrorisme, la plus grande manifestation jamais recensée en France » et précise avec tous les dirigeants de la planète ! (source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/11/la-france-dans-la-rue-pour-defendre-la-liberte_4553845_3224.html).

Ils étaient là certes mais dans une rue bien surveillée !

Elle est là, la caverne moderne :

Investiture de Obama (20 janvier 2009), investiture de Trump (20 janvier 2017) : le nouveau porte- parole de la Maison Blanche affirme pourtant qu’avec Trump, il n’y a jamais eu autant de monde à une investiture présidentielle !

LE DERNIER MATRIX :

BLACK MIRROR ET LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE, LA SOCIÉTÉ DES MÉDIAS

ANNEXE : TRAVAILLEZ VOTRE ANGLAIS !

RÉSUMÉ DE L’ALLEGORIE EN PLUSIEURS ETAPES

PLATON appelle cela : « le réellement réel « .

HISTOIRE DE L’ART

LA CONDITION HUMAINE SELON MAGRITTE (1935) :

LA VÉRITÉ / 4

IV. Synthèse : La vérité n’est ni dans les apparences, ni dans l’Idée mais dans les deux ! (thèse phénoménologique des modernes)

L’embarras de la transition :

  1. Avec les Sophistes et Protagoras : la vérité est bien concrète, sensible mais multiple, plurielle, relative et subjective : pas UNE mais DES vérités.
  2. Avec Socrate et Platon, il y a bien une seule vérité, universelle et absolue mais abstraite, théorique, pas dans le monde réel, idéal.

Comment solutionner le problème ?

Une piste :

Hegel, philosophe allemand du 19° siècle :

« Mais, au fond, qu’est-ce que l’apparence ? Quels sont ses rapports avec l‘essence ? N’oublions pas que toute essence, toute vérité, pour ne pas rester abstraction pure, doit apparaître. (…) Mais l’apparence elle-même est loin d’être quelque chose d’inessentiel ; elle constitue, au contraire, un moment essentiel de l‘essence. Le vrai existe pour lui-même dans l’esprit, apparaît en lui-même et est là pour les autres. Il peut donc y avoir plusieurs sortes d’apparences ; la différence porte sur le contenu de ce qui apparaît.  »     

HEGEL, Esthétique.

Thèse : la vérité, c’est l’idée qui se réalise dans le réel. Elle est bien unique mais elle peut prendre plusieurs formes, elle a plusieurs manières de se manifester

Exemple : idée de LIBERTÉ

Elle est unique, elle est abstraite mais elle n’a de sens que si elle se réalise et alors elle peut prendre plusieurs formes, elle a plusieurs manières de se réaliser et de s’exprimer.

  1. L’esclave qui brise ses chaînes :

Badagry au Nigéria

2. Un prisonnier qui s’évade :

3. Une femme libérée :

Conclusion générale :

Dans la grande opposition entre les Sophistes et Platon, Hegel a une position originale. Pour lui, la vérité n’est ni dans l’essence, ni dans l’apparence, mais dans l’ensemble, dans la totalité.

« Le Vrai est le Tout et le Tout est l’unité du concret et de l’abstrait, de l’apparence et de l’idée. » Hegel.

« La vérité c’est l’idée qui se réalise« , Hegel.

Et du coup :

Octavio Paz (1914-1998) est un grand écrivain mexicain.

Steven Spielberg, Ready Player One (2018)

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FIN DE LA PARTIE A

PARTIE B A SUIVRE : LE PROBLÈME DU MENSONGE

ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ KANAK / 3

(texte provisoire)

LE CYCLE DE VIE KANAK : LA NAISSANCE ET LA MORT

LA NAISSANCE :

La naissance est un passage de la « mort » à la vie. L’être-esprit se détache du monde sacré pour incarner l’individu.

L’enfant reçoit le sang, la vie de la lignée maternelle : physiquement par la mère, spirituellement par l’oncle maternel (oncle utérin). C’est l’oncle maternel (le « tonton ») qui insuffle la vie à ses neveux ou nièces. Il le fait par un souffle bref, symbolique, sur son nez et ses oreilles.

L’enfant recevra le nom et la terre du clan paternel, ainsi que son totem (lézard, tortue, requin, kaori, igname…). Le prénom peut être attribué par le clan paternel ou maternel.

LA MORT :

L’oncle maternel du défunt – Deuil Kanak-Hienghène-Tendo-Nouvelle Calédonie-©Sebastien Lebègue.

C’est le grand retour vers le monde des esprits, la séparation d’avec le corps qui va par sa putréfaction nourrir la terre dans le cycle de la vie.

Mais il y a peut-être une originalité kanak ou mélanésienne : une GÉOGRAPHIE DE LA MORT car l’esprit du défunt rejoint les esprits de ses ancêtres, selon un chemin mystique qui diffère selon les aires coutumières mais qui, durant trois à cinq jours, suit un parcours géographique précis, balisé par des chemins et le plus souvent des passages de rivière, de lieux tabous, d’aires de pins, en suivant des points précis inscrits dans le paysage :

 » L’esprit du défunt remonte les creeks jusque dans les vallées, suit les crêtes des montagnes, plonge dans des rivières jusqu’aux zones côtières ou les espaces sous-marins, cela jusqu’à l’entrée du pays des morts » E.Tjibaou in Sébastien Lebègue, op.cit., p.98.

LE CHEMIN DES MORTS

Ainsi, sur dans la région de Hienghène, dans l’intérieur des vallées comme sur l’ensemble du littoral, il est usuellement reconnu que, à la mort d’une personne, son esprit se détache de son enveloppe corporelle pour parcourir un sentier qui le mènera de l’intérieur des terres, lieu d’habitation du défunt jusqu’à l’entrée de la rivière Ouaième :

Ouaième : rivière Weyem située sur le nord-est du littoral bordant la commune de Hienghène. Ce cours d’eau est relativement connu dans la région pour la place symbolique qu’il prend dans les traditions orales notamment comme porte vers le royaume des morts.

Ce sentier des esprits se prolonge dans le fond de la rivière auprès du gardien du passage nommé Hwaiwai vers le royaume des esprits (qui est ici sous-marin) situé face à la passe de Hienghène aux limites du récif de Tao.

