LA RELIGION / 3

1°) La diversité des religions et son pb :

  • Animistes  (Afrique, Haïti, Kanak) = des esprits dans la nature (on parle aussi parfois de paganisme, de païen).
  • Polythéismes (Antiquité (Grèce et Rome), Hindouisme en Inde) = plusieurs Dieux.
  • Monothéistes ( Bible) = ils sont 3 : le Judaïsme avec son livre sacré la Torah, le Christianisme (Bible et Nouveau Testament) (avec Orthodoxes, Catholiques et Protestants évangélistes), l’Islam (le Coran), ce sont les Musulmans divisés en deux grands groupes : les sunnites (77 sectes) et les chiites (Iran).
  • Bouddhisme (Bouddha) : religion sans Dieu.

Notons aussi :

Athéisme : ne croit pas en l’existence de Dieu et prétend le démontrer :

Agnosticisme : refuse de se prononcer sur les questions religieuses, scepticisme par rapport à la religion.

Théisme ( de theos en grec, Dieu) : le dieu des philosophes. C’est quelqu’un qui démontre l’existence de Dieu par la raison mais pas par un texte sacré, qui rejette par ailleurs en général les religions. C’est le Dieu-Horloger de Voltaire :

Fidéisme (de fides en latin , la confiance, la foi).

JUDAISME :

Le Mont du Temple, Jérusalem.

CHRISTIANISME :

El señor de los Milagros, mois d’Octobre, Lima, Pérou.

La Mecque et la Kaaba

Le Hadj ou pèlerinage de la Mecque : un des cinq piliers de l’Islam.

Mais peut-on vraiment dire que la religion est union, qu’elle unit les hommes ? La religion n’est-elle pas plutôt un facteur de division, de séparation entre les hommes ?

Catholiques et protestants, le massacre de la St-Barthélémy

Le djihad, guerre mondiale de l’Islam ?
Militants djihadistes irakiens.

Nonobstant, on remarquera,, que les causes de conflit religieux ne tiennent que
très peu au fond du message religieux lui-même : il est question le plus souvent de causes territoriales, de causes culturelles (faut-il ou non interpréter librement le Coran, par exemple), ou de causes migratoires. On constate que, dans tous ces cas, ce sont des éléments extérieurs qui viennent se greffer sur les religions pour motiver l’opposition entre communautés.

Fanatiques musulmans en Indonésie s’attaquant à un village chrétien

( Images très dures)

Comme le suggèrent les étymologies anciennes du mot « religion » ((sens 1 de religere, « relier ») , les croyances et les rituels ont pour vertu principale d’unir les sociétés à travers des procédés multiple. Les fêtes religieuses sont non seulement une célébration du dieu, ou de la divinité que l’on honore, mais aussi un moyen pour la communauté religieuse de « faire corps », de se sentir exister et unie. La religion est alors un phénomène social et culturel essentiel à la transmission de valeurs et elle réconcilie et mélange alors les classes sociales comme dans les carnavals :

Fête des Lumières au Nord de l’Inde

et les mariages :

Les fêtes religieuses sont non seulement une célébration du dieu, ou de la divinité que l’on honore, mais aussi un moyen pour la communauté religieuse de « faire corps », de se sentir exister et unie, riches et pauvres.

Mais les religions ont également eu pour fonction, au cours de l’histoire, d’accompagner l’installation d’une autorité politique, dont l’exercice permettrait justement de souder la société dans le respect commun du souverain : lorsque la désobéissance à la loi était aussi une désobéissance à la volonté de Dieu, ou des dieux, on considérait alors que le groupe social était durablement soumis, qu’il ne risquait plus de se diviser ou de se rebeller d’où les couronnements majestueux,jurer sur la Bible :

Joe Biden, jurant sur la Bible

2023 : couronnement de Charles III, roi d’Angleterre et du Commonwealth.



Dans les deux images suivantes, à quoi perçoit-on la fonction sociale et unificatrice de la religion ?

Doc. 1 : Procession Hōnen Matsuri (Tagata Shrine), Fête de la fertilité au Japon.

Doc. 2 : Edwin Austin Abbey, Le couronnement du roi Edward VII, 1902-1907.

Les deux images ont pour point commun de montrer des foules rassemblées dans des circonstances qui évoquent le sacré. La procession est une célébration rituelle, souvent festive, où la population démontre son attachement à des traditions fondées sur la religion. Ces pratiques revigorent le lien social et marquent les grandes étapes de l’année ou rendent hommage à des divinités. On voit donc en quel sens la religion est une composante importante de la culture d’un peuple, et pourquoi elle joue un rôle important dans l’entretien du tissu social.

La seconde image représente un couronnement, donc un acte politique, qui se déroule néanmoins dans un cadre sacré, comme en témoignent le décor (la cathédrale de Westminster) ainsi que la présence de hauts dignitaires religieux (c’est l’archevêque de Canterbury qui dépose la couronne impériale sur le crâne d’Édouard VII). Autour, le reste de la noblesse britannique salue l’événement en soulevant leur couronne au cri de « God save the King ! » ( » Que Dieu protège le Roi »). On voit donc ici que la religion peut servir à donner au pouvoir souverain un rayonnement supplémentaire, car elle s’accompagne de l’autorité du sacré, qui sert à renforcer l’unité nationale autour de la figure du roi.

Une première hypothèse doit ici être prise en considération : la religion fonctionne comme une sorte de ciment social et culturel, par la transmission de valeurs et l’entretien des relations entre individus.

Mais elle peut aussi être un outil du pouvoir et un moyen de donner plus de légitimité à l’autorité politique parfois dans des événements discutables et peu vertueux comme les guerres quand l’Eglise, par exemple, bénissait les canons avant que les soldats de la Première guerre mondiale ne partent à la guerre, à la grande boucherie de 14-18 :

Bénédiction de canons, Première Guerre mondiale, 14-18.

Pourquoi ?

La religion renforce et discipline. Pour cela des exercices continuellement répétés sont nécessaires, comme ceux dont l’automatisme finit par fixer dans le corps du soldat l’assurance morale dont il aura besoin au jour du danger. C’est dire qu’il n’y a pas de religion sans rites et cérémonies. À ces actes religieux la représentation religieuse sert surtout d’occasion. Ils émanent sans doute de la croyance, mais ils réagissent aussitôt sur elle et la consolident : s’il y a des dieux, il faut leur vouer un culte ; mais du moment qu’il y a un culte, c’est qu’il existe des dieux. Cette solidarité du dieu et de l’hommage qu’on lui rend fait de la vérité religieuse une chose à part, sans commune mesure avec la vérité spéculative, et qui dépend jusqu’à un certain point de l’homme.

Henri Bergson (1859-1941).

Selon Bergson, la religion au sens social qu’il appelle « religion statique » a une fonction essentiellement morale et pratique d’éducation, celle de nous protège contre les aléas, les accidents de la vie et ainsi nous préparer, tel un soldat avant la bataille décisive, à la maladie, aux blessures et au deuil en constituant une « assurance » contre la dépression morale devant la mort et l’imprévisibilité du monde : sa fin est donc de renforcer et de nous discipliner.

On ne saurait donc dissocier la religion de la pratique. On ne saurait être réellement croyant sans être pratiquant. Il y a dans toute religion une forme d’éducation morale (le Bien, le Mal, le permis, l’interdit, la pudeur) et donc une fonction morale de moralisation de la religion.

Pour Marx la religion est « l’opium du peuple », le « cœur d’un monde sans cœur ». La religion est un dérivé des rapports de force économique qui permet à la bourgeoisie de faire accepter le monde tel qu’il est à la classe exploitée, le prolétariat.

Opium =drogue = palliatif qui permet de faire disparaître artificiellement la douleur :

Pour Marx , un texte comme par exemple les Béatitudes qui dit :  » Heureux les simples d’esprit, heureux les pauvres, heureux ceux qui souffrent d’injustice car leur récompense dans le ciel sera immense ! » insinuant que plus vous souffrez sur terre, plus vous serez heureux dans le ciel :

est une gigantesque supercherie qui vise à faire accepter à l’écrasante majorité de la population un ordre social injuste qui les exploite pour les contraindre à ne pas se révolter. Pour Marx, la religion est le meilleur allié des capitalistes, le meilleur allié du bourgeois, le meilleur allié des exploiteurs.

La religion a permis aux détenteurs du capital de créer dans l’esprit des travailleurs un esprit de renoncement face au destin qui favorise leur docilité, c’est-à-dire leur acceptation de la structure économique et sociale établie. En effet, avec la notion de Providence et de toute-puissance divine, la religion a joué le rôle d’outil idéologique pour le capital, puisqu’elle présentait les injustices sociales et économiques comme des résultats de cette volonté divine, forcément bonne et mystérieuse. Ainsi, les croyants se voyaient offrir la promesse d’un monde meilleur dans l’au-delà, et ne songeaient plus à se révolter contre l’ordre d’ici-bas.

Ainsi, la formule marxiste célèbre « la religion est l’opium du peuple » doit être comprise avec plus de subtilité que d’ordinaire. Il ne s’agit pas de dire simplement que la religion est « mauvaise » comme l’opium est mauvais mais qu’elle le « fait dormir », en étouffant son envie de révolte, et en le faisant rêver à un au-delà dans lequel un juste traitement sera accordé à chaque être humain (par exemple lors du « jugement dernier »). La religion est donc bien une détermination culturelle, par laquelle l’ordre social et économique
assure son maintien et son bon fonctionnement.

Providence : De « pro-videre », « voir à l’avance », désigne à la fois la toute-puissance de Dieu, qui est censé avoir prévu l’ensemble des événements à venir, et son infinie bienveillance. Tout ce qui arrive aux individus est « providentiel » en ce sens qu’il résulte de l’amour de Dieu, ou de son sage gouvernement, et ce, même si nous ne comprenons pas pourquoi (car « les voies du Seigneur sont impénétrables » ; autrement dit, le « plan » suivi
par Dieu échappe à notre raison limitée).

Au-delà/ici-bas : « ici-bas » désigne le monde de notre expérience, celui que nous connaissons par l’histoire et par la vie quotidienne ; « au-delà » renvoie à l’idée de ce qui se situe après la mort, et après le monde humain.

Les portes du Paradis

Nietzsche définit l’homme comme « fabricateur de dieux ». Il  critique  l’idolâtrie :

« N’attendez pas de moi que j’érige de nouvelles idoles ; que les anciennes apprennent plutôt ce qu’il en coûte d’avoir des pieds d’argile. Renverser les idoles, et c’est ainsi que j’appelle tous les idéaux, voilà plutôt mon vrai métier ». 

Pour Nietzsche, ce sont les faibles qui ont inventé Dieu ; grâce à la religion, ils écartent les forts par des dogmes, des lois, de la culpabilité. La religion est l’ennemie de la vie, déprécie la réalité. En criant « Dieu est mort », Nietzsche, fils de pasteur, veut annoncer une Nouvelle ère. L’enjeu de sa philosophie est de  penser l’homme à partir de lui-même, et non plus à partir de Dieu et par là d’annoncer la venue du Surhomme, de les libérer des préceptes divins, faux et illusoires. L’homme ne peut donc se poser qu’en s’opposant à Dieu. La mort de Dieu est la condition de la libération de l’homme. La mort de Dieu ne constitue pas une fin, c’est le début de la transformation humaine, l’avènement de la surhumanité :

L’homme, sans Dieu, ne reçoit plus aucune instruction. Il pose pour réel ce qu’il croit être réel. Il ne reçoit plus de morale toute faite, à appliquer, il l’a construit entièrement :

L’homme nietzschéen, seul et sans repère, devient alors surhomme :

Arno Brecker, sculpteur (1900-1991)

Citation n°3 : Freud et la névrose infantile:

Médecin autrichien, fondateur de la psychanalyse ( 1856-  1939).

Pour Freud, Dieu est une illusion : il est une invention de l’esprit humain, une création imaginaire et symbolique des hommes. Freud est avant tout psychologue et médecin. Pour lui, la religion doit d’abord s’analyser comme un symptôme et comme résultat d’une activité psychique. Alors que faut-il entendre exactement dans ce terme d’ illusion pour qualifier la pensée religieuse ? Dieu serait l’enfant des hommes, l’enfant de leur esprit. c’est le psychisme humain qui enfante une idée de Dieu par peur, par envie d’être protégé par un Père.

Les hommes ont créé Dieu et non l’inverse, ils ont créé un être suprême tout-puissant et créateurs de l’univers, garant du salut des hommes en raison de leur incapacité à assumer seul les vicissitudes de la vie et l’angoisse de la mort. Dieu nous rassure de sa présence dans les épreuves et les drames de la vie terrestre, il nous console de la mort, la nôtre et celle de nos proches par la promesse du salut éternel d’une vie après la mort , une existence par- delà la mort physique. En somme Dieu, c’est le père idéal, père dans la mesure où sa fonction et sa responsabilité sont analogues à celle de l’amour et de la protection, de l’affection de la puissance paternelle.