Ilot Kaavo marquant l’entrée du sentier des morts, Nord de Belep. 

Toute cette géographie de la mort définit du coup des lieux tabous que l’on ne traverse pas ou en tout cas pas n’importe comment. Par exemple, on ne criera pas, on ne parlera pas fort quand on passera à certains endroits, parfois on ne se retournera pas.

Ces lieux spirituels (tels les lieux spirituels de Barrès) marquent définitivement l’emprise du monde kanak sur des zones que l’on pourrait considérer comme libres de toute emprise humaine : récifs près de la Grande Terre, îlot et passes qui existent entre les récifs marquent ainsi les chemins kanak, des vivants comme des morts :

Vue de la passe de Fayawa depuis Mouli, Ouvéa.

Discours de deuil à l’adresse des clans maternels

Le préposé à la parole (au discours) va dire, en substance :

« Nous vous avons invité et appelé à accourir par ce chemin, à rentrer par cette allée et à venir vous présenter ici parce que l’os du pied (le tibia) de votre neveu a éclaté et s’est brisé, et le vital qui est en lui s’est aussi brisé, et il n’est plus au milieu de cette assemblée. Il n’a plus ce qui fait vivre et parler et marcher, il a tourné le dos au soleil et à la lune. Il a été aspiré par le tourbillon du diable, là-haut au milieu des airs, et emporté par le courant en bas dans l’étendue d’eau sans horizon, et il a été rejeté [comme épave] sur le platier [récif corallien frangeant, massif corallien contigu à la terre] à Wénégéi. Et il est rentré dans la danse à Pijèpaa [la danse des morts]. Vous allez l’emmener là-haut sur la pierre dont il est issu, sur la pierre objet de ses respects et de ses interdits. Vous allez le confier à la tombe et au pays des ténèbres. Voici l’arbre, l’arbre sapin qui symbolise la disparition de votre neveu. Vous allez le prendre et l’amener à X [sont ici cités les noms du clan et des sous-clans de l’oncle maternel qui ne peuvent être révélés hors d’un cercle restreint de personnes]. Voilà c’est fini. »

Ce discours a été prononcé en langue paicî par le chef d’Ometteux (Poindimié, nord-est de la Nouvelle-Calédonie) . Il a été recueilli par Dominique Paabu Oye en juillet 2005 à la tribu de Bayes Poindimié et cité par Emmanuel Tjibaou dans l’ouvrage collectif Nouvelle-Calédonie, Archipel de corail, Nouméa 2018, IRD Editions, p.187-190 (consultable en ligne sur https://books.openedition.org/irdeditions/27815).

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Dans cette société fondée sur la transmission orale, les rituels qui entourent la naissance et la mort mais aussi l’autre grand moment de la vie, le mariage, sont une des multiples composantes de la «coutume». 

La coutume, ce sont les règles qui régissent la vie des Kanak. Elles définissent leurs devoirs et leurs obligations vis-à-vis de la communauté, mais aussi leur lien à la terre et au sacré.

La coutume se matérialise par des gestes d’offrande (igname, «monnaie», «manou»…) et effectivement des rites qui rythment les étapes de l’existence (naissance, mariage, deuil) mais aussi alliance et pardon entre des clans en conflit.

Elle dicte donc la bienséance, la place de chacun, le respect des anciens…

Ce terme est familier à tout Calédonien, puisqu’il désigne aussi depuis l’accord de Nouméa, (art. 75 de la constitution française, un «droit coutumier », réservé aux Kanak, qui, spécificité juridique du territoire, cohabite avec le droit français.

L’article 75 de la Constitution de la Cinquième République française permet à certains citoyens français de conserver un statut civil coutumier dont les règles ne figurent pas au code civil. C’est notamment le cas à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis et Futuna.

En 2015, sur 269 000 habitants, ce statut concernait 134 022 personnes, enregistrées depuis leur naissance dans un registre spécifique. Les terres coutumières attribuées aux tribus sont quant à elles, selon la loi, «inaliénables» et «incessibles».

(Depuis 1982, des assesseurs, nommés par le palais de justice de Nouméa, siègent aux côtés des juges assermentés afin de leur expliquer ce que prévoit la «coutume». Et, depuis 2007, des agents territoriaux sont chargés d’établir les actes coutumiers liés au mariage, à la succession… Le clan, lui, est reconnu comme personne morale depuis 2011.

Peut-on «échapper» à la coutume ?

Pas simple.

Un Kanak sans “coutume, cela n’existe pas.

Répétons-le :  la notion d’individu n’existe pas dans la culture kanak et la coutume établit aussi une hiérarchie entre les clans (non reconnue par la loi) et entre l’homme et la femme, reléguant encore souvent cette dernière à un rôle de second plan.

Deux Kanaks, un homme et une femme, en Nouvelle Calédonie au XIXe siècle. 

Mais la modernité a bien changé les choses: la femme kanak d’aujourd’hui est une femme forte et déterminée – qu’elle a d’ailleurs toujours été !

ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ KANAK / 2

( texte provisoire)

L’ANCÊTRE – ESPRIT RÉINCARNÉ

Chez les Kanaks, il y a donc un être premier (l’UN des philosophes grecs) qui fonde la cosmogonie du clan. Cet être premier, c’est « L’ANCÊTRE-ESPRIT ».

Représentation d’un ancêtre gardien sur son lit mortuaire, la tête dépasse et le corps est enveloppé dans une natte que stylise les lignes brisées. Chambranle d’une grande maison cérémonielle, sculpture kanak. Bois houp, XVIIIe siècle.

L’ancêtre-gardien fonde la cosmogonie du clan définie par le mythe de fondation (voir cours 8). Il est en relation avec tous les éléments naturels et incarne tous les ancêtres du clan.

On retrouve cet ancêtre esprit dans toutes les représentations symboliques kanak comme la case, la flèche faîtière, la culture de l’igname. Lien de relation de l’homme avec le cosmos, l’esprit protège le clan.