La religion réalise ainsi les désirs les plus anciens, les plus forts de l’humanité : désir d’être protégé, d’être rassuré , désir d’être accompagné dans ce tunnel noir de la terreur qui conduit à la mort. Comme l’enfant qui a besoin d’un père, l’adulte croyant a besoin de Dieu pour vivre. Il reste donc commE un enfant, incapable d’être autonome. La religion, empêche donc de devenir adulte, d’être autonome et libre. Comme pour Marx, la religion est une aliénation non plus sociale et politique mais psychologique et affective.

Raphaël, La Sainte Famille, 1518

Les croyances sont présentées par Freud comme des « réalisations de désirs plus anciens », qu’il associe principalement à ceux que nous ressentions durant l’enfance (en particulier le sentiment de détresse et le désir d’être protégé par un parent, face aux dangers du monde).
Pour l’enfant, l’image du père remplit une fonction sécurisante : le père protège et aime en toute circonstance, et en particulier dans les situations incertaines ou dangereuses. Lorsque l’on passe à l’âge adulte, la figure du père telle qu’on se la représentait étant enfants ne suffit plus ; il faut un père « plus puissant », qui soit à la hauteur des menaces que représente le monde entier (et plus seulement le monde tel qu’on se l’imaginait durant l’enfance). C’est ainsi qu’on peut expliquer la formation de l’idée de Dieu (que dans de nombreuses religions on surnomme d’ailleurs « le Père », « notre père », « le créateur » :

Dieu est cette figure protectrice et bienveillante qui reproduit la cellule familiale et nous empêche d’affronter nos difficultés mais cette fois-ci à l’échelle de l’univers entier.


Bertrand Russell (1872-1970)

Bertrand Russel est un épistémologue (quelqu’un qui étudie les sciences), mathématicien, logicien, philosophe, homme politique et moraliste britannique. Considéré comme l’un des plus importants philosophes du XXe siècle, il popularisa la philosophie grâce à certains de ses ouvrages qui étaient accessibles à tous (Essais sceptiques, Pourquoi je ne suis pas chrétien, Pourquoi je ne suis pas communiste, Science et Religion…) qui le firent qualifier de  »Voltaire anglais ». Il reçut le prix Nobel de littérature en 1950 pour l’ensemble de son œuvre, en particulier pour son engagement humaniste et comme libre penseur, (critique de la religion).

La crainte base de la religion

Pour Russell (1872-1970), philosophe et mathématicien anglais, la religion est fondée d’abord et surtout sur la crainte. C’est en partie l’effroi devant l’inconnu et en partie le désir de savoir qu’une sorte de frère aîné se tiendra à vos côtés, une sorte de père protecteur comme chez Freud sera là quand vous aurez des soucis ou des conflits. La crainte est au départ de cette affaire – crainte de l’échec, crainte de la mort, crainte de la maladie et des aléas de la vie. Et pour lui, la crainte engendre la cruauté, explique la violence des religions dans leur prosélytisme (leur envie de convertir tout le monde aux dogmes). Aussi n’est il pas étonnant de voir la cruauté et la religion aller de pair. La crainte est à la base de l’une et de l’autre. Mais, en ce monde, nous commençons à comprendre les choses, à les maîtriser un peu à l’aide de la science. La science s’est frayée peu à peu un chemin malgré l’opposition de la religion chrétienne, des Églises en général, et de toutes les superstitions (voir la bataille de Galilée contre l’Eglise) :

Galilée devant le Saint-Office, peinture de Robert-Fleury.

La science peut nous aider à surmonter cette lâche crainte au sein de laquelle l’humanité a vécu pendant tant de générations. La science peut nous enseigner, répondre à nos questionnements, nous apprendre à ne plus rechercher autour de nous des appuis imaginaires, à ne plus nous forger des alliés dans le ciel, mais plutôt à concentrer nos efforts ici bas, à raisonner afin de faire de ce monde un lieu où l’on puisse vivre convenablement, contrairement à ce qu’ont fait les Églises au cours des siècles.

Galilée face à l’Inquisition

« Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans des livres anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée, ou de l’Inquisiteur en des temps plus anciens. » 

Bertrand Russell, Is there a God?, 1952.

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Le pastafarisme est originellement une parodie de religion qui s’oppose à l’enseignement du créationnisme dans les écoles publiques américaines et dont la divinité est le Monstre en spaghetti volant  créée en 2005 par Bobby Henderson.

Depuis, le pastafarisme a été reconnu administrativement comme religion par certains états américains, et rejeté en tant que telle par d’autres. Le pastafarisme professe la foi en un dieu créateur surnaturel dont l’apparence serait celle d’un plat de spaghetti et de boulettes de viande.

Les croyances pastafariennes sont présentées sur le site internet d’Henderson où il se décrit comme un « prophète » (https://www.spaghettimonster.org/ ) et dans L’Evangile du monstre en spaghettis volant. La croyance centrale est qu’un Monstre en spaghetti volant, invisible et indétectable, a créé l’univers. Un pastafarien se reconnaît au fait qu’il porte une passoire sur la tête :

Les pirates sont vénérés comme les premiers pastafariens. Cette parodie peut être rapprochée de la théière de Russell, de la Licorne rose invisible ou des théories des éléphants roses.

Et bien sûr, en Europe, c’est en Belgique qu’on compte le plus de pastafariens :

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La religion serait donc bien le produit d’une culture et d’une éducation voire d’un conditionnement de l’esprit, (on ne choisit pas sa religion sauf lorsqu’on se convertit) car elle permet aux hommes de se donner un cadre idéologique rassurant, qui permet à la fois de souder la société, de s’assurer de son obéissance et de sa docilité, et de calmer les angoisses des individus face aux incertitudes et à l’absurdité de l’existence ici-bas. La culture, si elle est un moyen pour le groupe de maintenir sa structure et de la reproduire dans le temps a donc besoin de la religion. Mais la croyance est aussi l’outil privilégié de la domination sociale, un moyen efficace de « barricader » l’esprit contre tout ce qui pourrait mettre en danger ses idées et ses repères essentiels, un outil de servitude.

LA RELIGION / 4

Nous avons vu, et compris, qu’on ne pouvait dissocier une religion du contexte culturel dans lequel elle a originellement émergé. Beaucoup de composantes de l’identité religieuse sont liées d’abord à une époque et à un lieu qui les ont vues naître : l’esthétique, le langage, ou encore les interdits de chaque religion reflètent les conventions culturelles admises lorsqu’elles sont apparues.Toutefois, n’y aurait-il pas un trait commun à toutes les religions, une sorte de religion universelle, on dira naturelle de l’espèce humaine ? N’y-a-t-il pas une même religion, une religion unique révélatrice de réalités plus essentielles, qui concernent notre nature, ou notre condition humaine ?

Ainsi, il est aisé de constater que de nombreuses religions, qu’elles soient nées dans des contrées proches ou éloignées, partagent plusieurs éléments centraux dans les enseignements qu’elles offrent à leurs fidèles : les commandements moraux, en particulier, sont très souvent similaires, puisqu’il s’agit de promouvoir l’amour du prochain, la compassion, l’altruisme, ainsi que le refus de l’égoïsme ou de l’attachement aux biens matériels. Comme si, en définitive, les religions étaient toutes porteuses, en dépit de leurs différences, d’un message commun :

Cela rend d’autant plus difficile de comprendre pourquoi ces mêmes religions ont pu livrer entre elles des guerres dévastatrices, parfois durant plusieurs générations. À partir de ce constat étonnant, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), philosophe français des Lumières, construit la notion de « religion naturelle », pour différencier l’enseignement commun à toutes les religions. Les différences entre les religions sont de nature culturelle ou politique, et ne doivent pas recouvrir les idées essentielles dont chaque religion est porteuse, à sa manière :

« Les plus grandes idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. Dieu n’a-t-il pas tout dit à nos yeux, à notre conscience, à notre jugement ? Qu’est-ce que les hommes nous diront de plus ? Leurs révélations ne font que dégrader Dieu en lui donnant des passions humaines. Loin d’éclaircir les notions du grand Être je vois que les dogmes parti-culiers les embrouillent, que loin de les ennoblir ils les avilissent, qu’aux mystères inconcevables qui les environnent ils ajoutent des contradictions absurdes ; qu’ils rendent l’homme orgueilleux, intolérant, cruel, qu’au lieu d’établir la paix sur la terre ils y portent le fer et le feu. Je me demande à quoi bon tout cela, sans savoir me répondre. Je n’y vois que les crimes des hommes et les misères du genre humain. On me dit qu’il fallait une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu voulait être servi ; on assigne en preuve la diversité des cultes bizarres qu’ils ont institué, et l’on ne voit pas que cette diver-sité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun l’a fait parler à sa mode, et lui a fait dire ce qu’il a voulu. Si l’on eut écouté que ce que Dieu dit au cœur de l’homme, il n’y aurait jamais eu qu’une religion sur terre. »

Rousseau, Émile ou De l’Éducation.

Que retenir ici ?

La différence posée par Rousseau établit une différence fondamentale entre « religion du coeur » (qu’on appelle aussi la religion naturelle) et « religion révélée » (ou « révélation »), qui désigne les religions officielles propres à chaque communauté. Le problème que posent les révélations est qu’elles sont transmises par d’autres hommes, et qu’à travers ces « messagers » chaque religion acquièrent une forme qui semble l’éloigner des autres et très souvent se prétend être la seule vraie (point de vue dogmatique). C’est par ce biais que s’expliquent les conflits religieux, où les fidèles semblent voir les différences plutôt que les similitudes, se battent entre eux et sont si aveuglés par leurs particularités culturelles qu’ils n’entendent plus la « voix intérieure » par laquelle Dieu, selon Rousseau, nous a toujours parlé. Cette « voix », Rousseau la présente comme étant à la fois notre raison (l. 1), notre sensibilité ( » le spectacle de la nature » l. 2), notre conscience et notre jugement (l. 3). Autrement dit, il s’agit des valeurs de bien, de mal, de paix, de gratitude et d’altruisme dont, selon lui, nous avons l’intuition immédiate lorsque nous faisons le choix d’écouter notre coeur, et de laisser de côté la parole des autres humains autour de nous : ces paroles, en effet, expriment d’abord et avant tout des passions, sociales, politiques, culturelles, ou économiques, et obscurcissent le message de la religion pour en faire l’outil d’un conflit plus large, entre communautés voisines. Quand elle parle au coeur, la religion n’est pas conflictuelle, car elle est la même pour tous les hommes :

La religion naturelle, c’est la religion du coeur, du message de paix et d’amour, de pardon et de réconfort présent dans toutes les religions du monde.

La foi ne vise pas à la vérité :

Pour Spinoza (1632-1677), « vivre selon la raison », telle est pour le philosophe juif hollandais la voie qui mène à la vérité, et donc à Dieu. Mais quel Dieu ? Et s’agit-il encore vraiment d’une religion ? :

« Il reste à montrer enfin qu’entre la Foi ou la Théologie et la Philosophie il n’y a nul commerce, nulle parenté ; nul ne peut l’ignorer qui connaît le but et le fondement de ces deux disciplines, lesquels sont entièrement différents.

Le but de la Philosophie est uniquement la vérité ; celui de la Foi, comme nous l’avons abondamment montré, uniquement l’obéissance et la piété. En second lieu, les fondements de la Philosophie sont les notions communes et doivent être tirés de la Nature seule ; ceux de la Foi sont l’histoire et la philologie et doivent être tirés de l’Ecriture seule et de la révélation (…).

La Foi donc reconnaît à chacun une souveraine liberté de philosopher ; de telle sorte qu’il peut sans crime penser ce qu’il veut de toutes choses ; elle condamne seulement comme hérétiques et schismatiques ceux qui enseignent des opinions propres à répandre parmi les hommes l’insoumission, la haine, l’esprit combatif et la colère ; elle tient pour fidèles, au contraire, ceux-là seulement qui, dans la mesure où leur Raison et leurs facultés le leur permettent, répandent la Justice et la Charité. « 

Baruch de Spinoza, Traité théologico-politique (1670).

Spinoza oppose foi et raison, philosophie et théologie (« la science de Dieu »), tant en ce qui concerne leurs fondements que leur finalité, leur but.

La foi repose sur la révélation et vise à l’obéissance, à la piété, à l’adoration :

« Aie pitié de moi, Seigneur »

La philosophie vise elle et non à la vérité :

Pour se faire, la philosophie travaille sur des notions à partir de l’étude du monde, de la nature, du réel :

C’est donc à tort que les juifs et les chrétiens de son époque s’en prennent à la philosophie ( Spinoza fut accusé par ses congénères d’athéisme) alors que sa philosophie est plutôt de type panthéiste (idée d’un Dieu partout présent, immanent au monde). Ainsi, pour avoir nettement distingué foi et philosophie, le texte se termine par des allusions à la tolérance : on doit pouvoir librement philosopher, sans égard pour les dogmes de même que toutes les religions doivent pouvoir s’exercer librement. Spinoza, en grand libéral, prône la liberté totale de penser dans un État libre, une démocratie, un état de droit.

 » La porte de la synagogue est ouverte, la porte de l’église est ouverte, la porte de la mosquée est ouverte, la porte du bar est ouverte, chacun peut entrer où il veut mais ce que je ne permets pas c’est que quelqu’un veuille fermer la porte de l’autre ».

Habib Bourguiba (1903-2000), premier président de la Tunisie indépendante contre les islamistes et les fanatiques de tous bords.

20 mars 1956, indépendance de la Tunisie

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant
. »

VOLTAIRE, Traité sur la tolérance, chapitre XXIII, 1763.

Le Coran, livre sacré des Musulmans.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, certains Européens sont choqués par les attentats terroristes et le militantisme de groupes fondamentalistes qui prônent réellement l’islamisation de nos pays. Mais comment réagir à cette menace ?  Si nous suivons les critiques de l’islam, l’ennemi politique principal est la religion musulmane et il n’y aurait pas de différence entre les musulmans culturels qui vont de temps en temps à la mosquée et dont les femmes portent le voile, et les terroristes musulmans et les djihadistes qui veulent répandre leur religion par le fer et par le feu. Cette pensée implique la dépréciation publique de l’islam, y compris jusqu’à brûler le livre sacré des musulmans, le Coran, ce qui conduit généralement à des émeutes de musulmans dans le monde entier ou à des restrictions supplémentaires de la liberté d’expression et de réunion en Europe. Au cours de son histoire, l’Europe a toujours connu des conflits avec l’Islam, mais aussi une coopération et des échanges pacifiques – il suffit de penser à la coopération entre le Second Empire allemand et l’Empire ottoman. Qu’est-ce qui s’oppose donc à une coexistence pacifique avec la civilisation islamique, une fois que l’Europe aura résolu son problème d’immigration et fermé les frontières du continent ? Une coexistence pacifique avec l’islam est possible, comme le prouvent la Russie et la Chine, mais il faut pour cela être soi-même fort et avoir une foi intérieure solide.

D’un point de vue objectif, cette approche consistant à brûler les textes sacrés d’autres peuples n’apporte rien de plus – bien au contraire, celui qui piétine lui-même le sacré des autres apparaît aux yeux de ses voisins du monde comme un nihiliste sans conscience pour qui rien n’est sacré (cf la distinction du sacré et du profane de Durkheim vu au début du cours ).

Celui qui porte en lui l’amour de Dieu et de la création comme valeur suprême, suivi de l’amour de son propre peuple, est à l’abri des débordements haineux contre d’autres peuples. Notre ennemi principal n’est pas l’Islam, mais la menace qui pèse sur les identités et les religions de tous les peuples du monde de manière égale.

LA RELIGION / 5

Le mystère religieux nous éclaire sur notre propre condition :


Mais pour finir, n’y-a-t-il pas dans les religions quelque chose de plus haut, de plus élevé que la philosophie souvent prisonnière d’une rationalité excessive et qui ne peut et ne veut admettre ce qu’elle ne saurait comprendre ?
Les religions ne contiendraient-elles pas une sagesse spécifique, qui ne peut pas faire l’objet d’un examen rationnel ?

C’est la connaissance du :

c’est-à-dire de réalités dont la religion, ou le message divin, nous révèle la vérité, mais sans que nous puissions en donner une formulation ou une explication logiques :

 » Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c’est en vain que le raisonnement, qui n’y a point de part essaie de les combattre.

Les pyrrhoniens, qui n’ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point. Quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l’incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent.

[Explication ]Car les connaissances des premiers principes : espace, temps, mouvement, nombres, sont aussi fermes qu’aucune de celles que nos raisonnements nous donnent et c’est sur ces connaissances de cœur et de l’instinct qu’il faut que la raison s’appuie et qu’elle y fonde son discours. Le cœur sent qu’il y trois dimensions dans l’espace et que les nombres sont infinis et la raison démontre ensuite qu’il n’y a point deux nombres carrés dont l’un soit double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent et le tout avec certitude quoique par différentes voies – et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu’il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu’elle démontre pour vouloir les recevoir. »

PASCAL, Pensées, § 110 [édition Lafuma].

  • Connecteurs logiques importants
  • Champ lexical de la raison et du raisonnement (démonstration, déduction, preuve…)
  • Champ lexical du cœur
  • Champ lexical des principes ou vérités premières

EXPLICATION DU TEXTE :

(ATTENTION : ce texte peut aussi être utilisé pour la notion LA VÉRITÉ).

Pour PASCAL : il y a deux voies d’accès à la vérité, la raison et le cœur car on ne peut pas atteindre la vérité en utilisant seulement la raison.

La raison – faculté de juger et d’enchaîner les propositions et les raisonnements – n’est pas l’unique faculté que l’on doit solliciter pour atteindre la vérité. Ce qui ne veut pas dire que la raison ne joue aucun rôle dans la recherche de la vérité ; seulement, elle ne peut à elle seule connaître la vérité. Il faut qu’une autre faculté entre en jeu… Il faut qu’une autre faculté intervienne, à savoir le cœur :

Mais qu’est-ce que ce coeur ? En quel sens le cœur nous aide-t-il à connaître la vérité ? Quel rôle joue-t-il dans la recherche de la vérité ?

Le cœur nous permet de connaître la vérité selon PASCAL en nous donnant accès aux « premiers principes ». Au sens philosophique, « principe » désigne « ce qui vient en premier« , ce qui est à l’origine, du latin principium, qui signifie « commencement ».

Le « cœur » désigne ici non pas un organe vital, mais la capacité à saisir les premiers principes de manière intuitive, c’est-à-dire de manière immédiate, sans avoir recours à un raisonnement ou à une procédure déductive (une démonstration). En effet, les « premiers principes », les premières causes étant indémontrables, la raison – faculté procédant de manière déductive – ne peut prendre part à la connaissance de ces vérités :

Le problème de la régression à l’infini des causes.

C’est le cœur, l’intuition qui nous donne ainsi accès aux vérités premières, immédiates et indémontrables ; la raison, quant à elle, ne faisant que démontrer, prouvant l’accès aux vérités que l’on tire ou conclut de ses principes.

Pascal insiste ainsi sur la différence qui existe entre deux ordres de connaissance : l’ordre du cœur et l’ordre de la raison ce qu’il appelle l’ « esprit de géométrie » et l’ « esprit de finesse« . La raison ne peut pas se substituer au cœur ni le cœur à la raison : ce que le cœur connaît ne peut être connu par la raison et inversement…

Par conséquent, ce que la raison ne peut connaître, peut être connu avec certitude par une autre faculté : le cœur. La raison n’est pas la seule faculté capable d’accéder à la vérité :

Pas la raison, souvent prise en flagrant délit de Ridicule :

Extrait de Ridicule, de Patrice Leconte (1996)

Pascal ne dit pas que les vérités du cœur sont « plus fermes » que celles de la raison : la raison est en mesure d’accéder à des connaissances « aussi certaines » que celles du cœur. Il ne cherche pas à établir la supériorité du cœur sur la raison en montrant que le cœur parvient à des vérités « plus certaines » que celles de la raison. Non : Pascal évite la misologie (haine ou mépris de la raison) : il ne s’agit pas pour lui de louer le cœur afin de mieux mépriser la raison mais de montrer que raison et cœur peuvent accéder à des connaissances certaines, chacun dans leur domaine respectif. 

Il faut donc éviter de confondre les ordres de connaissance ; il faut tenir compte de la particularité de la raison et du cœur. La raison ne peut pas avoir un sentiment de ce qu’elle démontre et le cœur ne peut pas prouver ou démontrer ce qu’il sent et c’est là que nous en venons à la religion et c’est la suite de notre texte :

« La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais non le contraire de ce qu’ils voient. Elle est au-dessus, et non pas contre.

Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule. La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent ; elle n’est que faible, si elle ne va jusqu’à connaître cela. Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ?

Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison ».

Blaise Pascal, Pensées, (1670).

Aux vérités religieuses, la raison ne peut et ne saurait accéder ; en effet, seul le cœur ( ici symboliquement renvoyé et représenté par le sacré-coeur) c’est-à-dire la Confiance, la Foi permet d’accéder aux premiers principes. En matière de religion, la raison ne peut s’appuyer que sur les vérités « senties » par le cœur :

Mais alors quoi de plus éloquent pour illustrer ce mystère pour Pascal que celui du péché originel et de sa transmission à toute l’humanité :

En effet, selon la Bible, tous les humains à naître sont considérés comme coupables du péché d’Adam et Ève, alors même qu’ils n’existaient pas encore lorsque celui-ci a été commis. Cela pourrait paraître absurde et injuste, mais c’est néanmoins la révélation d’un mystère qui doit faire objet de foi.

Voici l’analyse du péché originel faite par BLAISE PASCAL :

« Chose étonnante, cependant, que le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché, soit une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-mêmes !
Car il est sans doute qu’il n’y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si éloignés de cette source, semblent incapables d’y participer. Cet écoulement ne nous paraît pas seulement impossible, il nous semble même très injuste : car qu’y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté pour un péché où il paraît avoir si peu de part qu’il est commis six mille ans avant qu’il fût en être ? Certainement, rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine, et cependant
sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nousmêmes. Le noeud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme. De sorte que l’homme est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n’est inconcevable à l’homme. »
Blaise Pascal, Pensées, « Contrariétés » (Lafuma 131).

Domenico Zampieri, dit Le Dominiquin, Dieu réprimandant Adam et Ève, 1626.

  • « […] le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché, [est] une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-mêmes » : Pascal conserve en même temps deux aspects paradoxaux du récit du péché originel et de sa transmission : d’un côté, nous sommes incapables de le comprendre, et de l’autre, pourtant, nous en avons besoin pour développer une véritable connaissance de nous-mêmes. Il n’est pas question de minimiser
    ce paradoxe, car il est au centre de la sagesse religieuse telle que Pascal l’analyse.
  • « Cet écoulement ne nous paraît pas seulement impossible, il nous semble même très injuste » : l’ « écoulement » dont il est question est le fait que chaque être humain est pécheur, reconnu coupable du péché d’Adam et Ève ; or cela n’est pas seulement absurde, mais même injuste. Or, dans une perspective chrétienne, c’est presque formuler là un blasphème : comment Dieu aurait-il pu prononcer un châtiment injuste ? Dieu est nécessairement bon et juste. Donc, la vérité de ce récit se trouve ailleurs.
  • « L’homme est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n’est inconcevable à l’homme » : le caractère incompréhensible du mystère de la transmission du péché doit être assumé et accepté, non pas parce qu’il faut se soumettre à l’autorité de l’Église, mais parce que c’est à travers ce mystère que nous comprenons le mystère qui nous constitue nous-mêmes, comme êtres humains.

Mystère : A la différence d’une énigme, un mystère n’admet pas de solution rationnelle. Du grec mystès, qui signifie « initié », le mystère renvoie à un enseignement gardé secret, dont on ne possède pas toutes les clefs, mais qui donnerait accès à une sagesse supérieure.

Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, Le Sacrifice d’Isaac, vers 1603.

Dans le premier livre de la Bible (la Genèse), Dieu promet à Abraham une longue descendance. Mais Sarah, sa femme, est stérile. Elle tombe pourtant enceinte et accouche d’Isaac. Plus tard, Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils unique. Ce commandement semble absurde : il contredit la promesse de la descendance. Cependant Abraham obéit : il immolerait Isaac, son propre fils, si un ange ne retenait son bras meurtrier.

Kierkegaard, dans Crainte et Tremblementdéduit de cette histoire qu’Abraham est le modèle de l’homme de foi car il croit en dépit de sa raison ou plutôt : il croit « en vertu de l’absurde ».

L’homme réellement religieux, c’est l’homme qui possède la foi. Mais comme l’explique Kierkegaard, la Foi est une sorte de saut dans l’irrationnel : “Credo quia absurdum” (“Je crois parce que c’est absurde”).

Lorsque l’on regarde de près tous ses dogmes et ses mystères, on
constate que la religion n’est pas simplement un moyen de
nous rassurer, ou de nous donner des repères pour interpréter
le monde à travers le prisme de notre culture mais que bien au contraire,
la religion est porteuse d’idées et d’enseignements qui mettent
en perspective notre existence dans le monde, pour en
révéler souvent toute l’absurdité, quitte à provoquer en nous un profond
sentiment d’angoisse
ou d’admiration :

LE CARAVAGE, L’incrédulité de St-Thomas

Ainsi la religion n’est pas une simple éthique, ou un ensemble de commandements
destinés à faciliter la vie sociale ; elle est un rapport à l’absolu, à l’indicible, à l’ineffable (ce qu’on ne peut pas dire), qui se trouve au-delà de nos idées courantes. Elle nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que des êtres humains fragiles et limités.