Symbole de la flèche faîtière

LE CYCLE DE VIE KANAK OU LE MYTHE DE L’ÉTERNEL RETOUR

L’esprit s’incarne dans l’être à la naissance puis il se détachera de l’homme à la mort pour rejoindre à nouveau le monde invisible des ancêtres d’où il pourra renaître à nouveau (métempsychose ou réincarnation) et ce, dans un cycle perpétuel.

Adaptation de L’éternel retour du poète Jean COCTEAU par le réalisateur Jean Delannoy en 1943.

La vision du monde kanak est poétique inscrite dans une dimension océanique et cosmique de la connaissance.

Nous sommes donc à la fois dans une vision spiritualiste (l’esprit), de métempsychose (réincarnation) et d’éternel retour du même où donc l’avenir est aussi projection du passé, comme si on regardait aussi toujours en arrière. L’homme kanak avance en arrière vers ses ancêtres devancé par des générations d’esprit en direction de l’être premier.

Métempsycose :

Doctrine selon laquelle une même âme peut animer successivement plusieurs corps (humains ou animaux).

Réincarnation :

Quelle différence faire entre la réincarnation, la métempsychose ? Si la réincarnation représente la transmigration de l’âme humaine à un autre humain, la métempsychose, elle, considère la possibilité d’une transmigration de l’âme humaine à un autre règne : minéral, végétal ou animal. A noter que contrairement à la métempsychose, la réincarnation n’a jamais été condamnée dans aucun concile chrétien.

Secret message pour administratifs français (les petits « hommes » gris du pouvoir ! ) :

La conception du temps kanak est totalement différente de la conception occidentale. Le Kanak n’est pas tenu d’arriver à l’heure puisque la vraie heure est derrière soi !!!!

L’esprit est donc à la base de la société kanak, car il incarne l’identité, le territoire, la coutume, la « parole » et le sacré qui lie les hommes et il est à la fois la base et le sommet de toute vie d’homme :

Le cycle de l’esprit au regard des cycles de vie et de mort ; source Lebègue, op.cit, p.95.

« Métempsychose » (2011) est un film de 30 minutes écrit, produit et réalisé par Antonin Koilski.

9 / DU VOCABULAIRE : ESPRIT, AME, CORPS

ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ KANAK / 1

(texte provisoire)

Le culte de l’ancêtre : une culture de l’esprit ?

Nous avons insisté précédemment sur le refus de confondre racine, ratiocination et ancestralité, réaffirmons ici pour commencer que la hiérarchie kanak n’est pas verticale mais horizontale, rhizomique.

Tentons d’aborder maintenant l’esprit kanak, la spiritualité kanak en ayant derrière la tête une autre question qui nous taraude : pourquoi les Mélanésiens se sont-ils convertis si rapidement à la religion « coloniale » ?

Photo – La Passion à Saint Louis (1901). Scène du crucifiement, église de la Commune du Mont-Dore :

Pour cela, il nous faut tout d’abord revenir à notre avis sur des distinctions capitales souvent mal maîtrisées et parfois confondues : celles d’esprit, d’âme et de corps d’autant que la notion « la conscience » présente dans votre programme de philosophie nous y aide encore moins !

La spiritualité kanak comme toutes les spiritualités du monde est tripartite : esprit, âme, corps alors que depuis Descartes, la philosophie moderne se perd dans une vision dualiste du monde : raison et sensibilité, âme et corps, conscience et inconscient.

Or sans nos trois distinctions, la tripartition, la spiritualité kanak ne peut être comprise.

La triade corps-âme-esprit est incontournable dans l’approche philosophique et métaphysique de l’Homme. On parle de la triple nature de l’homme.

Mais en pratique, il n’est pas toujours simple de distinguer l’âme de l’esprit, les deux termes étant souvent confondus.

Essayons d’y voir plus clair et par simplicité, allons voir dans les quelques endroits de la Bible où l’esprit, l’âme et le corps sont tous les trois mentionnés. Par exemple :

On voit bien dans ces deux citations que l’âme et esprit ne sont pas synonymes.

Signification de l’esprit, de l’âme et du corps

Alors qu’entend-on exactement par corps, âme et esprit ? Pour le corps, pas de problème : Il ne semble pas trop difficile de distinguer le corps de l’âme et de l’esprit. Le corps est physique et, grâce à ses cinq sens (la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat et le toucher), il se connecte et interagit avec le monde extérieur.

L’âme et l’esprit sont beaucoup plus difficiles à séparer l’un de l’autre.

L’âme est en fait la partie de nous qui recouvre notre volonté, nos affections et nos pensées (notre moi, notre conscience diraient les philosophes). En fait, l’âme est la partie de nous qui est en relation avec nos semblables, avec le monde.

Alors que l’esprit est la partie qui nous relie à Dieu, au logos chez les Grecs, à l’ancêtre premier chez les Kanak.

L’esprit est donc considéré comme la partie la plus profonde de notre être. Il est enveloppé par notre âme, qui à son tour est enveloppée par notre corps.

L’esprit est notre être dans le monde des morts qui deviendra animé, âme [du latin animus « animé », « être en mouvement »] incarné dans un corps lors de la naissance. L’oncle maternel en soufflant dans l’oreille après la naissance du corps marquerait donc le passage de l’esprit à l’âme.

En résumé :

Définition de l’âme L’âme est le siège de l’activité psychique et des états de conscience d’un individu. L’âme porte l’ensemble des états et dispositions intellectuelles, morales, affectives qui forment l’individualité, autrement dit le « moi » profond. L’âme est liée à la CONSCIENCE, à l’EGO, à la raison et à l’intellect. Elle peut donc être attirée vers le bas (la matière) ou vers le haut (l’esprit). Elle est unie au corps.

Définition de l’esprit : L’esprit est le souffle vital et divin, le Principe créateur premier, l’Origine, l’Esprit Saint, le Principe divin qui vient d’en haut.

Le schéma suivant permettra d’y voir plus clair :

Cependant, il faut reconnaître que dans les Écritures, ce n’est pas clair. Parfois, le mot « âme » fait référence à la partie de l’être humain qui vivra dans l’éternité, comme dans Matthieu 10:28 :

assimilant ici âme et esprit comme souvent dans le langage courant.

Pas important ?

La chose la plus importante dont nous devons nous souvenir est que l’âme est la médiatrice entre le corps et l’esprit et qu’elle a besoin d’être régénérée par l’Esprit. Sans l’œuvre de l’Esprit (de Dieu nous diraient les chrétiens), nous sommes morts et incapables de connaître (Dieu) et de comprendre la Parole.

Etant dans un corps, l’âme peut en effet être attirée vers le bas (l’ego et le monde de la matière) alors que sa finalité serait d’être attirée vers le haut (la raison et le spirituel).

 Dans le même ordre d’idée, les Grecs distinguaient aussi trois niveaux :

Soma Sema

. le soma (corps physique) avec le célèbre jeu de mots « soma sema » «  le corps est le tombeau de l’âme » disaient en se croisant les platoniciens.

  • la psyché ou âme mortelle qui anime le corps (psychisme, sensibilité, désirs, humeurs…)
  • le noûs, intellect ou raison, partie la plus divine de l’âme, en contact avec le divin.(Le noûs peut être vu comme l’esprit en l’homme, l’intelligence active de la raison et du cœur, celle qui devrait guider l’âme et que vise le philosophe.)

Sur un plan plus psychologique, la partie inférieure de l’âme pourrait correspondre au « moi », alors que la partie éclairée pourrait correspondre au « soi », l’objectif étant d’aller comme chez les Bouddhistes et les Hindous du Moi vers le Soi.

On comprend ainsi un peu mieux la logique spirituelle qui anime les Chrétiens dans le geste du signe de croix déployé avec la main droite :

  • Le front, siège de l’esprit (le noûs  grec)
  • La poitrine, lieu du cœur, siège de l’âme
  • Et les épaules de la gauche à la droite, représentant la force de vivre, l’activité quotidienne, le corps.

Mais aussi : le Père (L’âme), Le Fils (le corps incarné) et le Saint Esprit (la réalisation, la Foi).

De haut en bas (axe vertical) : la naissance et (axe horizontal) : l’accomplissement de la vie.

MUSIQUE :

Album Soma Sema du groupe Stengah :

LA DÉMOCRATIE 3

Les cours 1, 2 et 3 feront l’objet dans la SEMAINE DU 17 au 22 AVRIL d’un contrôle de connaissances (coefficient 2).

Ou bien le peuple décide directement lui-même dans une démocratie directe ou bien il délègue son pouvoir, dans une démocratie représentative.

Les débats n’ont jamais cessé entre tenants de la démocratie directe et tenants de la « représentation ».

I Les dangers de la démocratie directe : Platon et « les grandes gueules » :

Hé oui, on retiendra de la critique de Platon de la démocratie son analyse des phénomènes de groupe dans la foule : ceux qui parlent fort (m.., c’est moi !), ceux qui sont les plus grossiers, les plus violents, les plus dominateurs sont ceux qui attirent le plus souvent l’opinion et on verse dans ce cas très vite dans la dictature de l’opinion : plus de vérité ni de fausseté, plus de beau, ni de laid, plus de juste et d’injuste.

Les ignorants ont le dessus sur les sages, les voyous sur les gens honnêtes …

Mais aussi :

En démocratie directe, puisque les citoyens décident eux-mêmes, directement, en toute matière, non seulement, ils doivent alors être régulièrement convoqués, mais aussi sans cesse « convocables », étant donné le caractère imprévisible des circonstances.

II Les dangers de la démocratie représentative : Rousseau et les représentants du peuple :

 En démocratie représentative, le « souverain » délègue à ses représentants la puissance législative dévolue donc à l’Assemblée des représentants du peuple.

Rousseau y voyait, non sans raisons, le danger majeur que les représentants du peuple confondent leur intérêt avec l’intérêt public, ou encore qu’ils obéissent à des intérêts de groupes particuliers.

Ce danger peut toutefois être considérablement réduit si les représentants du peuple sont élus pour des durées courtes – et surtout si des institutions de contrôle de leurs décisions et actes sont mises en place (avec un clair pouvoir de contrainte en cas de trahison ou malversation).

L’autre risque majeur tient à ce que les représentants du peuple deviennent des professionnels de la politique : premièrement par le marketing, cherchant à capter les électeurs par leur image (buzz, slogans, coupe de cheveux, couleur des cravates, costumes…). Deuxièmement, en devenant des « experts », ayant fait sciences-po ou des écoles d’administration car alors la conduite des affaires publiques risque de n’être plus démocratique mais, au sens strict, une « aristocratie » comme gouvernement des plus savants, des « meilleurs ».

Or la profession de foi démocratique va dans un sens diamétralement opposé : elle accorde à chacun la capacité de s’exprimer par l’égalité des suffrages. Que vous soyez riche ou pauvre, puissant ou non, célèbre ou obscur inconnu, votre bulletin de vote compte une voix, comme le bulletin de tout autre : il n’y a pas de spécialiste en matière politique. C’est la raison pour laquelle les « électeurs » sont, en démocratie, « éligibles » : l’accès aux fonctions politiques est ouvert à tous les citoyens.

Et enfin : l’absentéisme parlementaire :

Effectivement, aujourd’hui, le système représentatif semble arrivé à bout de souffle. On observe une défiance vis à vis des hommes et des femmes politiques, très bien illustrée par les Gilets Jaunes.

Et plus globalement, un désintérêt pour la chose politique et les élections. L’abstention a atteint 57,36 % aux législatives du 18 juin 2017 déjà un record historique pour la Vème République mais qui sera battu en 2022 :

Pour beaucoup, cette défiance est due à un système représentatif de plus en plus déconnecté du peuple.

En 1946, les ouvriers représentaient 12,5 % des élus à l’Assemblée. En 2017, il n’y en a plus aucun, alors qu’ils représentent tout de même 20% de la société.  À l’inverse, on compte à l’Assemblée nationale : 97 cadres du privé, 82 fonctionnaires, 73 hommes politiques professionnels, 50 chefs d’entreprise et 104 professions libérales.

Même constat question diversité. 35 députés issus de la diversité ont été élus. Ce qui représente 6,35 % de l’Assemblée, alors qu’on estime que 23 % de la population est d’origine étrangère en France.