Pour conclure, la religion se présente non plus comme l’expression d’une culture particulière, ou comme l’outil de conservation du lien social, (confusion courante entre une vision sociologique et une authentique philosophie) mais comme le véhicule d’une sagesse mystérieuse, révélatrice de vérités essentielles concernant notre nature, ou notre manière d’exister en ce monde. Et alors effectivement n’en déplaise à nos crétins fonctionnaires de la déséducation nationale, le message religieux n’est pas un message fait pour rassurer ou pour souder mais est au contraire porteur d’idées angoissantes, qui nous confrontent avec ce qui échappe à notre intellect : la souveraineté absolue et la transcendance de Dieu, la certitude et le caractère indicible de la mort, la petitesse et la vanité de notre existence terrestre. Mais :

Léon Bloy (1846-1917) est un romancier et essayiste français. Connu pour son roman Le Désespéré, il est aussi un polémiste célèbre.

Et d’ailleurs, point de vue athée : n’y aurait-il pas encore plus de mystère pour l’homme sans Dieu ?

Le fait de croire en une religion déterminée peut ouvrir à une grande diversité d’attitudes intellectuelles. Certes, la religion peut être un pur produit culturel, qui ne servirait qu’à consolider la structure d’une société au moyen de croyances plus ou moins fantaisistes. Un fanatique ou un intégriste, en ce sens, est une sorte de « soldat » de l’identité religieuse qu’il défend au moyen d’une série de certitudes sans fondement.

Mais la religion, par l’objet qu’elle se donne (un objet transcendant et universel : le divin, l’au-delà, la question de l’âme et de son destin), peut aussi faire naître dans notre esprit l’étincelle du doute, de l’étonnement proprement philosophique, soit pour reconnaître avec angoisse les limitations de notre propre existence, soit pour louer la puissance de l’humanité, soit enfin pour saisir l’espace à l’intérieur duquel il est raisonnable, pour nous, d’espérer malgré l’absence de certitude.

En un mot, la religion révèle ce que la culture peut apporter de véritablement humain à notre pensée.

Alors :

Islam, Main de Fatma.

A lire :

https://www.chakras-shop.com/spiritualite/main-de-fatma-significations-origines-histoire/

Garcin, photographe, Les bienfaits de l’ignorance.

Athée : celui qui croit en l’inexistence de Dieu.

Agnostique : celui qui doute de l’existence de Dieu, qui ne sait pas, ne se prononce pas sur son existence ou sa non-existence.

Hérétique qui est entaché d’hérésie, qui professe ou soutient une hérésie, c’est-à-dire une doctrine contraire à la foi, condamnée par l’Eglise catholique (qui s’oppose donc directement à la vérité proposée par l’Église catholique comme révélée par Dieu). Par extension, toute doctrine aberrante au sein d’une religion quelconque.

Infidèle celui qui n’a pas la foi

Impie celui qui n’a pas de religion (qui n’a pas la piété)

Mécréant celui qui ne croit pas = infidèle, impie, incroyant, incrédule

Profane (du latin profanus, m. s., de pro, devant, et fanum, temple) : celui qui n’était pas initié aux mystères, et qui, par conséquent, ne pouvait entrer dans l’enceinte sacrée ; celui qui est étranger aux choses de la religion ; par extension, ce qui est contraire à la religion établie ≠ sacré

Spiritualité : Caractère de ce qui est spirituel, indépendant de la matière; croyances et pratiques qui concernent la vie de l’âme, la vie spirituelle.

Ex de sujets de dissertation au bac :

  • À quoi tient la force des religions ?  
  • L’homme est-il par nature un être religieux ?  
  • L’humanité peut-elle se concevoir sans religion ? 
  • La religion est-elle essentielle à l’homme ? 
  • La religion peut-elle n’être qu’une affaire privée ? 
  • La religion unit-elle ou sépare-t-elle les hommes ? 
  • La science peut-elle faire disparaître la religion ? 
  • Les religions empêchent-elles les hommes de s’entendre ? 
  • Peut-on expliquer la croyance religieuse sans la détruire ? 
  • Est-il déraisonnable de croire en Dieu ? 
  • La religion peut-elle se définir par sa fonction sociale ?

« Dieu ? Impensable… Nous ne connaissons vraiment Dieu que lorsque nous croyons qu’il dépasse par son être tout ce qu’il est possible à l’homme de penser de lui. Par la révélation divine, qui nous propose un audelà de la raison, s’affermit en nous la conviction que Dieu est audessus de tout ce qui peut être pensé. L’utilité de cette révélation se manifeste encore en ceci qu’elle réprime une présomption naturelle, mère (et maîtresse) d’erreur. Certains en effet ont une telle confiance en leur esprit, qu’ils croient pouvoir imposer à la nature divine la mesure de leur intellect. Ils estiment que la totalité du vrai tient dans leur opinion, et que le faux se réduit à ce qui ne leur paraît pas vraisemblable. La révélation nous libère de cette présomption, elle ramène à ses proportions (humaines) notre modeste recherche de la vérité, (en nous rappelant) tout ce qui excède la capacité de la raison. Enfin, contre ceux qui voudraient limiter les mortels que nous sommes à l’horizon des choses humaines, il faut redire le mot du Philosophe : autant que possible l’homme doit s’élever aux réalités divines et immortelles. […] Une connaissance, si imparfaite soitelle, quand elle porte sur ce qu’il y a de plus noble, procure à l’âme sa plus haute perfection. C’est pourquoi, bien que la raison ne puisse saisir adéquatement ce qui la transcende, il est bon pour elle d’en recevoir, par la foi, une certaine connaissance. »

Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils (1255-1264), I, 5, trad. M. D. Chenu, Seuil, 1959.

Saint Thomas d’Aquin surnommé aussi le Docteur Angélique (1225-1274)



LA TECHNIQUE / 1

« L’Occidental ne sait pas s’arrêter »,

Henri Michaux, Un barbare en Asie.

Henri Michaux, poète français (1899-1984)

1°) Définition : sens ancien et sens moderne :

a ) Sens ancien :

TECHNIQUE vient du grec « Teckhnê » (en latin « Ars«  qui a donné « artiste » mais aussi « artisan »). La Teckhnê désignait le savoir-faire, la connaissance pratique et fabricatrice. Un lycée technique par exemple, c’est un lycée où l’on apprend avec ses mains, manuellement, en ateliers. C’est le sens ancien du mot : la technique, au sens grec, est donc un ensemble de règles, de connaissances qu’il faut suivre pour produire tel ou tel objet. Le mot grec « teckhné » signifie selon Aristote « une disposition à produire accompagnée d’une règle vraie« .

b) Sens moderne :

Ici, la technique désigne l’ensemble des procédés (outils, machines, instruments) qui nous permettent de réaliser quelque chose. On pense de suite au terme technologie.

On notera au passage que la Technique est un mot fabriqué au 18ème siècle et que le concept de  « technique » apparaît au moment où se met en place un nouveau type de production: la production industrielle, la production par les machines. En effet, la société grecque était d’essence artisanale et donc bien éloignée de ce que les modernes désignent aujourd’hui sous le concept de Technique ou de « technologie ».

Forgeron martelant dans sa forge (vers 510 av. J-C), coupe grecque.
(ex de travail artisanal).
Atelier d’assemblage d’Airbus.

2 °) Problème :

On suit et on problématise le sens ancien et moderne :

Au sens ancien, le vieux mot tekhnê renvoie à quelque chose de positif, à la connaissance, celle du feu de Prométhée par exemple, (voir le cours sur la Nature) qui nous permet de nous libérer, en particulier de la nature, de la maîtriser, d’en sortir. Le sens serait donc plutôt positif.

Au sens moderne, malgré cette positivité qui améliore la vie (pensons à la machine à laver) :

La technologie moderne apparaît souvent comme quelque chose qui peut parfois finir par nous dominer, menacer notre liberté, un sens plutôt négatif.

Technique : tecknê en grec, ars en latin.

Sens ancien : connaissance, libération, positif.

Sens moderne : instrument, addiction, dépendance, négatif.

==============================================================

PROBLÉMATIQUE CENTRALE :

Qu’est-ce vraiment que la Technique ?

Quelque chose de positif qui nous aide à surmonter la nature, à répondre à nos besoins ou au contraire, présente-t-elle un danger, une menace pour nos libertés  ?

La Technique est-elle donc une fin ou un moyen ?

Ex de sujets : « Faut-il avoir peur de la Technique ? » :

Si sens ancien, sens 1 : Pourquoi en avoir peur ? La technique n’est-elle pas un plus ? Exemple, en médecine le respirateur artificiel en salle de réanimation aide le médecin à affronter la maladie, le bulldozer aide le maçon à terrasser….

Si sens moderne, sens 2 : Oui, la technique peut faire peur ? Ne sommes-nous pas en ce moment esclaves de nos écrans ?

Autre ex de sujet :  Le développement technique est-il une menace pour la liberté ?

Méthodologie : Soulignez le terme notionnel  » technique « , sentez et posez la contradiction (sens 1, sens 2, sens ancien, sens moderne) et posez la problématique et votre plan. (On fera bien attention que ce sujet ne porte pas sur la technique proprement dite mais sur le « développement » de la technique, autrement dit le progrès c’est-à dire le sens moderne du mot).

3°)Enjeu: la distinction technicien/savant :

Le philosophe Alain et ses élèves de Terminale.

Texte d’ALAIN (1868-1951) :

 » J’appelle technique ce genre de pensée qui s’exerce sur l’action même et s’instruit par de continuels essais et tâtonnements. Comme on voit qu’un homme même ignorant, à force d’user d’un mécanisme, de toucher et pratiquer de toutes les manières et dans toutes les conditions, finit par le connaître d’une certaine manière, et tout à fait autrement que celui qui s’est d’abord instruit par la science ; et la grande différence entre ces deux hommes, c’est que le technicien ne  distingue point l’essentiel de l’accidentel ; tout est égal pour lui et il n’y a que le succès qui compte.

Ainsi un paysan peut se moquer d’un agronome ; non que le paysan sache, ou seulement soupçonne pourquoi l’engrais chimique, ou le nouvel assolement, ou un labourage plus profond n’ont point donné ce qu’on attendait ; seulement par une longue pratique, il a réglé toutes les actions de culture sur de petites différences qu’il ne connaît point, mais dont pourtant il tient compte, et que l’agronome ne peut même pas soupçonner.

Quel est donc le propre de cette pensée technicienne ? C’est qu’elle essaie avec les mains au lieu de chercher par la réflexion. »

ALAIN, Philosophie,I VI, 4 « Technique et Science ».

Préparation sujet 3, option 1, questions II :

Lire attentivement le texte et faire : THEME – THESE – PLAN –

CORRIGÉ :

Alain met ici en évidence la différence de nature qui réside selon lui entre la science et la technique.

Thème : Qu’est-ce que la technique ? Plus précisément, quelle est la différence entre la connaissance scientifique et la la connaissance technique (la teckhnê en grec) ? La différence entre un savant et un technicien, un scientifique et un ingénieur ?

Thèse : Pour Alain, la technique relève de l’action, de la pratique, tandis que la science relève du savoir, de la théorie. La technique est une connaissance pratique, pragmatique (pragma en grec veut dire « action »), empirique.

Explication : Pour illustrer cette thèse, Alain met en parallèle dans sa première partie deux types d’hommes : l’homme instruit par la science et le technicien ; il donne, dans la deuxième partie du texte,(deuxième paragraphe) l’exemple de l’agronome et du paysan comme illustration de sa thèse. (dans notre cours nous avons pris celui du mécanicien et de l’ingénieur automobile)

Remarquez à ce propos la clarté de la première phrase :

« J’appelle technique ce genre de pensée qui s’exerce sur l’action même et s’instruit par de continuels essais et tâtonnements.« 

Pour Alain, la technique est une pensée pragmatique (du grec « pragma » = action) tournée vers la pratique, la fabrication, le faire et non vers la « théorie » (du grec « théorein » = voir), elle ne s’instruit pas, selon Alain, par la théorie, le raisonnement, le savoir, mais par l’action elle-même, à travers une série d’essais et d’erreurs corrigées, de « tâtonnements ».

Pour illustrer cette thèse, prenons l’exemple d’un mécanicien illettré. Il n’a pas été à l’école, il ne sait peut-être pas écrire ni ce que c’est vraiment qu’un moteur à explosion mais il sait bricoler, réparer n’importe quelle voiture.

Mécaniciens africains de rue à Lagos (Nigéria)

La pensée du mécanicien s’est exercée sur l’action, comme le dit Alain, il ne vise que le succès, que le moteur redémarre !

Ainsi, il y a, pour Alain, deux manières de s’instruire : celle de « l’homme ignorant » et celle de « celui qui s’est d’abord instruit par la science« . L’homme ignorant s’instruit en agissant, « en usant, en touchant, en pratiquant« , contrairement à celui qui s’est instruit pas la science.

Alain ajoute que la différence de nature entre ces deux hommes (le technicien et le savant) réside dans le fait que le technicien ne distingue pas l’essentiel de l’accidentel, que tout est égal pour lui et qu’il n’y a que le succès qui compte (en anglais truth success).On appelle cela en philosophie une conception utilitariste :

TRUTH SUCCESS : il n’y a que le succès qui compte ! Conception UTILITARISTE

Reprenons notre exemple du mécanicien : un ingénieur en automobile a fait une école d’ingénieur, il est savant, il connaît les lois du mouvement, alors que le mécanicien « ignorant » procède par essais et erreurs, il ne sait pas vraiment pourquoi un moteur marche mais il sait au moins à peu près comment ça march. Tout est égal pour lui, il s’en fout de la marque, du schéma du moteur ; pour le technicien, la seule chose qui compte est le succès, la réussite : que la voiture redémarre.

Dans la deuxième partie (deuxième paragraphe) du texte, Alain a donné, lui, l’exemple d’un agronome et d’un paysan.

A droite,un paysan; à gauche un agronome.

L’agronome a été qu lycée agricole, il a eu son BTS et même poursuivi plus loin en master, il lui suffit de voir un terrain pour savoir de quels sels minéraux, il est composé. A l’inverse, le paysan peut se moquer de l’agronome parce qu’il ne distingue pas l’essentiel (la connaissance) de l’accidentel (le succès). Le paysan ne connaît pas le « pourquoi » des choses : il ne sait pas pourquoi telle ou telle engrais n’a pas donné ce qu’on attendait, mais il sait « comment » il faut s’y prendre pour réussir. Il sait que là , son grand-père lui disait, il faut mettre plus d’engrais parce que là la terre est meilleure que là-bas. Il connaît, nous dit Alain, les « petites différences » sans pouvoir réellement les expliquer, mais dont pourtant il tient compte, ce sont les détails accidentels qu’Alain a évoqués plus haut et qu’il oppose à « l’essentiel » que l’agronome connaît théoriquement. 

Ainsi si l’on se place du point de vue de l’efficacité, de la réussite, on peut donc dire, comme le suggère Alain, que le paysan est, d’une certaine manière, « supérieur » à l’agronome » et que la pensée technicienne  » essaye avec les mains » .

Alain n’aime pas les petits chiens savants comme les Terminales Générales (vous vous sentez visés, les Boss des TG mais … bon… vous ne savez même plus compter sans calculatrice !…).

Ceci étant :

Car il semble aujourd’hui de plus en plus difficile de séparer la technique de la science. Les nouvelles voitures sont tellement compliquées (ordinateur à bord) que le mécanicien illettré d’autrefois ne pourra plus les réparer : il faudra un spécialiste c’est-à-dire un savant :

Le nouveau mécanicien à tablette

Et puis heureusement que parfois l’ingénieur agronome vient rectifier le travail du paysan qui met plein de pesticides sur ses tomates ou qui pratique la culture sur brûlis au point qu’après, la terre se transforme  en désert !……

LA TECHNIQUE / 2

TEXTE CANONIQUE : c’est le deuxième texte canonique de Platon après « l’allégorie de la caverne » et il est extrait de son livre « Protagoras« , (vous vous souvenez, le célèbre chef des Sophistes du « A chacun sa vérité » !). En philosophie, on désigne aussi parfois ce mythe comme le « mythe du Protagoras » car on le trouve précisément dans l’ouvrage de Platon qui s’appelle Le Protagoras :

Platon le fait ici parler sur la religion et la création du monde. Il ne s’agit pas cette fois-ci d’une allégorie mais d’un mythe repris de la religion grecque. C’est un mythe qui appelle donc chez nous deux choses :

une « petite histoire » anecdotique : ici la rivalité de deux frères jumeaux, deux Titans, Epiméthée et Prométhée et la ruse de ce dernier pour sauver les hommes en volant le feu aux DIEUX et donner ainsi aux hommes le pouvoir de fabriquer des outils et des armes pour maîtriser la nature et se protéger des animaux sauvages.

L’interprétation philosophique de ce que Platon nous suggère par ce mythe célèbre, souvent représenté par les peintres comme ici-bas :

JAN COSSIERS, Prométhée emportant le feu des Dieux pour le donner aux hommes

A LIRE ATTENTIVEMENT ET IMPÉRATIVEMENT (version longue du texte par rapport à celle distribuée en cours) :

 »C’était le temps où les dieux existaient déjà, mais où les races mortelles n’existaient pas encore. Quand vint le moment marqué par le destin pour la naissance de celles-ci, voici que les dieux les façonnent à l’intérieur de la terre avec un mélange de terre et de feu et de toutes les substances qui se peuvent combiner avec le feu et la terre. Au moment de les produire à la lumière, les dieux ordonnèrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer convenablement entre elles toutes les qualités dont elles avaient à être pourvues. Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser le soin de faire lui-même la distribution:  » Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon œuvre. » La permission accordée, il se met au travail.

Dans cette distribution, ils donnent aux uns la force sans la vitesse ; aux plus faibles, il attribue le privilège de la rapidité; à certains il accorde des armes; pour ceux dont la nature est désarmée, il invente quelque autre qualité qui puisse assurer leur salut. A ceux qu’il revêt de petitesse, il attribue la fuite ailée ou l’habitation souterraine. Ceux qu’il grandit en taille, il les sauve par là même. Bref, entre toutes les qualités, il maintient un équilibre. En ces diverses inventions, il se préoccupait d’empêcher aucune race de disparaître.

Après qu’il les eut prémunis suffisamment contre les destructions réciproques, il s’occupa de les défendre contre les intempéries qui viennent de Zeus, les revêtant de poils touffus et de peaux épaisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures naturelles et propres à chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il s’occupa de procurer à chacun une nourriture distincte, aux uns les herbes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines; à quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. A ceux-là, il donna une postérité peu nombreuse; leurs victimes eurent en partage la fécondité, salut de leur espèce.

Or Epiméthée, dont la sagesse était imparfaite, avait déjà dépensé, sans y prendre garde, toutes les facultés en faveur des animaux, et il lui restait encore à pourvoir l’espèce humaine, pour laquelle, faute d’équipement, il ne savait que faire. Dans cet embarras, survient Prométhée pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieusement équipées, et l’homme nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes. Et le jour marqué par le destin était venu, où il fallait que l’homme sortît de la terre pour paraître à la lumière.

Prométhée, devant dette difficulté, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l’homme, se décide à dérober l’habileté artiste d’Héphaïstos et d’Athéna, et en même temps le feu, – car, sans le feu il était impossible que cette habileté fût acquise par personne ou rendît aucun service, – puis, cela fait, il en fit présent à l’homme, (…) il put pénétrer sans être vu dans l’atelier où Héphaïstos et Athéna pratiquaient ensemble les arts qu’ils aiment, si bien qu’ayant volé à la fois les arts du feu qui appartiennent à Héphaïstos et les autres qui appartiennent à Athéna, il put les donner à l’homme. C’est ainsi que l’homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources nécessaires à la vie, et que Prométhée, par la suite, fut, dit-on, accusé de vol ».

PLATON, Protagoras, (320c-321d).

Relisons une seconde fois le texte mais cette fois-ci en surlignant les mots clefs :

« C’était le temps où les dieux existaient déjà, mais où les races mortelles n’existaient pas encore. (…) Les dieux ordonnèrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer convenablement entre elles toutes les qualités. Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser le soin de faire lui-même la distribution:  » Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon œuvre. » Il se met au travail. Dans cette distribution, il donne aux uns la force sans la vitesse ; aux plus faibles, il attribue le privilège de la rapidité. Aux plus petits, il attribue la fuite ailée ou l’habitation souterraine. Aux plus grands, la puissance. Bref, entre toutes les qualités, il maintient un équilibre en permettant qu’aucune race ne disparaisse.

Après les avoir prémunis suffisamment contre les destructions réciproques, il les protégea contre les intempéries (…), les revêtant de poils touffus et de peaux épaisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures naturelles et propres à chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il procura à chacun une nourriture distincte, aux uns les herbes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines; à quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. A ceux-là, il donna une postérité peu nombreuse; leurs victimes eurent en partage la fécondité, salut de leur espèce.

Or Epiméthée, dont la sagesse était imparfaite, avait déjà dépensé, sans y prendre garde, toutes les facultés en faveur des animaux, et il lui restait encore à pourvoir l’espèce humaine. Dans cet embarras, survient Prométhée pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieusement équipées, et l’homme nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes. ( …)

Prométhée, devant cette difficulté, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l’homme, se décide à dérober l’habileté [en grec le mot utilisé est « technê ] d’Héphaïstos et d’Athéna, et en même temps le feu (car, sans le feu il était impossible que cette habileté fût acquise par personne ou rendît aucun service) ; puis, cela fait, il en fit présent à l’homme. (…) il put pénétrer sans être vu dans l’atelier où Héphaïstos et Athéna pratiquaient ensemble les arts qu’ils aiment, si bien qu’ayant volé à la fois les arts du feu qui appartiennent à Héphaïstos et les autres qui appartiennent à Athéna, il put les donner à l’homme. C’est ainsi que l’homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources nécessaires à la vie, et que Prométhée, par la suite, fut, dit-on, accusé de vol ».

LA VIDEO :

Qu’avez-vous retenu ?

D’abord arrêtez les Boss de gonfler vos muscles : l’hommes se croit un animal supérieur dans la nature : c’est FAUX !

IL EST :

Il est en fait le plus démuni, il n’a rien pour se défendre, il est pour les Sophistes (car c’est Protagoras qui parle) : nu, complètement dépourvu, sans moyen pour se défendre !

Résumons les éléments du texte :

Dans le dialogue intitulé le Protagoras, Platon, le philosophe grec ancien, propose sa version du mythe de Prométhée. Lorsque les deux titans Épiméthée et Prométhée sont chargés de distribuer les qualités aux êtres vivants, le premier (dont le nom signifie, l’imprévoyant, l’oublieux, celui qui réfléchit ensuite) répartit ces qualités de telles sorte que leur distribution parmi les animaux soit équilibrée. Personne ne manque de rien, chacun a ce qu’il lui faut pour s’adapter au climat et pour survivre à ses prédateurs : les crocs, la force, la vitesse, des ailes pour voler, ou de l’agilité pour grimper aux arbres. Mais Prométhée constate que l’humanité a été oubliée : les êtres humains sont nus, et cette espèce dépourvue de tout va disparaitre. Pour que cela n’arrive pas il leur transmet le feu qu’il va voler aux dieux, il y ajoute la connaissance des arts.

T’es foutu wesh !

L’oubli de l’homme par Épiméthée l’imprévoyant, la nudité de l’humanité, rappellent la fragilité de l’homme, le fait que seul parmi les animaux, il ne dispose ni de fourrure ni de plumes, ni d’écailles pour se protéger du climat, ni de crocs, ni de griffes pour se défendre, ni d’aptitudes de vitesse pour fuir les prédateurs, ni d’une fécondité importante pour que l’espèce puisse perdurer. Cette fragilité originaire, on peut encore la constater chez le petit être humain qui a absolument besoin de soins pour survivre et d’un long apprentissage pour commencer à être indépendant. Alors que chez les autres mammifères quelques heures, semaines ou mois suffisent, chez le petit être humain, il faut des années avant qu’il puisse se débrouiller tout seul.

LE MYTHE EN VIDÉO :

Version du mythe (religion grecque).

Prométhée vole le feu aux dieux et le transmet à l’homme, cela signifie que l’homme ne peut survivre sans la technique. Le feu est le moyen par lequel l’homme peut éloigner les bêtes sauvages, mais aussi ce qui va lui permettre de cuire la nourriture, ou encore de fabriquer des armes solides. Le feu c’est ce par quoi l’homme va commencer à transformer la nature, la naissance de la culture, de la technique, afin de survivre ; ce sans quoi il aurait disparu. Le feu est donc ce qui fait sa force : c’est la maîtrise de la nature. Il est le symbole de la domination de l’homme sur la nature : l’homme devient plus fort, parce qu’il peut, grâce à ses outils, non seulement se protéger, mais aussi soumettre les autres animaux.

Le mythe de Prométhée nous rappelle ainsi que l’homme est un être naturellement faible, fragile, qu’il ne peut survivre sans s’arracher à la nature et maîtriser son environnement, le mettre à son service.

LA DÉCOUVERTE DU FEU :

Grâce au feu, l’homme a pu devenir forgeron, fabriquer des armes, se protéger des animaux sauvages et donc DOMINER LA NATURE :

Conclusion générale:

  • Platon dans le Protagoras s’appuie sur la mythologie pour expliquer la genèse de la culture et de la civilisation. Au début la nature est inégale, il règne une diversité des espèces et l’homme contrairement a ce que disent la plupart des philosophes est l’animal le plus faible dans la nature : «il est nu sans chaussures, ni couverture, ni armes».
    Il est donc théoriquement appelé à disparaître Mais de manière religieuse PROMÉTHÉE [ en grec, celui qui annonce, le prophète] va intervenir, il va voler le feu aux Dieux et il va le donner aux hommes.
    Avec le feu, l’Homme va ainsi posséder la technê, le savoir pratique, la technique qui vont lui permettre de fabriquer des outils et des armes. Il pourra ainsi sortir de la nature et devenir un animal supérieur, c’est la naissance de la culture et l’entrée dans la civilisation.
Sans le feu pétrolier que seriez-vous ?