Carl Schmitt, grand penseur du politique, le Machiavel du 20ème siècle disait que « plus une démocratie est représentative, moins elle est démocratique ».

C’était aussi l’opinion de Rousseau : lorsque le peuple délègue à des représentants le soin de parler en son nom, il ne peut plus être présent à lui-même.

La crise actuelle de la représentation tient au fait que les citoyens constatent en permanence qu’ils ne sont même plus représentés.

Un fossé s’est ainsi creusé entre le peuples et les élites. Le sentiment de dépossession démocratique est très vif en France accentué par l’utilisation du vote bloqué et surtout du 49.3 qui permet en cas de majorité relative de promulguer une loi sans vote du Parlement.

III Les alternatives à la crise démocratique

Les experts avancent plusieurs solutions pour y remédier

Par exemple, la mise en place de la proportionnelle pour les législatives. Elle permettrait aux différents partis d’être représentés en fonction de leur score global au niveau national. Réforme toujours repoussée par la classe politique pour faire front au Rassemblement National.

Autre solution : la mise en place d’un contrôle accru et continu de l’action des gouvernants, en dehors des moments électoraux par des référendums.

1°) Le grand retour du référendum :

A ) Le RIP OU RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE PARTAGÉE :

Donc : Le référendum d’initiative partagée, ou RIP, est une procédure longue de consultation des citoyens inscrits sur les listes électorales reposant sur une initiative parlementaire (en fait donc représentative).

Le référendum d’initiative partagée (RIP) est une forme particulière associant le corps électoral à une proposition de loi (c’est-à-dire un texte législatif déposé par un membre du Parlement), via un recueil de soutiens des électeurs. Mais pour être soumise à un référendum d’initiative partagée, la proposition de loi référendaire doit être signée par au moins 1/5 des parlementaires (soit 185 députés et/ou sénateurs) et soutenu par 4,8 millions de signatures validées.

Alors un référendum de démocratie directe ?..

L’appel des gilets jaunes au RIC.

B) LE RIC OU RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE CITOYENNE :

En fait les politiques sont contre :

Si le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) demandé par le mouvement des Gilets Jaunes est mis en place, quelles seraient les règles de ce nouvel outil démocratique ? Serait-il uniquement consultatif ? Permettrait-il d’abroger une loi ? Quels domaines seraient concernés ?

Tout reste à déterminer.

) LA DÉMOCRATIE SOCIALE :

Face au refus d’Emmanuel Macron de recevoir les syndicats, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger a dénoncé «  une forme de déni de la démocratie sociale« .

Que recouvre cette expression remise au goût du jour par le mouvement contre la réforme des retraites ?


Dans le sillage de la déclaration de Laurent Berger, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias  a qualifié la date du 7 mars dernier de « belle journée pour la démocratie sociale, triste nuit pour la démocratie parlementaire », saluant dans une même prise de parole l’importante mobilisation sociale du jour tout en fustigeant l’arrêt brutal des débats au Sénat le soir même.

Qu’est-ce donc que cette démocratie sociale ?

On désigne par « démocratie sociale » la relation entre l’Etat et les partenaires sociaux (syndicats, employeurs et salariés). En anglais, on traduit cela par « social-démocratie », qui est surtout le propre de l’histoire politique allemande ou des pays de l’Europe du Nord où il y a réelle concertation des corps intermédiaires.

Mais en France ?

On a bien l’impression qu’on entend par démocratie sociale le pouvoir de la rue, la force des manifestations :

On peut donc replacer la phrase de Laurent Berger dans son contexte : Emmanuel Macron, d’après lui, mépriserait la démocratie sociale car il ne tiendrait pas compte de l’expression populaire des manifestations d’une part, et des organisations légitimes et représentatives que sont les syndicats d’autre part.

Lié à cette définition de la République française :

“La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale” Article 1 de la Constitution de 1946 et 1958.

https://fr.euronews.com/2016/05/26/france-un-peuple-revolutionnaire-dans-l-ame-et-des-dirigeants-paralyses

) LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE :

Ce qui fonde la légitimité de la démocratie, à savoir la souveraineté populaire, implique la possibilité donnée à tous les citoyens de participer aux affaires publiques, c’est-à-dire de décider le plus possible par eux-mêmes de ce qui les concerne. La vraie démocratie devrait donc être avant tout une démocratie participative.

Dans la démocratie participative, les citoyens sont associés aux décisions prises par les représentants, dès l’élaboration et jusqu’à leur application. Divers moyens sont alors utilisés pour cela comme par exemple, les conventions citoyennes :

LA DÉMOCRATIE 2

I Deux principes, deux devoirs :

1°) Deux principes :

Ce régime implique :

  • le principe d’une liberté, comme celle d’expression, de pensée, de rassemblement, de religion …
  • le principe d’égalité, en particulier l’égalité politique des citoyens.

Ces deux principes ne peuvent en aucun cas s’exclure l’un l’autre, il faut qu’ils soient tous deux
présents. Mais les démocraties peuvent mettre l’accent plus sur l’un ou sur l’autre.

Par exemple, pendant la Guerre froide, le bloc de l’Ouest mettait l’accent sur la liberté, le bloc de l’Est mettait l’accent sur l’égalité. Chacun des deux blocs déniait à l’autre le caractère de démocratie. Ainsi, pour les États-Unis, l’URSS ne respectait aucune des libertés les plus fondamentales (presse, opinion, religion…) et pour l’URSS, les États-Unis n’instauraient aucune égalité entre ses citoyens (discrimination raciale jusque dans les années 1960).

2°) Deux devoirs :

Le système démocratique implique aussi deux devoirs :

  • exprimer son opinion.
  • respecter l’expression des autres opinions.


Ce sont des règles fondamentales, que résume la phrase apocryphe de VOLTAIRE :

MAIS

La démocratie ne peut se concevoir comme simple dictature de la majorité : elle exclut par
conséquent toute idée de suppression d’un parti même minoritaire, sauf dans le cas très spécifique où celui-ci prône le recours à la violence et à des actions anti-démocratiques.