  • Mais … si l’homme est en mesure de solutionner les problèmes de la planète, il est aussi capable avec le feu de fabriquer des armes, de plus en plus destructrices (comme le feu radioactif des bombes nucléaires). Ainsi, on voit que par le feu de la technique, ce savoir qui rend supérieur l’homme dans la nature, l’homme est aussi capable de de s’auto-détruire en retournant par la guerre et la violence les armes contre lui-même.



LA CITATION DU COURS 1 :

 » L’homme est un bipède sans plume  » . PLATON.

Mais ZEUS s’est fâché : il a condamné Prométhée à être accroché sur les rochers du Caucase et à avoir le foi dévoré par un aigle chaque jour :

Kristian Zahrtmann (peintre danois, 1843-1917) LA PUNITION DE PROMETHEE

MAIS REVENONS UN PEU SUR NOTRE

Un peu de vocabulaire

QU’EST-CE QUE DOMINER ?

Dominer : c’est contrôler, maîtriser, dompter, par exemple on dit de quelqu’un qu’il a su dominer ses sentiments, pour dire qu’il a donc su les contrôler comme « dominer sa colère » mais dominer c’est aussi asservir, commander, soumettre. Par exemple si on dit que « les hommes dominent les femmes » ses camarades ou que « Napoléon a tenté de dominer le continent européen », cela signifie qu’ils soumettent à leur volonté, ou essayent de le faire.

Le verbe « dominer » a donc ce double sens de « maîtriser », mais aussi d’ »asservir ».

NE L’OUBLIEZ JAMAIS DANS UNE DISSERTATION.

2°) Main et intelligence : les Dieux ou les mains ?

TEXTE D’ARISTOTE :

« [ Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus  intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains.  ]

L’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main.

Aussi, ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le plus désavantagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n’a pas d’armes pour combattre) sont dans l’erreur.

Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçue en partage. L’homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir ».

Aristote,  Les Parties des animaux.

Tiens, encore un qui critique son prof !!!

Car Platon, son prof disait que « l’homme était « nu« …. sans chemise, sans pantalon » …..?!!!

Réponse : PROTAGORAS/ PLATON dans le mythe de Prométhée (voir la notion LA NATURE)

Or surlignons le texte et analysons : 

« [ Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus  intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains.  ]

L’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main. //

Aussi, ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le plus désavantagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n’a pas d’armes pour combattre) sont dans l’erreur. //

Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçue en partage. //

L’homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir  » ARISTOTE.

Thème : La main (l’outil); question posée par le texte  : Quelle est la signification de la main pour l’homme ?

Thèse : la main est l’outil des outils. Par sa polyvalence, elle constitue l’avantage spécifique de l’humanité.

Etapes de l’argumentation : PLAN DÉTAILLÉ

I° partie –  La main est le prolongement de la raison humaine.

II° partie – Aristote rejette la thèse de Protagoras de PLATON : « l’homme est le plus démuni des êtres vivants ».

III° partie – La main se caractérise par sa non spécialisation et sa polyvalence.

Rédaction :

  • Thème (notion et question posée par le texte): Qu’est-ce que la technique ? PLUS PRÉCISÉMENT, l’homme est -il vraiment l’animal le plus faible de la nature comme le prétend le Protagoras de Platon ? Ou, selon Aristote, pourquoi l’homme est-il « l’être le plus intelligent » ?
  • Thèse (la solution, la position de l’auteur) : L’homme est le plus intelligent à cause de sa main qui est un instrument ( un « organon » en grec) exceptionnel, l’outil des outils. Par sa polyvalence et son caractère (le pouce opposable à tous les doigts), elle constitue l’avantage spécifique de l’humanité. Par sa main, l’homme est le seul capable d’utiliser un grand nombre d’outils, là où l’animal est, lui au contraire limité dans ses possibilités d’exécution.La main n’est ene effet pas limitée à une seule fonction : elle en amène une infinité, elle est polyvalente.
  • (si l’on donnait un couteau au vautour, il ne saurait pas qu’en faire !). L’homme possède un outil particulier, qui joue le rôle de tous les autres : il s’agit de la main, qui est un instrument (organon).

Regardez la différence au niveau du pouce

Exercice physique : opposer son pouce à tous les doigts; saisir quelque chose, par exemple son portable, sans le pouce.

Explication détaillée :

PARTIE 1 : Aristote veut comprendre pourquoi l’espèce humaine – comme les autres espèces vivantes-  possède la capacité de survivre dans la nature. Or, Aristote, médecin, fils et petit fils de médecin, propose pour la première fois dans l’histoire de la pensée, une explication purement biologique. Il n’a pas besoin de recourir comme Platon par exemple, à des hypothèses mythiques et surtout religieuses.. c’est quoi en effet ce feu qui nous tomberait du ciel ! Prométhée l’aurait volé aux Dieux !!!

NON, c’est grâce à ses mains et à son intelligence, que l’homme a découvert le feu et l’a conservé puis maîtrisé :

La main humaine est en effet comme un instrument (organon) universel pouvant tenir lieu de plusieurs outils, et par là constitue un avantage non négligeable pour l’espèce humaine. Par conséquent Aristote place l’homme au-dessus des autres espèces vivantes par son usage intelligent de la main, caractérisé par le pouce opposable à tous les doigts :

La main est l’outil par excellence, celui qui tient lieu de tous les autres : « organon pro organon ».

Paris La Défense, Le Pouce, sculpture de César (1921-1998), artiste français.

Étymologie  : le mot outil vient du grec « organon » qui renvoie à organe et signifie « instrument, moyen ».

La nature a « logiquement » distribué à l’être qui possédait la capacité de s’en servir (l’être le plus intelligent qui possède une raison) l’instrument le plus efficace : la main.

Notons que chez ARISTOTE la nature poursuivrait des fins, elle aurait donné la main à l’homme dans un but précis. On parle à ce propos de finalisme, d’argument de finalité (repère important à maîtriser). Dans le finalisme, tout se passe en fait « comme s’il y avait une intention cachée derrière la nature.

ETUDES DE MAINS par le peintre MILLET
(1814-1875)

Avant ou après avoir fait l’éloge de la main, ne pas oublier que, pour Aristote, ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus  intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains et qu’il sait s’en servir. Sans intelligence, il ne saurait, en effet, pas quoi faire de ses dix doigts :

Et justement, dans la première phrase de notre texte que nous avons mis entre crochets […], Aristote s’oppose à la thèse du philosophe pré-socratique Anaxagore qui défend l’idée que la main (le faire) précédait la raison (le savoir)Pour Aristote, la main n’est que le prolongement biologique de la raison.

  • L’homme est le seul capable de « bien utiliser » un grand nombre d’outils, là où l’animal est limité dans ses possibilités d’exécution (si l’on donnait un couteau à un vautour, il ne saurait pas qu’en faire !).
  • L’homme possède un outil particulier, qui joue le rôle de tous les autres : il s’agit de la main, qui est un instrument universel (organon). La main n’est pas limitée à une fonction : elle est polyvalente.

« L’homme au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut quand il veut » Aristote

 » La main peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir« , Aristote.

CONCLUSION :

Ainsi, l’homme possède la capacité de s’adapter à son milieu du fait de la polyvalence de la main. La main fait de l’homme un être producteur et créateur. L’intuition d’Aristote, selon laquelle la main fait la grandeur de l’homme,  sera particulièrement féconde. Les philosophes et les anthropologues montreront par la suite, dans un autre cadre explicatif – celui de l’évolutionnisme et de votre cours de SVT –  comment la non-spécialisation de la main a permis avec le pouce opposable aux autres doigts le perfectionnement de l’espèce humaine.

On sait aujourd’hui que l’acquisition de la bipédie (la station debout) chez les hominidés a eu pour conséquences la libération de la main (jusqu’alors mobilisée par la locomotion) ainsi que la libération de la mâchoire pour le langage. Le passage du quatre pattes à la station debout a conditionné la structure de la colonne vertébrale ainsi que le positionnement de la tête, permettant très vite  le développement frontal du cerveau.



FINIR EN MUSIQUE :

LA TECHNIQUE / 3

La technique, en tant qu’activité productrice agissant sur la nature dans le but de la transformer, mobilise des outils.

Un outil : C’est un objet artificiel qui permet de prolonger les capacités humaines (du silex taillé, un balai, un marteau, une faucille, un tournevis…) :

et ainsi les outils nous amplifient en accroissant notre pouvoir d’action sur la nature. Marx (1818-1883), philosophe allemand en donne une définition précise dans le Capital : c’est une « chose ou un ensemble de choses que l’homme interpose entre lui et l’objet de son travail en tant que conducteur de son action » :

Boîte à outils

L’outil permet à son tour de produire d’autres outils, et ce faisant, il nous faire vivre au sein d’un milieu que la technique a façonné. L’outil devient alors un intermédiaire entre le corps de l’homme et la nature. En ce sens, ce dernier semble se distinguer de l’animal, puisque celui-ci vit dans un milieu naturel, avec lequel il agit par le biais de ses organes.

HEGEL : L’OUTIL COMME « RUSE DE LA RAISON » :

HEGEL (1770-1831), philosophe allemand

Pour HEGEL, par ses outils, l’homme dompte la nature. Il exerce une activité pratique, il transforme les choses extérieures, qu’il marque, dès lors, de son empreinte. Aussi, pour Hegel, envisager l’outil de manière seulement instrumentale, comme un simple instrument matériel, un morceau de bois avec du fer est une hérésie :

C’est se méprendre sur l’outil lui-même. Certes, Hegel dit bien que l’outil est un instrument, mais il comprend l’outil comme quelque chose de spirituel, une « création de l’esprit humain » une objectivation de la volonté. L’outil relève de la volonté, de l’intelligence humaine (les animaux ne fabriquent pas d’outils) d’où pour lui, avec les outils, une différence radicale entre le travail humain et le  » travail » animal.

Différence de degré/Différence de nature : on distingue, en philosophie, la différence de degré de la différence de nature. Si la différence est de nature entre deux choses ou deux êtres, c’est qu’ils sont radicalement différents par nature. Par exemple, le caillou possède une différence de nature avec l’homme, ce que tout le monde peut observer. La différence de degré est une différence simplement quantitative, et non plus qualitative, comme pour la différence de nature. Ainsi, il existe une différence de degré entre la taille d’un adulte et celle d’un enfant, toutefois l’un comme l’autre appartiennent tous deux à la catégorie « homme ». Entre l’homme et l’animal, on s’interroge sur leur différence : est-elle de nature ou de degré ?

On a vu qu’avec la main comme instrument universel originaire, l’homme assure sa prise multiple sur le dehors et se l’approprie. La possession de la main est la condition de l’apparition de l’outil, mais la main n’est pas encore l’outil que l’on peut saisir et dessaisir, avec lequel on peut s’aider. Avec la main, la volonté incarnée ne s’est pas encore objectivée, cette objectivation : c’est l’outil qui pour HEGEL l’accomplit pleinement et c’est pour cela que pour lui,

Grâce aux outils, l’homme va s’aider dans sa lutte contre la nature. Par exemple, au lieu de ramasser la poussière avec ses mains, il invente le balai :

a) L’homme est-il le seul à utiliser des outils ? :

L’animal fait en effet des réserves, se construit des nids, s’aménage un espace en utilisant ce qu’il a sous la main mais il ne fabrique pas à proprement parler des outils nouveaux. L’homme ne s’adapte pas seulement à un milieu déjà constitué, il se forme son milieu.

Hegel soutient que ce qui est propre à l’homme, c’est la station droite, la station debout. Se tenir debout est un acte de volonté. Le corps qui se tient debout et se maintient debout est un corps volontaire, un corps façonné par la volonté. Or, comme chez Aristote, la station debout a un lien étroit avec la technique dans la mesure où elle libère la main que Hegel caractérise aussi comme un outil absolu, « l’instrument des instruments » (comme le disait Aristote dans le cours précédent).

TEXTE COMPLÉMENTAIRE DE HEGEL :

« Le geste absolu de l’homme est la station droite ; lui seul s’en montre capable ; alors que, par contre, même l’orang outang ne peut se tenir droit qu’en s’appuyant à un bâton. L’homme n’est pas debout par nature, d’origine ; il se met lui-même debout moyennant l’usage de sa volonté ; et bien que sa station debout, une fois qu’elle est devenue habituelle, ne réclame plus d’autre activité tendue de la volonté, elle doit, pourtant, toujours rester pénétrée par notre volonté, si nous ne devons pas nous écrouler sur le champ. Le bras et, en particulier, la main de l’homme sont également quelque chose qui lui est propre ; aucun animal n’a un instrument aussi mobile de l’activité dirigée vers le dehors. La main de l’homme, cet instrument des instruments, est apte à servir une multitude définie d’extériorisations de la volonté »

HEGEL, Philosophie de la nature.

Avec l’outil, la technique est là comme ruse. L’outil est la ruse entre la volonté humaine et la nature. Faut-il pour autant dénier à l’animal la capacité d’utiliser des outils ? C’est la question que l’on peut se poser. À cet égard, visualisons ce document vidéo sur des chimpanzés et le vautour percnoptère (petit vautour européen des pyrénées) :

Question : Le vautour percnoptère utilise-t-il un « outil » ?

Éléments de réponse :

Le caillou qu’utilise le vautour pourrait être assimilé à un outil, au sens où il joue le rôle d’un intermédiaire entre le corps de l’animal et un objet naturel. Cependant, le caillou n’est pas transformé (taillé pour être plus affûté par exemple).

Gallet aménagé St Clar de Rivière

On ne peut pas dire qu’il s’agisse de technique au sens humain, puisque le processus reste très hasardeux et ne fait pas l’objet d’une maîtrise qu’on chercherait à organiser de manière théorique ou pratique. Il n’y a pas de perfectionnement de l’outil, même s’il y a une transmission génétique de ce savoir-faire : l’amélioration des outils et la transmission de leur usage par l’apprentissage restent une spécificité de la technique humaine.

On retrouve ici l’idée d’une différence de nature (= une différence que l’on ne peut pas surmonter, parce qu’elle tient à la nature des choses) entre l’intelligence humaine et animale ?

CITATION :

 » Les outils, ces découvertes humaines appartiennent à l’Esprit; un instrument inventé par l’homme est plus haut qu’une chose de la nature car il est une production de l’Esprit« .

Hegel, Leçons sur la philosophie de l’Histoire.

CHANSON DE BRINGUE :

III La crise de la technique moderne :

1°) L’arrivée des machines :

Nous avons vu successivement l’importance du feu et de la main pour la fabrication et le savoir pratique de l’homme (Protagoras et Aristote). Nous avons vu le progrès immense accompli par l’homme en usant des outils, sa ruse (Hegel). Mais avec les machines, l’avenir paraît encore plus radieux car fini les ampoules, les cloques aux mains :

Fini de laver son linge à la rivière le dimanche :

A Mayotte, on lave encore à la rivière !

Alors : VIVE LES MACHINES, les machines un tournant mais quel tournant ?

Georg Wilhelm Friedrich HEGEL (1770-1831)

LE TEXTE :

«  »Dans la machine, l’homme supprime même cette activité formelle qui est sienne et fait complètement travailler cette machine pour lui. Mais cette tricherie dont l’homme use face à la nature et par laquelle il s’arrête en deçà de la singularité de la nature se venge contre lui. Ce que l’homme gagne sur la nature en se la soumettant toujours davantage contribue à le rendre d’autant plus faible.

En faisant exploiter la nature par toutes sortes de machines, l’homme ne supprime pas la nécessité de son travail, mais il le repousse seulement et l’éloigne de la nature, et ainsi l’homme ne se tourne pas d’une manière vivante vers la nature en tant qu’elle est nature vivante.

Au contraire, le travail perd cette vitalité négative et le travail qui reste encore à l’homme devient même plus mécanique. « 

HEGEL, La première philosophie de l’Esprit.

Terme clef : la « tricherie » car un tricheur n’est pas un rusé :

Tricheur est le nom donné à une personne malhonnête qui ne respecte pas les règles données d’un jeu.

Synonymes : malhonnêtetrompeurfiloufraudeur

Avec les machines (machine en grec se dit « mecano » et veut dire « qui marche tout seul », origine du mot « mécanique »), le travail pour Hegel change véritablement de nature. (différence de nature : outil /machine). La machine devient folle et nous dépossède de nous-mêmes :

Charlie CHAPLIN, Les Temps modernes, (la machine à manger).

La machine nous dépossède de nous-mêmes et par elle, le travail ne nous appartient plus :

Automatisation du travail : les hommes assimilés à des robots.

Déshumanisation : l’ouvrier est au service de la machine. Avec le développement des machines et le travail à la chaîne par exemple, l’ouvrier ne maîtrise plus ni le début ni la fin de son travail. Il ne maîtrise plus son temps : il est obligé de suivre le ryhtme de la machine. Aussi, pour HEGEL comme pour KARL MARX et plus près de nous HANNAH ARENDT (auteurs du bac), l’homme perd-il plus qu’il ne gagne en mécanisant le travail.

Dessin de Goya représentant un aliéné mental.

THÈSE : L’homme perd plus qu’il ne gagne. En mécanisant le travail, il TRICHE et s’éloigne de la nature. Il devient lui-même une machine. L’homme perd donc sa LIBERTÉ.

Ne pas oublier : Hegel critique l’arrivée des machines : comme beaucoup de philosophes, il y voit le symptôme de la crise moderne. la technique moderne. Lorsque la production est automatisée, le travailleur n’a plus à penser à ce qu’il produit, il accomplit mécaniquement une tâche, il devient lui-même une machine (voir Les Temps modernes de Charlie Chaplin) :

De plus, il s’affaiblit en étant dépossédé de lui-même et devient paresseux. Agir de façon mécanique lui fait même perdre sa vitalité, ses muscles. Est-ce qu’un maçon, un pêcheur, un paysan a besoin par exemple d’aller en salle de sport ?

HERBERT LIST, photographe allemand (1903-1975), Paysan au repos.

Le style « gonflette » !

Aussi la machine modifie-t-elle le rapport que l’homme avait instauré par l’outil avec la nature car avec l’outil, l’homme restait encore en contact avec la nature qu’il travaillait. La machine confisque un certain rapport de l’homme à la nature. Avec les machines, l’homme devient un être passif car la machine, il la « fait complètement travailler » pour lui. Ainsi, le travail gagne-t-il en facilité mais il perd en valeur. On peut ainsi parler de dévalorisation du travail humain de déshumanisation, d’aliénation.

L’homme croit qu’avec la machine, il pourra travailler plus efficacement mais l’homme se fait berner par les machines. Le bon exemple du moment : le télé-travail…. Plus de collègues, plus de vie privée, tu bosses tout le temps, tu deviens dépendant par exemple des écrans ( vous, d’ailleurs en ce moment !).

Plus l’homme veut se soumettre la nature, plus il devient par les machines dépendant d’elle.

MAIS que sous-entend HEGEL ?

L’homme doit reprendre les commandes et réutiliser la technique et non plus se faire réutiliser par elle car

LA TECHNIQUE n’est pas NEUTRE.

(Le philosophe allemand du vingtième-siècle MARTIN HEIDEGGER (1889-1976) soutiendra la même position.)

Car l’homme ne joue-t-il pas avec les machines à l’apprenti-sorcier ?

Après avoir souligné l’importance de l’outil comme « ruse de la raison » et marque de progrès de l’intelligence humaine, Hegel, philosophe allemand contemporain de la révolution industrielle note une rupture préoccupante avec l’arrivée des machines et le travail à la chaîne dans de grandes usines (factory, faber). Selon lui, avec les machines , l’homme se coupe de la nature, s’artificialise et son travail devient plus mécanique, inhumain. La machine peu à peu remplace l’homme. Est-ce la fin de l’homme ? Est-ce un progrès ? Nonobstant, pourquoi les machines et la technique moderne seraient-ils à ce point négatifs ? N’est-ce pas au contraire une vraie révolution, un véritable bouleversement anthropologique ?

LA TECHNIQUE / 4

L’HOMME PAS HOMO SAPIENS MAIS HOMO FABER :

En effet, avec l’importance de l’outil souligné auparavant, nous pouvons finalement nous interroger et nous demander si l’aptitude technique ne définit-elle pas mieux l’homme que l’aptitude intellectuelle ?

Or, c’est exactement ce que nous dit Henri BERGSON, philosophe français du début du vingtième siècle dans un TEXTE CANONIQUE, extrait de L’évolution créatrice, que vous trouverez partout dans vos annales de bac de révision :

Bergson inscrit sa réflexion sur la technique dans le cadre plus large d’une réflexion sur la nature et le vivant. Alors que l’instinct animal utilise des organes vivants pour agir sur la matière, l’intelligence humaine fabrique, elle, des organes artificiels ( des organon), des outils, indépendants du corps humain qui réagissent en retour sur leurs inventeurs. L’activité technique est ainsi au principe du progrès humain.

LE TEXTE : HENRI BERGSON, L’HOMO FABER

LISEZ attentivement LE TEXTE :

Un siècle a passé depuis l’invention de la machine à vapeur, et nous commençons seulement à ressentir la secousse profonde qu’elle nous a donnée. La révolution qu’elle a opérée dans l’industrie n’en a pas moins bouleversé les relations entre les hommes. Des idées nouvelles se lèvent. Des sentiments nouveaux sont en voie d’éclore. //

Dans des milliers d’années, quand le recul du passé n’en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu’on s’en souvienne encore; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée; elle servira à définir un âge. //

Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l’intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils et d’en varier indéfiniment la fabrication. »

Henri Bergson, L’ Évolution créatrice (1907), Éd. PUF, coll. « Quadrige », 1996, chap. II, (pp.138-140).

CLAUDE MONET, La Gare St-Lazare, l’arrivée du train (1877), peinture.

Première machine à vapeur

Vous devez garder en mémoire les deux points suivants qui éclaireront les difficultés du texte.

1Homo faber signifie, l’homme fabricateur: ce qui caractérise l’homme ce n’est pas tellement sa « sagesse » (homo sapiens sapiens), c’est plutôt le fait qu’il fabrique des outils et des machines et son intelligence propre désigne cette faculté de fabriquer.

L’homme, un être dont la nature est définie par la technique ?

  • L’homme, « homo faber » par nature

On considère que l’évolution de l’espèce humaine a connu un pas décisif lorsqu’elle a réussi à maîtriser de manière technique des processus naturels (par exemple la machine à vapeur). Bergson fait de cette capacité le point qui sépare hommes et animaux, en défendant la thèse que l’intelligence de l’homme est essentiellement fabricatrice…

2- Mais l’homme en fabriquant des choses artificielles qui n’existent pas dans la nature se fabrique lui même. Comment cela? Les inventions de machines, d’outils à faire des outils, modifient l’humanité comme l’ensemble des hommes au point que les âges de l’humanité finiront par porter le nom de l’invention dont les effets profonds ont bouleversé l’homme comme l’âge de la pierre taillée … du bronze mais aussi de la roue, de l’avion, demain de l’ordinateur et du téléphone portable :

Pour Bergson, les transformations de l’outillage ont un effet profond générateur de nouvelles habitudes intellectuelles et sociales. Ces nouvelles habitudes naissent de l’adaptation dans la durée de l’individu et de la société à la nouvelle technique qui apparaît grâce à l’invention d’un outil. Voir de nos jour les effets profonds sur nos vies de l’ordinateur et du téléphone portable.

THÈME : Qu’est ce que l’homme ? Quelle est l’essence de son intelligence ? Mais aussi : qu’est-ce vraiment que l’Histoire ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

THÈSE : L’intelligence humaine est contrairement à ce que l’on croit technique : elle s’illustre dans la fabrication d’outils, de machines, dans les grandes inventions technologiques. L’histoire ? Ce qu’il en restera ?… Pas Chirac, pas Macron, non : il restera les grandes inventions comme la machine à vapeur, l’avion, l’ordinateur, le téléphone portable, le drone, chat GPT…

PLAN DU TEXTE :

1) L’exemple : la machine à vapeur, une vraie révolution.

2) Ses conséquences et la vraie Histoire : l’importance des grandes inventions technologiques.

3) L’orgueil de l’homme : il se croit intelligent intellectuellement. Il se dit « homo sapiens » mais en réalité, sa vraie intelligence est en fait manuelle, pratique et technique dans sa capacité à fabriquer des outils (faber en latin « fabriquer », en anglais, faber, factory, « l’usine ») Ce qu’est donc l’homme : un homo faber et pas un homo sapiens :

« Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirons peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l’intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, et d’en varier indéfiniment la fabrication ».

Bergson, L’évolution créatrice, 1907.

En quoi l’« Homo faber » nous permet-il de comprendre la nature de l’intelligence humaine, selon Bergson ?

——Éléments de réponse

  • Selon Bergson, l’homme entretient une illusion vis-à-vis de lui-même : il se pense comme essentiellement défini par l’intelligence abstraite (mathématique par exemple). C’est en ceci que réside son « orgueil ». À cet orgueil, il faut opposer une étude historique de l’Homme, ou plutôt ressaisir ce qui fait la spécificité de l’homme en tant qu’il est une des directions qu’a pris l’évolution de la vie. Ce qui en fait un être spécifique, c’est son intelligence. Mais quelle en est la nature ? Bergson insiste sur la dimension pratique et fabricatrice de celle-ci.
  • L’homme est donc essentiellement un fabricant. Fabriquer, c’est rassembler des éléments dispersés pour les organiser en vue d’un but précis. La nature et la vie créent, mais l’homme fabrique, de menuisier au bricoleur du dimanche. En réalité, l’homme peut être dit sapiens (sage), parce qu’il a d’abord été faber : la fabrication précède l’abstraction, et la sagesse théorique. L’homme est donc, originellement, doté d’une intelligence à destination pratique.
  • Il fabrique des « objets artificiels » ; par opposition aux produits de la nature. Cela témoigne d’une insatisfaction de l’homme vis-à-vis de ce qui lui est donné, mais aussi d’une tendance enracinée en lui : la fabrication, activité dans laquelle l’homme se sent le plus « chez lui ». L’homme est plus à l’aise lorsqu’il manipule de la matière inerte en vue de fabriquer des objets.