La démocratie ne prétend pas garantir que le candidat qui sera élu sera le plus apte à bien diriger
le pays. Elle garantit en revanche que nul ne sera appelé au pouvoir sans avoir fait l’effort de convaincre la population du bien-fondé de son programme, et y être en partie parvenu. La démocratie apparaît donc comme une forme particulièrement efficace de non-violence en action
:

II Typologie des démocraties :

On oppose traditionnellement deux formes de démocraties : la démocratie directe et la démocratie
représentative. Il existe cependant des régimes mixtes.

1 ) Les deux grandes formes de la démocratie :

a) La démocratie directe :

Dans la démocratie directe, le pouvoir est exercé directement par les citoyens, qui s’assemblent et
établissent les lois
, le plus souvent à main levée.

b) La démocratie représentative :

Dans la démocratie représentative, des intermédiaires sont nécessaires. Les citoyens élisent le plus souvent dans un isoloir (vote secret) des représentants qu’ils chargent d’établir les lois, des députés.

2°) Petit historique de la démocratie représentative :

Influencé par la philosophie des Lumières, le système représentatif apparaît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’idée est assez révolutionnaire : créer un système politique dans lequel la volonté des citoyens s’exprime à travers des représentants qui votent les lois, et les font appliquer.

Emmanuel-Joseph Sieyès en France, et John Adams aux Etats-Unis, en sont les grands défenseurs. Ils s’opposent à la démocratie directe de Rousseau et Robespierre. Pourquoi ? Car « la très grande pluralité de nos concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner à se nommer des représentants » déclare Sieyès :

Abbé SIEYÈS

John ADAMS


L’influence de Sieyès sera immense. Le système représentatif va devenir la norme en France puis dans le reste des démocraties mondiales. 

MAIS le principe du système représentatif en France : un régime mixte

Le principe représentatif est toujours inscrit dans la Constitution française, Article 3 alinéa 1 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et

par la voie du référendum « 

mais il y a le mot « référendum » ?

3°) DES RÉGIMES MIXTES :

En effet, la plupart des régimes sont MIXTES et l’on parle de DÉMOCRATIE SEMI-DIRECTE :


Les démocraties semi-directes empruntent aux deux formes de démocraties
: représentation et consultation directe par référendum.

Les citoyens élisent des représentants qu’ils chargent d’établir les lois, mais les citoyens peuvent aussi être amenés à faire des lois par référendum (ou les refuser). C’est le cas, par exemple, en France ou en Suisse ; plus en Suisse, où le référendum est la norme, qu’en France, où le référendum reste exceptionnel (et souvent décrié comme plébiscite).

4°) LE RÉFÉRENDUM :

Dans notre constitution, il permet aux citoyens de faire entendre leur voix sur une question donnée, hors du cadre des élections. Il peut s’effectuer à l’échelle locale ou nationale. Être initié par des partis politiques ou des élus. Ou par une combinaison d’élus et de citoyens. Mais il n’a qu’une valeur consultative.

Dans certains pays comme la Suisse ou le Mexique, les citoyens eux-mêmes peuvent en être à l’initiative. C’est le principe du Référendum d’initiative Citoyenne.

Quelle est l’origine du référendum ?

En France, l’idée de référendum émerge à la Révolution française. Le peuple conteste le pouvoir du roi. Il veut plus de démocratie. Le référendum est prévu dès la Constitution de 1793 qui ne sera jamais appliquée. Napoléon transforme alors le principe du référendum en plébiscite : il appelle le peuple aux urnes pour consolider son pouvoir après son coup d’État en 1799 et instaurer le Consulat. Il l’utilise aussi en 1802 pour se nommer consul à vie. 

NAPOLEÓN : CONSUL A VIE PAR REFERENDUM

A quels moments le référendum a-t-il été utilisé en France ?

Sous la Ve République, le référendum a été utilisé 9 fois. Par exemple, en 1961, il ouvre la voie à l’indépendance de l’Algérie. En 1962, il donne le droit aux Français de voter au suffrage universel direct. En 1969, le rejet de la réforme du sénat par référendum entraînera la démission du Général de Gaulle.

Le référendum soulève une des questions fondamentales de la démocratie : qui est légitime pour décider ? Le peuple lui-même ou ses représentants élus ?

Du coup, certaines consultations ont donné lieu à des décisions contradictoires.

En 2005, lors du référendum organisé par Jacques Chirac, les Français ont rejeté à plus de 54 % le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Cela n’a pas empêché Nicolas Sarkozy de ratifier, deux ans plus tard, un traité similaire, le traité de Lisbonne.

En 2016, le référendum local organisé autour de Notre-Dame-des-Landes a compté 55,17 % des voix en faveur du projet d’aéroport. Le projet a pourtant été abandonné deux ans après par le gouvernement.

 

LA PHILO / 4 LA PHILOSOPHIE ANCIENNE

L’École d’Athènes est une fresque du peintre italien Raphaël (1483-1520) située dans la Chambre de la Signature des musées du Vatican à l’intérieur du palais apostolique. C’est l’une des œuvres picturales les plus importantes de la Cité papale. Cette fresque symbolique présente les figures majeures de la pensée antique.

La chambre des signatures au Vatican

L’Ecole d’Athènes de Raphaël

Ce tableau de la philosophie athénienne permet à Raphaël de rassembler les figures majeures de la pensée antique.

La peinture compte cinquante-huit personnages qui se regroupent aux premier et deuxième plans.

A GAUCHE : LE GROUPE DES THÉORICIENS :

Au premier plan, du centre de la fresque vers l’extrémité gauche, se trouve le groupe des «Théoriciens» :

Héraclite (VIe siècle av. J. -C. ), le philosophe pessimiste du devenir (« tout coule, tout bouge », panta rei ), est isolé des autres (à cause de son mauvais caractère) et s’appuie sur un bloc de marbre, pour écrire son nouveau traité. Il est ici représenté sous les traits de Michel-Ange (qui travaille à l’époque à la chapelle Sixtine), lui aussi réputé pour son caractère brutal et changeant. 