Planche de l’Encyclopédie de D’Alembert et de Diderot.

Soudeur au travail

Pour Bergson, ce sont les grandes inventions technologiques qui définissent l’histoire et font progresser l’humanité. La première démarche de l’intelligence est l’invention mécanique. Avant d’être théorique, l’intelligence est une faculté technique. L’histoire des hommes est caractérisée par l’innovation technologique. L’homme est avant tout un homo faber, un fabricateur d’outils, un « tool making animal », comme le disait si bien en anglais l’inventeur et politicien américain Benjamin FRANKLIN :

« A quelle date faisons-nous remonter l’apparition de l’homme sur la terre ? Au temps où se fabriquèrent les premières armes, les premiers outils »

Henri BERGSON.

Mais le développement technique est-il vraiment une évolution ? :

Car Bergson, à l’aube du 20ème siècle est aussi inquiet et reviendra sur l’évolution de la société contemporaine. Cette société n’est plus simplement une société d’outils, comme autrefois, qui permettait une maîtrise rationnelle de la nature, c’est une société de machines, et même aujourd’hui, de robots, d’intelligence artificielle. Pour Bergson, c’est un progrès immense, cela a donné à l’homme de la puissance gigantesque, mais c’est aussi une puissance matérielle démesurée, ce « Prométhée déchaîné dont parlait Hans JONAS dans notre texte d’examen.

Ainsi, l’homme est devenu matérialiste, consumériste, addict à la machine : il a oublié l’âme, l’esprit, le “mana“ dirait un polynésien. Ce qui manquerait donc à la société technique, c’est sans doute plus de mystique, plus finalement de philosophie :

On note donc que pour Bergson, comme pour beaucoup de penseurs contemporains, ce qui manque au monde moderne, c’est de la métaphysique, de la spiritualité, de la méditation. La crise moderne de la technique est à la fois morale et spirituelle.

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CE QUE JE DOIS RETENIR/TRANSITION

Les progrès techniques sont ambigus au sens où ils améliorent les conditions d’existence des êtres humains, tout en présentant des risques pour la poursuite de cette même existence. Faut-il en conséquence avoir peur de la technique ? C’est, ne l’oublions pas le fil rouge de notre notion

Ne faudrait-il pas plutôt chercher à encadrer le développement de la technique, pour ne pas laisser triompher tous les dangers ? Avant d’aborder notre III, illustrons par le cinéma une fois encore ces dangers possibles :

1/ La menace nucléaire : Docteur Folamour de Stanley KUBRICK

2 / L’apprenti sorcier dépassé par sa créature :

3 / La société totalitaire et de surveillance :

LA TECHNIQUE / 5

3°) Eduquer à la technique : vers les mécanologues ?

L’existence humaine ne peut se résoudre à une attitude « technophobe » (= la peur de la technique), car celle-ci fait partie de son milieu ambiant. En effet, l’action humaine doit se comprendre en relation avec la technique, et non contre la technique.

On pourrait donc distinguer deux thèses extrêmes sur cette question :

  • La thèse technophobe : Elle consisterait à dire que la technique aliène en profondeur l’agir humain, et même la condition humaine générale. Elle déplore les effets néfastes des « progrès » techniques, comme la pollution, l’épuisement des ressources, la dégradation des conditions de travail ou la précarisation qu’ils entraînent. La thèse technophobe est souvent associée à un « retour à la nature », ce qui implique une vision de l’existence plus authentique.
  • La thèse technophile : À l’extrême inverse, cette thèse défendrait l’idée du « tout est bon », si cela permet de faire avancer la science et la technique. On pourrait la trouver, de manière caricaturale, incarnée sous les traits du « savant fou » comme dans le film Dr. Folamour (1964), de Stanley Kubrick, ou dans le Frankenstein de Mary Shelley (1818). Elle procéderait de l’idée que l’homme possède un pouvoir supérieur, puisqu’il est une exception dans la nature. Il se distinguerait des autres espèces vivantes grâce à cette capacité d’agir sur son environnement de manière technique. Finalement, tous les problèmes rencontrés seront toujours résolus par la technique. Il ne faut pas moins mais toujours plus de technique.

En fait, la condition humaine se caractérise par la capacité d’agir sur le monde par une combinaison de moyens et de buts. Ces buts et ces moyens sont réfléchis et organisés de manière à rendre ses actions efficaces autant que possible. En ce sens, il ne faut pas considérer la technique comme étrangère à ce que nous sommes, c’est précisément ce que note le philosophe français Gilbert Simondon (1924-1989), nouvel auteur introduit au bac :

  • « Pour redonner à la culture le caractère véritablement général qu’elle a perdu, il faut pouvoir réintroduire en elle la conscience de la nature des machines, de leurs relations mutuelles et leurs relations avec l’homme, et des valeurs impliquées dans ces relations. Cette prise de conscience nécessite l’existence, à côté du psychologue et du sociologue, du technologue ou mécanologue. De plus, les schèmes fondamentaux de causalité et de régulation qui constituent une axiomatique de la technologie doivent être enseignés de façon universelle, comme sont enseignés les fondements de la culture littéraire. L’initiation aux techniques doit être placée sur le même plan que l’éducation scientifique […]. » 

Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, 1958.

Question :

Pourquoi notre « culture » est-elle incomplète, selon Simondon ?

——Éléments de réponse :

  • Gilbert Simondon était un philosophe spécialiste de la question de la technique. Il dénonce ici le fait que notre « culture générale » est incomplète, car nous nous en tenons trop souvent à des connaissances théoriques littéraires ou scientifiques. En un sens, ce n’est pas par technophobie que nous avons mis de côté la question des machines dans notre éducation : c’est par ignorance.
  • Il en conclut qu’il nous faudrait donc des « mécanologues », des spécialistes de la technique, qui nous enseignent comment fonctionnent les machines (les « schèmes de causalité et de régulation » désignent justement les mécanismes des machines) et comment nous pouvons vivre avec. Il ne suffit pas de s’en tenir aux enseignements des psychologues ou des sociologues, qui nous donnent une vision de l’esprit humain restreinte, en ne prenant pas aussi en compte que l’homme est un aussi un fabricant d’objets techniques, et que ceux-ci s’interposent sans cesse entre le monde et nous-même.

On peut voir cela dans le système éducatif actuel, qui laisse une très petite part aux enseignements techniques, en les limitant à la « technologie » au collège (qui vient d’être d’ailleurs supprimé en 6ème !!!) pour la laisser ensuite aux lycées professionnels. Cette situation est d’autant plus d’actualité qu’avec les nouvelles technologies, nous manipulons sans cesse des objets dont nous ne comprenons pas le fonctionnement. L’arrivée de l’informatique a changé le monde de la technique : elle l’a rendu plus quotidien, mais pas plus familier. La maîtrise des outils technologiques (codage informatique par exemple) nous permettrait de nous libérer d’un usage aliénant de ceux-ci, l’usage des algorithmes qui vont servir bientôt dans votre inscription sur Parcoursup . Aujourd’hui, nos données personnelles sont surexploitées, et nous utilisons très souvent les nouvelles technologies de manière passive.

DOCUMENT D’ÉPOQUE :

GILBERT SIMONDON parle Du mode d’existence des objets techniques (1967), ouvrage clef dont est tiré l’extrait ci-dessus :

Les robots, notre futur ? :

Nous vivons environnés de technique, et nous nous rapportons au monde par le biais d’objets artificiels que nous avons fabriqués. Seulement, on peut distinguer des degrés de technique, qui varient selon le genre de technique que l’on utilise. Nous avons les outils (force naturelle), les machines (force artificielle) qui contrairement aux outils, possèdent un degré d’autonomie supplémentaire grâce à leur alimentation en énergie qui ne dépend pas de la force musculaire (un tracteur, une perceuse, etc.) :

Enfin, le dernier degré de technique est celui des robots, dont la présence est devenue quotidienne :

Ce dernier degré a pu se développer grâce aux progrès de la cybernétique et de l’informatique. Ceux-ci ont permis de mettre au point des objets qui fonctionnent en réseaux les uns avec les autres (par exemple, le téléphone portable grâce aux technologies internet, Bluetooth, etc.).

Le développement des « intelligences artificielles » est un progrès en termes de marge d’autonomie. Les robots sont utilisés dans le but d’assister les personnes ou de perfectionner certains gestes (assistants domotiques, applications médicales pour des opérations délicates. Ici, un robot médical :

et demain la voiture sans chauffeur, la voiture autonome :

Le perfectionnement de l’intelligence artificielle progresse à une vitesse telle que l’on peut se demander si le genre de relations que nous entretenons avec les robots ne va pas changer notre statut.

C’est ce qu’explore par exemple la série Westworld, qui a pour cadre un parc d’aventure géant dans lequel les visiteurs interagissent avec des robots humanoïdes :

S’exercer/Mise en activité :

Regardez cet extrait de la série Westworld et répondez à la question : qu’est-ce que distingue les robots humanoïdes des êtres humains ?

——Éléments de réponse

  • La série Westworld construit son intrigue sur les apparents dysfonctionnements des robots du parc d’attractions. Plus la série progresse, plus ces dysfonctionnements vont révéler quelque chose d’étrangement humain chez les robots.
  • La discussion tourne autour du « test de Turing » qui a été utilisé pour prouver la perfection des robots. Ce test a été inventé par Alan Turing (1912-1954), afin de déterminer les capacités d’une intelligence artificielle : si le robot parvient à donner l’impression à un interlocuteur humain qu’il a en face de lui une autre personne, alors le test est passé avec succès. Cependant, si les robots sont programmés, il n’en reste pas moins qu’ils ne peuvent pas être dotés de conscience, au sens où ils ne peuvent examiner réflexivement leurs propres pensées. Par là même, ils sont dépossédés de tout libre arbitre et de jugement sur ce qu’ils font.

En ce sens, le face-à-face avec un robot n’a rien à voir avec un face-à-face avec un autre humain. Les robots pourraient être appelés nos « prochains », si l’on pouvait faire l’expérience d’une rencontre entre deux consciences libres. Descartes, bien qu’il admettait que l’on pouvait prendre modèle sur les machines pour expliquer le fonctionnement du corps humain, soutenait aussi l’idée que nous ne pouvons nous y réduire…

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« Notre attachement aux choses techniques est maintenant si fort que nous sommes, à notre insu, devenus leurs esclaves.
Mais nous pouvons nous y prendre autrement. Nous pouvons utiliser les choses techniques, nous en servir normalement, mais en même temps nous en libérer, de sorte qu’à tout moment nous conservions nos distances à leur égard. Nous pouvons faire usage des objets techniques et nous pouvons en même temps les laisser à eux-mêmes comme ne nous atteignant pas dans ce que nous avons de plus intime et de plus propre. Nous pouvons dire « oui » à l’emploi inévitable des objets techniques et nous pouvons en même temps lui dire « non » en ce sens que nous les empêchions de nous accaparer et ainsi de fausser, brouiller et finalement vider notre être. » 

Martin HEIDEGGER, « Sérénité » in Questions III.

Recul, détachement pris par rapport à quelqu’un ou quelque chose.

donc OUI à la technique à condition de ne pas en être esclave, dépendant, d’en rester toujours maître :

La technique accroît la puissance d’agir sur le monde et sur soi-même. Elle est donc libératrice, puisqu’elle nous émancipe des lois de la nature. Cependant, elle ne nous donne pas un pouvoir tel que nous y échapperions totalement : l’homme n’est pas une exception dans la nature, même s’il se distingue des autres êtres par sa capacité à inventer des objets artificiels de plus en plus efficaces pour atteindre les buts qu’il s’est fixés. Les échecs de la technique, et le fait que la maîtrise du monde ne sera jamais totale, dévoilent deux choses : d’une part, la nature nous échappe dans l’infinité de ses aspects. D’autre part, l’agir humain ne se réduit pas à la technique : elle n’en est qu’un des modes. En effet, l’homme pense aussi de manière éthique ou artistique.

C’est justement maintenant à cette « pensée » artistique que nous allons nous intéresser en abordant une nouvelle notion : l’ART.

Pour aller plus loin :

Vous pouvez visionner l’émission « Philosophie » d’Arte, stimulante et consacrée à la technique (surtout pour les Terminales Générales) :

Nous vous conseillons également, le film Minority Report de Steven Spielberg qui propose une réflexion intéressante sur le progrès scientifique et technique, envisagé dans un futur effrayant…

VIDEOS DE REVISION :

FIN DU COURS

GRAND ORAL 2

Le cours sur le Grand Oral a été complété ce jour : il comporte désormais 5 entrées plus l’outil suivant numéroté 0 :

UN OUTIL IMPORTANT :

Nous vous proposons de télécharger ici votre carnet de bord pour le GRAND ORAL. Vous verrez : il vous sera très utile pour savoir où vous en êtes et suivre pas à pas votre progression :