Parménide, son « adversaire » se dresse derrière Héraclite et semble contester la démonstration de Pythagore qui est assis devant lui :

Parménide
PARMÉNIDE, LE PHILOSOPHE DE L’ÊTRE

Pythagore est entouré de trois disciples, dont Averroès, reconnaissable à son turban blanc arabe et qui est réputé pour avoir ouvert le monde chrétien aux connaissances orientales et musulmanes :

Averroes-et-Pythagore
AVERROÈS, le grand philosophe musulman

Plus à gauche, EPICURE, couronné de pampres, écrit sur un ouvrage, et est appuyé sur un petit chapiteau :

ÉPICURE

Socrate est au milieu des hommes à gauche, en haut de l’escalier, vêtu d’une simple tunique ocre, en pleine discussion :

SOCRATE en pleine discussion

SOCRATE dialogue vivement avec le groupe d’hommes en face de lui, l’un d’eux est casqué avec son sabre au côté : on pense à CALLICLÈS, le guerrier qui refusait l’égalité entre les hommes en se basant sur le comportement animal pour affirmer que les plus faibles doivent subir la loi des plus forts et des plus doués. On note la diversité, jeunes et vieux, de l’auditoire de Socrate.

On verra que Calliclès affrontera Socrate dans le Gorgias de Platon, un dialogue sur la rhétorique, la spécialité enseignée par les Sophistes pour réussir en politique.

Au centre, un peu à droite, on reconnaît dans le personnage allongé sur les marches, le cynique DIOGÈNE. Il a devant lui une feuille vierge et tient dans sa main droite une écuelle, symbole que la faim intellectuelle est moindre dans la vie que la faim physique. Il est isolé des autres personnages, car n’oublions pas que dans sa vie, il vit dans un tonneau et qu’il a toujours refusé les hommages et les honneurs que ses contemporains lui offraient :

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A DROITE, LE GROUPE DES EMPIRISTES :

Raphaël, le peintre, s’y est représenté lui-même dans la partie droite de la fresque. On le distingue facilement en bas à droite par le fait qu’il regarde le spectateur, il fait partie des très rares personnages du tableau à le faire.

Les empiristes renvoient aux scientifiques, aux mathématiciens aux savants comme Euclide, Archimède, Ptolémée l’astronome…

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AU CENTRE : LES DEUX GRANDS NOMS DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE : PLATON ET ARISTOTE :

Ils portent la toge romaine qui en font les grands maîtres du tableau, les grands socratiques.

Platon tient dans sa main l’un de ses dialogues, Le Timée tandis qu’Aristote a son Éthique à la main.

Les gestes des deux philosophes : PLATON tend sa main vers le ciel alors qu’ARISTOTE semble désigner la terre, le sol offrant ainsi une représentation symbolique de leurs conceptions philosophiques :

  • l’IDÉALISME pour Platon
  • l’EMPIRISME pour Aristote.

Raphaël marque ici clairement l’opposition entre la théorie platonicienne (qui explique les origines du monde par les Idées et l’Empirisme prônés par Aristote :

IDÉALISME et EMPIRISME : Platon et Aristote

PLATON et l’Idéal

ARISTOTE et le concret

EN RÉSUMÉ :

Détail des personnages : 1 : Zénon de Kition ou Zénon d’Élée – 2 : Épicure – 3 : Frédéric II de Mantoue – 4 : Boèce ou Anaximandre ou Empédocle de Milet – 5 : Averroès – 6 : Pythagore – 7 : Alcibiade ou Alexandre le Grand – 8 : Antisthène ou Xénophon – 9 : Francesco Maria Ier della Rovere(?) – 10 : Eschine ou Xénophon – 11 : Parménide – 12 : Socrate – 13 : Héraclite (sous les traits de Michel-Ange) – 14 : Platon tenant le Timée (sous les traits de Léonard de Vinci, selon la plupart des sources ou ceux d’Aristote, selon Daniel Arasse) – 15 : Aristote tenant l’Éthique (sous les traits d’un homme d’une quarantaine d’années) – 16 : Diogène de Sinope – 17 : Plotin – 18 : Euclide ou Archimède entouré d’étudiants (sous les traits de Bramante) – 19 : Strabon ou Zoroastre – 20 : Ptolémée – R : Raphaël en Apelle – 21 : Le Sodoma Quentin Augustine (Le Protogène)

TRANSDISCIPLINARITÉ (DNL): ANGLAIS :

LA PHILO 4 BIS / DIOGÈNE LE CHIEN

DIOGÈNE DE SINOPE : LE PHILOSOPHE GREC PROVOCATEUR ET INSOUMIS

Philosophe légendaire, Diogène de Sinope est un des plus célèbres élèves de l’école cynique d’Antisthène, fondée à l’époque de la Grèce Antique. Ses phrases acerbes et ses actes provocants expliquent les concepts fondamentaux de la philosophie cynique.

LA VIE DE DIOGÈNE DE SINOPE

Le philosophe Diogène serait né à Sinope vers l’an 400 avant J-C (-413 d’après certains spécialistes) et décédé vers l’an 320 avant J-C dans la ville de Corinthe. Au début de sa vie, l’Oracle d’Apollon aurait conseillé à Diogène de « falsifier la monnaie » lorsque ce dernier lui demanda quelle voie suivre pour réussir son avenir. Le philosophe entraîna donc son propre père, dans la fabrication de fausse monnaie, jusqu’à ce que la population de Sinope le chasse et le force à adopter une vie de vagabond.

Sa pensée philosophique débuta lorsqu’il observa le train de vie d’une souris grise, comprenant qu’elle allait et venait en toute liberté, qu’elle vivait selon son bon plaisir et se nourrissait de ce qu’elle trouvait et dormait là où elle le pouvait. C’est le début de sa réflexion sur la façon d’exister sans être soumis aux conventions sociales.

A Athènes, il souhaite rejoindre l’école philosophique d’Antisthène qui est le premier à donner un enseignement sur le cynisme. Au début, les deux philosophes ne s’apprécient pas, néanmoins, la persévérance de Diogène finit par payer, Antisthène l’accepte et ils deviennent amis, partageant ensemble leurs convictions profondes.

D’après les écrits, Diogène-le-Cynique vagabonda à travers la Grèce, transmettant son savoir aux populations dans les lieux publics.

Les événements qui ont marqué sa vie tels que sa rencontre avec Alexandre le Grand, son mode de vie, ses pensées et son caractère typiquement cynique en ont fait un personnage de légende. De cette rencontre, on connait et épisode : Diogène lézarde au soleil de Corinthe, auprès du Cranéion, quand Alexandre le Grand l’aborde et lui dit, grand seigneur : « Diogène, demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai ». Sans même le regarder, l’impertinent lui rétorque : « ôte-toi de mon soleil ! » Touché au vif, le souverain poursuit : «  »N’as-tu pas peur de moi ? » :

– « Qu’es-tu donc ? Un bien ou un mal ? » réplique Diogène. « Un bien ! » assure le roi. « Alors qui donc pourrait craindre le bien ? » conclut le philosophe.

Alexandre le Grand rencontre le philosophe cynique Diogène. Sculpture exposée sur une place publique dans la ville de Corinthe, en Grèce.

À 77 ans, Diogène vient de faire preuve d’un cran incroyable en ridiculisant l’homme le plus puissant de la Grèce antique. Mais le penseur se fiche pas mal du pouvoir. Le courant cynique auquel il appartient prône les vertus de la simplicité et du dénuement.

Ce philosophe mourut alors qu’il avait plus de 85 ans. Pour certains Il aurait été mordu par un chien auquel il essayait de dérober un os pour se nourrir. Fidèle à ses pensées philosophiques, il demanda à être enterré comme un chien, souhaitant profiter de la beauté de la nature et du ciel étoilé. Son tombeau sera décoré d’un chien en marbre de Paros.

SON ŒUVRE PHILOSOPHIQUE

Considéré comme le plus célèbre philosophe cynique, Diogène de Sinope était soumis aux jugements de ses pairs à cause de ses actes et de son mode de vie peu commun. D’après certains écrits, Platon le considérait comme « un Socrate devenu fou », Aristote l’appelle : « le Socrate furieux »

Sa vie à Athènes, le foyer de sa philosophie, c’est « l’école des chiens agiles », le berceau des cyniques, du grec kunos, génitif de kuôn qui signifie chien, car le chien est simple, il aboie contre les sots et lèche ce qu’il aime. Le fondement de cette pensée est très éloigné de celle des Platons et Aristote qui se prennent tellement au sérieux, qu’ils vont jusqu’à considérer le rire comme une expression vulgaire et indigne des hommes libres. Les cyniques, eux, préfèrent l’humour, l’ironie et les jeux de mots en guise de philosophie. Cette façon de penser prône dénuement, qui seul peut conduire au bonheur. Le luxe est selon eux inutile comme toutes les richesses, les honneurs, les plaisirs et la science. Seul compte la vertu et la liberté individuelle.

Libre comme l’air, Diogène vit au petit bonheur la chance.Pour lui il n’y a pas hiérarchie ni d’élite qui tienne. Alors qu’un riche athénien lui fait visiter sa somptueuse demeure, lui interdisant au passage de cracher par terre, le philosophe lui crache au visage, s’excusant de ne pas avoir le choix.Son monde idéal, ou plutôt sa cité idéale : une communauté politique, où les relations humaines, délivrée de toute illusion, serait fondée sur la seule vertu. Il se situe au-dessus de toutes les lois et de tous les tabous et n’hésite pas à dénoncer l’hypocrisie sexuelle en organisant devant son tonneau des séances de masturbation publique.

Il persiste à vivre en dénonçant les conventions sociales, les personnes riches, les souverains et même les dieux. Prônant la vertu de la sagesse et la liberté de l’Homme, Diogène mendiait son pain et marchait pieds nus dans les rues, ne se souciant pas de son apparence ni du jugement des autres. Sa mission  : « J’affronte le mal et les hypocrites avec la vérité et je leur dis la vérité sur eux-mêmes, et j’agite ma queue devant les gens de bien et grande devant les gens mauvais » dit-il. 

C’est sûrement de là que vient son surnom : Diogène le Chien.

« Diogène et sa lanterne à la recherche d’un honnête homme » – tableau de Jacob Jordaens

Ce philosophe vivait selon ses plus profondes convictions, c’est ce qui fait qu’il est aujourd’hui le plus célèbre des cyniques car il enseignait avec franchise et captait son auditoire en utilisant des événements du quotidien, n’hésitant pas à se moquer des citoyens ouvertement.

LES CITATIONS DE DIOGÈNE SINOPE :

La légende lui attribue 1000 exploits et bons mots. La chrie, en grec la sentence, est en effet devenu sa spécialité. Voici quelques unes des citations ou phrases de Diogène permettent de mieux comprendre ses concepts philosophiques, voici les plus célèbres:

« Cet enfant qui boit dans le creux de sa main, m’apprend que je conserve encore du superflu.”

« Les mathématiciens étudient le soleil et la lune et oublient ce qu’ils ont sous les pieds.”

«La science, les honneurs, les richesses sont de fausses richesses qu’il faut mépriser.»

«L’homme doit vivre sobrement, s’affranchir du désir, réduire ses besoins au strict minimum.»

«Quand on est riche on mange quand on veut. Quand on est pauvre, quand on peut.»

CE QU’IL FAUT RETENIR DE SA PHILOSOPHIE :

Ce qu’il faut retenir de la philosophie de Diogène, c’est avant tout le principe selon lequel l’Homme ne peut trouver le bonheur qu’en s’accordant parfaitement avec la nature, que les conventions sociales et les valeurs morales ne sont que des pièges, des fardeaux qui empêchent l’accession à la sagesse. Diogène était persuadé quand ne gardant que l’utile et en se débrouillant par soi-même, l’homme devenait libre.

 Diogène de Sinope résumait sa philosophie ainsi : «Je m’efforce de faire dans ma vie le contraire de tout le monde». Il invitait les hommes à se tourner vers une existence plus saine et naturelle et non à se perdre dans des futilités, comme la recherche de la richesse, de la réussite ou des honneurs.

Diogène de Sinope par Raphaël – Musée du Vatican

AU FAIT, CYNIQUE SINIK ??? :